Hey, désolée pour toute cette attente, je vous conseille de relire les deux chapitres précédant mais pour celles qui n'ont pas le temps, j'ai mis un petit truc pour vous. On se retrouve en bas ;)
Bonne Lecture !
Récapitulatif :
Chapitre 9 : Bella fête Thanksgiving chez Charlie mais n'apprécie pas franchement sa journée à cause de ses disputes avec Edward. Elle est malheureuse jusqu'à ce qu'il revienne le soir, où ils passent un merveilleux moment ensemble à parler de leur projet futur. Le massage que Edward fait à Bella dérape en quelque chose de beaucoup plus charnelle, mais au moment où ils sont à un cheveu de faire l'amour, Edward capte une pensée d'un voisin qui s'apprête à abuser de sa nièce. Les événements s'enchaînent et le couple réussit à sauver la petite fille.
Chapitre 10 : Bella affronte les conséquences de son acte de sauvetage, puisque Charlie et la police sont impliqués. Pour couvrir le fait qu'Edward est un vampire, elle s'invente un don de prémonition auprès de Charlie qui réagit bizarrement. Quand elle rentre finalement chez elle, Edward l'attend dans sa chambre et est aux combles de la frustration. Bella réussit à le gérer et s'endors comme une masse. Le lendemain, elle a une conversation avec Alice (qui a découvert leur fiançailles) où elle lui explique qu'ils ont décidé de repousser sa transformation pour plus tard, de se marier cet été et d'aller à Dartmouth en septembre prochain.
Voilàà, le chapitre 11 commence deux semaines après le précédent, c'est à dire, le vendredi 9 décembre
Quand Bella est heureuse
Je flottai sur mon petit nuage, incapable de masquer mon air espiègle. Les rares clients qui franchissaient le seuil du magasin Newton en ce vendredi après-midi, ne pouvaient s'empêcher de me sourire gentiment. Même la compagnie envahissante de Mike n'entamait en rien ma bonne humeur. Cette excitation durait depuis bientôt deux semaines et évidemment, elle était liée à mon formidable compagnon. J'avais l'impression que tout me souriait. Toutes mes questions, toutes les interrogations qui m'avait tourmentée durant le mois d'octobre s'étaient enfin éclaircies. La possible existence d'une âme pour les vampires, l'approbation de ma transformation par Edward, le recul de ma disparition, les renseignements concernant l'anatomie vampirique qui avait conduit à notre décision de ne pas avoir d'enfant. Notre mariage, la prise d'un moyen contraceptif, l'invitation de Renée pour que mon "petit-ami" passe la première semaine de vacance en Floride avec nous... et le meilleur de tout : la ferme résolution d'Edward à me faire l'amour. Je m'étranglai de bonheur.
Si j'avais pensé qu'il souhaitait patienter jusqu'à notre lune de miel, je m'étais lourdement fourvoyée. Après que Charlie soit parti au poste de police samedi matin, mon amoureux et moi avions eu une longue conversation. Pendant que je passai ma journée avec mon père, puis la soirée avec Alice, Edward s'était isolé dans notre clairière, pour réfléchir profondément et regagner son équilibre. Thanksgiving l'avait véritablement ébranlé, ça avait été un chaos de sentiments, d'actions et d'envies. Il avait eu besoin de retrouver sa sérénité et d'être honnête avec lui-même. Je comprenais cette démarche, j'avais eu la même lorsque j'avais appris le secret des Cullen.
Quoiqu'il en soit, il était revenu de cette escapade avec une confiance en lui renouvelée. Lorsqu'il avait été en proie aux affres du désir et de la colère, à aucun instant, je n'avais été en danger. Il m'avait écouté, obéi même, quand je lui avais interdit de s'en prendre à Lynch. Il n'avait même pas grogné quand j'avais -en quelque sorte- repoussé ses avances. Il était convaincu que jamais il ne pourrait me blesser et il était extrêmement agréable de l'entendre de sa bouche. Enfin, j'avais eu la certitude qu'il se pardonnait mon regrettable anniversaire. Un déclic s'était produit en lui, une vérité que je soupçonnais depuis un certain temps. Grâce à cet épisode, nous avions tous les deux réalisé une chose fondamentale dans notre relation.
Si j'étais prisonnière de ses iris étincelantes et de ses sourires aux coins qui me menaient à consentir à des cérémonies fastueuses et à repousser ma transformation pour sa tranquillité d'esprit, je détenais les clés de notre intimité physique. J'étais la seule à pouvoir l'arrêter dans sa frénésie, j'étais la seule à pouvoir faire bouger son corps de marbre, j'étais la seule à qui il ne ferait jamais de mal. Si lui donner tout ce qu'il désirait dans l'unique but de le contenter était plus fort que moi, sa volonté de me protéger était tout autant impérieuse. Edward l'avait compris, je l'avais compris et lorsque l'occasion se présenterait, nous allions nous aimer sans peur ni entraves car nous étions fait pour cela. Nous pourrions attendre la nuit de noce ou bien sauté le pas tout de suite, dans tous les cas, il n'y aurait pas de douleur ou de morsure, car nous serions ensemble pour canaliser tout cela. J'étais faîtes pour accueillir Edward et il était fait pour me posséder.
C'était la pensée qui me maintenait sur mon petit nuage d'euphorie alors qu'il n'était encore rien arrivé. Tout ce que mon amoureux avait promis, c'était qu'il tenterait de rendre cela spéciale, à la hauteur de ce que nous méritions. Implicitement, j'avais saisi que notre première fois serait planifié par ces soins. Mon vampire précautionneux n'allait rien laisser au hasard et je reconnaissais bien là sa prudence. J'étais donc attentive à tout signe de sa part qui m'indiquerait que le moment était venu. Je fantasmais sur un dîner romantique, ou bien une montée de désir soudain qui nous pousserait spontanément dans les bras l'un de l'autre. De toute façon où que nous soyons, quelque soit les circonstances, ce serait extraordinaire et inoubliable car je serai avec mon aimé. J'étais un mélange de fébrilité et d'impatience perpétuelle et je faisais tout pour ne pas lui mettre la pression. J'avais clairement spécifié mon consentement, alors je n'avais plus qu'à prendre mon mal en patience.
Depuis cette discussion, la dynamique dans ma vie s'était légèrement modifiée. Madame Newton avait basculée toutes mes heures en semaine, de telle façon que je commençais juste après les cours et restais jusqu'à la fermeture. J'avais ainsi mes week-ends de libre. Charlie ne s'éternisait plus au commissariat ce qui signifiait que nous rentrions ensemble. Entre les tâches ménagères et mes devoirs scolaires, il n'y avait que lorsque je me blottissais dans ses bras pour dormir, que j'étais "seule" avec Edward. Nous échangions des baisers humides qui faisaient grimper la tension, mais nous n'allions pas plus loin. Entre nos gémissements et la fâcheuse tendance de détruire ma chambre, il n'y avait aucun moyen pour que nous soyons discrets. Et puis, malgré son envie, Edward était toujours ce gentleman du siècle dernier, je l'imaginais mal me revendiquer à quelques mètres de mon père.
Ainsi, le samedi j'avais pensé rattrapé le temps perdu avec mon compagnon -et peut-être... qui sait ?- mais mon lutin joyeux en avait décidée autrement. La veille, Edward m'avait persuadée à grand renfort de moues suppliantes de l'accompagner au bal de Noël. L'hôpital l'organisait tous les ans pour permettre à ses employés de se détendre. Étant le plus grand institut de soin de toute la péninsule Olympic, chaque commune aidait à financer cet événement qui permettait aussi de rassembler quelques dons. Cette année, cela allait se dérouler au Red Lions Hotel, à Port Angeles. Bien évidemment, en tant que chef de son service, Carlisle pouvait inviter tous les membres de sa famille. Je m'étais faite piégée en toute beauté par mon homme, ce qui avait conduit à une journée acharnée de shopping à Seattle le lendemain. Non seulement j'avais trouvé tous mes cadeaux de Noël, -mon compte en banque en attestait- mais pour une fois, j'avais littéralement flashée sur une robe. Je n'avais même pas eu besoin qu'Alice me force pour que je l'essaie. Bien que son prix soit ridiculement chère, je n'avais pas sourcillé en payant avec la carte de crédit de mon fiancé -ouais, je sais.
L'argent aussi avait été un sujet que nous avions abordé très sérieusement. Il m'avait expliqué qu'avant, Carlisle vivait simplement, s'encombrant très peu et distribuant souvent son salaire aux plus démunis. Lorsqu'il ne travaillait pas, il étudiait et ce mode de vie bien que solitaire, lui convenait. Quand il avait transformé Edward, il ne s'était rendu compte qu'après coup que mon compagnon était le dernier héritier des Masen. La famille avait un bel héritage et comme si Elisabeth avait eu des dons de voyance, elle avait rédigé un testament qui léguait tout au médecin Carlisle Cullen, si son fils décédait avant sa majorité. Tout en éduquant le nouveau-né qu'était Edward, Carlisle avait prit soin de la fortune des Masen. Quand mon amoureux s'était acclimaté à sa seconde vie, il avait reprit le flambeau de son père et fait prospérer le butin familiale. Même si habitué dès son plus jeune âge à l'opulence, ça n'avait pas du tout dérangé mon compagnon d'adopter la simplicité du patriarche Cullen, même s'il m'avoua qu'il avait toujours eu un faible pour le haut de gamme. Il m'expliqua que ce n'était qu'à l'arrivé d'Esmée, que Carlisle avait voulu offrir la meilleure vie possible à son épouse et que leurs dépenses augmentèrent significativement.
Au fur et à mesure de l'agrandissement du clan Cullen, ils avaient tous constatés que l'argent était un outil indispensable pour changer complètement d'identité, se construire un nouveau passé, graisser des pattes afin d'accélérer les processus et bien d'autres motifs encore. Quand Alice avait rejoint la famille, elle avait apporté avec elle une très grosse somme de liquidité. Les vingt-huit ans qu'elle avait vécu en solitaire, lui avait permis d'amasser plus que nécessaire. Ensuite, bien après sa venue, dans les années quatre-vingt-dix, plus par jeu qu'autre chose, Emmett avait lancé un défi à ses frères et sœurs. Le premier qui atteindrait le million de dollars grâce à un "petit" pécule de départ, choisirait leur prochaine destination. Les "enfants" Cullen avait élaborés des règles alambiqués qui interdisaient d'avoir des contacts réels avec des humains. Tout devait demeurer virtuels et personne ne devait soupçonner qu'un seul cerveau était derrière cela. Ils s'étaient tous improvisés trader ou autres et ça avait follement plu à Edward qui avait trouvé ce monde d'action et d'obligation fascinant et stimulant. Finalement, fortement avantagée par sa prescience, c'est le lutin joyeux qui avait fini par gagner, à un cheveux de mon compagnon.
Quoiqu'il en soit, Edward avait voulu que je comprenne que l'argent était quasiment illimité pour sa famille, le clan était plus que millionnaire et il était très facile pour eux de gagner de grosses sommes rapidement. Pourtant, après m'avoir bien fait saisir l'étendue de ses ressources, il m'avait garanti que ça n'avait aucune importance, étant donné que c'était principalement moi qui allais décider de comment le dépenser. Edward n'avait pas cessé de répéter que j'étais inestimable, qu'il abandonnerait absolument tout pour moi, car toutes ses richesses ne signifiaient rien en comparaison à l'un de mes sourires. Oui, j'avais été de la gelée fondue après cette déclaration... Mon vampire m'avait explicitement indiquée que si ce n'était pas ce que je désirais, il ne me forcerait jamais à habiter dans le luxe ou l'exubérance. Globalement, sa fortune était dorénavant la mienne et si je voulais louer un jet privé pour aller chez ma mère, c'était okay, mais si un billet économique me suffisait, alors il était d'accord avec cela aussi.
Du coup, la semaine suivante, lorsqu'Edward m'avait tendue l'une de ses cartes de crédit -juste avant de partir faire les magasins avec Alice- je m'étais retenue de protester. Il faisait cela parce qu'il m'aimait, qu'il avait toute confiance en moi et que c'était une autre manière de prendre soin de moi. De toute manière ce n'était plus qu'une question de mois avant que ses comptes soient aussi à mon nom. Tant que je demeurais raisonnable, je pensais pouvoir supporter. C'est ainsi que j'avais dépensé mon salaire pour les cadeaux de Noël et payé toutes les affaires pour le bal avec son argent. Ça m'avait permis de me sentir mieux, après tout, c'était pour lui que j'avais accepté de l'accompagner à cette fête.
Le dimanche qui suivit notre virée à Seattle, Charlie invita Billy et Harry à regarder un match de foot à la maison, à mon grand dam. Ce qui avait été encore plus embêtant c'était que Jacob et Seth s'étaient joint à eux. J'avais cuisiné un grand plat de lasagne pour ces estomacs sur pattes et au moment où le grand dadais des Black devenait franchement collant, Edward me sauva en me proposant une sortie au cinéma en dehors de Forks. D'accord c'était ma faute, j'avais un peu dragué Jacob ce premier jour à First Beach, mais quand même ! C'était de notoriété que j'étais en couple, il aurait pu lâcher l'affaire. Et puis bon, je traînais avec des gens qui avait une centaine d'années comme moyenne d'âge. C'était nul, mais je me sentais snob en les considérant comme des bébés. Quoiqu'il en soit, les Quileute m'avaient tous regardés avec désapprobation alors que je m'habillais en vitesse pour déguerpir de cette maison qui commençait à empester le chien mouillé. J'avais pensé être en tête à tête avec Edward, mais Alice et Emmett avait été de la partie. Ça ne m'avait pas du tout dérangé, j'adorais la compagnie de ces deux là. Le film que nous avions visionnés avaient été dément -un rêve dans un rêve dans un rêve, pour implanter une idée, génial !- et il avait plu à tout le monde. J'étais vraiment heureuse de retrouver les taquineries du géant farceur, c'était merveilleux de voir Edward plaisanter avec lui. Nous avions passé un banal après-midi ensemble, sans se prendre au sérieux, à simplement profiter de l'instant présent. Je m'étais vraiment sentie à ma place auprès de ses trois là, pas comme à la maison en compagnie des Quileute. J'étais définitivement une fille à vampires.
La semaine qui s'ensuivit ressembla en tout point à la précédente, à l'exception du fait que je prenais religieusement un petit comprimé tous les matins avant de me doucher. Ce simple rituel exécuté en toute discrétion me faisait sentir femme responsable et maîtresse de mon avenir. En plus de cela, je me surprenais parfois à gribouiller Bella Cullen ou pire, des Madame Edward Anthony Masen Cullensur le coin d'une feuille avec des petits cœurs gnangnans tout autour. Ouais, j'en étais à ce point là...
Pourtant, malgré toute cette impatience, j'étais un brin appréhensive du bal qui approchait, lorsque je verrouillai la porte de la boutique des Newton. En faite, l'idée de me faire belle pour mon compagnon ne me dérangeait pas trop, je l'envisageais un peu comme un entraînement à notre mariage. Même danser n'allait pas être si horrible, puisque je ne serais assurément pas le centre d'attention en présence de trois couples de dieux et de déesses grec. Aussi, l'acte de danser ne me rebutait plus autant, Edward adorait ça. Combien de fois m'avait-il porté sur ses pieds quand une musique lui plaisait ? Je ne les comptais plus, on pourrait même dire que j'avais acquis une certaine expérience dorénavant. Et puis, quoi de mieux que d'être serrée dans les bras de mon amoureux ?
Non, la soirée devrait bien se dérouler, ce qui me rendait légèrement anxieuse, c'était que ma meilleure amie avait insisté pour que je vienne m'apprêter à la villa. Ce qui signifiait que j'allais passé un après-midi entier avec Esmée, Alice et Rosalie. Si les deux premières ne me dérangeaient absolument pas, je redoutais la dernière. Non pas pour ce qu'elle dirait à mon sujet, mais pour le fiel qu'elle avait déversé sur le dos d'Edward. Je ne lui avais pas adressée un mot depuis le conseil de famille et je ne savais pas trop sur quel pied danser avec elle. J'avais beaucoup de ressentiment à son encontre, pour beaucoup de raisons. Cependant, me connaissant, je n'allais pas déclencher les hostilités la première. Si Rosalie choisissait de m'ignorer, j'étais fermement décidée à l'imiter. Néanmoins, si elle m'adressait une parole de travers, toute ma rancune exploserait pour de bon. Même si je n'étais pas une adepte des scènes en public, je me sentais suffisamment à l'aise avec les Cullen pour ne pas mâcher mes critiques.
La bonne nouvelle, c'était qu'Alice avait réussi à convaincre Charlie de me laisser rester chez eux jusqu'au dimanche après-midi. Comme la soirée se terminerait tard, cela arrangeait tout le monde que je loge à la villa. Bien sûr, contrairement à mon père, je n'avais aucune illusion sur la nuit que je passerais. Je dormirais dans les bras de mon amoureux, dans son canapé noir, en compagnie de six vampires à l'ouïe supra-sensible. Autant dire que ça ne favoriserait aucun rapprochement plus intime et ça ne serait certainement pas demain que je perdrais ma virginité. Dommage, j'en étais à rêver de ce futur instant de communion. Je voulais tellement vivre cette expérience avec Edward, je me sentais si à l'aise avec lui, si aimée que j'avais besoin de m'offrir à lui, de lui appartenir de la manière la plus primaire qui soit. Mon Dieu, j'étais dingue de lui et j'avais l'impression d'être obnubilée par ça depuis des semaines. Quoiqu'il en soit, j'étais tout de même heureuse d'au moins partager la matinée en toute quiétude avec lui dimanche. Ce n'était plus arrivé depuis sa demande en mariage, il y a une vingtaine de jours si je tenais les comptes.
Seigneur, j'étais fiancée avec cet être exceptionnel depuis presque trois semaines et mes parents n'étaient toujours pas au courant. J'ignorais pourquoi Edward attendait d'officialiser notre future union, alors qu'il était celui à avoir besoin de la bénédiction de Charlie et Renée. Je n'osais pas trop le questionner, parce que j'étais assez froussarde pour redouter cette annonce. Peut-être qu'il ne dirait rien jusqu'à ce que nous soyons acceptés dans les mêmes facs, vu que nous avions finalement envoyés toutes nos demandes. Je ne savais pas quel était son plan d'action, ni quand il allait me mettre la bague au doigt. Ça ne passerait sûrement pas inaperçu dans la mesure où je ne portais qu'un anneau surmonté d'une opale à mon indexe droit. C'était une babiole que j'aimais bien et Edward s'amusait à le faire tourner quand il était perdu dans ses songes. Une bague à mon annulaire gauche attirerait l'attention à tous les coups.
Je haussai les épaules en coupant le contact de mon pick-up. Je m'étais baladée avec la marque de ses lèvres pendant une semaine avant que cela ne finisse par s'estomper et je n'en étais pas morte. Je m'en fichais même. Edward pouvait me revendiquer comme il le souhaitait c'était notre vie. Les commérages ne cesserait jamais, alors inutile de m'angoisser pour des imbéciles en manque de ragot. Satisfaite du tour qu'avait prises mes réflexions, je me mis à la confection du dîner, Charlie était déjà à la maison, m'adressant son habituel regard attentif. Depuis l'épisode de Thanksgiving, il était devenu beaucoup plus bavard -à sa manière- avec moi, me posant des questions un peu plus poussées sur mes journées. Mon supposé don planait entre chaque phrase sans être abordé explicitement et je sentais quelque chose le ronger sans savoir exactement ce que c'était. Souvent la conversation dérivait vers Edward et sans que je ne m'en rende compte, je me retrouvais à faire l'éloge de mon "petit-ami". C'était plus fort que moi, ce garçon était le centre de mon univers et lorsqu'on m'interrogeait, les premières choses qui me venaient à l'esprit étaient des images de lui me rattrapant lorsque j'avais trébuché, ou me faisant découvrir une nouvelle musique, ou encore la force de son regard doux et intense. Enrobée de sa présence chaleureuse, voilà comment définir mes journées. Chaque jour, je distillais ces informations à Charlie et Renée, comme pour préparer inconsciemment la nouvelle de nos fiançailles. A ce stade, j'avais carrément avoué que nous comptions étudier à la même université. J'étais définitivement tombée pour cet homme suave et aimant et je commençais à vouloir le crier sur tous les toits. D'où les Madame Cullen qui apparaissaient incontrôlablement un peu partout.
Cette nuit là, lorsque Edward vint me rejoindre très tard dans ma chambre, il me gronda pour être encore debout à travailler. Je finalisais mes exercices de chimie, car j'avais déjà bouclé mes devoirs pour lundi, dans l'optique de ne pas avoir grand chose à faire ce week-end. Je continuais juste d'étudier en attendant qu'il arrive. Sans protester, je le laissai me porter jusqu'à mon lit, déjà en tenue pour dormir. Il était nerveux depuis mardi mais s'efforçait de me le cacher, ce qui le rendait brusque puis câlin, à quelques minutes d'intervalles. Comme pour s'excuser de son comportement autoritaire, il enfila l'un des pyjamas que nous avions achetés et n'ayant rien prononcée depuis son arrivée, je me calai dans son étreinte. Au bout de quelques minutes je le sentis se détendre contre mon flanc et embrasser délicatement mon front. Je pourrai mourir heureuse avec ce doux contact qui me permettait de me sentir unique et protégée. C'était sa manière de me saluer intimement devant des témoins et je chérissais ce geste qui pour la plupart des gens était banal.
- Je suis désolé Bella mia, souffla-t-il, sincèrement repentant.
- Je te pardonne, déclarai-je facilement, pas du tout énervée.
Je relevai un peu le menton pour pouvoir observer son visage, il était de nouveaux tranquille. Pourtant, il y avait cette appréhension qui se cachait derrière ses pupilles. Je décidai que c'était le moment de lui rappeler des choses essentielles.
- Edward, tu sais que nous sommes une équipe ? questionnai-je à mi-voix
Il opina sans bruit.
- Tu sais aussi que, quoiqu'il puisse te tracasser, je suis là pour te soutenir et t'apporter mon aide ? insistai-je.
La main d'Edward se déplaça pour caresser l'arrondi de mes joues, sa tête était inclinée avec son sourcil droit légèrement haussé, de telle façon que je savais qu'il écoutait attentivement les battements de mon coeur. Il ferma les yeux et prit une énorme inspiration par le nez, se soûlant avec mon odeur calcinante.
- Tu le fais déjà, murmura-t-il. Tu ne peux pas savoir à quel point tu le fais déjà.
Il rouvrit ses prunelles qui avaient la couleur de l'ocre foncé et les planta dans les miennes.
- Je t'aime ma précieuse fille, n'en doute jamais.
Le même bouleversement intérieur qu'à chaque fois m'envahit. Mon cœur enfla au point qu'il parut vouloir s'échapper de ma cage thoracique, emplissant ma poitrine et bloquant ma gorge, si bien que j'en eus la respiration coupée. M'habituerai-je un jour à ces trois mots prononcés par ce ténor de velours ? Je n'espérais pas.
- Je te fais confiance, formulai-je difficilement, la gorge enrouée d'émotion.
Je me blottis contre son torse, la fatigue me rattrapant. Mon vampire débuta son fredonnement nocturne et je fus pleinement rassurée. Rien de grave ne se profilait à l'horizon. Quelque soit les raisons de son comportement, notre couple n'était pas en danger.
/~\/~\/~\/~\
Je me maudissais intérieurement, mais qu'est-ce-qui m'avait prise d'acheter cet attirail ? J'étais... euh... enfin... voilà quoi. Ma meilleure amie m'avait transformée en quelqu'un qui n'était pas moi. J'avais choisi la longue robe rose pâle pour sa simplicité et présentement, j'étais tout sauf un modèle de simplicité. De base, je voulais masquer mon bustier avec mes longues boucles brunes, mais mes cheveux étaient attachés en un chignon élaboré qui avait mis des heures à avoir cette apparence floue et sophistiquée. Mon regard était cerclés de noir et d'argent et mes cils n'avaient jamais paru aussi épais et fournis. Un truc qui se nommait eye-liner faisait ressembler mes yeux à des amandes et mes sourcils étaient recouvert d'une substance qui les rendait net et parfait. Voilà, c'était exactement cela, mon visage était net et parfait, comme les couvertures de magazine. On pourrait dire que le vernis et le gloss, les diverses couches de crèmes et de blush, les talons et les bijoux me rendaient sensas, mais j'avais la sensation de regarder une étrangère dans le miroir. Ce n'était pas moi, Edward allait accompagner une imposture, un modèle. Je ravalai la bile au fond de ma gorge et mon sentiment de détresse pour remercier Alice et Esmée de leur aide.
Rosalie aux abonnée absente, j'avais passé un super après-midi entre filles. La salle de bain d'Alice était digne d'un salon de beauté et nous nous étions bichonnés mutuellement tout en discutant de sujet divers. J'avais découvert les joies -hum- de l'épilation à la cire et ma peau n'avaient jamais été aussi douce. Comme des grandes sœurs, elles m'avaient parlés des premiers temps en tant que vampire femelle. Notamment de la disparition progressive des règles. Elles m'avaient expliquée que si après un an (voir moins), je ne serais plus sujette à des saignements, je ressentirai toujours les symptômes du cycle menstruel. J'aurais tendance à être un peu plus irritable durant cette période et à fleur de peau. En gros, les hormones agiraient encore, même s'il n'y aurait plus de preuve physique. Dans cette ambiance féminine très agréable, Renée m'avait terriblement manquée, j'avais vraiment hâte de la revoir dans une semaine. À cause de tout ces œstrogènes, je n'avais pas trop protesté -regardé, en réalité- lorsqu'Alice m'avait maquillée.
Maintenant, je le regrettais amèrement alors que je descendais prudemment les escaliers, tenant d'une main mon manteau et de l'autre ma longue robe. Les quatre garçons Cullen étaient allés chassés une bonne partie de l'après-midi et peu après leur retour, Edward s'était mis au piano. Cela faisait une heure qu'il jouait sans interruption mes morceaux préférés et c'est avec une boule au ventre que j'étais partie le rejoindre. Avec un peu de chance les trois autres couples seraient encore dans leurs chambres, ce qui nous laisserait un minimum d'intimité. Dès que je fus en bas, je relevai la tête pour pouvoir observer mon amoureux qui était à l'autre bout de la pièce. C'étaient les chaudes lumière du rez-de-chaussés qui me permettaient d'apprécier la scène à sa juste valeur. Le cadence de la mélopée s'accéléra et je compris avec un instant de retard que, depuis que j'avais quitté sa chambre, mon vampire calquait sa composition sur mon rythme cardiaque. Troublant.
Il était dos à moi, assis droit sur le banc, ses larges épaules drapées dans une chemise blanche immaculée et sa taille sculptée par un gilet de costume sombre. Son pantalon le cintrait d'une manière inédite, tombant juste au dessus de ses chaussures classiques en cuir brun. Outre ses vêtement terriblement élégants, ce qui retenait le plus mon attention étaient ses cheveux. Leur couleur cuivrée habituelle était plus foncée, comme s'ils étaient mouillés. Incroyable ! Ses mèches rebelles étaient plaquées à l'arrière, complètement domptées par une substance non identifiée. Intriguée, je posai ma cape sur un fauteuil et fis lentement le tour de la pièce pour me planter en face de lui. Mon cœur loupa un battement et je me mordis durement la lèvre inférieure, mon aimé était renversant. Il n'avait plus rien à voir avec un lycéen, de près, ses vêtements étaient ajustés avec précision, modelant sa silhouette comme jamais. Sa coupe donnait encore plus de relief à sa mâchoire forte, son nez droit et ses pommettes angulaires. Sa cravate rose pâle -subtile rappel de ma robe- nouée soigneusement lui conférait un air solennel et implacable. Edward Cullen avait tous les charmes d'un homme irrésistible et cet Adonis m'était destiné. À moi.
Quelle magnifique pensée, à moi. Rien qu'à moi.
Ses paupières étaient encore fermées et je me délectai de le contempler absorbé par sa musique. Néanmoins, ses narines profondément dilatées et le sourire au coin qui flottait sur ses lèvres attestaient de sa conscience de ma présence. Finalement, ce n'était pas si mal d'être la version adulte de Bella Swan, nous étions tous les deux déguisés ce soir. Une sorte de bal costumé où je n'atteignais pas -même de loin- sa magnificence. Ce n'était pas grave, je ne pourrais pas lui en vouloir même si ma vie en dépendait, c'était dans l'ordre des choses.
Edward continua à jouer pendant encore quelques minutes et je pouvais presque le sentir se retenir d'ouvrir les yeux. Au moment où ses iris dorées firent leur apparition, son souffle se coupa et la mélodie eu un raté, puis un autre et encore un autre, jusqu'à ce qu'il se lève la bouche entrouverte. Trop de peau exposée ? Il cligna des yeux comme s'il était en plein rêve, puis une deuxième fois et la seconde suivante, il était juste derrière moi, ses doigts glaciales effleurant la cambrure de mes épaules, le creux de mon épine dorsale, la lisière argentée de ma robe qui descendait jusqu'à découvrir entièrement mes omoplates. Il était bouleversant de tendresse et mes jambes devenaient instables de tant de désir réprimé. Doucement, ses mains glissèrent jusqu'à ce que nos doigts s'entrelacent et qu'il m'attire contre son buste, son nez inhalant longuement le parfum de ma peau. Ma tête s'inclina vers l'arrière -un peu plus haut qu'à l'accoutumé, à cause de mes sandales- pour mieux m'abandonner à son étreinte. C'était grisant de sentir cet homme fort contre moi, me protéger et m'adorer dans le plus secret des silences. Nous demeurâmes ainsi jusqu'à ce que ma respiration se calme, mon cœur s'apaise et ma chaire de poule diminue. Edward n'avait prononcé aucune parole, à mon avis trop subjugué par mon apparence. Si ma supposition était correcte, nous étions deux dans le même cas.
- Je... wow, je n'ai pas les mots pour... pour décrire... balbutia-t-il à mon oreille quand je fus entièrement relaxée.
- Alors ne dis rien, l'interrompis-je en chuchotant. Ce n'est pas nécessaire.
Il me serra un peu plus et nous aurions pu demeurer ainsi toute la nuit, si nous n'avions pas aperçu les autres couples gagner furtivement le garage en nous adressant des sourires complices. Mon compagnon se délia lentement de moi et ce n'est qu'une fois les voitures en dehors de la villa qu'il m'aida à enfiler ma cape en lainage bleu roi. Sans me quitter une seule fois des yeux, il prit sa veste de costume qui était étendue sur le couvercle du piano et se rapprocha de moi. Instinctivement, mes mains se levèrent pour lisser les plis de sa chemise, arranger son gilet, aligner sa cravate et finalement boutonner sa veste. C'était un peu bizarre de le contempler à cette hauteur, alors que nous étions si près l'un de l'autre. Normalement, mon regard atteignait à peine le haut de son torse, et non le bas de son menton. Cela signifiait que contrairement à d'habitude où il devait se plier ou bien me soulever, il pourrait atteindre mes lèvres juste en penchant sa tête. Je n'étais pas sûre d'apprécier cela...
Je déposai un baiser papillon sur l'arrête de sa mâchoire et reculai une fois la tâche accomplie. Nous nous contemplâmes sans un mot, communiquant nos émotions à la seule force de nos prunelles. Je n'avais pas besoin de lui dire que je ne souhaitais pas particulièrement me montrer au bal et lui n'avait pas à me prévenir qu'il ne me lâcherait pas de la soirée. Je reconnaissais la lueur possessive et adulatrice qui planait dans ses perles dorées. Ce soir, nul ne pourra me toucher ou me détacher de lui. Je frissonnai d'anticipation. Bourdonnant d'une énergie nouvelle, Edward me mena au sous-sol et m'ouvrit la portière de son Aston Martin, son bijou, comme il le surnommait. C'était la deuxième fois que j'allais monter dedans et la première où il la conduirait avec moi à bord. Ça devait être une occasion spéciale. Je haussai les épaules mentalement, j'étais un peu hermétique à ces trucs de mâle.
- Le meilleur des carrosses pour la plus belle des princesses, dit-il avec emphase, en s'inclinant pompeusement.
J'éclatai d'un rire libérateur à ses simagrées bon enfant et le rejoignis dans son jeu en relevant le menton bien haut et en soulevant ma robe avec coquetterie.
- Je ne mérite rien de moins, mon cher, reniflai-je avec un affreux accent britannique.
C'était débile, mais ça nous fit glousser tous les deux. Un moyen comme un autre d'évacuer la tension charnelle qui régnait entre nous. À vitesse humaine, il fit le tour de l'auto et s'installa derrière le volant. Il avait cet air de petit garçon joyeux qu'il arborait quand il assemblait un puzzle ou dissertait sur les mérites de tel ou tel véhicule avec ses frères. Avec une délectation non feinte, il s'engagea dans le chemin forestier et accéléra dès que nous atteignîmes le goudron. Heureusement que je ne distinguais pas bien les arbres défiler et que je m'étais dorénavant habituée à la vitesse. D'un mouvement fluide, il inséra un disque dans le lecteur et entrelaça nos doigts entre nos deux sièges. Un air jazzy retentit dans l'habitacle, une musique d'ambiance douce et romantique. Puis la complainte d'un saxophone se superposa à la mélodie de fond et après la première minute, l'air devint subitement familier. Sans que je ne contrôle rien, des larmes s'agglutinèrent au bord de mes cils. Le rythme était un peu plus lent, mais je reconnus aisément le thème de Ain't No Sunshine. Woh, c'était la chanson préférée de ma grand-mère Mary. Un tas de souvenirs affluèrent à ma mémoire.
J'avais vécu les six premières années de ma vie avec cette vieille dame forte et sarcastique. Elle et Renée ne s'appréciaient guère, d'où notre déménagement à Phoenix quand elle avait eu son diplôme d'enseignante. Pourtant, moi je l'adorais, là où ma mère était une camarade de jeu, Granny avait vraiment fait office de figure parentale responsable. Pendant que Renée étudiait, je passais mes journées avec elle à découvrir et partager d'innombrables choses. C'était d'elle que je tenais ma passion pour la lecture et la cuisine. Ça avait été un véritable déchirement de ne plus la voir tous les jours quand nous avions quitté la Californie. A chaque fois, j'avais dû insister fortement pour que ma mère consente à ce que je lui rende visite les cinq ans qui avaient suivi. Je l'appelais le plus souvent possible parce que ça me broyait le cœur de la savoir toute seule dans sa petite maison à Downey.
J'avais été inconsolable pendant des mois quand elle décéda, comme si je perdais mon dernier lien avec l'enfance. Il n'y avait plus eu personne pour véritablement se soucier de moi, m'écouter quand je parlais, m'encourager dans mes lectures, comprendre mes silences et ma manière de penser... Renée était cool, mais ce n'était pas le même lien que j'entretenais avec Granny. On pouvait dire que c'était cet événement qui m'avait le plus façonnée et fait de moi la jeune fille que j'étais aujourd'hui. Oh qu'est-ce-qu'elle me manquait ! J'espérai vraiment qu'elle repose en paix là où elle était.
- Eh amour, que t'arrive-t-il ? s'inquiéta Edward.
Il était focalisé sur moi, ne prêtant qu'une attention superficiel à la route. Je me ressaisis vivement, ça faisait très longtemps que je n'avais pas verser de larmes en pensant à ma grand-mère et elle ne méritait pas qu'on s'apitoie sur sa disparition. Je m'étais promis il y a des années de toujours repenser aux jours heureux en sa compagnie et de sourire. J'essuyai les perles salées qui avaient débordé, en songeant vaguement que je devais vérifier le maquillage qu'Alice m'avait affublée.
- Ce n'est rien, juste cette musique, répondis-je en m'éclaircissant la voix. C'est une reprise de Bill Withers et... enfin ça m'a rappelée Granny.
Edward savait tout à propos d'elle alors je n'avais pas vraiment besoin d'élaborer. Il monta ma main jusqu'à sa bouche et embrassa chaque phalange tendrement, puis la reposa et fit des doux cercles avec son pouce jusqu'à ce que la chanson se termine. C'était vraiment apaisant et je me laissai bercer par son amour pur et débordant. Lorsque les accords de Fallin' débutèrent, je compris que le CD remaniait des chansons d'amour connues en remplaçant la voix par un saxophone. Quand trois pistes audio s'écoulèrent, je relançai la conversation avec mon vampire, lui demandant un peu plus de renseignement sur le déroulement du bal.
- Rien d'extraordinaire, nous nous mêlerons au flot d'humain, puis nous ferons semblant de déguster le dîner, nous danserons et lorsque la fête tirera à sa fin, nous partirons.
- Ta famille apprécie ce genre d'événement ? questionnai-je, curieuse.
- Carlisle et Esmée aime se mélanger aux humains et créer des liens avec eux, alors ça ne les dérange pas vraiment d'assister à ces soirées formelles. Rosalie adore en mettre plein la vue et Emmett dit oui à tout ce qu'elle désire. Pour Jasper et Alice, c'est différent, eux préfèrent vraiment danser. Que ce soit dans des clubs bondés ou bien en solitaire, les deux prennent beaucoup de plaisir à se trémousser sur une piste. Pour résumé, je dirais que ce n'est pas quelque chose que nous attendons impatiemment mais si l'occasion se présente et que cela n'attire pas trop l'attention des médias, c'est rare que nous refusons, m'informa-t-il, consciencieux.
- Quand est-il de la soif ? Je me suis toujours demandée comment vous arrivez à tenir autour de tant de personnes ? Pourquoi ne pas éviter le plus possible de se retrouver dans ce genre de situation ?
Après tout, il avait fallu une goûte de sang pour gâcher mon anniversaire, alors qu'ils côtoyaient presque tous les jours des centaines d'odeurs différentes au lycée ou à l'hôpital. C'était absurde qu'ils puissent tous supporter de graviter autour d'adolescent hormonaux un tiers de la journée mais avoir craqués avec un minuscule imprévu.
- Oui et non, tout est une question de préparation en faîte. Lorsque nous sommes au près des humains, nous nous conditionnons nous même en étant excessivement prudent. Nous ne relâchons jamais notre attention et nous maintenons fermement le contrôle sur nos sens. Nous ajustons nos ouïes pour ne pas être trop accablés. Nous ne cherchons pas non plus à distinguer un fumet en particulier, nous nous contentons de la senteur générale qui est beaucoup moins appétissante. Pour faire simple, nous renions tous nos instincts de chasseur en faisant appel à chaque fragment des vestiges de notre humanité. Enfin, tous sauf Carlisle.
J'haussai un sourcil dans sa direction et il poursuivit son discours, avec une pointe d'admiration et de respect dans la voix. Edward et moi en profitions, car il était rare pour nous d'avoir ce genre de discussion, à cause des oreilles indiscrètes.
- Cet état est quasi constant chez lui. Il se maîtrise depuis tellement de siècles qu'il n'y pense même plus, c'est devenu une attitude naturelle. Contrairement à la plupart, il est réellement satisfait de notre régime alimentaire. Son "vampire intérieur" comme il lui plaît de le nommer est en totale harmonie avec sa conscience. De temps en temps lorsqu'il ressent la soif, il n'y a même pas de combat interne en lui, juste une négociation calme. Le vampire veut boire et Carlisle dit simplement "non, je ne veux tuer personne" et il est de nouveau maître de lui. C'est inouïe.
Je voulais bien le croire et ceci expliquait finalement le fiasco de mes dix-huit ans. Je les avais pris au dépourvu en saignant soudainement, à quelques centimètres de chacun d'eux, dans l'unique endroit où ils avaient le droit de relâcher leur attention. Même si une seule personne avait craqué, le fait est que pendant une seconde, ils avaient tous étaient assoiffés à des degrés différents. Je déduisis que le don de Jasper avait été pleinement actif et tout s'était emballé.
- Et pour toi ? Quelle est la différence entre une foule et ma seule odeur ?
- Ce n'est même pas comparable amour, énonça-t-il, telle une évidence. Pour mes sens, ton parfum domine tous les autres, que nous soyons complètement seul ou entourés d'un millier de personne. Honnêtement, je pense que mes mains pourraient être maculées d'hémoglobine et ton odeur serait toujours au premier plan dans mon esprit. Si au début c'était une torture, maintenant ton fumet m'est aussi indispensable que les sons de ton cœur ou la chaleur de ta peau.
- Donc tu ne veux plus boire mon sang ?
C'était fabuleux d'être assez à l'aise avec lui pour décortiquer même ça.
- Je suis encore une créature sanguinaire, grimaça-il, résigné. Par définition j'aurais toujours besoin de sang pour exister et donc il y aura toujours le mons... il se rectifia immédiatement quand il avisa mon regard sévère, cette partie en moi qui crèvera d'envie de te goûter. Pourtant ce qui est un fait, c'est que je ne sécrète plus de venin à chaque fois que je te respire.
Je hochai la tête, pensive, fouillant dans ma mémoire.
- Généralement c'est lorsque tu es en colère et que tu me désires que ça arrive.
Il fronça les sourcils et je pouvais presque l'entendre reconsidérer toutes les fois où son poison avait enduit ses dents en ma compagnie.
- Tu te trompes, ricana-t-il, c'est lorsque tu es en colère et que tu me désires que je perds la boule.
J'allais contester quand je me rendis compte qu'il avait raison. Lorsqu'il m'avait plaquée contre mon armoire pour me persuader -m'obliger- à ne pas partir à La Push, il n'avait pas même déglutit face à un afflux de venin. Pas plus lorsqu'il m'avait emprisonnée dans mon lit et où j'avais été furieuse qu'il ne me laisse pas continuer mes préparatifs pour Thanksgiving. En faite, depuis septembre, le seule fois, ça avait été lors de notre dispute où, effectivement, j'avais été en colère et folle de désir pour lui. Mince. Edward affichait ce sourire arrogant dont lui seul avait le secret et juste pour l'embêter je ne lui accordai rien et enchaînai avec la première interrogation qui me vint à l'esprit.
- Ma senteur va te manquer quand je serais comme toi ?
Son expression s'altéra pour être plus grave.
- Pas autant que tu puisses le concevoir. Elle ne va pas beaucoup évoluer, ce ne sera simplement plus aussi alléchant. Ce qui risque d'être irremplaçable, ce sont la disparition de tes rougissements mais surtout le silence qui t'entoureras.
Je plissai le front.
- Je ne suis pas certaine de comprendre. Tu parles des battements de mon cœur ?
- Entre autre, mais pas seulement. Tu n'imagines pas à quel point ton corps est bruyant. Je peux entendre ton sang pulser dans tes veines, ton estomac digérer, tes articulations craquer, tes dents grincer. Le frottement de ta peau contre ta peau à une sonorité unique, comme celle avec tes vêtements et même avec la mienne ! Il y a aussi le clignement de tes paupières qui fait un son bien particulier. Tout cela est une mélodie qui rend hommage à ta vie et ça, ce sera la plus grosse perte de mon existence, assura-t-il, mélancolique. En devenant un vampire, ta peau sera si épaisse que tout cela disparaîtra même si je collais mon oreille contre toi. Ça sera le silence complet, d'autant plus que je ne percevrais même pas ton esprit. C'est effrayant, chuchota-t-il, ralentissant aux abords de la ville.
Tout comme lui il y a quelques minutes, j'agrippai sa main et embrassai avec un soupçon de salive chacun de ses doigts. Je savais qu'il aimait avoir une trace de moi sur lui. Ensuite je fis des ronds apaisants en guise de réconfort. Plus nous échangions sur ce sujet, plus je me disais qu'au final, c'était Edward qui perdrait le plus lorsque je me transformerai.
- Heureusement que nous avons du temps pour s'acclimater à cette idée alors, nous tranquilisai-je. Tu n'as pas changé d'avis, hein mon cœur ?
Il secoua la tête, comme pour se remettre les méninges en place et me sourit tendrement.
- J'aime quand tu me surnommes ainsi, bien que j'ai l'impression que ce soit l'inverse, c'est toi mon cœur.
Edward roulait à une allure plus légale en quittant la 101 et en s'aventurant dans une zone pavillonnaire peu animée.
- Peut être au sens littérale puisqu'il bat dans ma poitrine, mais je te l'ai donné depuis notre rencontre. Il t'appartiendra pour l'éternité. Même quand il sera inutile, il palpitera inaudiblement pour toi. Tu es le gardien de sa mélopée et quoiqu'il arrive, il résonnera toujours dans ta mémoire parfaite. Par définition, c'est donc toi mon cœur, affirmai-je convaincu à cent pour-cent de ma logique.
L'Aston Martin s'arrêta à un feu rouge et nous restâmes longtemps les yeux dans les yeux, jusqu'à ce que je lise de l'acceptation dans son regard, qu'il acquiesce et qu'il redémarre sans un mot. Cinq minutes plus tard, nous étions garés dans le parking bondé du Red Lion Hotel. Edward m'aida à sortir du véhicule et tout naturellement, il m'encercla la taille pour marcher à mes côtés vers le hall d'entrée. Toute personne extérieure à la situation ne se douterait pas une seule seconde que mes pieds ne touchaient pas le sol et qu'en réalité, mon compagnon me porta tout le long du chemin. Je n'avais pas besoin d'être voyante pour savoir que les sandales à talon, aussi jolies qu'elles étaient, représentaient un danger mortel pour mon intégrité physique. Mon vampire avait fait vœu de me protéger de toutes les menaces, même les plus dérisoires. La moue complice que nous partageâmes en franchissant les portes automatiques prouva que nous songions à la même chose. Cela arrivait de plus en plus souvent que le cheminement de nos pensées se rejoignent, sans que nous ayons besoin de l'exprimer. Je sentis une chaleur agréable envahir mon ventre en réalisant à quel point nous étions devenu proche en moins d'un an.
La dame de l'accueil ne bava presque pas face à la somptuosité en complet-cravate qu'était Edward Cullen. Elle réussit sans trop bafouiller à proposer de me délester de ma cape. Avant que je puisse réagir, les doigts agiles de mon compagnon dégrafaient déjà les attaches en argents. Seigneur, son air gourmand était un plaisir pour mon petit ego de jeune fille et j'oubliai facilement la sensation de ne pas être moi-même. Après avoir récupéré notre ticket, l'hôtesse nous montra la direction de la réception et s'occupa avec professionnalisme des autres invités.
D'habitude lorsque nous marchions au lycée, nous nous contentions de tenir nos mains, mais visiblement, aujourd'hui était un jour spécial à tous les niveaux ! Sa large paume ceintura ma taille et... oui, pendant qu'il nous menait vers la salle de balle, son auriculaire caressait nonchalamment le haut de mes fesses. Mon Dieu, se rendait-il compte de la sensualité de son geste ? J'étais presque en train de froisser sa veste de costume tant son toucher me consumait graduellement. Noyée dans son étau de glace et son parfum capiteux, je remarquai à peine les décorations de l'hôtel. Ce n'est qu'une fois qu'il me lâcha à cause du manque d'espace que je pris conscience des détails.
La salle était assez spacieuse sans être excessive, elle abritait une trentaine de tables de huit personnes et une honorable piste de danse. L'ambiance était très détendue même si tous les convives arboraient leurs plus belles toilettes. C'était fascinant de voir les gens se comporter avec plus de contenance que mes compères adolescents. Il y avaient des personnes de tout âge, avec une majorité de trentenaire et c'était complètement inédit de me retrouver au beau milieu de cet événement distingué qui n'était pas nécessairement guindé. Par contre, il semblerait que mon amoureux ait le même effet partout. Je me surpris à ne pas éprouver une once de jalousie en constatant les regards légèrement hébétée de la population féminines. Je veux dire, les prunelles iridescentes d'Edward ne se détournaient pas une seule seconde de moi. Nos membres soudés étaient une indication assez explicites, il était à moi. Ce qui apparemment ne posait pas trop de problème, car je reçus beaucoup de regards attendris et de sourires complices. Je ne savais pas trop comment le prendre, alors je me contentais de rougir en silence.
Pour une raison inexplicable, Edward avait l'air incroyablement satisfait de lui en me tirant une chaise et en s'asseyant gracieusement à côté de moi. J'avais cru que nous nous installerions avec sa famille, mais en faite, nous étions à l'opposé par rapport à eux. Quand je l'interrogeai à ce sujet, il haussa les épaules et embrassa ma joue pour me distraire. Cependant, juste après, il fronça profondément les sourcils, irrité par un truc que j'ignorais. J'eu à peine le temps de le noter, que trois femmes et deux hommes colonisèrent bruyamment notre espace. Pendant que les serveurs amenaient le repas, nos voisins de table essayèrent gentiment de nous intégrer à la conversation. En théorie, j'avais plus de facilité à échanger avec des adultes mais les mains d'Edward ne quittaient jamais ma peau alors qu'il jouait sommairement avec sa nourriture et répondait avec une aisance horripilante. Ses doigts effleuraient sans arrêt mes épaules nues, mon dos découvert, mes bras pâles. Sans aucun complexe, il se penchait pour que ses lèvres alanguies naviguent sur les rebords de mon ras-de-cou, puis le creux de ma gorge où il descendit dangereusement jusqu'à mon décolleté. J'allais mourir en réprimant mes soupirs de bien-être et en l'écoutant gémir très faiblement. C'était une torture de me concentrer sur les gens en face de moi -qui nous adressaient des coups d'œil complices- alors que mon vampire était totalement inspiré et occultait tout ce qui n'était pas mon corps. Je ne savais pas ce qui le prenait, lui si pudique en société, mais dès que j'avalai ma dernière cuillerée de dessert, il était déjà debout, m'entraînant sur la large piste de danse.
Nous étions le premier couple à s'y aventurer mais mon Dieu, l'intensité qui se dégageait de lui m'empêchait de protester. J'avais du mal à ne pas être obnubilée par son visage dégagé de tout cheveux, de sa haute stature moulée admirablement bien, de sa senteur qui embrumait mon cerveau. Il porta mes mains à sa nuque, non sans avoir d'abord religieusement embrasser chacune d'elles. Je fondis encore plus. Edward me rapprocha jusqu'à ce que nos front se touchent et que nos bustes se frôlent. Envoûtée, je souris avant de resserrer d'avantage mes bras autour de lui.
- Enfin, soupira-t-il, ses prunelles dorées ancrées dans les miennes. Enfin je te tiens, termina-t-il en commençant à onduler en rythme.
Pendant plusieurs minutes, nous demeurâmes dans notre bulle, enveloppés l'un dans l'autre, bougeant en harmonie et oublieux de tout ce qui n'était pas nous. J'avais mal aux pieds à cause des talons, mais ils me permettaient d'être plus proche de lui, alors ce n'était pas si grave. Plusieurs fois je trébuchai où marchai sur ses chaussures, mais à chaque fois, Edward me souriait encore plus gentiment, à tel point que je ne me souciais plus de mon inélégance.
- Ma maladroite petite humaine...
- Mon ange gardien, répliquai-je, taquine.
Il gloussa de joie et c'était un réel ravissement de le voir prendre du bon temps, lui qui avait été si versatile ces derniers jours. Edward était présentement un mélange admirable de virilité masculine et d'allégresse candide. Je ne regrettais pas du tout son invitation et les heures que j'avais passé à être pomponnée. Si c'était tout ce qu'il fallait pour faire plaisir à mon compagnon, qu'il en soit ainsi.
- Esmée me fait remarquer que je ne t'ai pas complimenté sur ton apparence de ce soir.
Je rougis, parce qu'apparemment je ne savais faire que cela face à l'incandescence de ses pupilles.
- Moi non plus, bredouillai-je, éblouie.
Ses lèvres se soulevèrent d'un seul côté et je me nichai allègrement entre ses bras solides et sécurisants. Quand la chanson suivante débuta, je demandai timidement si nous pouvions nous asseoir, mes orteils étaient en compotes. Il m'escorta jusqu'à notre table sans protester et partit même me chercher un rafraîchissement. Pendant qu'il passait la commande au bar mis à disposition, Alice qui se trémoussait avec Jasper me fit un grand signe de la main. Je lui rendis avec entrain, elle était éblouissante dans sa robe, tout comme Esmée qui discutait avec des collègues de Carlisle, un bras autour de celui de son mari. Rosalie et Emmett étaient assis dans leur coin, la tête incliné l'un vers l'autre, les doigts entremêlés. Ils partageaient un rare moment de calme et même si la naïade blonde me tapait sur le système, ça me faisait du bien de les voir tous les deux ensembles et heureux. Ça avait dû être dur pour Edward de se retrouver constamment seul dans des événements de ce genre. C'était sûrement pour cela qu'il était ridiculement joyeux de m'amener avec lui.
Lorsqu'il revint avec un jus de fruit, j'avais fait en sorte de coller nos chaises pour que je puisse me blottir contre lui. Tout en sirotant ma boisson, je me délectais de sa proximité. Le bout de ses doigts zigzaguaient paresseusement sur ma peau nue, tandis que son souffle froid me faisait frissonner de bien-être. Ne pouvant lutter plus longtemps, je posai mon verre et penchai ma tête vers l'arrière pour capturer ses lèvres. Le seul fait qu'Edward ne résiste pas et appuie fermement sa bouche contre la mienne en public m'enflamma. Tentant un peu plus ma chance, j'entortillai mes doigts dans sa chevelure plaquée en arrière et suçotai sa délicieuse lèvre inférieure. Le bourdonnement appréciateur qui s'échappa de son torse me combla et je m'écartai pour ne pas trop l'accabler, mais il suivit instinctivement mon mouvement et bloqua ma nuque dans sa poigne. Grisé, il lécha ma bouche entrouverte, puis s'immisça à l'intérieur pour me titiller tendrement. Nos langues entamèrent un lent et long baiser langoureux qui dura et dura et dura, jusqu'à ce que je me retrouve presque sur ses genoux à desserrer sa cravate, en quête de plus de contact.
- Bella... gémit-il, la respiration pantelante. Tu me fais perdre toute mesure.
J'étais moi-même, au delà de tout discernement, m'enivrant de son goût exquis, de son derme de marbre et de sa senteur capiteuse. Incapable de me décoller de son corps, j'embrassai la peau sous son oreille, l'arrête de sa mâchoire, le creux sur son menton pour finalement revenir à la chair rose foncée, humide de nos salives. Mon Dieu, je le voulais tellement. Maintenant. Je me fichais d'être dans une salle comble, aux vus et aux sus de tous. Je désirais lacérer ses couches de vêtement pour m'enterrer en lui et savourer la force de son magnétisme qui engourdissait tout ce qui n'était pas mon élu. J'avais besoin de lui. C'était indescriptible et puissant et ce n'est que lorsqu'Edward prit fermement mon visage en coupe pour m'éloigner, que je croisai son regard assombri par la faim. J'avais mal de ce besoin, de ce désir inassouvi et je voyais qu'il éprouvait la même chose. Mon cœur battait la chamade pour lui, l'enjoignant à me dévorer et à m'aspirer et à me posséder. Mes entrailles réclamaient quelque chose qu'elles n'avaient jamais demandées ou même connues et qui pourtant était limpide pour mon esprit. S'il te plaît, prends-moi Edward.
Mon vampire se leva d'un bond puissant et maîtrisé, ses prunelles virant à l'obsidienne absolue en un millième de seconde.
- Nous partons, grogna-t-il à moitié, en me tirant sur mes jambes flageolantes.
Il n'était même pas vingt-deux heures, pourtant je ne songeai pas un seul instant à protester. Nos voisins de table n'avaient que trop profité du spectacle que nous leur offrions. Mon amoureux m'entraîna d'un pas vif vers la sortie, sans prendre la peine de saluer sa famille ou bien de passer par le vestiaire. Avant que les portes automatiques s'enclenchent, il retira sa veste de costume et m'emmitoufla à l'intérieur. Dès que nous fîmes un pas dehors, le froid glacial de l'hiver me percuta, détruisant le brouillard de luxure dans lequel je m'embourbais depuis que nos lèvres s'étaient touchées. Seigneur, j'avais poussé l'indécence à ses limites et Edward devait être furax de mon comportement. Mince, ce n'était pas du tout digne de lui, qu'une fille excitée grimpe sur ses genoux et l'accapare ainsi. Qu'est-ce-qui m'avait prise, bon sang ?
Je ne distinguais pas très bien son visage dans le noir mais son allure était brusque, comme s'il devait faire un gros effort pour ne pas simplement me jeter sur son dos et s'envoler dans la nuit. Je n'arrivais pas à savoir s'il était contrarié à cause de moi ou bien à cause de lui. Mais dès que nous arrivâmes devant l'Aston Martin et qu'il me plaqua contre la portière pour m'embrasser voracement, je me dis que peut-être je me trompais. Il était autant fou de désir que moi il y a quelques minutes ! Je jetai mes bras autour de son cou et répondis avec un entrain renouvelé. Ses mains me pétrissaient les hanches en rythme alors que les miennes voyageaient sur toute la surface de son dos. Je gémis son prénom lorsque nous changeâmes de position et que je sentis sa dureté se frotter sur le haut de ma cuisse et sa bouche me couvrir d'un sentier de baiser entre mon oreille et mon cou. Aaah, il me rendait complètement folle ! Peut-être que si nous nous dépêchions de rentrer, nous aurions suffisamment de temps seul à seul ? Une fille pouvait toujours rêver.
Nos bouches toujours soudées, je faufilai mes doigts sous son gilet lorsque soudainement, le portable d'Edward se mit à vibrer et à crachoter à un rythme effréné le vol du bourdon dans sa poche intérieure. Je sursautai tellement fort que je perdis l'équilibre et tombai vers l'arrière, arrachant les trois boutons survivants de son costume -qui s'éparpillèrent dans toutes les directions. Heureusement, mon vampire me rattrapa avant que je m'étale sur son capot. Il me fixa, incrédule, hésitant entre son agacement envers l'interférence d'Alice ou la situation grotesque dans laquelle je me trouvais. Cinq bonnes secondes s'écoulèrent où je devais avoir l'air d'un hibou ahuri, avant qu'Edward ne craque et parte en un grand éclat de rire qui s'éternisa jusqu'à ce que la morceau de Rimsky-Korsakov se coupe en plein milieu. Mes joues brûlaient de honte quand je me dégageai et m'éloignai loin de lui. Le téléphone se remit immédiatement à sonner et mon crétin d'amoureux aux iris redevenus dorés, rit plus fort en me voyant batailler avec sa veste pour décrocher.
- Alice ? aboyai-je, incapable de prendre un ton plus avenant.
Je savais qui c'était sans même vérifier l'identifiant, étant donné que c'était moi qui avait enregistré Edward au piano à son insu il y a des mois. J'avais pensé que cette mélodie convenait parfaitement au tempérament de ma meilleure amie. Maintenant, j'allais haïr cette musique jusqu'à la prochaine décennie.
- Bella ? Quelque chose ne va pas ? Pourquoi vous êtes-vous éclipsés si tôt ? C'est frustrant de ne plus avoir la possibilité d'anticiper vos mouvements. Et puis, la soirée ne fait que commencer et nous n'avons même pas eu le temps de discuter ou de danser ensemble. En plus Edward m'avait promis un tour de piste et Jasper était décidé à te proposer une danse. Sans compter qu'Emmett a hâte de te montrer ses prouesses en la matière. Où êtes-vous ?
- Actuellement ? Je suis morte de froid au milieu du parking, grommelai-je, revêche.
Je gelais sur place dans cette stupide robe trop légère, la veste d'Edward abandonnée à mes pieds. Alice me bombarda à nouveau d'une litanie de question mais visiblement, mon idiot de compagnon s'était assez repris pour me subtiliser le téléphone sans aucune délicatesse. Si je ne risquais pas de me blesser, ou pire, de me ridiculiser encore plus, je lui balancerais des coups de pieds vengeurs sur ses tibias. A ce stade, je ne réussirais qu'à foutre encore plus en l'air son complet taillé sur mesure, mais je m'en moquais. Ce serait même bien fait pour lui d'ailleurs. Une chose était certaine, c'était qu'il n'y avait pas moyen pour que je le laisse dormir ce soir dans la même chambre que moi. Abruti. Je croisai les bras et marchai vers l'auto.
- Tout va bien, Bella et moi avons d'autres plans. Ça sera pour une prochaine fois, claironna-t-il, encore à moitié hilare. Si tu pouvais récupérer sa cape au vestiaire, tu serais la meilleure sœur du monde. Je te revaudrai ça, bye Alice et il raccrocha sans la laisser placer une phrase.
Je n'avais pas fait quatre pas, qu'il m'emmaillotait à nouveau dans son vêtement, terminant même avec un câlin rieur. Pff.
- Lâche-moi, je te déteste, maugréai-je en me débattant faiblement, ma colère commençait déjà à refluer.
- Allez amour, ne sois pas fâchée, c'était plus fort que moi. Si tu t'étais vue !
Un autre gloussement le secoua et malgré ma susceptibilité malmenée, la situation me rappelait tellement la première fois qu'il m'avait dit je t'aime que mon agacement retomba comme un soufflet. En plus il fallait l'avouer, ça avait dû être vraiment drôle de son point de vue. Une seconde nous nous embrassions à perdre haleine et puis l'instant suivant je titubais sur mon propre vêtement. Plus tue-l'amour, tu meurs. Il me bécota le cou jusqu'à ce que je me coule dans ses bras et que je l'étreigne à mon tour. Raah, je n'étais même pas fichue de lui faire la tête pendant deux minutes. Ce coquin le savait pertinemment et c'est en compagnie de son sourire canaille que nous montâmes finalement dans l'Aston Martin. Il alluma le chauffage à fond et dès que ma ceinture fut bouclée, il fit rugir le moteur de plus de cinq cents chevaux. Je me déchaussais pour libérer mes pauvres petits orteils et tournai la tête vers l'extérieur, silencieuse.
- Tu boudes ? demanda-t-il prudemment, une fois en dehors de Port Angeles.
- J'aimerais bien. Tu sais très bien à quel point j'ai horreur qu'on se moque de ma maladresse, soupirai-je.
J'avais deux-trois souvenirs assez traumatisants en réserve où j'étais le centre de l'attention, piégée au milieu d'une nuée de rire. C'était probablement excessif de réagir de la sorte mais je n'avais pas encore acquis la compétence d'autodérision. J'espérais bien me transformer en vampire avant de me retrouver une nouvelle fois dans cette posture.
- Je suis sincèrement désolé Bella mia, s'excusa-t-il, malheureux. Je ne souhaitais pas...
- Je sais, l'interrompis-je. Ce n'est rien, vraiment.
Je pris sur moi pour évacuer toutes mes mauvaises ondes et regagner un meilleur état d'esprit. Pour faire bonne mesure, je lançai le lecteur CD et emprisonnai la main d'Edward dans la mienne. Pourtant cela eu l'effet inverse et je perçu une certaine tension s'accumuler dans son corps.
- Bon, expira-t-il après une quarantaine de kilomètres sur la voie rapide dans cette ambiance étrange. J'ai une surprise pour toi.
. Fallin' : d'Alicia Keys, une chanson que j'adore. Si ça vous intéresse des reprises au saxophone, vous trouverez facilement le disque en entier sur YouTube en tapant : Soft Jazz Sexy Instrumental Relaxation Saxophone Music 2013 Collection
Salut les filles ! Désolée encore pour tout ce retard mais c'est mon anniversaire aujourd'hui et je voulais absolument vous offrir ce chapitre comme cadeau ! Là, ce que vous venez de lire, c'est la moitié de ce que j'ai écrit depuis septembre. Le chapitre 11 original détaille bien comme il faut la surprise d'Edward mais au moment de publier tout à l'heure, je me suis rendue compte que je n'avais pas mis tout ce que je souhaitais et que je voulais encore continuer la scène. Ce n'est pas grave me direz vous, sauf que le chapitre faisait déjà plus de 16 000 mots... Alors sur un coup de tête je l'ai coupé en deux et vous le propose ce soir !
La bonne nouvelle c'est donc que la suite est déjà pratiquement entièrement écrite et va arriver très rapidement, la mauvaise, c'est que je vous laisse avec cette fin qui ne clôture pas du tout l'action u_u
Bref, bref, bref, je suis super heureuse de vous retrouver et j'attends avec impatience vos commentaires, je vous promet que la suite va vraiment vous plaire ;)
Si non, des idées quand à la surprise d'Edward ? Ce n'est pas bien compliqué je vous l'assure :P
Merci pour votre soutien, à très bientôt :
Soundousse :)
