Chapitre 10 – À quoi sert la balançoire dans leur chambre
« Alors, donc vous avez ensuite recherché les Cullen et ... » tenta de relancer Bree, qui n'avait pas envie que les anecdotes cessent.
« Grâce à mes visions j'ai réussi à les repérer à Hoquiam, c'était en 1955 nous raconta Alice. Ils s'apprêtaient à déménager, alors avec Jasper nous avons tout fait pour arriver à temps. Nous sommes arrivés un soir en janvier. Esmé était en pleine lecture à l'étage et Carlisle à côté étudiait. Les deux obsédés étaient dans leur chambre et Edward au piano… »
« Tentant de couvrir le bruit. » précisa mon père.
« Jasper était très nerveux. Il ne pouvait pas croire que les Cullen ne se nourrissaient que de sang animal. Puis quand il m'a vue chasser, ça a été un choc, et finalement, il essayé. »
« Tu as réussi à ne pas tuer ? » questionna Bree.
« Eh bien, avant qu'Alice me trouve, répondit Jasper, cela faisait dix ans que j'étais seul et presqu'autant que je me terrais sans chasser. Je n'avais plus d'espoir. Malheureusement, je n'ai pas réussi à résister quand un groupe de promeneurs un jour est passé près de ma tanière. Puis je suis parti et j'ai erré. C'est ainsi que je me suis retrouvé à Philadelphie. »
« Pourquoi tu es allé dans un dinner ? » lui dit ma mère.
« Je … je suivais une proie. »
Jasper était honteux, comme à chaque fois qu'il évoquait son passé et ses « erreurs de parcours » au sein de la famille.
« Jasper a un faible pour les femmes hispaniques, il suivait une des serveuses du « dinner ». Mais il ne l'a pas tué. » répondit pour lui Alice.
Aucune jalousie ne pointait dans son ton, nous savions pourtant tous que Jasper avait déjà eu une compagne, Maria, avant de la quitter.
« Enfin bref, j'ai sonné, reprit Alice, mais je n'ai pas attendu qu'on m'ouvre. Une seconde plus tard, ils étaient tous en position d'attaque face à nous. »
Je tendis la main à Alice, je voulais vraiment assister à cette scène.
Alice était tout sourire face aux cinq vampires, Jasper lui s'était aussi mis en position d'attaque et s'était placé devant sa compagne pour la protéger. D'un geste, mon père fit comprendre aux autres de ne pas se sentir menacés. Pour autant aucun ne parla immédiatement. Ils se dévisagèrent et mon père lisait dans les pensées d'Alice et Jasper.
« Non, hors de question ! » siffla ensuite mon père.
« Oh que si, c'est celle qui a la plus belle vue, et puis j'ai une tonne de valises ! »
« Tu nous expliques ? » demanda Carlisle à mon père.
« Elle veut ma chambre ! » dit-il tel un enfant boudeur.
Esmé s'approcha d'Alice, ignorant Jasper qui était toujours tendu.
« Bienvenue. Comment tu t'appelles ? »
« Alice et voici Jasper. Nous souhaitons faire partie de votre famille. »
Carlisle vint à son tour se poster auprès d'Alice.
« Vous ne buvez pas de sang humain, n'est-ce pas ? »
« Non, bon là nos yeux sont sombres mais sinon ils sont de la même couleur que les vôtres. C'est génial, hein Jasper ?»
Rosalie, qui jusqu'alors n'avait rien dit, toisa Alice.
« C'est de Chanel ? » enquêta Rosalie en désignant de la robe d'Alice
« Oui ! Oh super tu aimes aussi la mode ! »
« C'est hors de prix, comment fais-tu ? »
« Euh… bon il ne faut pas me juger… Avec Jasper, on a eu besoin d'un petit nid d'amour quand on s'est rencontré. Bah oui, on n'allait pas le faire dehors surtout qu'il peut être très… »
« Alice ! Par pitié ! » l'implora Jasper.
« Oui désolée chéri. Bref, disons que j'ai la faculté de voir l'avenir. Bon ce n'est pas du 100%, cela peut changer si la personne change d'avis. Mais pour la bourse c'est extra ! »
« Tu boursicotes ? » rigola Emmett.
« Ouep ! »
« La classe. »
« Il n'y a que deux salles de bains ici, alors tu n'as pas intérêt à squatter la nôtre en permanence. » dit Rose à Alice, d'un ton très hautain.
Alice sautilla vers elle, toujours un sourire sincère collé sur les lèvres et lui fit une bise sur la joue.
« Ne t'inquiète pas, je suis si heureuse d'être avec vous ! Je me ferai tout discrète, c'est promis.»
« N'empêches que tu n'auras pas ma chambre ! » intervint mon père.
« Une porte blindée ne servirait à rien, petit ! » lui lança Alice qui avait vu les intentions de mon père.
« Me jeter hors de ma chambre par la force non plus ! répliqua mon père qui avait lu dans les pensées de ma tante. Eh oui ! Moi aussi j'ai un truc, je peux lire les pensées de n'importe qui. Dis à ton copain d'arrêter d'imaginer mille et une morts pour moi. C'est bon, je vous la laisse la chambre mais toi, ma vieille, tu me le revaudras. »
Ces échanges avaient été les prémices de la complicité entre mon père et ma tante. Alice lâcha ma main et la vision s'estompa. Bree se tourna vers Jasper.
« Ça n'a pas dû être facile pour toi. »
« Oh ça va, on n'est pas des monstres. » râla Emmett.
« Ce que je voulais dire, expliqua mon amie, c'est qu'il avait d'abord vécu non pas dans une famille mais au sein d'un clan, d'une armée. Vous voir aussi proches et complices l'a peut-être décontenancé. »
« C'est vrai Bree, j'ai mis près de quinze ans avant de me considérer comme un membre de la famille. Pour Alice ce fut immédiat bien évidemment. Je savais que sans elle, jamais je ne serais resté et je serais passé à côté de tant de joies et de bonheur. Les Cullens ont décidé de rester une année supplémentaire à Hoquiam, pour nous aider à nous intégrer. Ils ont tous été très patients avec moi et pour cela je leur serai éternellement reconnaissant. »
« Il est tout ému mon petit frère… » se moqua Emmett.
« La ferme ! »
« Bras de fer ! » le défia Emmett.
Mes deux oncles disparurent à l'extérieur de la maison mais les bruits que nous percevions étaient suffisamment explicites. Il ne s'agissait pas que d'un bras de fer.
« Je ne sais pas si un jour il sera moins puéril. » se désola Rosalie en songeant à son mari.
« Et vous autres, comment avez vous vécu leur arrivée ? » demandai-je.
« Esmé bien sûr, nous a accueilli à bras ouverts, nous a aidé à nous installer aussitôt, répondit Alice pour les autres. Rosalie est restée silencieuse et a examiné scrupuleusement ma garde robe. Puis elle m'a fit aussi une bise et est sortie. »
« Je suis allée voir leur voiture. » précisa Rose.
« Carlisle a pris à part Jasper, ils ont discuté de longues heures et Jasper lui a confié qu'il avait encore du mal à se contrôler. Carlisle a été très présent pour lui ainsi qu'Edward qui le reprenait à l'ordre dès qu'il pensait au sang humain. Emmett, bah c'est comme si c'était naturel. »
« En fait, il était ravi d'avoir un adversaire qui ne puisse pas lire ses pensées. Malheureusement pour lui, Jasper est un très bon combattant, Emmett ne peut compter que sur sa force brute et… »
Mon père fut projeté à travers la baie vitrée, dans un bruit d'enfer.
« Oh non ! râla Esmé. Mais Emmett, on vient juste d'arriver ! Tu ne pouvais pas continuer à jouer dehors. »
Mon oncle ne l'écoutait plus car il s'était rué vers mon père qui s'était déjà relevé.
« Allez Professeur X, mets ton esprit en off et vient te battre comme un vampire ! » tempêta mon oncle.
Quand Emmett appelait mon père Professeur Xavier (personnage des X-Men qui peut lire dans les pensées), c'est qu'il était vexé.
Jasper était rentré et riait avec nous devant les deux frères qui rivalisaient d'astuces et de force pour clouer l'autre au sol.
« Un vrai gamin. » soupira Rosalie.
Bree se tourna vers elle, après m'avoir attrapée le poignet et elle nous guida toutes les deux vers le sofa.
« Je veux voir Rosalie et Emmett au début… enfin, les passages où ils sont habillés ! »
J'interrogeai du regard ma tante et elle me donna la main.
« Après avoir mis a exécution mon plan pour me venger, nous avons quitté Rochester pour nous rendre dans le Tennessee. Esmé en avait envie, même si nous ne pouvions pas sortir souvent en plein jour. Ils avaient tous à cœur de m'aider à me contrôler. Parfois il m'arrivait de parcourir des kilomètres juste pour le plaisir de courir vite. J'évitais les villes évidemment. Et puis je suis tombée sur un ours qui maintenait un homme jeune à terre. Quand l'animal l'a jeté pour revenir à la charge, j'ai eu peur sans comprendre pourquoi. Je me suis postée devant l'ours et je lui ai brisé la nuque en une seconde. Puis je me suis assise près d'Emmett. Il était inconscient, et je l'ai trouvé si … innocent, fragile et cela m'a émue. »
Nous regardions tous la scène, sauf mon père et le principal intéressé. Puis nous observâmes le Emmett « vampire », il n'avait plus rien d'innocent. Il ressemblait plutôt à l'ours ! Un vrai monstre.
« Puis j'ai pris conscience qu'il saignait beaucoup, il avait été blessé aux jambes et il avait une large entaille près de la tempe. J'ai un mouvement de recul car le venin avait envahi ma bouche. Mais je ne cessai de me répéter « pas lui ». Il me rappelait aussi le fils de mon amie Véra, Henry. J'ai pensé alors à Carlisle. Lui seul pouvait le sauver. Je l'ai porté sur plus de cent cinquante kilomètres. »
« Rose, qu'as-tu fait ? » l'accueilli horrifié Carlisle quand elle était arrivée à la maisonnette perdue au milieu d'une prairie.
« Je … ce n'est pas moi… un ours… tu dois… tu dois le sauver, je t'en supplie Carlisle. »
« Pose le ici. »
Mon père et Esmé arrivèrent à leur tour. Ma grand-mère fit un geste vers Rose pour l'éloigner mais elle ne voulait pas lâcher la main d'Emmett.
« Qui est-ce ? » demanda mon père.
« Je n'en sais rien. Il s'est fait attaqué par un ours aux Black Bear Falls, et je… je ne pouvais pas le laisser là-bas. Personne ne l'aurait trouvé avant des jours, il serait mort. » plaida Rose.
« Calme-toi ma Rose, lui dit Esmé. Tout va s'arranger. Carlisle s'en occupe. Tu devrais y retourner et découvrir qui il est, si il a de la famille. »
« Mais… » tenta de protester ma tante.
« Il vaut mieux le faire maintenant, il ne va pas se réveiller tout de suite. »
« D'accord. »
« Tu veux que je vienne ? » proposa mon père.
« Non, aide Carlisle, s'il-te plaît. C'est important. »
Emmett n'avait plus de famille et sa disparition avait à peine été remarquée, Rose ne sut que son nom et son âge. Emmett McCarthy, vingt ans.
Quand il sortit de la transformation, Rose fut la première qu'il vit.
« Mon ange… tu m'as sauvé. »
Rosalie sanglotait tant elle était soulagée et Emmett se releva pour la bercer dans ses bras.
« Merci. » lui murmura-t'il.
« Emmett, tu ne seras pas seul, tu vas rester avec nous d'accord ? »
« Euh… Mais je suis où ? »
« A Seymour. Nous allons nous occuper de toi. Tu n'as rien à craindre. »
« Et l'ours ? J'étais à deux doigts de lui faire bouffer ses… »
« C'était une femelle. » se moqua Rose.
« Oh ! Dans ce cas… mais qu'est-ce qu'il m'est arrivé ? »
« Je t'ai trouvé et Carlisle, mon père, t'a sauvé. Mais pour cela, il t'a … transformé en vampire. »
« Elle est bonne celle-là. Jim va bien se foutre de moi ! »
« Emmett, ce n'est pas une blague. Viens. »
Elle le guida devant un miroir.
« La classe… je suis drôlement plus musclé. Mais … mes yeux ! »
« Ça ne durera pas, enfin pas si tu fais comme nous. N'aie pas peur.»
Carlisle pénétra dans la petite chambre et d'un signe de tête demanda à Rosalie de le laisser expliquer à Emmett sa nouvelle condition. Elle sortit et la vision se termina.
« Il a tout de suite adoré être un vampire. Sa vie n'avait pas été facile, il avait travaillé très jeune dans les mines. Il ne se souvient de quasiment rien, c'est sans doute aussi pour cela qu'il a accepté sa nouvelle vie si facilement. Par contre, il a craqué quelques fois. » nous dit Rosalie.
« Au début ? » demandai-je soupçonneuse.
« Non, c'est arrivé après que nous soyons revenus vivre auprès de Carlisle, à Londres. »
« Et pourquoi pas au début? Vous l'aviez séquestré ? » rigola Bree.
« Oh ! Ça suffit, tu t'en doutes ! soupira ma tante. Les premières années, on les a passé à… enfin tu vois. Nous ne chassions qu'en dernier recours. On a dû partir seuls, enfin ils nous ont dit de partir. Carlisle avait confiance en moi, et nous n'avons tué alors aucun humain. Puis nous avons rejoints les autres qui étaient partis vivre à Londres. »
« Je leur ai fait découvrir l'Amérique du Sud, l'Egypte, la Chine, la France et pour finir donc l'Angleterre. » ajouta Carlisle.
« Et vous avez revu Kachiri ? » demandai-je.
« Oui, Emmett et Edward se sont fait une boulimie de pumas, de léopards et même quelques gigantesques serpents.»
« Mais attend Carlisle, et les Quileutes dans tout ça ? » coupa Bree.
« Nous avons vécut à Hoquiam après la guerre. Nous avons adoré cette région, c'est pourquoi nous y sommes finalement resté, plus ou moins. Lors d'une chasse, nous avons été pris par surprise, les guerriers Quileutes, sous leur forme humaine, nous avaient encerclés. Une chance qu'ils n'aient pas été loups alors car nous n'aurions pas pu négocier. »
« Montre moi Ephraïm, un jour je le ferai voir à Billy et à Jacob. » dis-je en priant que mon trouble ne se voit pas.
De ne prononcer que son nom, j'en étais toute chamboulée, car grâce à Rosalie, j'avais maintenant accepté d'être liée à lui. Je ne m'attendais pas à être obligée d'insister auprès de mon grand-père et dès la première image de ma vision, je compris sa réticence. Jacob était le sosie de son arrière grand-père, Ephraïm. La même stature imposante, les mêmes yeux noirs et profonds, les cheveux courts (étonnant car la coutume indienne voulait que les hommes portent les cheveux longs, mais pour un loup, il est plus pratique de les avoir courts).
« C'est vraiment le portrait de Jake, tu ne trouves pas Nessie ? » m'interrompit dans mes pensées Bree.
« Jacob pas Jake… Tu as raison, ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau… »
Je stoppais rapidement la vision. C'était trop dur pour moi de le voir sans pouvoir lui parler ni le toucher.
Note pour plus tard, tentez de provoquer moi-même les visions et imaginer Jacob au moins torse nu… hummm
« Renesmée ? » me demanda soucieuse ma mère.
« Comment ? »
« Tu ne veux pas reprendre la vision ? »
« Désolée, cela me fatigue beaucoup. » mentis-je.
« Ephraïm et les siens n'avaient jamais rencontré de vampires, mais leurs légendes ne parlaient pas de vampires aux yeux dorés, alors le chef nous a cru. Une semaine plus tard, nous avons conclu le traité. »
« C'était comment à Londres ? »
Je voulais changer de sujet. Penser à Jacob était finalement assez douloureux car il me restait tant à faire afin de nous réunir un jour.
« Dès les premières heures de la guerre, nous y sommes allés avec Esmé et Edward. Rose et Emmett étaient sur leur île. Avec les bombardements quotidiens, l'air était saturé de poussière aussi nous avons pu sortir en plein jour. Je m'étais engagé dans la Croix Rouge, Esmé et Edward faisaient parti des volontaires pour dégager les décombres et rechercher les survivants. Nous avons quitté l'Angleterre en 1944, car nous étions soupçonnés. »
« Comment ça se fait ? » questionna Bree.
« Rose a dit qu'Emmett avait craqué à Londres. » rappela ma mère.
« Emmett et Rose ont aussi participé à la recherche des survivants, mais l'odeur du sang était parfois si forte qu'Emmett en était très frustré. Un jour, il parti chasser avec Esmé et moi mais il nous a filé entre les doigts et a tué un groupe de femmes qui travaillaient aux champs. Puis il rencontra sa « tua cantante » et il la tua aussi. Un enfant l'a surpris, mais Emmett s'est enfui, il ne lui a rien fait. Nous étions découverts, même si nous étions à plusieurs centaines de kilomètres de Londres, nous ne pouvions pas prendre le risque de rester en Angleterre. Le soir même Rose y est retournée et a assommé trois loups et les a déposé près du lieu de la tuerie. Les paysans ont cru à une attaque de loups, mais le témoignage de l'enfant leur ont quand même mis le doute.»
« Pauvre Rose… » soupirai-je.
« J'étais en colère car je voulais rester encore à Londres, assister à la victoire. Mais je ne lui en veux pas, car c'est notre nature et c'est très difficile de résister. » nous confia ma tante.
« Qui d'autre a rencontré sa « tua cantante » ? » demandai-je.
Mon père et Emmett revinrent alors dans le salon et sans un bruit, entreprirent de dégager les débris de verre. Puis mon oncle partit seul et mon père nous dit qu'il se rendait chez les Denalis pour récupérer le matériel pour réparer la baie vitrée.
« Je crois que seul ton père et Emmett l'ont rencontré. » me répondit Carlisle.
« Je croyais aussi avoir été très attirée par un humain à Londres justement, mais quand j'ai vu l'attitude de ton père avec ta mère quand elle était humaine, j'ai réalisé que je n'avais rien connu de tel. » me dit Rosalie.
« Oh ! Vous me raconterez vous deux votre histoire ? » piailla Bree.
Elle était surexcitée et cela m'étonnait. Elle était d'une trop grande curiosité.
« Suivons l'ordre chronologique si tu le veux bien. » la sermonna gentiment ma mère.
« Donc ensuite, vous avez un peu voyagé, puis Hoquiam, et ensuite ? »
« Nous avons vécut aussi à San Francisco de 1961 à 1969. »
« Je ne pensais pas que vous aviez vécut d'une une si grande ville, ici aux États-Unis. »
« C'était un test, précisa mon grand-père. À Londres, nous passions vraiment inaperçus, mais à Hoquiam, les Quileutes nous ont vite repéré et même dans la petite ville, nous étions montrés du doigt. Il fait dire qu'à l'époque, nous n'avions pas vraiment réfléchi à comment nous présenter. Quand Alice et Jasper nous ont rejoint, nous avons eu du mal à expliquer notre lien de parenté. Au bout d'un an, nous sommes partis, en faisant escale ça et là. Nous avons tenté San Francisco et ce fut une très bonne expérience. Mais nous ne pouvions pas chasser aussi facilement. »
« Alors tout s'est bien passé ? On pourrait y retourner après la Sibérie. » proposai-je.
« Peut-être. Mais tout ne s'est pas bien passé. » me dit Carlisle.
Je remarquai que contrairement aux premiers entretiens que nous avions eu, il ne cherchait plus à me cacher les détails négatifs.
« J'ai travaillé à l'infirmerie de la prison d'Alcatraz... »
« Woaw ! Raconte ! »
Je forçai un peu sur l'entrain, mais je poulais absolument me sortir Jacob de la tête.
« Ce n'était pas la pire des prisons, rien à voir avec ce qui a été montré dans les films ou les romans. Nous étions tous logés sur la petite île, dans une minuscule maison, mais finalement cela a permis à Jasper et Emmett de ne pas être trop tentés. »
« C'est d'un sinistre… » commenta ma mère.
« Peut-être, mais au moins, il y avait du sport ! dit mon père. Nous devions déjouer tous les systèmes de sécurité pour retourner à terre et chasser. Tu aurais vu Emmett… On n'avait du mal à le canaliser, Rose a fait des sacrifices sans doute pour l'occuper. »
Ma tante ne releva même pas la provocation. Derrière ses airs de princesse des neiges, c'était une amante passionnée et imaginative, je l'avais appris à mes dépends. Elle ne s'était sûrement jamais forcée pour satisfaire et occuper son homme.
« Puis la prison a fermé deux ans après et j'ai trouvé une place de médecin de nuit au General Hospital. Grâce à Alice, nous avions commencé à amasser suffisamment d'argent pour vivre dans une grande propriété à Sausalito. Nous bénéficions d'une certaine intimité. Esmé et les filles avaient trouvé une veille bâtisse à rénover. Edward continua d'étudier la médecine quant à Emmett et Jasper, … ils sont restés plus ou moins inactifs. Trois ans après notre arrivée, j'ai rencontré Randall. Il s'apprêtait à tuer un homme dans une ruelle et je l'en ai empêché. Il a été si surpris qu'il n'a pas cherché à m'attaquer. J'ai vite réalisé que c'était un nouveau-né. Je l'ai ramené à la maison et lui ai appris les lois, je lui ai proposé de vivre avec nous, mais il n'a pas du tout adhéré à notre philosophie. Je sais que ça ne peut pas hélas marcher pour tous les vampires. Bref, j'ai continué à le voir de temps en temps pendant deux ans, mais il voulait voyager aussi je n'ai pas insisté. Avant de quitter la ville, il est venu me voir. Il voulait se tester et il est venu jusqu'à mon service. Au moment où je l'ai rejoint, un brancard passa devant nous, avec une poche de sang sous notre nez, Randall a perdu tout contrôle et j'ai eu de la chance car j'ai réussi à l'éloigner. Par la suite, il commença à voler les poches de sang directement dans mon service. J'ai reconnu son odeur. J'ai préféré démissionner par prudence et je lui ai demandé de quitter la région. J'ai travaillé ensuite dans un centre social, je ne pouvais pas me permettre de rester dans un hôpital. »
« Bon ça se finit bien alors. » marmonnai-je.
« L'épisode à San Francisco fut riche en rebondissements. Nous y avons rencontré de vieilles connaissances… »
« Qui ? Les Volturis ? »
« Non Bree, les Quileutes. En 1969, la prison d'Alcatraz était fermée donc et inutilisée. Un collectif d'étudiants issus de différentes tribus indiennes décida d'occuper l'île, proposant de la racheter contre des perles et du tissu… »
« Comme ce que les premiers américains leur avaient donné contre Manhattan. » débitai-je, me souvenant vaguement d'un cours d'histoire sur ce sujet.
« Exact. En moins d'un mois, il y eut là bas près de six cents personnes. Autant dire que la situation sanitaire n'était pas idéale aussi j'y suis allé avec d'autres associations pour les aider. J'y ai vu Billy Black, le père de Jacob. Il ne connaissait pas bien les légendes et n'a pas fait attention à moi mais un autre membre de la tribu, Quil Ateara Senior, lui, a fait dès notre rencontre le rapprochement. Il a menacé de dévoiler ma véritable nature si je ne quittais pas la prison. Je pouvais comprendre, il craignait que je les tue tous. »
« Six cents indiens isolés sur une île… Ils ne puaient pas, tous ? » demandai-je.
« Seuls les guerriers Quileutes ont une odeur si forte, les autres sentaient beaucoup moins. Bref, nous étions en dehors de la zone du traité, aussi je suis parti aussitôt et nous avons déménagé trois jours plus tard pour l'Alaska. »
Emmett revint alors, lourdement chargé mais surtout suivi d'Eleazar.
« Désolé de vous interrompre mais quand Emmett nous a dit que Renesmée parvenait à matérialiser vos souvenirs, je n'ai pas pu m'empêcher de venir. » déclara Eleazar.
« En fait, nous avions fini, cela me demande trop d'efforts et je ne peux pas maintenir les visions trop longtemps. » expliquai-je agacée.
« Oh bien sûr, une autre fois alors. »
Il ne fit pourtant aucun geste pour partir, mais à part moi, personne ne semblait gêné de sa présence. Je me rembrunis davantage quand je remarquai qu'il ne m'avait toujours pas quitté des yeux.
« C'est dingue, en cinquante ans, Carlisle, tu as créé ton clan ! » s'exclama Bree.
« Oui, pour tout te dire, je ne l'avais pas prévu. Après Edward, je pensais que nous resterions seuls à jamais. Esmé nous a rejoint puis Rosalie et alors à nouveau j'ai cru que s'en été fini. Mais non, Rose a trouvé Emmett. Puis Alice et Jasper ont débarqué… C'est du rapide. »
« Bree, c'est sur un siècle qu'il a fait notre famille. rectifiai-je. Tu oublies ma mère, moi et toi bien sûr. »
Elle baissa alors les yeux, et j'aurais dû penser qu'elle était émue d'être considérée comme étant de la famille. Pourtant, elle me semblait craintive et honteuse. Je me levai jusqu'à mon père et le prit affectueusement dans mes bras, sans raison apparente. Il fut surpris mais je communiquai avec lui.
Écoute Bree, elle nous cache quelque chose. Écoute aussi Eleazar, s'il te plaît.
Nous échangeâmes un rapide regard, le sien était très inquiet et le mien tentait de le convaincre. Il avait de plus en plus de scrupules à écouter nos proches. Il gardait son esprit fermé aux autres quasiment en permanence.
Je tentai ensuite de suivre la conversation, mais elle avait divergé, je ne savais pas comment. Rosalie parlait.
« Avant la venue du lutin et du dépressif (Jasper grogna à cet instant), j'avais trouvé un équilibre précaire. Les premières années, j'avais vécu sur ma joie de m'être vengée, puis j'ai trouvé mon homme. Au bout d'une dizaine d'années pourtant j'ai été prise moi aussi de regrets. Je voyais le monde changer alors que j'étais figée à jamais dans mes dix-huit ans et Emmett et moi ne pourrions jamais avoir une vie comme celle dont je rêvais humaine. Lors de notre premier mariage… »
Sans réfléchir, je pris la main de ma tante. Eleazar allait finalement assister à ce prodige.
Tout se mit en place. Une petite chapelle, la pluie qui tombait dehors, Rosalie renversante et nerveuse dans sa robe de mariée, Emmett ébahi et comblé. Carlisle, Esmé émus et mon père au piano, souriant de bonheur. Le pasteur avait l'air un peu effrayé mais tout se passa comme un mariage ordinaire. C'était simple, intime, bref tout le contraire des autres mariages qu'ils célébrèrent ensuite. D'ailleurs Bree fit aussi la comparaison.
« Mais pourquoi les autres mariages étaient aussi kitchs ? »
Ma tante fit la moue, la remarque de Bree était blessante mais tellement vraie.
« Eh bien… je voulais vraiment que cette première fois soit unique. Les autres mariages sont moins importants.»
« De ce que j'ai vu en photos, insista Bree, les autres aussi étaient uniques. Sur un bateau, dans la Vallée de la Mort, à Las Vegas, sous la mer, même à Westminster ! » énuméra Bree.
« Heureusement qu'aux Etats-Unis, Carlisle a pu vous marier, parce que franchement, vous étiez flippants au soleil ! rigolai-je. Oh Bree tu as oublié la fois où ils se sont mariés en sautant en parachute. C'est le seul auquel on a assisté toutes les deux, c'était trop marrant ! »
Nous n'avions que quatre ans en âge post transformation, quand Rose et Emmett avait renouvelé leurs vœux. Je me souvenais que les discussions étaient houleuses. C'était au tour d'Emmett de choisir et Rose avait fini par cédé, mais elle avait pesté car elle avait dû cacher ses magnifique cheveux sous un casque !
« Et quand ils étaient déguisés en Bonnie et Clyde ! Emmett faisait vraiment macro ! » ricana mon amie.
Rosalie se leva, agacée, mais ne put s'empêcher à son tour de pouffer. Ma mère et ma grand-mère étaient tout aussi hilares que Bree et moi.
« Et la fois dans le stade des Yankees ! »
« Non celui-ci, il était génial. » plaida mon oncle.
« Emmett, la prochaine fois qu'on se marie, ce sera dans un château, je veux un mariage de princesse cette fois-ci ! » lui intima Rosalie.
« Tu es sûre bébé ? Parce que je me disais que ce serait génial de le faire dans un igloo ! »
« J'avais déjà dit non il y cinquante ans, je n'ai pas changé d'avis ! »
« Ou alors en plein milieu de notre élevage d'ours ! »
Les discussions durèrent jusqu'à une heure tardive pour moi, l'hybride qui avait besoin d'un minimum de sommeil. Eleazar nous quitta enfin et moins d'un quart d'heure plus tard, Bree prétexta un petit creux et s'éclipsa.
Je sautai aussitôt sur mon père et l'attira dans la cuisine.
« Alors ? » murmurai-je très bas.
« Eleazar n'a eu aucune pensée suspecte de toute la soirée. Bree par contre, a pensé « Je m'en veux tellement. » puis ses pensées ont été trop floues. »
« Tu perds la main c'est pas possible ! » m'énervai-je.
« Attention Nessie, je t'ai déjà dit que je n'aimais pas faire ça, ne me force plus la main. Tu n'as aucune raison de douter de Bree, et encore moins d'Eleazar. »
Sur ce, il quitta la pièce. Je jetai un vague coup d'œil à l'extérieur, histoire de me calmer. J'aperçus le veste orange et rouge de Bree, c'était elle mais de là où je me tenais, impossible de le confirmer, ni voir ce qu'elle faisait près du local d'étude, situé à deux cent mètres de notre maison. Je sortis en catimini, fit un large détour mais me tins à une telle distance que je ne pouvais être ni repéré, mais ni voir. J'entendis des faibles voix.
« J'ai fait tout ce que vous m'avez demandé ! » s'exclama Bree agacée.
Hélas, ce fut les seuls mots que je saisis, et Bree rebroussa chemin. Puis je rentrai à mon tour et sautai directement par la seule fenêtre ouverte au premier étage. Manque de chance, c'était la chambre de Rosalie et d'Emmett.
« Vous êtes vraiment des animaux ! » m'écriai-je avant de quitter leur chambre à toute vitesse.
Je n'avais pas vu grand-chose, mais c'était suffisamment explicite et dès lors où j'avais atterri dans leur chambre, j'avais pris le risque d'être traumatisée à vie.
Mes parents accoururent pour me rejoindre en haut des escaliers. Ils semblaient très inquiets.
« Qu'est-ce qu'il a Nessie ? » m'interrogea mon père.
« Rien… j'ai oublié une seconde la fameuse leçon « frapper avant d'entrer ». Rosalie et Emmett. »
Mes parents échangèrent un air mortifié. Ils étaient toujours très prudes envers moi, ils ne voudraient pas m'expliquer ce que j'avais vu, mais pour échapper aussi à leur sollicitude, je posai la question qui me brûlait les lèvres depuis mon entrée chez mon oncle et ma tante.
« À quoi sert la balançoire dans leur chambre ? »
