Bonsoir à tous!
Tout d'abord, je vous souhaite une excellente année 2009 (et non il n'est pas trop tard). Me revoici avec un chapitre MEGA long d'Eternal Snow! J'ai mis un temps dingue à écrire plus de 20 pages Word, j'espère que le résultat vous plaira!
Dans les chapitres précédents: Elliot, un jeune loup garou que Rémus a pris sous son aile, doit partir pour une mission dangereuse dans l'ancienne tribu de Greyback (mort depuis deux ans). Tonks est sur le point d'accoucher, et on ne sait pas encore si sa fille sera lycanthrope ou non. Charlie Weasley a disparu depuis un an et demi suite à une attaque de loups garous. Ron et les jumeaux sont au Chicaneur pour démasquer l'espion qui met en danger le journal de Luna. Hermione a reçu une lettre de Rowena où elle avoue avoir pratiqué la Magie du Sang (elle ne l'a pas encore montrée à Drago). Et enfin Drago est un cracmol, et lui et Harry se sont battus dix jours plus tôt.
Je remercie aussi comme d'habitude ma beta Lupinette, qui en plus de se farcir 20 pages à corriger est toujours présente pour me donner de bons conseils quand je pédale.
Bonne lecture et n'oubliez pas la review!
Eternal Snow
Chapitre 11: Comme un rocher dans la mer
- TONKS EST EN TRAIN D'ACCOUCHER!
Le cri de Ginny Weasley résonna fortement dans la cuisine du Square Grimmaurd. Les quatre hommes présents relevèrent la tête d'un même mouvement. Rémus fut le premier à réagir, en blanchissant dangereusement:
- Q... Qu... oi...? Maintenant? parvint-il à articuler.
La jeune messagère reprit sa respiration et expliqua:
- J'étais en train de discuter avec Tonks quand elle a commencé à sentir des contractions. Elle a su tout de suite que ce n'était pas une fausse alerte. Je suis allée chercher Hermione immédiatement, elle est auprès d'elle pour l'instant... Rémus, tu devrais peut-être y aller.
Le lycanthrope ne prit même pas la peine de répondre et fonça vers la porte, tandis que Ginny lui emboîtait le pas. On entendit rapidement leurs pas précipités dans les escaliers. Les trois occupants de la pièce, restés interdits pendant le court échange, s'autorisèrent enfin à reprendre leur respiration.
- On dirait que cette fois-ci est la bonne, commenta Kingsley Shacklebolt, placide.
- Il était temps, ajouta Alastor Maugrey.
Elliot se contenta de hocher la tête et concentra de nouveau son attention sur les plans qu'ils étaient en train de contempler la minute précédente.
- Donc, fit-il autant pour revenir au sujet dont ils débattaient que pour sortir de sa tête les images qui lui étaient venues à la simple mention d'Hermione, vous êtes absolument sûrs que c'est là que se trouve l'ancienne meute de Greyback?
- Toutes les informations que mes Aurors ont récoltées concordent, acquiesça Kinglsey. Depuis que Greyback a été tué, ils se sont repliés à la frontière entre l'Ukraine et la Roumanie, dans les Carpates orientales.
- Cette mauvaise graine peut y faire la loi! grogna Fol Oeil. Les autorités sorcières Ukrainiennes et Roumaines se disputent le territoire depuis des siècles sans pour autant en assurer la sécurité.
Elliot n'aimait pas trop qu'on lui rappelle que l'endroit dans lequel il allait se rendre était sous le contrôle exclusif des loups-garous serviteurs de Voldemort.
- Ça aurait été plus facile s'ils étaient revenus en Angleterre... murmura-t-il.
- Ils n'en ont pas besoin tant que Tu-Sais-Qui ne le leur demande pas, soupira Kinglsey. Le jour où nous nous déciderons à l'attaquer, il appellera ses meutes en renfort et elles répondront nombreuses à sa demande.
- Et ce jour arrivera bien plus tôt que nous le pensons, prophétisa Maugrey. Crois-en mon expérience, petit, je sens que les choses s'accélèrent.
- Je préférerais qu'elles ne s'accélèrent pas trop tant que je serai dans la meute, fit le jeune lycanthrope en repliant mollement les cartes. Je n'aime pas l'idée d'avoir à vous affronter pour garder ma couverture.
- Apprends-nous en le plus possible, et si tu sens qu'une attaque se prépare, reviens ici et préviens-nous.
L'espion acquiesça gravement. Soudain, Harry Potter fit irruption dans la pièce.
- J'ai croisé Ginny et Rémus: il parait que Tonks va enfin accoucher?
- Oui, acquiesça Kingsley. D'ailleurs, on allait partir pour vous laisser en famille. On a fini d'informer Elliot sur sa mission, tu as quelque chose à ajouter?
- En effet, fit Harry en se tournant vers le lycanthrope. Pendant que tu seras dans la meute, j'aimerais que tu vérifies quelque chose. On pense que certains de ces loups-garous ont attaqué l'élevage de dragons de Charlie Weasley il y a un an et demi. Je sais qu'il y a peu d'espoir de le revoir vivant, mais je pense que les Weasley aimeraient au moins une confirmation de sa mort. Ça leur permettrait de faire leur deuil.
Elliot voyait parfois Mrs Weasley s'essuyer les yeux discrètement quand elle pensait que personne ne faisait attention à elle, et Mr Weasley avait souvent le regard absent de ceux qui vivent un grand malheur.
- Je ferai ce que je pourrai, dit-il tout en étant conscient qu'il était probable qu'il ne découvre rien du tout.
Les loups-garous ne s'embarrassaient pas de connaître le nom de leur victime avant de la dévorer. Ils exécutaient les ordres de Voldemort avec une froideur et une célérité qui donnaient froid dans le dos. Et ce soir-là de juin 1999, le Seigneur des Ténèbres avait ordonné de tuer, uniquement.
- A propos des Weasley, reprit Harry, est-ce que quelqu'un sait où se trouve Molly? Hermione pourrait avoir besoin d'une sage-femme...
- Au Chicaneur je crois, avec Arthur. Mais je pensais que l'autre dépravé l'assistait déjà? ronchonna Maugrey en faisant référence à Abelforth Dumbledore.
- Allons Alastor, sourit Kingsley, tu sais bien que Dumbledore ne tiendra pas tout ce temps dans la chambre sans sortir au moins une critique bien sentie. Miss Granger a besoin de quelqu'un qui l'aide à gérer la situation une fois qu'elle l'aura mis à la porte.
- Je plains Hermione, fit Harry d'un air sincère.
Une fois de plus, les pensées d'Elliot revinrent vers ce qui s'était passé le matin même. Le baiser avec Hermione et la semi discussion avec Rémus emplissaient son esprit d'images qui le torturaient. Il détestait cette situation qu'il avait pourtant lui-même créée. S'il avait continué à aimer Hermione en silence, s'il n'avait pas pris son courage à deux mains, il ne souffrirait pas d'être rejeté. Mais d'un autre côté, il se haïssait d'avoir laissé passer sa chance parce qu'il avait été suffisamment délicat pour ne pas s'imposer immédiatement.
Il n'était pas sûr qu'Hermione elle-même en ait conscience, mais durant les dernières semaines elle s'était particulièrement repliée sur elle-même, n'accordant son temps qu'à Tonks et au mystérieux patient de la chambre voisine. Et il avait bien compris que ce patient avait une importance capitale pour elle. Il l'avait vue s'éloigner inexorablement, et se rendait compte à présent que ce baiser volé était sa façon maladroite d'essayer de la retenir.
Avec un soupir, il attrapa son sac à dos et y fourra les cartes sans beaucoup de précautions. Il avait maintenant hâte de quitter l'atmosphère étouffante de la maison, même s'il savait qu'il ne reviendrait peut-être pas.
- Je ferais bien d'y aller, fit-il à l'intention des trois autres. Je ne veux pas rater le dernier ferry pour le continent. Déjà que je vais devoir marcher la plupart du temps, je n'ai pas envie en plus de traverser la Manche à la nage.
Les loups-garous de cette tribu étaient parmi les plus conservateurs et ils réprouvaient les membres qui utilisaient la magie à tout bout de champ. Par conséquent, arriver chez eux en transplanant n'était pas vraiment indiqué pour faire bonne impression.
- Tu as raison, répondit Kingsley d'un ton paternel. Fais attention à toi et n'oublie pas de contacter Viktor Krum régulièrement pour nous informer sur la situation là-bas.
- Il est fiable à cent pour cent, précisa Harry. Je l'ai choisi moi-même pour être ton relais.
Elliot savait que le chef de l'Ordre et l'ancien attrapeur bulgare avaient tissé des liens étroits lors du Tournoi des Trois Sorciers, auquel il avait lui-même assisté en troisième année. Il n'avait pas vraiment de doute sur sa fiabilité, et était en réalité assez curieux de rencontrer cette ancienne star du Quidditch qui avait fait semblant de se reconvertir dans les plantations de Bulbobulb pour mieux servir l'Ordre. Krum tablait sur sa popularité toujours présente pour obtenir des informations délicates, et il était le premier à avoir rapporté les attaques des élevages de dragons roumains.
- Je lui transmettrai tout ce que je pourrai apprendre.
Et il se dirigea vers le hall d'entrée, suivi de Maugrey et Kingsley.
- Au revoir...
Ce fut le coeur très lourd qu'il quitta le 12 Square Grimmaurd, sans savoir s'il y remettrait les pieds un jour.
°oOo°oOo°oOo°
Harry regarda partir le jeune lycanthrope avec un mélange d'appréhension et de soulagement. Elliot, bien que de constitution déjà fine, lui parut encore plus maigre et plus pâle que d'habitude. Ses cheveux châtains n'étaient pas aussi disciplinés que d'habitude et il avait pris soin de se vêtir d'habits usés, afin d'intégrer plus facilement la meute de loups-garous.
Le Gryffondor n'avait jamais été très à l'aise en la présence d'Elliot, et ne parvenait pas à en comprendre la raison. Ce ne pouvait pas être à cause de sa nature de loup-garou: il n'avait pas le même genre de réserve avec Rémus. Mais il était vrai que son ancien professeur n'était pas un espion qu'il envoyait vers une mort possible, alors qu'Elliot prenait sans cesse des risques pour lui ramener des informations. En tant que commandant de la résistance contre Voldemort, Harry devait parfois faire des choix qui ne lui plaisaient pas.
- Professeur Dumbledore, c'est dans ces moments-là que vous me manquez le plus, murmura-t-il.
Il ne se laissa pas le loisir de s'appesantir sur les difficultés d'être chef de l'Ordre, et se concentra sur ce qu'il devait faire à présent: prévenir Molly et Arthur Weasley de l'accouchement imminent de Tonks.
Il se dirigea vers le salon du premier étage, en accordant un coup d'oeil distrait au mur à côté de l'escalier. Parfois, lorsque la maison était complètement silencieuse, on entendait encore les vociférations étouffées du portrait de la mère de Sirius. C'était le premier aménagement que Harry avait tenu à apporter à cette horrible maison: puisqu'on ne pouvait pas retirer le cadre du mur, il allait l'enfermer. Ainsi, les occupants de la maison n'auraient plus à supporter les injures de l'abominable rombière. Mais personne n'avait prévu que Kreattur, toujours fidèle à sa maîtresse, se jetterait entre le tableau et le sortilège de maçonnerie d'Hermione, s'emmurant ainsi vivant. La jeune Médicomage avait mis plusieurs semaines à se remettre de ce drame.
- Mais où est cette Poudre de Cheminette? grogna Harry en parcourant des yeux les alentours de la cheminée du salon.
Dans cette pièce également Harry avait apporté de nombreux changements, le plus notable étant la disparition de l'arbre généalogique des Black. A la place, il avait fait installer un portrait de Sirius jeune et souriant. Ce cadre lui mettait du baume au coeur à chaque fois qu'il entrait dans la pièce.
Il repéra enfin le petit sac sur le manteau de la cheminée et l'attrapa d'un geste vif.
- Les presses du Chicaneur, Horton Crescent!
Il se mit à quatre pattes et avança la tête dans les flammes vertes, en se disant pour la millième fois au moins qu'il devrait faire installer quelques coussins à proximité de cette cheminée pour protéger ses genoux. A ses yeux apparurent le salon kitch et abondamment décoré de la ferme des Skeeter. Justement, la journaliste qu'il portait le moins dans son coeur s'approchait de lui en minaudant:
- Tiens tiens, voyez-vous ça! Le grand et trop-occupé-pour-m'accorder-une-interview Harry Potter nous fait l'honneur de sa visite.
- Bonsoir à vous, Rita, dit-il en réprimant l'envie soudaine de faire marche arrière. Je cherche Molly et Arthur, les avez-vous vus?
- Ah non, tu ne t'en sortiras pas comme ça, cher Harry!
Elle s'assit dans le fauteuil en face de lui et brandit sa redoutable Plume à Papotte verte:
- Mes lecteurs se demandent pourquoi l'Ordre n'a rien tenté pour empêcher l'explosion de cette usine à Glasgow. Tu as un commentaire à faire sur cette épouvantable tragédie?
- Et qu'aurait-on pu y faire? répliqua Harry avec morgue. C'était un accident! Les Mangemorts eux-même n'étaient pas en cause.
- Voyons voyons voyons, Harry! fit Rita d'un air faussement maternel. Toi et moi savons bien de quoi il retourne!
Il vit la plume s'agiter.
- Non, je... tenta de protester Harry.
Mais il fut sauvé de ce mauvais pas par Ron qui entrait dans la pièce, suivi par une femme d'une cinquantaine d'années grisonnante et un peu enrobée.
- ... et j'ai déjà fait part à vos frères ma grande inquiétude pour le numéro de décembre! Bien que nous ne soyons qu'en début de mois, il me parait important de vous faire remarquer que vos mesures de sécurité ralentissent le travail de façon alarmante et je...
- Oui Maggie! l'interrompit Ron. Je vous promets que nous y veillerons et que... oh! Salut Harry!
Harry, qui venait de lire sur le carnet de Rita "... et Harry Potter, jeune et inexpérimenté chef de l'Ordre du Phénix, ne nie pas son impuissance face à un drame qui..", saisit l'opportunité de se débarrasser de la sangsue:
- Je suis désolé, mesdames, dit-il en essayant de dissimuler le soulagement dans sa voix. Je dois discuter d'informations top secrètes avec Ron Weasley ici présent. Je vous demanderai donc de bien vouloir sortir.
Maggie s'empressa d'obéir et quitta la pièce en précisant qu'elle allait s'entretenir avec Luna de ce retard "inqualifiable" du journal. Rita la suivit plus lentement, et referma la porte avec un air entendu.
- Je l'aurai cette interview, Harry! prévint-elle avant de s'éloigner.
Ron leva les yeux au ciel, en une très bonne imitation de Ginny.
- Je vois que ton coquard a disparu, dit Harry en guise d'introduction.
- Heureusement oui, répondit son ami en portant inconsciemment sa main au visage. Rita s'en donnait à coeur joie, elle a appris par les jumeaux que personne n'avait le droit de me soigner, ordre de maman...
- J'imagine donc que ces trois semaines n'ont pas été une partie de plaisir?
Son vis-à-vis haussa les épaules.
- Bah, dans l'ensemble ça s'est bien passé. J'ai aidé Fred et George à mettre en place leur piège, même si pour l'instant nous n'avons eu aucun résultat. Soit l'espion est très malin, soit il attend de savoir comment contourner le Fidelitas pour nous trahir.
- Je pense que tu as raison. Dis aux jumeaux de redoubler de prudence, personne ne doit savoir où se trouvent les presses!
- Comme si j'avais besoin que tu me le dises...
Le rouquin fit une pause, puis reprit d'un ton hésitant:
- Comment va Hermione?
- Elle va bien, pour autant que je puisse en juger. Je pense que ses recherches sur Rowena Serdaigle avancent, mais elle ne me tient pas informé. En fait...
Il se frotta les yeux par dessous ses lunettes avec lassitude.
- ... je ne suis pas sûr qu'elle aille si bien que ça. Mais ni toi ni moi ne pouvons y faire quelque chose.
Ron fit une moue triste, mais acquiesça.
- J'ai entendu dire que Malefoy s'en était sorti? demanda-t-il encore.
- Oui, c'est ce qu'il semble. Mais il a perdu ses pouvoirs et comme tu t'en doutes il ne le prend pas très bien.
Les sourcils de Ron atteignirent pratiquement la racine de ses cheveux:
- Perdus ses pouvoirs? Je rêve, pourtant ce n'est pas encore Noël!
L'air de ravissement béat de Ron fit ricaner Harry:
- Je vois que tu ne te sens pas trop coupable...
- Et pourquoi ça? répliqua le rouquin avec mauvaise foi. Ça lui apprendra à mépriser les moldus et les cracmols! Ce n'est pas moi qui aurai pitié de lui.
- Disons que, même privé de ses sorts, il a encore un fameux crochet du droit! précisa Harry, la mâchoire toujours raide depuis la bagarre dix jours plus tôt.
- C'est vrai, s'exclama Ron, Ginny m'a dit que tu t'étais battu avec ce cancrelat! Je ne l'ai cru qu'à moitié, mais en tous cas elle était très en colère!
- Elle m'a fait la tête pendant trois jours, confirma Harry. Et depuis, si j'ai le malheur de poser un seul orteil dans l'infirmerie, je me fais chasser à grands coups de chauve-furie!
Ron éclata de rire, pendant que Harry secouait la tête d'un air faussement malheureux.
- J'imagine, reprit le rouquin après s'être calmé, que tu ne t'es pas agenouillé dans la suie pour simplement me demander de mes nouvelles?
- En effet, je suis venu prévenir Molly que Tonks va accoucher. Je pense qu'Hermione aura besoin de l'aide d'une sage-femme un peu plus expérimentée que Ginny.
Son ami n'envisagea même pas la possibilité qu'Abelforth puisse tenir ce rôle: lui aussi connaissait son caractère.
- Je vais la chercher. De toute façon, Fred et George n'étaient pas loin de la renvoyer par hibou postal: elle n'arrête pas de les enguirlander parce qu'ils lui ont caché être les gardiens du secret du Chicaneur!
Harry grimaça. Ça ressemblait bien aux jumeaux de dissimuler ce genre d'information à leur mère! Et elle allait à tous les coups trouver le moyen de le rendre responsable, même si elle savait au fond d'elle-même que Fred et George n'avaient certainement consulté personne avant de prendre cette décision. Mieux valait donc que Harry ne rencontre pas Mrs Weasley tout de suite.
- Je te laisse lui expliquer la situation, finit-il par dire, moi j'ai des crampes. Et je te prédis que la nuit va être longue...
- Bon courage! lui dit Ron. Et j'espère pour toi que tu es aussi mauvais en Divination qu'en Occlumancie, sinon tu ne vas pas fermer l'oeil!
Le ton compatissant de son ami ne parvenait pas tout à fait à surpasser la pique cachée dans sa dernière phrase. Avec le temps, Ron devenait trop vantard à son goût, et c'est un peu amer que Harry mit fin à l'échange en se retirant des flammèches vertes.
Il redescendit vers la cuisine, vide, et attendit. Les Weasley devraient probablement arriver dans quelques minutes, et Ginny et Rémus allaient sans doute redescendre quand Molly serait dans la place. Effectivement, il n'eut pas longtemps à attendre avant de percevoir des bruits de pas dans l'escalier, puis le couloir. Mais celui qui entra n'était pas exactement la personne qu'il avait le plus envie de voir seul à seul à cet instant.
°oOo°oOo°oOo°
Drago ne supporta les gémissements de Tonks dans la chambre voisine que trente-deux minutes et dix-sept secondes. Une longue demi-heure émaillée par l'arrivée du futur père, de la rouquine à moitié hystérique et du vieux fou. Il avait vu passer Hermione en trombe, et avait eu le temps de remarquer qu'elle était littéralement livide. Mettre un enfant au monde en tant que Médicomage semblait être une responsabilité terrifiante.
Donc Drago avait attendu dans sa chambre, personne ne lui ayant donné d'instruction en cas de "venue de bébé". Mais tout jeune homme courageux qu'il était, il était passé du stade de la gêne à celui du dégoût profond en entendant les réactions aux contractions de la future maman et les commentaires placides mais détaillés d'Hermione.
Bref, il déguerpit dès qu'il eut sa dose de respirations plaintives. Il pensa d'abord se réfugier dans le salon du premier étage, mais il se rappela qu'on lui avait interdit cette pièce en raison de la présence de la cheminée. Bien sûr, seuls les membres de l'Ordre pouvaient contacter le Square Grimmaurd par la Poudre de Cheminette, mais certains n'étaient pas au courant de la présence de Drago au quartier général.
Il décida donc de descendre à la cuisine, qu'il espérait vide et qui serait sans doute mieux chauffée que le salon du rez-de-chaussée en cette froide soirée de décembre. La neige et le gel avaient atteint des proportions dantesques, comme il avait pu le constater lors de sa toute première sortie surveillée une semaine auparavant.
"Potter m'a promis que je pourrais sortir prendre l'air" avait-il lancé à Hermione, après trois jours passés à tourner en rond dans sa chambre. "Je me sens parfaitement bien, et j'ai besoin de voir autre chose que ces quatre murs" avait-il insisté en voyant l'air dubitatif de la Médicomage. La jeune femme avait fini par accepter et Drago avait enfin pu respirer l'air frais, surveillé par un Maugrey Fol-Oeil grognant que de son temps on n'accordait pas ce genre de faveurs aux prisonniers. Le Serpentard avait vite renoncé à répondre au vieux-cassé-de-partout et avait préféré profiter de cette première sortie. D'autres s'étaient succédées, surveillées par Molly Weasley ou Kingsley Shacklebolt. Mais Hermione ne l'avait jamais accompagné car il ne lui avait jamais proposé.
Malgré tous ses efforts pour ne pas tenir la Gryffondor pour responsable de son état, il lui en voulait encore. C'était irrationnel, il le savait bien: Hermione n'avait jamais voulu qu'il devienne cracmol. Cependant, il ne pouvait totalement brider la part de lui qui voulait égoïstement rejeter la responsabilité de sa déchéance sur quelqu'un d'autre. Alors il était froid, parfois cassant et sans doute très désagréable. Et il ne voulait pas passer les quelques minutes de liberté en dehors du Square Grimmaurd à lui lancer des piques de moins en moins drôles.
Ce comportement avait toutefois l'effet inattendu de rendre Hermione encore plus envahissante. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle ne vienne tenter de discuter avec lui, bien qu'elle semblait tout à fait consciente qu'elle n'était pas la bienvenue. Elle passait outre les reproches déguisés et les soupirs de Drago, et arrivait même souvent à le distraire de son infamie. Il sentait qu'à force de patience et de persévérance, la jeune fille parviendrait à ses fins: le Serpentard finirait par ne plus lui en vouloir. Et cette pensée ne le rendait que désespérément plus amoureux d'elle.
C'est dans cet état d'esprit plutôt morose que Drago mit le pied sur la dernière marche conduisant au sous-sol et à la cuisine. N'ayant décelé aucun bruit, il en avait déduit que la pièce était vide, aussi eut-il un mouvement de surprise lorsqu'il aperçut Potter sagement assis devant lui.
Le Gryffondor parut lui aussi surpris et mécontent, mais il se reprit très vite:
- Je vois... Hermione t'a expulsé de l'infirmerie...
- Non, répondit simplement Drago.
Son instinct lui avait soufflé de tourner les talons et d'éviter la confrontation, mais il n'aimait pas l'idée de fuir devant Potter. Non, il ne pouvait pas détaler, pas après leur bagarre dix jours plus tôt. Lors d'un de leurs semblants de conversation, Hermione avait confié à Drago que le chef de l'Ordre regrettait de s'être laissé emporter et d'avoir frappé un malade. Le Serpentard avait alors sorti de nombreuses insultes colorées à l'égard de Potter, parce qu'il détestait que son pire cauchemar à Poudlard le voit à présent comme un être faible. Il devait remettre les choses à leur place, et faire comprendre au Survivant qu'il fallait toujours le prendre en compte dans l'équation.
Déterminé, il s'assit en face de Potter, de l'autre côté de la longue table qui servait d'habitude pour les repas. Et il passa immédiatement à l'attaque:
- Je suis guéri...
- Ravi de l'entendre, ricana Potter.
- ... ça signifie, poursuivit Drago comme s'il n'avait pas été interrompu, que je veux me rendre utile.
- Je croyais que tu... attends, laisse-moi me souvenir de l'expression que tu as utilisé... tu ne voulais pas te "mettre au garde-à-vous" pour l'Ordre?
Le ton clairement moqueur du Gryffondor déplut fortement à Drago.
- Je n'ai pas dit que j'allais obéir à tes ordres aveuglément! contra-t-il avec morgue. J'aurais d'ailleurs bien du mal à jouer de la baguette dans vos rangs, si tu vois ce que je veux dire...
- Qu'est-ce que tu proposes alors, à part nous approvisionner en réparties fines? grimaça Potter.
- Je veux récolter des informations sur Death Opter.
Le Survivant ne parvint pas à cacher l'étonnement qui le saisit à cet instant, ce qui rendit Drago fier de cette idée sur laquelle il cogitait depuis deux jours.
- Je sais que Death Opter t'écrit de temps en temps pour te donner quelques indices sur les Horcruxes, mais il me donne aussi beaucoup d'informations sur les Mangemorts pour me permettre de les éviter dans ma fuite. Je pense qu'on pourrait recouper nos informations dans un premier temps, et je pourrais également essayer de le manipuler pour en savoir plus.
- Et tu penses qu'il ne se douterait de rien?
- Il ne peut pas être au courant que je vous ai rejoint. Je pense pouvoir jouer là-dessus, après tout je suis un digne Serpentard, finit-il en appuyant ses dires d'un rictus hautain.
Potter ne sembla pas apprécier la pique de Drago, mais il convint tout de même que c'était une bonne idée. Celui-ci continua donc à développer:
- Est-ce que Death Opter pourra me joindre ici? Il m'écrit tous les mois sans faute et comme ça fait bientôt un mois que je suis ici, je pense que je devrais recevoir une lettre bientôt. Si toutefois vous n'empêchez pas les hiboux d'arriver jusqu'à moi...
Avant sa toute première sortie, Hermione lui avait expliqué qu'il se trouvait dans un lieu incartable protégé par le sortilège de Fidelitas et qu'il n'avait pu y entrer que parce qu'il était évanoui quand elle l'avait transporté à l'intérieur. La Gryffondor lui avait alors confié que Potter était le Gardien du Secret et lui avait donné un bout de parchemin disant qu'il se trouvait au 12, Square Grimmaurd. De ce que Drago en savait, seuls les personnes mises dans le secret pouvaient entrer dans la maison. Cependant, même si les hiboux n'étaient pas soumis à ce sortilège, peut-être que l'Ordre avait jugé préférable de cacher son courrier en attendant de savoir si on pouvait lui faire confiance.
- On veillera à ce que tu reçoives ton courrier, décida Potter. Mais je veux que tu fasses autre chose pour moi.
Drago n'apprécia pas le ton militaire de son vis-à-vis.
- Je ne suis pas à ta botte, Potter. Je n'obéirai pas à tes moindres désirs comme ton toutou Weasley!
- Ça concerne Hermione, fit le Gryffondor sans prêter attention aux protestations de Drago.
Celui-ci se tut, étonné que le chef de l'Ordre aborde ce sujet.
- Je pense qu'elle te confie des choses qu'elle ne me dit pas, poursuivit-il. Merlin seul sait pourquoi elle ne veut pas en parler au reste de l'Ordre, mais je suis sûr que tu es au courant.
Drago sentit la tension envahir son corps. Potter n'avait pas cru à son bluff durant leur dernière discussion, il savait qu'Hermione lui avait révélé des informations cruciales. En réfléchissant à toute vitesse pour trouver un moyen de se défiler, il nia:
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
- Je pense que si, au contraire. Tu sais quelque chose à propos du pendentif de Serdaigle et je veux savoir quoi!
Drago entendit du bruit dans les étages supérieurs. De toutes ses forces il espéra que quelqu'un vienne lui sauver la mise. Il lui fallait gagner du temps.
- Pourquoi est-ce que tu ne vas pas lui demander à elle?
- Parce que je sais très bien qu'elle m'enverrait promener.
- Et parce que tu n'arrives pas à soutirer une information à une fille, tu viens me la demander à moi? ricana Drago.
- La fille en question est mon amie, tandis que toi je peux te torturer si je le désire. Dis-moi ce que tu sais! s'énerva-t-il.
Les pas se rapprochaient, et Drago vit clairement que le chef de l'Ordre était en train de perdre la partie. Cependant, il savait aussi que Potter n'aurait de cesse de le relancer sur le sujet, jusqu'à ce qu'il craque. En bon Serpentard, Drago choisit donc de lui donner à moitié satisfaction:
- Hermione a eu des informations sur Rowena Serdaigle par une source anonyme. Pour l'instant rien ou presque ne concerne le pendentif. Je ne peux pas t'en dire plus, étant donné que je n'en sais pas plus.
- Dans ce cas, tu vas continuer à en discuter avec Hermione, et tu me rapporteras ce qui en sortira.
- Non! protesta Drago. Pas question. J'essaierai de convaincre Hermione de te donner les informations les plus importantes mais je ne jouerai pas à l'espion avec elle!
Potter eut l'air de préparer une réplique cinglante, mais des pas se firent entendre dans l'escalier menant à la cuisine.
- C'est à prendre ou à laisser, trancha Drago alors qu'Arthur Weasley faisait son entrée dans la pièce.
Le rouquin se figea un instant en contemplant le spectacle des deux ennemis qui se faisaient face, chacun à un bout de la table. C'est dans ce silence de mort que Potter capitula enfin:
- Je prends.
°oOo°oOo°oOo°
Ginny Weasley avait beau être une courageuse Gryffondor, elle n'en était pas moins stressée par le spectacle qu'elle avait sous les yeux. Voir Tonks souffrir à ce point, et cependant paraître si déterminée de voir bientôt son enfant naître, ça dépassait son entendement.
La jeune fille caressait l'envie de donner la vie depuis longtemps. A dix-neuf ans déjà, elle savait qu'elle aurait une famille nombreuse tout comme sa propre mère. Et si les douleurs de l'accouchement lui faisaient toujours peur, elle se rendait compte que petit à petit cette idée faisait son chemin. Hermione lui avait un jour parlé de ce concept moldu "d'horloge biologique" et elle sentait que la sienne était plus que précoce.
- Les battements du coeur sont réguliers, souffla Abelforth.
- Les contractions sont distantes de 14 minutes. On dirait qu'elle prend son temps la petite Michelle, fit Hermione d'un ton rassurant.
Ginny serra un peu plus fort la main de Tonks et lui sourit:
- Tu es vraiment sûre, pour ce prénom?
Le future maman, qui reprenait son souffle après une contraction plus violente que les autres, lui sourit en retour:
- Ça ne peut pas être pire que Nymphadora, n'est-ce pas? Quoique... je pourrais l'appeler Dora... ou encore mieux: Doris!
Ginny croisa le regard amusé d'Hermione et lui sourit en retour. Ça faisait au moins la vingtième fois que la future maman changeait d'avis sur le prénom de sa fille depuis le début du travail. Ça allait de Louisa à Elisabeth, en passant par Rémusa au moment le plus douloureux d'une contraction. Le futur papa avait d'ailleurs prétexté devoir chercher de nouvelles serviettes chaudes pour pouvoir aller rire à son aise dans le couloir, chose qui aurait probablement vexé à mort la femme qui souffrait à cause de lui.
D'ailleurs, quand on parlait du loup:
- Hermione, fit Remus en passant la tête par l'entrebâillement de la porte, Molly est ici. Elle peut venir t'assister?
Ce fut Tonks qui répondit:
- Bien sûr qu'elle peut! D'autant plus que toi, Rémus John Lupin, tu ne sers à rien à part me mettre en cloque et rire de mon malheur!
Finalement, peut-être qu'elle avait compris la raison de l'éloignement soudain de Rémus. Ce dernier eut l'air penaud tandis que Molly se frayait un chemin derrière lui pour entrer:
- Désolé chérie. Nous autres mâles ne savons pas comment nous comporter lors d'un accouchement, n'est-ce pas Abelforth?
- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre comme conneries... bougonna le Médicomage qui était occupé à inspecter des fioles de divers calmants.
Hermione ne laissa pas le soin à Tonks de répliquer, contre son mari ou contre Abelforth. Elle déclara d'un ton sans réplique:
- Il y a beaucoup trop de monde dans cette chambre! Rémus tu devrais aller patienter ailleurs. Molly nous aidera très bien.
Le lycanthrope ne chercha pas à contester cet ordre, probablement trop content d'échapper à cette situation effrayante. Molly intervint alors:
- Ginny devrait aussi rejoindre les autres. Elle est trop jeune pour assister à ça.
- Maman! protesta Ginny furieuse. J'ai dix-neuf ans! Je ne suis pas trop jeune!
Elle se sentit frustrée en constatant que les autres adultes de la pièce semblaient approuver sa mère. La voyaient-ils donc tous comme une gamine incapable de faire face à la naissance d'un enfant? Était-elle infantilisée à ce point par sa famille et ses amis?
- Ouais la rouquine dégage, commenta d'Abelforth.
- Vous on ne vous a rien demandé! s'énerva la jeune fille. Je reste! J'ai promis à Hermione de l'aider!
- Ma chérie, Hermione se débrouillera très bien sans toi je t'assure. Ne fais pas de caprice.
Ginny allait encore une fois protester, mais la Médicomage intervint alors:
- Je pense que ta mère a raison. Trois c'est suffisant pour assister Tonks...
- Alors toi aussi! s'étouffa presque Ginny. Je ne suis plus une enfant bon sang!
Hermione lui lança un sourire qui se voulait sans doute rassurant mais qui irrita encore plus la rouquine.
- Tu devrais descendre avec Rémus. L'ambiance ne doit pas être très détendue si Harry est dans le coin: j'ai entendu Drago descendre il y a dix minutes. Tu ne seras pas de trop pour les empêcher d'en venir aux mains encore une fois.
- En gros je dois jouer au gardien de prison, super.
L'amertume la gagna peu à peu. Tout le monde était contre elle, même Hermione qui était sensée être sa meilleure amie.
- Ne le prends pas comme ça chérie, crut bon d'ajouter sa mère. C'est pour ton bien.
Cela agaça d'autant plus Ginny qui sortit de la chambre sans plus un mot. Une boule de frustration et de larmes bloquait sa gorge et elle ne dit pas un mot à Rémus pendant qu'ils descendaient les escaliers vers le rez-de-chaussée.
Arrivés dans le hall, ils se dirigèrent vers la cuisine en entendant la voix d'Arthur Weasley. Le père de Ginny les accueillit par un sourire teinté de soulagement:
- Ah Rémus, Ginny, vous êtes là! J'étais justement en train de raconter à Harry et Drago comment le jeune Anthony Goldstein avait réparé une des presses du Chicaneur qui était tombée en panne avec simplement un Tour-de-vis.
- Un tournevis, le corrigea machinalement Harry.
- Oui voilà c'est ça! s'exclama Arthur. Une invention moldue des plus fascinantes si vous voulez mon avis! Figurez-vous qu'une des vis s'était cassée et...
- Pour l'amour de Merlin! s'exclama Drago en se levant vivement de sa chaise. Combien de fois encore devrons-nous entendre cette histoire stupide!
- Si ça ne te plaît pas tu peux t'en aller Malefoy! lâcha Harry d'un ton froid.
Ginny n'eut pas la patience d'en entendre plus. Elle était bien trop irritée par ce qui s'était passé avec sa mère pour prendre le temps de calmer les deux ennemis.
- Harry, il faut que je te parle. Ailleurs.
Le jeune homme se tourna vers elle en fronçant les sourcils:
- Maintenant?
- Oui, évidemment maintenant, lança-t-elle avec agacement.
Harry eut l'air d'hésiter, d'autant plus que Drago avait l'air à deux doigts de faire une remarque désobligeante. Encore une fois, Ginny ne se donna pas la peine d'arrondir les angles entre les deux protagonistes et attrapa vivement le bras de Harry, l'obligeant à se lever et à la suivre.
Elle grimpa les escaliers quatre à quatre et ne s'arrêta qu'au troisième étage. Tenant toujours le bras de son petit ami, elle se dirigea presque en courant vers la chambre de Harry, dont elle referma la porte violemment.
- Ginny, qu'est-ce qui te prend? demanda Harry, abasourdi.
Mais elle ne répondit pas. Au contraire, elle se plaqua avec autorité contre lui et l'embrassa sauvagement. Harry réagit instinctivement et lui rendit son baiser avec passion. Ravie de cette réaction, Ginny passa ses mains dans ses cheveux qui sentaient si bon. Elle se colla encore plus contre lui et approfondit leur baiser en laissant sa langue vagabonder toujours plus loin.
Leurs bouches se séparèrent après un moment, les laissant à bout de souffle.
- Ginny... souffla Harry.
Elle savait qu'il s'interrogeait sur son comportement. Ce n'était pas dans ses habitudes d'agir de la sorte, leurs câlins s'étaient toujours faits tendres. Mais pas ce soir. Elle se sentait bien trop mal pour prendre des gants, et elle voulait qu'il la comble, qu'il l'emplisse. Elle voulait que Harry lui fasse l'amour et qu'elle oublie tout dans ses bras.
- Chut... j'ai envie de toi... murmura-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille.
Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer et lui reprit les lèvres avec les siennes. Pendant ce temps-là, ses mains voyageaient déjà sous le pull du jeune homme à la recherche de son torse ferme et musclé. Leurs bouches se séparèrent une nouvelle fois, et les lèvres de Harry partirent à l'exploration sur sa joue puis sa nuque. Ginny laissa échapper un soupir quand il embrassa la peau qui se trouvait juste en dessous de l'oreille. Elle aimait tellement quand il faisait cela!
Mais ce soir, elle ne voulait pas de ces petites attentions. Ses mains descendirent sans trembler vers le pantalon du jeune homme. Elle défit la fermeture adroitement et put glisser ses doigts à l'intérieur du caleçon. Harry gémit à ce contact soudain.
- Ginny... pas si vite...
Mais elle n'écouta pas. Elle poussa alors Harry vers le lit, tout en commençant à retirer ses propres vêtements. Son gilet, puis son chemisier valsèrent à l'autre bout de la pièce. Elle voulut faire subir le même sort à sa jupe, quand soudain Harry lui attrapa les poignets:
- Stop! Qu'est-ce qui t'arrive?
Elle n'osa pas le regarder dans les yeux.
- Rien. Je veux simplement qu'on fasse l'amour, je ne vois pas où est le mal!
Harry mit une paume sur sa joue et l'obligea à le regarder:
- Je te connais Ginny, je sais que quelque chose ne va pas!
Le contact de ces yeux verts brillants d'amour, d'envie et d'inquiétude pour elle fut trop dur à supporter. Elle éclata en sanglots.
Sans un mot, Harry la prit tendrement dans ses bras et l'obligea à s'asseoir avec lui sur le lit, la laissant évacuer toutes les frustrations et les déceptions de ces derniers temps. Il n'y avait pas que la dispute avec sa mère qui la minait. La guerre toujours présente depuis trois ans, son inquiétude pour son frère Charlie qui s'était transformée en résignation, et maintenant Tonks qui allait avoir un enfant tandis que Ginny devrait encore patienter Merlin seul savait combien de temps. C'étaient des poids bien trop lourds à porter qui alimentaient ses larmes.
Harry la berça pendant un très long moment et les pleurs finirent par se tarir. Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre plusieurs minutes sans rien se dire. Ils n'en avaient pas besoin. Finalement, Harry déposa un léger baiser sur sa tempe et chuchota:
- La prochaine fois que tu ne vas pas bien, je serai là.
Ginny se garda de préciser que l'une de ses peurs les plus profondes était que justement un jour Harry ne serait peut-être plus là. Elle apprécia plutôt le calme du moment et hocha la tête. Le jeune homme déposa alors un baiser sur sa joue, puis un autre dans sa nuque. Elle frémit à ce contact si doux et si rassurant, et se tourna vers lui pour partager un vrai baiser.
Leurs lèvres se firent plus douces et plus lentes qu'auparavant. Harry la serra dans ses bras, tandis qu'elle caressait sa joue où fleurait une barbe de deux jours. Elle avait oublié à quel point elle aimait ce côté masculin de son petit ami. Elle avait oublié également à quel point sa tendresse lui était précieuse.
Avec précaution, il l'allongea alors sur le lit sans rompre le baiser, et acheva de la déshabiller. Elle se laissa doucement emporter par la ferveur qu'il mettait à caresser chaque parcelle de sa peau.
- Je t'aime, murmura-t-elle contre sa bouche.
Il lui sourit en retour et ses lèvres entreprirent de compléter ce que ses mains faisaient déjà très bien. Sa langue partit à l'aventure sur ce corps qu'il connaissait par coeur.
Ce ne fut que bien après, alors qu'il était profondément enfoui en elle et la menait à chaque mouvement vers l'orgasme, qu'elle sut qu'il lui avait répondu. A sa manière.
°oOo°oOo°oOo°
- Drago, du chocolat chaud?
Arthur avait décidé de réchauffer l'ambiance dans la cuisine, et il ne connaissait rien de mieux que ce breuvage sucré pour détendre l'atmosphère. Depuis que sa cadette avait éloigné Harry, la tension était retombée dans la pièce.
- Non... oui merci.
Le Serpentard agissait avec méfiance avec Arthur et Rémus, comme s'il tâtait le terrain. Il était probablement conscient que les deux hommes n'avaient pas eu que de bonnes relations avec la famille Malefoy, et il s'attendait à ce qu'ils lui en attribuent la faute.
Mais si Arthur s'était d'abord opposé à ce que le rejeton de Lucius Malefoy entre dans l'Ordre, il avait fini par se raisonner. Le fils n'était pas responsable des erreurs du père, et sa présence au quartier général de l'Ordre aujourd'hui montrait à quel point il était différent de sa famille.
- Le sucre est sur la table, précisa-t-il après avoir tendu la tasse bouillante au jeune homme.
Il fit de même pour Rémus qui arrêta alors de faire les cent pas dans la pièce. Arthur connaissait ce sentiment d'attente, de panique et d'appréhension pour l'avoir ressenti six fois déjà. C'était d'autant plus dur pour le lycanthrope qu'il ne savait toujours pas si sa fille partagerait sa condition.
Arthur chercha un autre moyen de lui changer les idées, mais il se dit qu'une conversation légère ne ferait qu'irriter les deux autres. Il avait déjà pu constater à quel point Drago, comme il avait décidé de l'appeler en suivant l'exemple de sa femme et de sa fille, détestait les discussions futiles. Et Rémus était probablement trop tendu pour écouter une longue dissertation sur les avantages du système bancaire moldu par rapport aux banques sorcières.
Alors il se tut, simplement, dégustant son chocolat chaud à petites gorgées. Homme sensé, il ne laissa pas ses pensées dévier sur des sujets douloureux comme son fils Charlie ou encore la dernière fois qu'il avait aperçu Percy au Ministère. Au contraire, il songea à l'espoir que cette naissance apporterait aux membres de l'Ordre, à sa femme qu'il aimait toujours tendrement après plus de vingt ans de mariage, et à sa fille qui épouserait sans doute Harry un jour et qui croyait fermement à leur victoire sur les Mangemorts.
Le temps passa ainsi rapidement. On n'entendait pas un chat dans la cuisine, et pourtant les trois protagonistes de l'attente semblaient trouver ce silence confortable. Ginny et Harry n'était pas encore revenus. Arthur n'était pas assez naïf pour ne pas se douter qu'ils risquaient d'être encore absents un bon moment. Molly serait folle si elle l'apprenait, mais il se doutait déjà depuis un moment que la relation de sa fille avec le Survivant avait atteint un stade plus sérieux. Après tout, il n'était pas le père de sept enfants pour rien!
- Je vais faire du thé, dit Rémus après trois heures d'attente. Vous en voulez?
Arthur et Drago acquiescèrent et le silence retomba. Une heure plus tard, ils entendirent des pas dans l'escalier. Rémus bondit hors de sa chaise, convaincu que son attente était terminée, et Arthur se tourna vivement vers la porte. Même Drago sembla concerné.
Quand Abelforth Dumbledore, car c'était bien lui, entra dans la cuisine, il fut donc assailli de questions auxquelles il ne répondit que par un grognement en allant s'asseoir le plus loin possible de Rémus.
- Je vois, commenta Arthur. Laquelle des trois vous a mis à la porte Abelforth?
Le vieux Médicomage bougon grommela quelque chose dans sa barbe qui ressemblait fort à "Toutes les trois". Drago ricana, Rémus secoua la tête d'un air désolé et Arthur dut se forcer pour ne pas éclater de rire.
Et l'attente repris. Les quatre occupants de la cuisine consommèrent encore des litres de thé, de café ou de bourbon pour Abelforth. Le vieil homme s'endormit d'ailleurs rapidement, affalé sur la table, en ronflant plus fort qu'un chien à trois têtes. En voyant cela, Arthur suggéra qu'ils rejoignent tous leurs chambres pour prendre un peu de repos. Après tout, minuit était passé depuis bien longtemps et ils devaient prendre du repos pour le lendemain. Mais cette idée fut balayée par Rémus qui décréta vouloir rester éveillé pendant que sa femme souffrait. Et Drago ajouta que pour rien au monde il ne remonterait dans l'infirmerie en sachant ce qu'il s'y passait.
Ils restèrent donc là un temps indéfinissable, plongés dans leurs pensées respectives d'où Arthur avait de plus en plus de mal à chasser la vision de son fils Charlie mutilé par une bande de loups-garous.
Vers cinq heures du matin, Molly vint les prévenir que le travail entrait dans sa dernière phase et que ce ne serait plus très long maintenant. Elle félicita également Arthur d'avoir obligé Ginny à aller se coucher, sans se rendre compte que Harry n'était pas dans la cuisine lui non plus. Personne ne releva ce détail et elle repartit aussi vite qu'elle était arrivée.
D'ailleurs, sa fille et son petit ami descendirent quelques minutes plus tard, prétextant avoir été se reposer pendant tout ce temps. Seul Drago ne put pas se retenir de renifler ironiquement, mais Ginny empêcha Harry de répondre à son ennemi.
Les dernières minutes furent les plus longues. Du moins c'est ce qu'il sembla à Arthur. Savoir qu'il n'y en aurait plus pour longtemps les rendait tous plus impatients et plus énervés. Même Abelforth s'était réveillé à cause de l'agitation ambiante.
- Mais qu'est-ce qui se passe bon sang? tonna Rémus, cristallisant les questions de toutes les personnes présentes.
Et soudain, ils entendirent un pas dans l'escalier, léger, aérien. C'était Hermione. Rémus se précipita vers elle mais il était trop stressé pour même prononcer un mot et lui pressa les mains pour toute forme de questionnement.
- Tout va bien Rémus! fit-elle avec un sourire fatigué.
Et Arthur relâcha l'air qu'il avait retenu dans ses poumons inconsciemment.
- Tonks et Sara vont bien, continua-t-elle. L'accouchement s'est bien passé, elles sont toutes les deux en parfaite santé.
- Sara? (1) intervint Ginny avec un petit sourire. C'est définitif cette fois?
- Hé bien quand elle est née Tonks n'avait pas changé d'avis depuis au moins sept minutes, donc je pense que c'est ce prénom-là qu'elle a choisi.
Tous sourirent à ce détail tellement typique de Nymphadora. Tous sauf Rémus.
- Et...? demanda-t-il le souffle court.
- C'est pour ça que j'ai mis un peu de temps avant de venir vous l'annoncer, répondit Hermione avec un sourire énigmatique. Je voulais refaire les analyses une deuxième fois pour être sûre.
- Hermione! la pressa Rémus.
- Sara n'est pas une lycanthrope. Elle n'aura jamais à avoir peur de la Pleine Lune.
Ginny poussa un cri de joie et enlaça Harry. Drago eut l'air heureux, même s'il essaya de le cacher derrière une moue ennuyée. Et Abelforth se resservit un verre de bourbon. Arthur s'approcha de Rémus qui ne réalisait pas encore l'avalanche de bonnes nouvelles qui lui était tombées dessus en quelques secondes et lui posa la main sur l'épaule.
- Elle ne se transformera pas. Tu peux respirer maintenant.
Son ami le regarda et soudain comprit que tout cela n'était pas un rêve. Il se précipita alors vers Hermione et l'enlaça. Des larmes coulaient le long de ses joues et il ne cessait de la remercier, de bénir Merlin, Dumbledore, la terre entière.
Au milieu de tout cela, pour la première fois depuis longtemps, Arthur se sentit en paix avec le monde.
°oOo°oOo°oOo°
Hermione n'avait pas réussi à dormir depuis l'accouchement de Tonks au petit matin. Elle s'était pourtant sentie vidée après l'annonce qu'elle avait faite dans la cuisine où tout le monde s'était rassemblé. Cela faisait plusieurs heures maintenant, mais elle n'était pas parvenue à trouver le sommeil. Des bribes de la dernière lettre de Rowena Serdaigle lui revenaient en tête à chaque fois qu'elle fermait les yeux et la pression qu'elle avait ressentie toute la nuit ne s'en allait pas. Mettre cet enfant au monde, même si elle était une Médicomage très douée, avait été extrêmement stressant.
Après s'être retournée pour la centième fois au moins dans son lit, elle repoussa les draps avec exaspération. Il fallait qu'elle prenne l'air. Elle s'habilla rapidement, en prenant soin d'enfiler plusieurs épaisseurs à cause du froid. Même en ce début d'après-midi, la température extérieure ne devait pas dépasser les moins dix degrés celsius. En jetant un coup d'oeil par la fenêtre mansardée de sa chambre, elle constata que la neige tombait encore et qu'il y avait beaucoup de vent.
- Tant pis, décida-t-elle, j'ai vraiment besoin de sortir de cette maison.
Elle sortit donc de sa chambre et descendit à pas de loup. Les autres habitants devaient sans doute dormir après cette nuit agitée, et elle n'avait pas non plus envie de réveiller le bébé qu'elle avait entendu pleurer plusieurs fois dans la matinée.
L'étage inférieur était silencieux. Pas tout à fait cependant, car elle entendit du mouvement dans la chambre de Drago. Prise d'une inspiration subite, elle entra sans prévenir, le faisant sursauter par la même occasion:
- Habille-toi, on sort.
"S'habiller" était effectivement le mot juste parce que, et elle ne le remarqua qu'à cet instant, le Serpentard n'était vêtu en tout et pour tout que d'une serviette de bain. Il avait encore les cheveux mouillés et venait probablement de sortir de la douche.
Le jeune homme essaya de conserver un air digne, tandis qu'Hermione sentait le rouge lui monter aux joues. Confuse, elle fit marche arrière et s'apprêta à sortir de la chambre, mais Drago la retint:
- On va où?
- Euh... on sort. Dehors. J'ai besoin de prendre l'air, et je dois te montrer quelque chose.
A présent, elle regrettait sa spontanéité. Le Serpentard avait été plus que distant avec elle ces derniers temps, et lui faisait bien sentir qu'il la tenait pour responsable de la perte de ses pouvoirs. Elle se dit qu'il ne voudrait probablement pas l'accompagner, au moment où il ouvrit la bouche pour répondre.
- Tu as une tête de déterrée.
- Trop aimable, grogna-t-elle.
- Tu as raison, on a tous les deux besoin d'air. Si j'entends encore une fois Tonks chanter faux pour endormir sa gosse, je ne réponds plus de mes actes.
Hermione fut soulagée qu'il n'oppose pas de résistance. Elle se retira pour lui laisser le temps de passer une tenue convenable, en laissant malgré elle son regard traîner sur le dos du jeune homme et la cicatrice qui le traversait de part en part.
Elle remonta les escaliers jusqu'à sa chambre pour récupérer un parchemin froissé. C'était la lettre de Rowena. Elle voulait avoir l'avis de Drago sur cette histoire immonde, et ne plus porter ce fardeau toute seule. En y repensant, c'étaient exactement ces termes que Rowena avait employé.
"Je souhaite de tout mon coeur que vous vous soyez adressée à une personne qui ne nous trahira pas et qui sera à même de comprendre les mots que je m'apprête à écrire." avait-elle encore écrit. Hermione le souhaitait aussi.
Elle décida d'attendre Drago dans le hall d'entrée, et le jeune homme fit son apparition dix minutes plus tard, aussi emmitouflé qu'elle. Sans un mot, ils sortirent côte à côte et suivirent le trottoir le moins encombré de neige. Si Hermione se sentit un peu intimidée par l'air pas commode du Serpentard, ce fut surtout à cause des tourbillons de neige qu'elle n'entama pas la conversation tout de suite. Au lieu de cela, elle lui indiqua un petit parc tout proche où un banc public avait l'air protégé du vent par les arbres.
Il la suivit sans protester, mais sans paraître non plus follement excité à l'idée de s'asseoir quelque part par ce froid. Arrivée devant le banc de pierre, elle s'acharna à extraire sa baguette de son manteau et lança un sort de réchauffement sur la zone, ce qui fit s'évaporer la neige aux alentours. Puis elle se tourna vers Drago:
- J'ai reçu une nouvelle lettre de Rowena.
Son ton était suffisamment sérieux pour que le jeune homme comprenne que la situation était importante. Il aurait tout le temps de continuer à lui en vouloir après, pour l'instant elle avait besoin de lui.
Il retira ses gants, prit le parchemin qu'elle lui tendait et s'assit pour lire à son aise. Hermione prit place à côté de lui, guettant les réactions du Serpentard. Celles-ci ne se firent pas attendre. S'il fronça les sourcils au début, il eut carrément l'air scandalisé en arrivant au bout de sa lecture.
- Non c'est pas vrai! s'exclama-t-il en se tournant vers elle.
- Je vois que tu penses la même chose que moi, se méprit-elle. La personne qui écrit ces lettres est un imposteur!
Drago secoua la tête:
- Pourquoi dis-tu ça?
- Parce que Rowena Serdaigle n'aurait jamais pu commettre une telle atrocité! C'est impensable, elle n'était pas comme ça!
- Qu'est-ce que tu en sais? contra-t-il. Elle a vécu il y a plus de mille ans, personne ne sait ce qu'elle a réellement fait de sa vie avant de fonder Poudlard.
Hermione ne comprenait pas où il voulait en venir.
- Mais... mais... pourquoi est-ce que tu as dit que ce n'était pas vrai alors?
- Je connais cette histoire, fit-il en la regardant droit dans les yeux. J'ai habité dans le Wiltshire toute mon enfance...
- C'est à côté du Somerset! réalisa Hermione.
- Oui. Et dans mon enfance j'ai entendu plusieurs fois l'histoire de cette sorcière qui sacrifiait des enfants et se baignait dans leur sang.
- Rien ne nous prouve que c'était bien Serdaigle!
- Non, en effet. Mais je suis prêt à parier que ce n'est pas une coïncidence.
Hermione se sentit encore plus désespérée en entendant le Serpentard parler de la sorte. Elle avait pensé que lui non plus ne croirait pas à cette histoire sanglante, et qu'elle aurait été rassurée après cette conversation. Au contraire, maintenant elle envisageait la possibilité que Rowena Serdaigle, celle qu'elle avait toujours admirée pour son intelligence et dans la maison de qui elle avait voulu être répartie, ait pu être cette meurtrière sans pitié.
Le jeune homme dut remarquer que quelque chose n'allait pas:
- Hermione, dit-il en s'approchant d'elle, ne t'inquiète pas comme ça. Si ça se trouve j'ai tort et ça n'a rien à voir avec Serdaigle.
Mais elle secoua la tête.
- Non, tu as raison. Il y a une possibilité pour que ce soit elle. J'ai juste... du mal à m'y faire.
Elle devait paraître réellement affligée, car il essaya encore une fois de la rassurer:
- Si cette histoire est vraie, dans ce cas ça nous fait une information utile sur l'Horcruxe. On sait qu'il réagit au sang humain à présent!
Il était si proche à présent qu'elle pouvait sentir son épaule contre la sienne. Ses yeux gris semblaient la sonder jusqu'au fond de ses pensées. Elle sentit les larmes monter, accumulation du stress et des révélations des dernières vingt-quatre heures. Mais elle ne voulait pas pleurer devant lui, pas encore une fois.
- Viens là, fit-il soudain en la prenant dans ses bras.
Elle se raidit mais l'étreinte puissante du jeune homme l'amena tout contre lui. C'était la première fois qu'elle se retrouvait si proche de Drago, le visage enfoui dans sa nuque anguleuse et respirant l'odeur de sa peau et de son shampoing. Elle remarqua qu'il avait le souffle un peu court, comme s'il était lui même étonné de ce qu'il venait de faire.
Lentement, elle se détendit dans ses bras. Il lui caressa doucement les cheveux, comme pour l'apaiser, et elle ne put retenir ses larmes plus longtemps. Ses pleurs furent silencieux, tout comme le réconfort que le Serpentard lui offrait en cet instant.
Après ce qui lui sembla une éternité, elle se détacha du jeune homme et sécha les dernières perles qui couraient le long de ses joues.
- Je ne suis pas fière de me laisser aller comme ça, fit-elle en guise d'excuse.
- Tu m'as vu dans un état bien plus pitoyable que ça, fit-il avec un sourire rassurant. Et Merlin sait que je n'aime pas l'idée que tu te souviennes de moi de cette manière.
Elle voulut répondre, mais les mots qui sortirent de sa bouche n'étaient pas ceux qu'elle avait prévu de dire:
- Cela ne mènerait nulle part que tu te souviennes de moi de cette manière...
Drago eut l'air étonné:
- Quoi?
Les mots qu'elle venait de prononcer tournaient encore et encore dans sa tête, comme s'ils avaient une signification qui lui échappait.
- Je... je ne sais pas...
Soudain, elle eut un vertige et dut s'appuyer sur l'épaule du jeune homme pour ne pas tomber.
- Hermione, tout va bien? fit-il avec inquiétude.
- Je me sens... je ne me sens pas bien, bredouilla-t-elle. C'est comme si quelqu'un s'amusait à taper sur mon cerveau avec un marteau.
Elle se prit la tête entre les mains et ferma les yeux dans l'espoir de diminuer l'atroce migraine qui l'avait prise d'un coup. Elle entendait constamment cette phrase qui n'avait aucun sens, et soudain une image emplit tout son champ de vision derrière ses paupières closes: une bulle de savon.
- Je vais chercher de l'aide! décréta Drago en faisant mine de se lever.
Cela s'arrêta aussi brutalement que ça avait commencé. D'un geste elle arrêta le mouvement du jeune homme.
- Non, ça va.
Elle se sentit soudain vide, épuisée par ce qui venait de se passer. Et complètement perdue.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé? On aurait dit que tu allais t'évanouir.
Elle le dévisagea un moment, puis décida de garder pour elle cette sensation bizarre qu'elle avait ressenti.
- La fatigue sans doute. On ferait mieux de rentrer.
Sans l'attendre, elle se leva et se dirigea vers le quartier général. Tout ce qu'elle savait, c'était que ce qui venait de lui arriver n'était pas normal. Et alors qu'elle se hâtait vers le 12 Square Grimmaurd à grandes enjambées, elle se promit de découvrir le fin mot de l'histoire.
Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'était que le jeune homme qui la suivait avec un air inquiet était aussi celui qui ne voulait surtout pas que cela arrive.
(1) Prénom trouvé par Lupinette, il signifie "Princesse"
Avant de vous laisser (écrire votre review non je ne veux pas vous influencer voyons!), je tiens à vous remercier pour votre fidélité. C'est grâce à vous que je me motive pour finir un chapitre à deux heures du mat(véridique!).
Dans le prochain chapitre, on aidera Ron à démasquer l'espion du Chicaneur, on verra Drago s'adonner à une activité moldue (devinez laquelle!) et on suivra Rowena dans sa descente vers le mal.
A bientôt!
Loufoca
(Update: 11 juin 2012)
