Il ne se passa pas longtemps avant que Winry ne reçoive une autre lettre de Ed.

Il pleuvait à verse ce jour-là, ce qui était assez inhabituel à Resembool. Une journée typique, à cette saison, aurait dû être ensoleillée avec une légère brise, une journée parfaite. Mais au contraire, des nuages gris cachaient le soleil et il pleuvait des cordes. Il faisait plus froid que d'habitude, Winry avait même dû rallumer le chauffage.

Elle n'aimait pas du tout la pluie. L'humidité abîmait les automails et il était plus difficile de travailler dessus. Elle se sentait triste en regardant le ciel gris, sombre et la pluie. Le monde semblait monochrome quand le temps était aussi mauvais. Le son de la pluie heurtant le toit la rendait folle. De plus, ça lui rappelait le jour où les frères Elric avaient tenté de transmuter leur mère.

Bien qu'elle était censée réparer l'automail d'un de leur client habituel, elle passa la moitié de la journée à regarder par la fenêtre. Les jours comme ça, le travail était le dernier de ses soucis. Ca faisait déjà longtemps qu'elle était revenu du voyage avec les Elrics, et elle se demandait ce qu'ils pouvaient bien faire. S'attirer des ennuis, évidemment… et casser des automails. Elle ne pu s'empêcher de sourire un peu, une petite voix ironique résonnant dans sa tête.

Puis, le facteur, venu depuis la ville, lui apporta la lettre d'Edward.

Elle fut heureuse mais pas si surprise que ça de recevoir cette lettre. Elle jeta un coup d'œil à Pinako, qui était trop occupée par son travail pour la remarquer, et ouvrit la lettre. Elle était supposée travailler, oui, mais ce n'était pas comme si elle était concentrée aujourd'hui.

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Winry,

Tellement de choses se sont passées. Nous avons tous les deux de bonnes et de mauvaises nouvelles. Ou, pour être plus exact, ce qui aurait pu être une bonne nouvelle ne l'est plus maintenant. Et quelques soient les bonnes nouvelles, elles sont éclipsées par les mauvaises.

Nous avons la pierre philosophale Winry. Nous l'avons. Scar l'a faite en utilisant les soldats venus à Lior… Malgré les milliers de morts, il l'a faite. Une énorme pierre même. Si on oublie le fait que des dizaines de milliers de gens sont morts pour ça, ça pourrait ressembler à une bonne nouvelle. La très mauvaise nouvelle est que la pierre philosophale, c'est Al. Ce salaud a transmuté Al en pierre philosophale.

Maintenant tout le monde est après nous… L'armée, les homonculus… On s'occupera de l'armée après. D'abord, on doit rentrer à Resembool. Il y a quelque chose que nous… que je dois prendre pour vaincre l'homonculus.

L'armée viendra probablement là-bas pour me chercher. Je suis vraiment, vraiment désolé de te causer tellement d'ennuis. Je ne le voulais pas, mais j'imagine que c'est le prix à payer pour ce que j'ai fait. L'échange équivalent.

Ne réponds pas à cette lettre et ne fais rien. C'est une lettre écrite par un criminel recherché, ne l'oublies pas.

Edward

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Quand elle finit de lire la lettre, ses mains tremblaient tellement qu'elle crut qu'elle allait déchirer le papier. Elle lança un regard nerveux à Pinako, qui était toujours intensément concentrée sur son automail.

Winry paniquait. Elle s'était attendue à une lettre normale, mais pas à ça. Elle s'était aussi attendue à ce que les frères Elric s'attirent des ennuis, mais pas des ennuis aussi…sérieux. Elle avait besoin de réfléchir, mais son cerveau semblait gelé. EdAl… Elle n'arrivait plus qu'à répéter leur nom dans sa tête.

« Winry ? »

Pinako avait finalement remarqué que quelque chose n'allait pas. Pas de réponse. Pinako fronça les sourcils. Elle s'apprêtait à crier pour attirer l'attention de la jeune fille quand elle remarqua que les mains de Winry tremblaient. Quelque chose n'allait pas.

« Winry, qu'est-ce qui se passe ? »

Winry leva des yeux apeurés sur sa grand-mère et lui tendit la lettre. Pinako la lut, pâlissant un peu plus à chaque mot.

« Que dois-je faire mamie ? » dit Winry d'une voix tramblante. Elle était effrayée. Pinako leva les yeux sur sa petite-fille avec compassion et lui tapota le dos.

« On ne peut rien faire Winry. Tout ce qu'on peut faire, c'est les attendre. »

« Ils ont de très graves ennuis, n'est-ce-pas ? »

« Ils le sont toujours. Et cela depuis la nuit où ils on essayé de ramener leur mère. »

« Mais… Ils ne sont jamais retrouvés dans des situations aussi graves. Pourquoi ont-ils fait ça ? »

« Winry, ne soit pas déraisonnable. Tu sais pourquoi ils l'on fait et ils ne peuvent pas se plaindre. Ils ne se plaindront pas, même s'ils le pouvaient. C'est une partie du prix à payer pour avoir tenter une transmutation humaine. »

Winry clignait des yeux pour refouler ses larmes, mais ça ne marchait pas. Tout fut brouillé, et avant qu'elle ne s'en rende compte, elle braillait comme un bébé. Pinako la serra dans ses bras ; c'était rare qu'elle montre des gestes d'affections, mais voir Winry pleurer comme un bébé n'était quelque chose qui arrivait souvent non plus.

« Pourquoi est-ce que ça tombe toujours sur eux…? »

Plus tard dans la journée, quand Winry fut seule dans sa chambre, elle murmura tristement dans le vide. Elle avait toujours envie de pleurer, mais ses larmes avaient fini par se tarir. Elle s'imagina à quoi elle devait ressembler et elle eut un petit rire ironique.

« Pourquoi…Pourquoi ça tombe toujours sur eux ? Pourquoi ne puis-je pas être à leur place… ? »

Elle se sentait tellement coupable d'être à Resembool à vivre une vie paisible alors que les frères Elric subissaient tant de choses. Combien de fois avait-elle souhaité les aider à porter leur fardeau ? Bien sûr ça n'aurait jamais été possible. Mais elle l'avait tant souhaité…

Elle se leva pour prendre un stylo, mais arrêta son geste. Elle s'apprêtait à écrire une réponse, comme elle le faisait toujours, mais elle se souvint qu'elle n'était pas censée répondre à cette lettre. Une lettre d'un criminel recherché. C'est ce qu'Edward avait dit. Il avait dû se dépêcher de lui écrire, à en juger par l'écriture, plus brouillonne que d'habitude.

Elle avait envie de vomir. Et elle l'aurait fait si son estomac n'était pas déjà vide. Elle avait aussi envie de pleurer, mais ses yeux lui faisaient mal. Tout ce qu'elle souhaitait pour le moment, c'était revoir les frères Elric encore une fois… en particulier Ed. Elle avait encore tellement de choses à lui dire. Comme 'Comment fais-tu pour toujours te mettre dans de telles situations ? » ou « Tu ne réfléchis donc jamais avant d'agir ? » ou encore « Tu penses un peu aux gens qui s'inquiètent pour toi ? ».

Ou bien « Ne vas pas trop loin ». Et « Je ne veux pas que tu meures ». Et…

Peut-être, peut-être seulement « Je t'aime ».