Chapitre 11 : Confrontations
Note : Bonne Année 2016 et Meilleurs Vœux à tous !
Guepard54
AR/NCIS
Le trajet jusqu'à l'agence s'était passé calmement. Gibbs était seul à l'avant tandis que Ziva surveillait leur suspect sur la banquette arrière. Ledit criminel conservait la même expression impassible que précédemment, comme s'il ne se sentait absolument pas concerné par sa propre arrestation.
Juste avant de quitter l'entrepôt et avec l'autorisation plus que réticente des agents du NCIS, Zeljan Kurst avait contacté ses avocats pour les informer de sa situation. Tout au long de sa conversation téléphonique, il avait affiché un air goguenard qui disait qu'il pensait être bien vite remis en liberté.
Sûrement pas, se promit intérieurement Gibbs à cette pensée. Non seulement le Yougoslave était-il sans aucun doute à l'origine du meurtre des Pleasure, mais également de nombreux autres crimes de par sa position au sein d'une organisation criminelle internationale. Cet homme était vraiment une ordure finie et méritait, au minimum, de finir ses jours dans une prison gouvernementale.
L'ex-Marine se gara juste devant l'entrée de sécurité de l'agence, celle par laquelle ils faisaient toujours passer leurs suspects.
Kurst le suivit docilement mais, de toute manière, Ziva le suivait comme son ombre, attentive à ses moindres gestes.
Les agents de sécurité postés là saluèrent rapidement leurs collègues avant de contrôler l'absence d'armes du directeur de Scorpia.
Gibbs, Ziva et le Yougoslave se dirigèrent ensuite vers les escaliers qui descendaient à la morgue et au laboratoire d'Abby, mais surtout au premier sous-sol, vers les cellules d'interrogatoire.
Ils venaient à peine de pénétrer dans la cage d'escalier lorsque d'autres voix montèrent vers eux.
« Tu vois, Abby est vraiment très gentille. La plupart des gens qui la rencontrent l'adopte aussitôt. »
L'ex-Marine reconnut immédiatement la voix posée et chaleureuse de Timothy McGee. La réponse qu'il entendit alors confirma la présence d'Alex Rider aux côtés de son agent. L'adolescent utilisait encore une intonation sarcastique mais semblait néanmoins plus détendu que ce qu'il avait montré jusqu'alors.
« C'est vrai que vous possédez une perle rare ! Une employée d'agence fédérale, un peu fofolle qui écoute du métal à fond dans son laboratoire et se drogue au soda caféiné, ça ne doit pas courir les rues. »
Gibbs sourit tendrement en entendant la remarque. Il est vrai qu'Abby, qu'il considérait lui-même comme sa propre fille, était une personne singulière mais très attachante.
Il fut tiré de ses pensées par un reniflement presque indiscernable et méprisant et se tourna vers Kurst. L'air impassible de l'homme ne parvenait pas à dissimuler le sentiment de supériorité qui se dégageait de lui tandis qu'il fixait les escaliers. Cela ne faisait pas de doute qu'il ait reconnu la voix de l'adolescent qui avait pénétré dans son entrepôt la nuit précédente.
Ils entendirent à nouveau l'adolescent qui prononça les mots suivants comme s'il se parlait à lui-même.
« A sa manière, elle me fait un peu penser à Jack. »
McGee et lui étaient à présent arrivés en haut des escaliers et le jeune espion s'était figé en apercevant le Yougoslave. Celui-ci affichait à présent un air cruel.
« Tiens, Alex Rider. Tu voulais peut-être parler de Jack Starbright ? Attention, Rider, tu ne voudrais pas que ce qui lui est arrivé arrive à d'autres gens, tout comme ce qui est arrivé à tes parents. »
L'air présent dans la cage d'escalier parut se solidifier d'un seul coup. Un silence à couper au couteau suivit la déclaration chargée de menace. Gibbs nota que l'homme n'avait pas évoqué les Pleasure, il savait donc parfaitement ce qu'il faisait.
Quant à Alex, il n'avait pas esquissé un seul geste mais les agents fédéraux avaient tous pu remarquer le regard polaire dont il couvait le criminel en face de lui. D'ailleurs, au fond de lui, le garçon sentait la violence couler dans ses veines, une violence qui ne demandait qu'à s'exprimer afin de démolir l'un des principaux responsables du champ de ruines qu'était devenue sa vie.
Gibbs fut le premier à ressentir la colère, presque palpable, de l'adolescent et décida que la plaisanterie avait assez duré. Il se tourna vers ses coéquipiers.
« McGee, je vais avoir besoin de vous en interrogatoire. David, remontez avec Alex. Dinozzo ne devrait plus tarder à présent. »
Ils lui obéirent sans discuter. Il est vrai que les compétences de McGee étaient souvent nécessaires au bon fonctionnement du système de la vitre sans teint. Mais en vérité, l'ex-Marine pensait surtout que Ziva était plus apte à gérer les personnes poussées à bout, à l'image d'Alex Rider en cet instant. Le jeune homme avait véritablement l'air prêt à tuer quelqu'un, de préférence le malfrat qui lui faisait face à ce moment précis. Ce dernier avait d'ailleurs remis en place son visage de marbre, l'air désintéressé au possible.
Gibbs fit alors avancer sans plus un mot dans l'escalier ledit sinistre personnage toujours menotté. McGee le précédait tandis qu'il observait du coin de l'œil Ziva prendre doucement et prudemment l'épaule du gamin afin de le guider tranquillement vers leur espace de travail.
AR/NCIS
Alex arriva dans ledit espace enragé comme un lion en cage. Il tourna en rond un moment avant que l'Israélienne ne parvienne avec peine à le faire s'asseoir à son propre bureau. Puis il frappa deux ou trois coups de poing assez forts dans le meuble mais ne parut pas se rendre compte de la douleur qu'il s'infligeait alors qu'il n'arrêtait pas de marmonner entre ses dents.
« Le s******* ! Le s******* ! »
Après quelques coups supplémentaires et non moins violents, sa main fut recouverte d'égratignures. A ce moment, Ziva décida finalement d'intervenir et lui prit fermement le bras pour l'empêcher de continuer à se faire du mal.
Le garçon lutta encore quelques instants puis se laissa glisser hors du fauteuil, jusqu'au sol, tremblant de tout son corps. Ses yeux étaient secs mais ce n'était pas la première fois que Ziva voyait un soldat trop brisé pour être encore capable de pleurer.
La jeune femme tenta tout doucement de l'attirer contre elle mais recula dès qu'elle vit sa réaction. Ce n'était pas vraiment la faute du gamin, il s'agissait plus d'un réflexe de survie dû sûrement au syndrome de stress post-traumatique dont il souffrait clairement. Il n'empêche que s'il avait tenu un couteau, Ziva se retrouvait avec trois doigts en moins.
Alex sentit le brusque mouvement d'écart de l'Israélienne plus qu'il ne le vit. Il réalisa trop tard qu'il l'avait attaquée. Il se recroquevilla un peu plus contre le bureau, cherchant à s'éloigner d'elle.
« Désolé… je ne voulais pas… Je suis vraiment désolé. », murmura-t-il.
L'ex-Mossad accepta ses excuses d'un simple signe de tête.
« Ne t'inquiète pas, ce n'est pas de ta faute. »
Elle le laissa reprendre ses esprits en silence. Puis le jeune espion acquiesça lentement avant de murmurer à nouveau pour lui-même.
« Scorpia, c'est de la faute de Scorpia. Mes parents, Ian, Jack et maintenant Sabina et ses parents. Scorpia s'amuse à détruire ma vie depuis le commencement. », répétait-il comme un mantra.
Décidant qu'il valait mieux le laisser venir à elle plutôt que de chercher à arracher des confidences de la bouche d'un gosse traumatisé, Ziva s'attela à son propre travail.
Elle venait à peine de se plonger dans une des nombreuses listes d'éventuels employés de Scorpia, lorsque retentit une nouvelle voix qu'elle connaissait très bien.
« Ahhh… Pourquoi Gibbs n'a-t-il pas demandé au Roi des Elfes de baby-sitter des criminels ? C'est du boulot de Bleu, çà ! Je me… »
Tony s'interrompit brusquement en voyant sa collègue lui faire de grands gestes pour qu'il baisse le son tout en lui désignant le bas de son bureau.
Le cinéphile se mit alors à mimer des pas de loup tout en s'approchant et aperçut une touffe de cheveux blond cendré.
Curieux mais néanmoins discret, il alla s'asseoir à son propre bureau, et commença à taper la surface de ses doigts impatients. Il se mit finalement à travailler lorsque Ziva lui jeta un regard noir par-dessus l'écran de son ordinateur.
Tous deux étaient profondément plongés dans leurs tâches respectives quand, quelques minutes plus tard, Alex Rider se releva sans un mot et se dirigea comme un automate vers la sortie.
Alertée, Ziva se leva à son tour.
« Alex, où vas-tu ? »
Le jeune homme s'arrêta pour se tourner vers elle. Les yeux bruns étaient remplis d'éclairs.
« Jack Starbright était ma meilleure amie adulte. Mon oncle Ian l'avait engagée comme jeune fille au pair quand j'avais cinq ans. En effet, de part son véritable job que je n'ai découvert que beaucoup plus tard, il est très souvent absent. Mais Jack, elle, était toujours là pour moi. Même à la mort de mon oncle, Jack est restée avec moi en Angleterre alors que rien ne l'y obligeait. Elle était originaire d'ici, vous savez, sa famille vit à Washington D.C. Et il n'y a même eu pas de corps pour eux à enterrer ! »
« Que s'est-il passé, Alex ? », la voix de Tony était inhabituellement douce lorsqu'il posa la question.
Le garçon se tourna vers lui et les yeux remplis de rage glacèrent l'homme. Alex n'avait que quinze ans et ce qu'on lui avait fait subir, que ce soit d'ailleurs Scorpia ou le MI6, était révoltant.
« Scorpia a tué Jack. Je les avais déjà affrontés deux fois et mis en échec leurs opérations. Leur nouveau contrat concernait le Secrétaire d'Etat américain mais ils avaient également monté un dossier sur le MI6 qui employait illégalement un adolescent de quatorze ans pour leur faire du chantage avec pour but final de me détruire. Et avant, ils ont choisi de me torturer psychologiquement en tuant Jack. Ils y ont réussi mais j'ai tué le chef du projet moi-même et ai fait finalement échouer l'entière opération. », conclut l'adolescent dans un rictus plein d'amertume.
Tony resta pensif un moment. Il songea que malheureusement, Scorpia avait eu le dernier mot en tuant la famille Pleasure dernièrement.
Il demanderait à Gibbs ce qu'il comptait faire avec le gamin une fois l'enquête résolue. En effet, Alex Rider était à présent totalement seul et complètement traumatisé. Pouvoir reconstruire sa vie signifierait dans son contexte avoir besoin d'une personne stable sur laquelle s'appuyer.
AR/NCIS
En silence et les sourcils si froncés qu'ils ne paraissaient former qu'une seule et même ligne, Gibbs pénétra dans la cellule d'interrogatoire. McGee y avait installé Zeljan Kurst avant d'aller régler les micros derrière la vitre insondable.
L'ex-Marine s'assit et agrippa fermement les pans de sa veste. Il devinait que cette conversation allait être très déplaisante.
En face de lui, son interlocuteur restait impassible, si ce n'est pour la lueur cruelle au fond du regard, visible pour un observateur averti. Tel que Leroy Jethro Gibbs.
« Je suis sûr que vous avez très bien deviné la raison derrière cette convocation, Monsieur Kurst. »
Le susnommé eut un très bref et sinistre éclat de rire.
« Dîtes-moi donc tout de suite ce que vous voulez m'entendre dire, Agent Gibbs, ce sera plus simple. »
« Pourquoi avez-vous tué les Pleasure ? », répondit celui-ci du tac au tac.
Le Yougoslave inclina la tête pour cacher un demi-sourire arrogant puis planta ses yeux délavés droit dans ceux de l'ex-Marine.
« Vous croyez vraiment que je vais vous dire…, quoi ? Je ne connais absolument pas ces Pleasure dont vous me rebattez les oreilles, alors je ne vois absolument pas pourquoi je les aurais tué ! »
Il fallait reconnaître que le jeu d'acteur était excellent. En outre, il avait utilisé un intermédiaire en freelance pour commettre son crime et le NCIS n'avait toujours pas de preuve irréfutable sur la culpabilité de l'homme. Gibbs disposait seulement de son instinct et celui-ci était toujours très fiable mais ce n'était pas avec cela que l'on coffrait les criminels.
Et devant tant de malhonnêteté, l'ex-Marine décida de changer de tactique.
« Et à propos d'Alex Rider ? Vous n'allez tout de même pas me dire que vous ne le connaissez pas ? »
L'homme ne se troubla pas plus alors que l'agent fédéral commençait à perdre son sang-froid.
« Je ne parlerai plus qu'en présence de mes avocats. »
A cette réponse, Gibbs dut faire un effort pour se retenir. Il n'avait jamais apprécié les avocats et trouvait qu'ils se mêlaient le plus souvent de ce qui ne les regardait pas, voire empiraient les choses.
Moins de trente minutes plus tard, la suite des évènements lui donna raison lorsque les avocats de Kurst se présentèrent au NCIS.
« Notre client n'a rien à faire dans les murs du NCIS, agent Gibbs. Cette agence n'a aucune autorité valable le concernant et voici d'ailleurs la relaxe ordonnée par le juge. En outre, Monsieur Kurst n'a rien à se reprocher. »
Bien sûr que non, pensa amèrement Gibbs, à qui la dernière phrase donnait envie de vomir. Juste quelques centaines de morts, voire milliers, la famille Pleasure en tête.
Nul doute que l'apparente légalité que le directeur de Scorpia s'était efforcé de mettre dans ses affaires dernièrement avait finalement payé. Cà et les ficelles que ses avocats, payés sans aucun doute une fortune, avaient su tirer pour lui assurer l'immunité sans regards pour ses crimes.
Il faillit perdre le sang-froid qu'il s'était imposé lorsque ledit criminel conclut par ces mots mielleux :
« Je dois simplement repasser à votre bureau, Monsieur Gibbs. J'ai oublié quelques affaires me semble-t-il. »
L'ex-Marine devina tout de suite la tentative pour narguer une nouvelle fois le jeune espion.
Eh bien, peut-être que face à l'avis d'un juge fédéral, le NCIS n'était pas de taille mais cela ne signifiait pas pour autant que Gibbs allait abandonner la partie. Oh non, il n'en avait certainement pas fini avec cette ordure. Il ne voulait pas laisser tomber le jeune Alex Rider comme, involontairement ou pas, tout le monde l'avait fait jusqu'à présent. Et Gibbs était bien décidé à garder cette promesse.
