Chapitre 11 : Circonstances changeantes ~ Partie 1 ~
Le château était vivant d'anticipation et d'enthousiasme joyeux, chaque couloir rempli de personnes avec des sourires sur le visage. Et alors que Merlin marchait joyeusement sur sa route habituelle entre les appartements d'Arthur et l'atelier dans les niveaux inférieurs, il pouvait honnêtement dire, qu'est-ce qui ne donnait pas envie de sourire ?
Il était dur de croire que presque trois ans s'étaient écoulés depuis la dernière tentative de règne de Morgane, le peuple était à l'aise à l'idée que Gaius utilise la magie pour guérir... Et dans deux jours, ce serait le deuxième anniversaire du Prince Balther.
Le sourire de Merlin s'élargit alors qu'il se souvenait du regard sur le visage d'Arthur lorsque Gwen lui avait dit qu'elle était enceinte. Le roi avait à peine dit un mot compréhensible pendant environ dix minutes. Après cela, il avait été aussi excité et ravi qu'un enfant recevant un cadeau très désiré. Puis, il avait commencé à rendre Gwen folle d'attention, jusqu'à ce qu'à six mois de grossesse, elle ait finit par le réprimander.
Mais ce qui faisait réellement sourire Merlin, c'était qu'une fois que le prince était né il y avait une chose sur laquelle le roi et la reine s'étaient mis d'accord... Que leur meilleur ami soit celui qui choisisse son nom. Ça avait alors été son tour d'être bouche bée, et ça avait déclenché un tourbillon de pensées puisqu'il n'avait que quelques minutes pour trouver un nom avant qu'Arthur aille annoncer la naissance. Au final, il avait choisi deux hommes qui étaient morts suite à des blessures reçues pour sauver leurs fils. Son père et celui d'Arthur Balinor et Uther.
Les choses avaient été calmes et magnifiques et incroyablement prospères depuis. Arthur avait créé les Chevaliers de la Table Ronde, notant qu'ils étaient séparés et n'avaient pas connaissance de la Fraternité. Les échanges s'étaient bien déroulés, il n'y avait pas eu de guerre, et la seule chose dont les Chevaliers avaient eu à s'occuper dernièrement étaient des bandits et des contrebandiers.
En parlant de contrebandiers, Tristan avait choisi de rester à Camelot après la mort d'Iseult. Il avait rejoint les Chevaliers, et même s'il n'avait pas d'Amulette de la Table Ronde, il était un membre de la Fraternité. Les choses avaient été calmes pour lui aussi, et être un Chevalier lui avait donné quelque chose sur quoi se concentrer autre que son chagrin pour Iseult.
Merlin soupira, repoussant ses propres regrets pour n'avoir pas pu la sauver. Le passé était le passé, et il devait se concentrer sur le futur.
Il atteignit l'escalier qui menait aux niveaux inférieurs, offrant un hochement de tête aux gardes lorsqu'il leur passa devant. Complètement inconscient, qu'une personne qui ne souriait pas, le regardait depuis l'encadrement de la porte au-dessus.
Le chef du personnel du château, le Seigneur Vernor, fronça les sourcils alors qu'il regardait Merlin disparaître de vue. Fronçant également les sourcils devant l'accord évident des gardes de l'ignorer. C'était la troisième fois qu'il suivait le serviteur, et était incapable d'aller plus loin à cause de ces gardes. Ce qui avait commencé par une simple vérification, après que son propre serviteur ait noté que depuis quelques années maintenant Merlin n'était presque jamais aperçu dans la journée, était maintenant quelque chose de très inquiétant. Il avait pensé que Merlin évitait simplement ses tâches, se relâchant parce que le roi avait aussi Bel pour le servir. Mais après avoir assigné à son serviteur la tâche de surveiller Merlin, le Seigneur Vernor savait qu'à part amener au Roi son petit-déjeuner, et les aperçus occasionnels où il s'occupait des armes et de l'armure ou sortait à cheval avec le Roi, Merlin passait presque tout son temps dans les niveaux inférieurs. N'émergeant souvent pas de l'endroit où il allait jusqu'à bien après la Grande Cloche chaque soir.
Le Seigneur Vernor se renfrogna, se retournant et s'en allant. Eh bien c'en était assez ! Aucun serviteur n'allait s'en sortir avec un tel comportement alors qu'il était supposé subvenir aux besoins du Roi !
Il se dirigea vers l'étude du roi, son expression faisant courir à couvert plusieurs serviteurs alors qu'il passait. Lorsqu'il y arriva, cependant, son coup à la porte fut ferme mais poli. Personne ne tambourinait à la porte du Roi Arthur.
Une voix cria d'entrer, et une fois que le Seigneur Vernor fut à l'intérieur Arthur le regarda pensivement.
« Vous souhaitiez me faire part de quelque chose ? »
Le Seigneur Vernor acquiesça, raide, son ton exprimant son déplaisir face à ce qu'il avait à dire.
« Je tiens de mon serviteur que le vôtre, Merlin, a évité ses tâches. Disparaissant dans les niveaux inférieurs, toute la journée, tous les jours. Il n'est presque jamais vu en train de faire quelque chose, et rien à part se charger de votre petit-déjeuner ou s'occuper de vos armes et de votre armure. Je crains qu'il ne prenne avantage de votre bonne volonté, Sire, et j'ai pensé que vous devriez être informé. »
Arthur resta silencieux, un petit froncement de sourcils accentuant ses traits avant qu'il acquiesce et agite une main en signe de renvoi.
« Merci de m'en avoir fait part. Je m'en chargerai. »
Le Seigneur Vernor s'inclina et partit, laissant un roi très pensif à ses réflexions. Mais pas les réflexions qu'il aurait pu attendre. Non, les pensées d'Arthur n'étaient qu'à propos d'un simple fait... Il semblait que le déguisement de Merlin en tant que serviteur atteigne finalement ses limites.
Il soupira, posant le rapport qu'il avait été en train de lire et sortant de son étude. Il se dirigea vers l'aile des nobles, et vers ce qui avait été les appartements de son père. Ces chambres étaient maintenant celles de Gwen et de son fils, utilisées à la fois pour ses quartiers et sa chambre d'enfant.
Gwen regarda vers la porte lorsqu'il entra, lui souriant pendant que leur fils, Balther, jouait sur le tapis proche avec un cheval en peluche. Le petit garçon tourna aussi ses yeux bleus, si semblables à ceux se sa mère, vers la porte. Sa touffe de cheveux blonds tombant presque dedans alors qu'il souriait à la vue de son père et gloussait :
« Si Si ? »
Arthur secoua la tête et sourit devant la requête, s'approchant pour ébouriffer gentiment les cheveux de l'enfant.
« Peut-être tout à l'heure. Ton père a besoin de parler avec ta mère maintenant. »
A ces mots, Gwen, qui avait souri en regardant le moment touchant entre père et fils, fronça les sourcils, inquiète.
« Qu'y a-t-il ? »
Arthur se redressa, poussant un long soupire.
« Le Seigneur Vernor vient juste de venir me voir. Il a demandé à son serviteur de surveiller Merlin, et sait maintenant que mon serviteur ne semble pas faire beaucoup son travail de 'serviteur', même s'il ne sait pas réellement ce qu'il fait. S'il l'a remarqué, alors il est probable que la plupart du personnel du château, et de nombreux courtisans, l'aient remarqué aussi. Je suis venu te demander conseil. Je veux être sûr de ce que tu penses, avant de prendre ma décision. »
Gwen secoua la tête, avant de lui offrir un sourire de connivence.
« Arthur, tu n'as pas besoin de moi pour cela. Tu sais déjà ce que tu dois faire. Il n'est peut-être pas encore temps pour la magie d'être libre, mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas donner à Merlin un peu du crédit public qu'il mérite. Je pense que nous savons tous les deux qu'il a joué l'idiot suffisamment longtemps. Que la cour, et Camelot, voient à quel point il est sage en vérité. »
Arthur acquiesça, soupirant à nouveau avant de regarder l'anneau qui lui permettait d'appeler Merlin. Il leva cette main, et murmura doucement :
« Ic clippe tu, Merlin. »
Il abaissa la main, et s'agenouilla à côté de son fils. Ramassant le cheval en peluche de Balther et le faisant trotter sur le tapis au son des rires de l'enfant.
Dix minutes après avoir activé l'anneau, Merlin entra par la porte, ayant retracé son emplacement avec un sort. Il sourit en voyant Arthur jouer avec le jeune prince, et attendit que le roi se lève avant de parler.
« Vous aviez besoin de moi pour quelque chose ? »
Il y eut une pause alors qu'Arthur cherchait comment le dire, avant de décider qu'il ferait tout aussi bien d'être franc.
« Tu es renvoyé. »
La mâchoire de Merlin se décrocha alors qu'il haletait, choqué.
« Q-quoi ? D-de quoi vous parlez ? Arthur ! »
« Arthur ! »
Le ton de Gwen était réprobateur, alors qu'elle jetait à son mari un regard désapprobateur.
Arthur grimaça, s'éclaircissant la gorge et détournant soigneusement le regard en se concentrant à la place sur Merlin.
« Ce que je veux dire, c'est que tu ne vas plus être mon serviteur... Le Seigneur Vernor, le chef du personnel du château, sait que tu as passé la plupart de ton temps dans les niveaux inférieurs. Il m'en a fait part il y a moins d'une heure, et, eh bien... »
L'expression de Merlin s'illumina.
« Vous allez changer la loi ? »
Arthur grimaça à nouveau.
« Pas encore tout à fait, mais bientôt. Mais comme Gwen me l'a fait remarquer, ça ne veut pas dire que tu ne peux pas obtenir un peu du crédit que tu mérites. Je ne peux pas t'annoncer en tant que Sorcier de la Cour, mais je peux révéler le reste. »
Il commença à sourire.
« Et ne me dis pas que tu n'es pas prêt pour ça. Tu as passé les deux dernières années à commander des meubles à Alan, et des vêtements via la Dame Jancine, et à les glisser dans cette chambre en haut de la tour à côté des appartements de Gaius. Le seul qui t'empêche de le faire, c'est moi et mes décisions. Donc maintenant je décide que tu n'as plus à jouer l'idiot. Je veux que tu te tiennes fièrement dans le rang que tu devrais avoir aux yeux de toute ma cour et de mon royaume... Donc si tu veux te changer pour mettre quelque chose d'un peu plus approprié, je vais demander un rassemblement immédiat des membres principaux de la cour. Dans la Chambre du Conseil. »
Merlin resta là, complètement immobile, avant de se retourner et de filer hors de la chambre avec un sourire joyeux qu'il cacha rapidement une fois dans les passages principaux. Puis il se précipita vers la tour susmentionnée, monta tous les escaliers, et débloqua le sort sur la porte en haut.
A l'intérieur se trouvait une paire de chambres semblables aux appartements de Gaius, avec une chambre principale large et une plus petite à l'arrière, bien qu'elle ne soit pas accessible par des escaliers. Les murs étaient couverts de bibliothèques et de compartiments pour des herbes et des jarres. Il y avait deux longues tables occupant l'extrémité la plus éloignée du foyer, prêtes à recevoir les outils et l'attirail de son atelier dans les niveaux inférieurs. Il y avait un piédestal pour un livre, prêt et attendant de recevoir son premier livre de sorts, celui qui avait la plus grande valeur sentimentale. Près du foyer se trouvait sa petite table à manger, suffisamment grande pour accueillir quatre personnes s'il voulait inviter des amis pour le petit-déjeuner ou le repas, et une collection petite mais nécessaire d'ustensiles de cuisine dans un placard à côté du feu. Une chaise à dos haut et bien amortie résidait dans le coin où une sélection modeste de poésie et de sagas de livres épiques se trouvait sur une étagère. Sur cette étagère basse, un luth reposait à côté d'un tas de partitions.
Merlin s'arrêta à l'encadrement de la porte pour admirer ce tableau, remarquant la poussière qui s'étaient déposée partout depuis la dernière fois qu'il était venu pour nettoyer. Tout aurait besoin d'un coup de balai demain, s'il s'installait vraiment ici définitivement.
Le magicien hésita à cette pensée, et en sachant que ça signifiait quitter sa chambre dans les appartements de Gaius. La transition serait douloureuse pendant un moment, émotionnellement, mais ça signifiait que Liam pouvait avoir son ancienne chambre. Quelque chose qui lui serait très bénéfique en tant que l'apprenti du médecin. Tout le monde devait changer à un moment, et maintenant Merlin découvrait qu'il était temps pour lui de le faire.
Il traversa la chambre principale, passant la porte à l'extrémité la plus éloignée pour entrer dans sa chambre à coucher. Le lit, au moins, un meuble simple sans table de nuit ou rideaux, n'aurait pas besoin d'être refait. Avec toutes les autres choses dans cette chambre plus petite, il avait reçu un sort pour le préserver et le garder propre juste au cas où il aurait besoin de s'installer dans un délai court. Donc les vêtements que Merlin sortit des placards étaient propres et frais, et tout ce qu'il eut à faire fut d'aller derrière son paravent également simple et se changer. Avec toutes les autres pièces de meuble en bois dans les deux chambres, elles avaient été faites par Alan. Et tout était simple, sans ornementation, même si tout avait été peint en noir dans le style populaire parmi les nobles. Un fait clair que, même s'il pouvait se permettre d'acheter de la qualité, Merlin n'avait vu aucun intérêt à l'idée de payer pour des détails frivoles et non nécessaires.
Les vêtements qu'il portait lorsqu'il sortit de derrière le paravent reflétaient cette attitude. Ils étaient bien ajustés, mais faits de tissus raisonnables au lieu du lin cher et délicat ou des brocarts de soie. Vêtu d'une simple chemise bleue nuit à col haut, avec un gilet gris à manches longues serrées par-dessus, Merlin s'assit au bord de son lit pour sortir une paire de bottes robustes et bien polies et les enfiler par-dessus l'ourlet inférieur de son pantalon légèrement rembourré. En tout et pour tout il ressemblait certainement à un noble, un qui avait ses propres goûts distinctifs. Et pourtant toute son apparence était discrètement celle d'un sorcier. Mais c'était quelque chose qui ne serait remarqué que si la personne qui le regardait savait déjà qu'il était magicien.
Vêtements enfilés, il s'observa dans le miroir au sol proche. Ajustant le col de sa chemise pour lui permettre d'attacher une version beaucoup plus petite de son foulard habituel dans le trou formé. Puis il inspira profondément, et sortit de ses appartements pour descendre les escaliers. Faisant attention aux personnes, et se glissant d'alcôve en alcôve pour aller jusqu'à l'entrée arrière de la Chambre du Conseil. Il pouvait entendre beaucoup de personnes à l'intérieur, et en ouvrant très légèrement la porte pour observer, il put voir Arthur et Gwen assis dans leurs trônes, attendant.
Merlin activa le Sort de Parole pour Arthur, et murmura :
« Je suis dans l'antichambre, prêt quand vous l'êtes. »
A l'intérieur de la Chambre du Conseil, Arthur s'autorisa un regard de côté vers la porte d'où Merlin observait discrètement. Capable d'entendre la trace d'appréhension dans la voix du magicien. Merlin commençait à se sentir juste un peu nerveux à propos de cela, et Arthur partageait ce sentiment. Si ce n'était pour le fait que tous les conseillers présents savaient déjà que Merlin était un noble, alors cette annonce aurait été un cauchemar. Faire d'une roturière sa femme et reine avait déjà causé suffisamment de problèmes, mais annoncer subitement la promotion de son serviteur supposé idiot au rang de la noblesse était tout aussi mal à sa façon. Donc, d'une façon ou d'une autre, il allait y avoir des protestations pendant un moment, jusqu'à ce que Merlin fasse ses preuves devant toute la cour.
Arthur se leva, un signal silencieux qui fit taire toutes les personnes rassemblées dans la chambre.
« Je sais que vous vous demandez tous quelle est ma raison pour vous appeler ici. En vérité, c'est quelque chose qui a mis longtemps à venir. Ce matin, on m'a fait remarquer que certains individus, peut-être même plus qui n'ont rien dit, ont pris conscience que mon serviteur, Merlin, n'a pas été vu à s'occuper de beaucoup de tâches associées à ce rôle. Je peux honnêtement vous dire à tous, qu'il m'a servi dans un autre rôle depuis un moment. Depuis plusieurs années maintenant, il n'a été mon serviteur que de nom... et maintenant il est temps qu'il soit reconnu pour ses efforts et son bon travail accomplis pour Camelot. »
Arthur commença à regarder chaque conseiller, leur faisant signe de se rassembler de chaque côté de la chambre, près du trône. Il pouvait voir dans leurs yeux la réalisation de ce qui allait arriver. Plusieurs semblaient mécontents, mais le reste le prenait avec grâce. Et parmi eux, le Seigneur Deverin arborait même un petit sourire, alors que le groupe d'hommes qui allait de la droite d'Arthur jusqu'à l'extrémité de la chambre se déplaçait visiblement pour laisser un trou entre eux et le trône, où quelqu'un pouvait se tenir.
Une fois que le conseil fut installé, ce fut le Seigneur Geoffrey qui parla.
« Comme je suis sûr que chacun de mes collègues conseillers l'est, nous sommes prêt à formuler notre affirmation quant à ce qui va être dit à la cour. »
Arthur hocha la tête pour le remercier, avant de se tourner pour faire signe en direction de la porte de l'antichambre. Merlin entra, le menton haut et l'expression calme. Ses vêtements provoquèrent des murmures surpris chez les courtisans rassemblés, mais ce n'était rien comparé au halètement lorsque Merlin prit position à la place laissée pour lui dans les rangs des conseillers.
Une fois qu'il fut là, Arthur leva une main pour faire taire tout le monde. Attendant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un bruit avant d'expliquer.
« Depuis plusieurs années, à mon avantage, Merlin est resté un serviteur pour pouvoir être mes yeux pour surveiller des menaces envers Camelot. Mais en plus de cela, il a été mon conseiller loyal. Un homme éduqué à un haut niveau à travers ses propres études et à travers le tutorat de notre Médecin de la Cour, Gaius. Dans cette période, il a négocié des traités et des accords d'échanges au nom de Camelot. Il a donné un aperçu sur les lois qui étaient injustes envers le peuple roturier, et m'a aidé à les ajuster pour mieux bénéficier à tous. Il m'a aidé à apporter la prospérité et la paix que vous avez tous appréciées durant ces trois dernières années, et sans lui je ne serais pas le roi que je suis aujourd'hui. Il est mon Premier Conseiller, et est un membre du Haut Conseil depuis presque quatre ans. Un fait qui peut-être confirmé par ses pairs qui se tiennent à côté de lui. »
Arthur regarda les conseillers, qui acquiescèrent silencieusement pour le confirmer, et ce fut le Seigneur Deverin qui parla alors qu'il regardait vers Merlin.
« Et tout ce que je peux dire, c'est que je suis satisfait de voir le Seigneur Merlin enfin reconnu pour son travail. Car il s'est montré sage au-delà de son âge, et a été un ajout inestimable au Conseil. »
Des murmures calmes s'élevèrent à nouveau parmi les courtisans, qui avaient tous vu leurs protestations potentielles réduites au silence par la confirmation des conseillers. Merlin était un noble, et un membre du Conseil, depuis tout ce temps ?
Arthur les laissa parler pendant quelques instants, avant de faire signe à Merlin de venir devant lui. Le roi tenait le sceptre orné de diamants qu'il avait lui-même tenu et sur lequel il avait juré lorsqu'il était monté au trône. Le voyant, Merlin réalisa ce qu'on attendait de lui, et s'agenouilla devant lui alors que son ami soufflait les mots qui changeraient ses circonstances pour toujours.
« Merlin d'Ealdor. Vous êtes né fermier, avez vécu en tant que serviteur, et servez maintenant en tant que noble de ma cour. Comme cela a été fait en des temps lointains, et c'est une chose qui n'a pas été faite depuis des siècles, vous êtes maintenant le fondateur d'une nouvelle Maison. Tout comme les fondateurs de ces grandes familles rassemblées ici l'ont fait tant de temps auparavant. C'est un honneur que de nombreux nobles ont oublié, car sans cela eux-mêmes n'auraient pas les titres qu'ils ont aujourd'hui. Vous êtes un noble à mes yeux depuis plusieurs années, et maintenant il est temps pour vous de l'être réellement et selon la loi... Quel nom allez-vous donner à votre Maison ? »
Merlin se pétrifia pendant un moment, se mettant à réfléchir lorsqu'il réalisa qu'on lui demandait de choisir un nom de famille. En choisir un ne lui avait jamais traversé l'esprit auparavant, c'était un sujet qui n'avait jamais été évoqué. Et pourtant, s'il avait pris la peine de regarder les lois impliquant l'élévation aux plus hauts rangs de noblesse, il aurait su qu'il devrait en avoir un.
Il resta sans voix pendant plusieurs secondes, avant de choisir la seule chose à laquelle il pouvait penser qu'il savait qu'il ne regretterait pas.
« Je choisis de nommer ma Maison, Garrah. »
Arthur sourit, reconnaissant la référence à Kilgharrah, et tendit le sceptre à l'horizontale devant lui.
« Alors je vous demande, Merlin Garrah. Jurez-vous de servir Camelot et son roi, dans le but d'améliorer ses lois et de protéger son peuple, dans tout ce que vous faites et dites ? »
Merlin tendit la main, la refermant autour du sceptre et regardant Arthur dans les yeux.
« Je le jure. Que ma vie soit vôtre, à commander et utiliser comme vous le jugez nécessaire dans ce but. Jusqu'à la fin des temps, moi et mes descendants vous suivrons et vous servirons, volontairement et avec honneur. Pour Camelot, et pour Albion ! »
Le sourire d'Arthur s'élargit de fierté, alors qu'il tirait gentiment sur le sceptre pour indiquer à Merlin de commencer à se lever.
« Alors levez-vous, Seigneur Merlin de la Maison de Garrah. Tenez-vous à votre place légitime à ma droite, en tant que Premier Conseiller et membre du Haut Conseil de Camelot. »
Tout devint silencieux, le moment s'étirant jusqu'à ce que de derrière les colonnes à gauche, Gauvain lève le poing en l'air et crie :
« C'est ta tournée ce soir, Merlin ! Il était temps que tu aies un peu de crédit ! »
A côté de lui, Elyan fit taire le chevalier exubérant, avant que lui et le reste de la Fraternité qui étaient présents dépassent les rangées de conseillers dérangées pour féliciter le noble nouvellement nommé.
Les courtisans abasourdis commencèrent à sortir, et après les avoir regardé partir, Gwen se leva de son trône pour parler doucement à son mari.
« Plusieurs vont te donner des problèmes avec ça. »
A côté d'elle, le Seigneur Geoffrey intervint.
« C'est peut-être le cas, mais j'ai déjà rassemblé une listes d'antécédents dans lesquels un roturier est élevé au rang de noblesse et fonde une Maison. Plus précisément, à la requête de sa Majesté, les antécédents qui correspondent à la majorité de tous les membres actuels de la cour de Camelot. Ils mentionnent même, dans certain cas, l'ancienne profession de beaucoup de ces fondateurs. La famille du Seigneur Vernor, par exemple, fut fondée par un pêcheur qui s'est joint à l'armée de Camelot et a gravi les échelons. Ils ont seulement besoin qu'on leur rappelle les humbles commencements de leurs propres familles, et ils n'auront pas d'autre choix que d'accepter que Merlin a reçu cet honneur parce qu'il l'a mérité. »
Au milieu du rassemblement de ses amis, Merlin poussa un long soupir.
« Ce n'est pas comme si je n'y étais pas habitué. Ce ne sera pas différent que lorsque j'ai dû me prouver au Conseil. »
Il regarda Arthur.
« Donc, et maintenant ? Est-ce que je retourne à ce que je faisais dans l'atelier ? »
Arthur passa un bras autour de ses épaules, le dirigeant vers la porte.
« Oh non, tu ne vas pas te cacher. Lorsque les hérauts auront fait l'annonce dans la cité, et lorsque les messagers seront partis pour prévenir Ulwin et le reste du royaume, nous allons célébrer. »
Merlin le fixa, enfonçant ses talons dans le sol pour essayer de ralentir la progression vers la porte.
« Mais le personnel est déjà occupé à préparer les célébrations pour l'anniversaire de Balther ! »
Arthur rit, alors que Perceval et Gauvain prenaient le relais pour tirer le magicien réticent par la porte.
« Un petit banquet pour mon cercle d'amis et d'associés les plus proches, la Fraternité Je pense qu'ils peuvent le faire sans être prévenus longtemps à l'avance. »
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