Chapitre 11: Celle qui abuse des bonnes choses

Je descends les escaliers à toute vitesse, ma robe à moitié enfilée, mon balai sous le bras et les cheveux en bataille. La prochaine fois qu'Emma me proposera d'essayer d'arranger ma tenue avant un match, ne pas oublier de refuser. C'est n'importe quoi... Résultat je suis en retard, Ethan va me pulvériser...

Mais au lieu de tomber sur un Ethan déjà cramoisi et vociférant comme je m'y attendais, je me retrouve face à face avec Alex. Mon Alex. Il est dans le hall, souriant, et vient vers moi dès qu'il m'aperçoit. Et tout ce que je voulais lui dire à propos de son comportement s'envole instantanément.

- Hey, Cyllène! Je voulais te voir avant le match, commence-t-il.

- Salut...

- Je sais que tu es pressée alors... C'était juste pour te dire que même si je reste avec ceux de ma maison dans les tribunes, c'est toi que je regarderai jouer. Je suis avec toi...

Et il part aussitôt rejoindre les autres élèves qui se massent déjà dans l'entrée.

Moi je reste bouche bée. Je fonds. Je m'attendais à tout, sauf à ça. Ça me fait plaisir ce qu'il vient de me dire, ça me touche. Même si je suis censée lui en vouloir terriblement.

- Mackenzie tu crois qu'il est l'heure de rêvasser! Tu veux que je t'aide à descendre plus vite?

La douce voix d'Ethan résonne dans tout le hall et tout le monde se tourne vers nous.

- Oh ça va, je viens! Je crie, furieuse.

James est hilare et m'attend pour sortir de l'école.

- Prête Mackenzie?

- Ouais...

Je marche à grands pas vers le terrain, à côté de James, et j'ai bien du mal à suivre l'allure d'Ethan qui coure devant, le torse bombé. On croirait plus un général qui mène ses troupes au champ de bataille qu'un capitaine de Quidditch. Il faudra quand même lui rappeler qu'il ne s'agit que d'une compétition amicale...

James a l'air au meilleur de sa forme, il sifflote gaiement jusqu'aux vestiaires. Je n'écoute pas Ethan nous rappeler pour la centième fois qui fera l'étoile de mer ou le faucon ou je ne sais quelle bestiole, je connais son discours par cœur. Comme les autres d'ailleurs, mais eux au moins ont la présence d'esprit de faire semblant de s'intéresser. Moi je baille aux corneilles, impatiente de commencer le match pour me retrouver sur mon balai.

- Mackenzie, tu as mieux à faire que m'écouter, apparemment, maugrée Ethan en sortant.

- Attention Ethan, je pourrais dire comment tu te comportes à une certaine jeune fille... Si tu vois ce que je veux dire...

Ma réplique a le mérite de le faire taire, il me regarde avec un air outré qui me plait beaucoup. On dirait bien que j'ai trouvé un moyen de le calmer!

Les cris des élèves résonnent dans les tribunes, formant un brouhaha terrible. J'ai bien du mal à entendre Mme Bibine demander aux capitaines de se saluer, mais j'entends quand même le coup de sifflet, m'élançant aussitôt dans les airs.

Les premières minutes de jeu s'avèrent laborieuses, je ne touche pas le souaffle une seule fois, et les Serdaigle manquent de peu le premier tir. Il va falloir se réveiller Cyllène...

La voix du commentateur, de plus en plus excité à mesure que le match avance, couvre le vacarme.

- Le souaffle pour Jenkins... Jenkins passe à Smith... Il tire! C'est raté! Deuxième tir manqué pour l'équipe de Serdaigle... Alors que Watson récupère le souaffle. Il se rapproche de Potter et Mackenzie... Belle attaque des Gryffondor... Potter, Mackenzie, Watson en formation du faucon...

- Faucon de mer ou calmar volant! Hurle Watson avec un sourire jusqu'aux oreilles, le souaffle à bout de bras.

J'évite de justesse un cognard qui se dirige droit sur moi, prise par le fou rire. Au moins si je me fais tuer par un cognard, ce sera avec le sourire.

- Watson passe à Mackenzie...

Les deux poursuiveurs adverses foncent sur moi tandis qu'un des batteurs me vise et rate tout juste mon genou. Qui a dit qu'ils jouaient mal cette année?

- Mackenzie à Potter... Et Potter qui marque! Gryffondor prend l'avantage!

La tribune des Gryffondor semble se soulever d'un coup sous les cris des supporters.

James récupère presque aussitôt le souaffle et file vers les buts pendant que Watson et moi protégeons ses arrières. Il vise l'anneau central et marque à nouveau.

Des rugissements s'élèvent chez les rouge et or, les fanions et les banderoles s'agitent en tous sens.

Ethan frappe les cognards à tour de bras au dessus de nous. J'arrive à la hauteur de James.

- Tu es en forme aujourd'hui!

- Et c'est pas terminé!

- Laisse-en un petit peu aux autres, rit Watson qui nous rattrape.

Il prend le souaffle des mains de la poursuiveuse de Serdaigle qui vient de recevoir un cognard dans l'épaule.

- Allez-y! Mais allez-y bon sang! hurle Finley.

On se rapproche des anneaux mais Watson bascule soudain sur son balai, presque assommé par le batteur adverse, et il lâche le souaffle qui plonge vers le sol. Je fonce aussitôt dessus pendant que James aide Watson à se redresser, et je vole à toute allure vers les anneaux pour m'en rapprocher le plus possible. Un nouveau cognard siffle près de mon oreille, je lance le souaffle de toutes mes forces. Il passe largement dans l'anneau.

De nouveau, les cris des supporters, et James qui lève le pouce en riant.

- Gryffondor a une large avance sur Serdaigle... Smith reprend le souaffle. Et Jenkins est touché par un cognard, Finley vise de mieux en mieux! Mais... Anderson prend de la vitesse. Il a peut être vu le vif d'or... Oui c'est ça, Anderson fonce droit dessus! Il se rapproche...

Je cherche Anderson des yeux, puis je l'aperçois enfin, à quelques mètres au dessus du sol, qui file à la vitesse de l'éclair. Il tend le bras, remonte soudain en piquée... Sa main se referme.

- Anderson a le vif d'or! C'est terminé! Gryffondor remporte le match!

James et Watson se mettent à hurler derrière moi, pendant qu'Anderson effectue un tour d'honneur avec la précieuse balle dans la main.

C'est la folie pendant le retour au château. Les élèves de notre maison nous ont rejoint, et c'est dans un fracas épouvantable que les Gryffondor font leur entrée dans la grande salle.

Le repas est égaillé par James qui fait l'animation à lui tout seul, enchainant plaisanterie sur plaisanterie. J'avoue que j'ai du mal à ne pas m'étouffer plusieurs fois en riant à ses idioties... Lily boit littéralement ses paroles, et même Emma rit de bon cœur. On devrait jouer et gagner plus souvent, si ça pouvait détendre l'atmosphère comme ça à chaque fois.

Ethan se lève pour porter un toast en l'honneur de l'équipe, avec son verre de jus de citrouille qui éclabousse toute la table.

- C'était un beau match les amis, je suis fier de vous!

- Il est paternel Finley, c'est touchant, glousse Sirius, les joues et le front toujours peinturlurés aux couleurs de notre maison.

- Il ne faut pas se relâcher jusqu'au prochain match, mais en attendant je vous félicite, je savais qu'on allait gagner, reprend Ethan.

James recrache l'intégralité des pommes de terre qu'il avait dans la bouche, devenu tout d'un coup cramoisi, et moi j'ai un moment d'hésitation. Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris. Il doit faire de l'humour...

- Tu as entendu comme moi? Me demande James après avoir frôlé la crise d'apoplexie.

- Calme toi James, tu vas nous faire une attaque. Je crois qu'Ethan essaye d'être drôle, c'est tout.

- Et n'oubliez pas, l'effort mène au succès! Termine notre brave capitaine en levant son verre une dernière fois.

Emma lève un sourcil.

- C'est quoi ça, "l'effort mène au succès"?

- Notre mot d'ordre.

- Quoi, c'est ça, le truc que vous vous répétez avant de jouer?

- Oui, c'est notre devise, réponds James un peu agacé.

- C'est pas un peu... Nul?

- C'est pas en disant un truc pareil que tu vas avoir Ethan dans la poche! je ricane.

- Je l'ai déjà dans la poche ma chérie.

- Oh arrête, on croirait Sirius au féminin.

- Je ne te permet pas de m'insulter! S'écrie Emma, faussement vexée.

- Je ne vous dérange pas trop j'espère, lance Sirius en nous regardant de travers.

- Allez Black, ce soir c'est la fête, on rigole... N'empêche que votre slogan est vraiment trop nul, il faudrait quelque chose de plus... Guerrier!

- Depuis quand tu t'intéresses au quidditch toi?

Elle se contente d'un sourire malicieux.

- Ah, Ethan fait son petit effet... je murmure.

- Qu'est-ce que vous diriez de quelque chose comme "On va tous les écraser" ou "Gryffondor ça frappe fort"? Enchaine-t-elle.

J'éclate de rire en même temps que les autres.

- Ça ne manque pas un peu de fair-play?

- Mais non...

- Et pourquoi pas " On va gagner ou ça va saigner du nez"? Suggère James. Ou alors "misérables vers de terre, vous allez mordre la poussière"?

- Vous êtes complètement cinglés, commente Rémus en riant plus fort que les autres.

- Mon cher Cornedrue, tu ne crois pas qu'il est temps de passer aux chose sérieuses? Demande soudain Sirius, énigmatique.

- Tout à fait mon cher Patmol, je crois même qu'il n'y a plus une seconde à perdre. Camarades Gryffondor, il est l'heure de fêter dignement cette victoire. Tout le monde dans la salle commune pour une petit soirée... Privée.

- Pardon? Comment ça privée? s'inquiète Lily.

- James voulait dire que seuls les cinquième année et plus sont acceptés. Les autres sont trop jeunes pour ce qu'on a à leur proposer.

- Ne me dites pas que...

- Allez détends-toi Lily, c'est juste une petite fête, il n'y a rien de mal.

- Qu'est-ce que vous proposez alors? Je demande à Sirius en le suivant dans les escaliers jusqu'au septième étage.

- De quoi tenir une partie de la nuit.

- C'est bien ce que je craignais, s'écrie Lily en découvrant notre salle commune. Vous savez que l'alcool...

- C'est bon Lily, juste pour une fois...

OoOoOoOo

La fête bat son plein dans la salle commune. Je croise Emma qui ne m'entend même pas crier à cause du bruit. Je ne sais pas ce qui est le plus fort, la musique ou les voix les élèves.

- Alors, tu en es où avec Ethan?

- Ça avance... Et toi tu as vu Alex aujourd'hui?

- Deux minutes, je n'ai pas pu lui parler.

- Il faut que tu le fasses Cyl, je ne sais pas ce qu'il fait mais ça ne peut plus durer. Il faut qu'il se décide. Il est avec toi ou pas, mais il ne va pas te faire attendre comme ça pendant des mois.

- Je sais. J'essayerai de le voir demain. J'en ai un peu marre tu sais...

- Je sais. Allez ce soir pense à autre chose, c'est ta soirée non? Amuse-toi Cyl.

Je lui souris et la regarde se diriger droit sur Ethan qui lui tend les bras pour l'inviter à danser. Si je ne savais pas qu'ils risquaient former un couple plutôt insolite, voir explosif, je dirais qu'ils sont mignons tous les deux.

- Hey Mackenzie, viens par ici!

Je me retourne vers Watson qui semble promu au rang de barman officiel des Gryffondor. Ou au rang de pochtron officiel, si j'en juge par ses joues écarlates. Il me tend aussitôt un verre alors que je me rapproche de la table où s'alignent les bouteilles. Je préfère ne pas savoir ce qu'il m'a servi, je pourrais le regretter. J'avale le contenu du verre d'une traite, ignorant la brulure qui descend doucement jusqu'à mon estomac.

- Attention ma belle, commente Sirius qui s'est enfin nettoyé le visage.

Sans lui répondre je prends le deuxième verre que vient de me remplir James et je le bois aussi vite que le premier, sous les regards admiratifs des autres membres de l'équipe. Puis un troisième, un quatrième, et j'arrête de compter. Ce soir j'ai envie de m'amuser, Emma a raison, je dois penser à tout sauf à Alex. Je ne vois plus que Rémus et Sirius qui me parlent sans que je comprenne un traitre mot, ça me fait rire bêtement. Tiens, Watson chante à tue-tête l'hymne de l'équipe d'Angleterre. C'est fou ce qu'il chante faux, il me vrille les tympans. Je ne dois pas être la seule à subir sa cacophonie puisque Peter, qui s'occupe de la musique, monte presque aussitôt le son.

Les premières notes de la chanson me rappellent soudain quelque chose. C'est le dernier titre des Croque-Mitaines, le groupe à la mode qui passe sans arrêts sur la Radio à Transmission Magique. Et c'est sur cette chanson qu'un soir, avec Emma, on a élaboré une chorégraphie délirante, perchées sur nos lits. Je cherche Emma dans la salle, mais je ne vois que des fanions et des écharpes rouge et or un peu partout.

Je grimpe sur la table, Sirius a tout juste le temps d'enlever les bouteilles qui commencent à s'entrechoquer. Emma est au fond de la salle, en grande conversation avec Ethan qui vire au rouge brique.

- Emma! Je m'époumone.

Elle se retourne en même temps que tout le reste de la salle...

- Tu entends? Ca te rappelle quelque chose?

- Et comment!

Elle arrive en courant et se hisse à côté de moi sur la table, tandis que James se rapproche de nous avec Lily qui nous lance un regard sévère. Elle ne sait pas apprécier nos créations artistiques...

Emma commence à danser avec frénésie sur le rythme endiablé de la chanson. J'essaye de la suivre, mais ça va bien trop vite, je ne sais plus ce que je dois faire. Impossible de l'imiter, sinon toute la pièce se met à tourner, c'est vraiment étrange comme sensation. Watson s'avance et tente de monter lui aussi sur la table, mais il doit s'y reprendre à trois fois avant de tenir debout à nos côtés.

- Hé, tu es soûl Watson?

- Mais non! Pas du tout.

J'ai un doute quand même, parce qu'il se met à brailler pour couvrir la voix du chanteur des Croque- Mitaines. Et moi, bon public, j'essaye de couvrir la sienne. Il chante comme lui en fait, mais en plus fort et en plus faux. Bon, peut être pas exactement comme lui disons que Watson est... Inclassable. Au moins je me rappelle des paroles de la chanson. C'est à celui qui chantera le plus fort, ça me fait rire comme une folle.

Les mouvements d'Emma se ralentissent enfin, tant mieux je commençais à avoir le mal de mer à la voir se déhancher aussi vite.

- On forme un duo du tonnerre, s'écrie Watson à la fin de la chanson. Encore une autre! Pettigrow, monte le son!

C'est là que je vois enfin Sirius, adossé contre le mur derrière nous. Il nous observe avec une expression incrédule et amusée à la fois. C'est marrant, l'idée que je me donne en spectacle devant toute ma maison m'effleure seulement.

Il a desserré sa cravate, les premiers boutons de sa chemise sont ouverts, et j'ai l'impression que ses yeux son encore plus gris ou plus profonds que d'habitude, cachés par ses cheveux. C'est bien Sirius, pourtant quelque chose est différent ce soir. C'est peut être seulement sa façon de me fixer qui me trouble.

- Qu'est-ce que tu regardes? Je demande en vacillant dangereusement.

- Toi.

Je me penche vers lui et attrape sa cravate pour l'attirer vers moi. Il sourit, puis pose ses mains sur mes hanches pour me faire descendre de la table. Il me soulève dans ses bras, j'ai l'impression d'être aussi légère qu'un plume, et je me retrouve contre lui, le nez dans ses cheveux.

- Viens avec moi...

Il m'entraine vers la sortie, je me laisse conduire sans discuter, l'esprit complètement embrumé. Heureusement il me prend par le bras pour descendre les escaliers, et pousse la grande porte une fois arrivé dans le hall du château.

- Qu'est-ce que tu fais?

- Tu as un peu trop bu.

- Non...

Pourtant je le suis quand même jusque dans le parc où il me force à faire quelques pas. Le froid est mordant, je frissonne. Sirius me serre un peu plus contre lui.

- Pourquoi tu m'emmènes dehors par un froid pareil, je grogne.

- Parce que tu as besoin de prendre un peu l'air.

- Non, je n'en ai pas besoin.

- Je crois que si.

- Non! Ce n'est pas de ça dont j'ai besoin!

Je crie avec la voix éraillée des vraies ivrognes maintenant, de mieux en mieux...

- De quoi as-tu besoin alors? Demande-t-il en me prenant doucement dans ses bras.

C'est la première fois que je suis aussi proche de lui. Je respire son odeur, une odeur tellement différente de celle d'Alex. Il sent bon aussi, mais son parfum est plus.. Viril? Rien à voir avec l'amande. Je me blottis un peu plus contre sa poitrine pour me protéger du froid, et je découvre avec stupeur que je suis vraiment bien contre lui. Sa présence me rassure.

- De quoi as-tu besoin Cyllène? Répète-t-il plus doucement.

Et parce que je suis bien dans ses bras, parce que j'aime l'entendre murmurer à mon oreille et parce que lui fait attention à moi contrairement à Alex, je me laisse aller.

- J'ai besoin de toi.

Il se met à rire, d'un rire bref.

- Ça m'étonnerait ma belle.

- Si!

- Je ne crois pas.

- Embrasse-moi...

Il sursaute mais ne relâche pas son étreinte. Le vapeurs de l'alcool s'estompent tout doucement et pendant un bref instant je me demande ce que je fais là, puis des images d'Alex me viennent à l'esprit. Je les repousse sans hésiter.

- Quoi, le beau Sirius Black a des scrupules? Je ricane.

- Depuis quand tu me trouves beau, rit-il à mon oreille.

- Oh arrête, tu sais bien ce que toutes les filles pensent de toi.

- Mais toi?

- Moi je veux que tu m'embrasses. Je ne vais quand même pas te supplier!

Il penche lentement la tête vers moi et scrute mon regard. Je n'aime plus le bleu, j'adore le gris.

Il sourit en approchant ses lèvres des miennes. Elles ne sont plus qu'à quelques centimètres, je sens son souffle chaud sur ma joue. J'arrête d'essayer de réfléchir, ça ne sert à rien. Il s'avance encore un peu, sa bouche touche enfin la mienne, lentement, ses lèvres me frôlent. Je glisse ma main dans ses cheveux, ils sont doux, et j'entrouvre légèrement la bouche, laissant sa langue caresser la mienne. Une sourde vague de désir monte alors en moi, éclatant dans mon ventre, remontant le long de mon dos. Je gémis. Son souffle s'accélère et ses deux mains enserrent mon visage avec douceur, je savoure ce baiser avec volupté. Je suis tellement proche de lui que je sens son cœur battre dans sa poitrine, faisant écho au mien. Je pourrais sentir chaque muscle de son corps...

Je ne sais plus trop ce que je fais, je dois nager en plein délire; je passe une main sous sa chemise. Sa peau est douce et chaude, ma main remonte lentement et effleure sa poitrine. Les doigts de Sirius redescendent dans mon cou, sur mes épaules, puis soulignent la naissance de mes seins. Je n'aurais jamais pensé ressentir un tel désir pour lui, c'est comme s'il me contrôlait entièrement.

Il se recule soudain et se détache de moi.

- Je suis désolé, murmure-t-il.

- Tu t'excuses toujours après avoir embrassé une fille? Je demande, sceptique.

Je veux seulement qu'il recommence. Qu'il ne s'arrête jamais...

Pourtant il fait un pas en arrière, les yeux baissés. Je me liquéfie...

- Je n'aurais pas du faire ça...

- Qu'est-ce que tu racontes?

Je fais un geste vers lui mais il recule encore, les yeux rivés sur ses pieds. Il passe la main dans ses cheveux, l'air tendu.

- Je suis désolé, il vaut mieux qu'on arrête ça tout de suite. Sinon demain tu vas m'arracher les yeux, crois-moi...

Et il se retourne, s'éloignant dans le parc à grandes enjambées.

Je le regarde disparaitre dans l'obscurité, comprenant tout doucement ce que je viens de faire. Ce qu'on vient de faire.

Mes poings se serrèrent à me faire mal, je m'affaisse lentement et tombe à genoux sur la pelouse glacée. Les larmes se mettent à couler rapidement sur mes joues sans que je fasse un seul geste pour les arrêter. Je me sens seule tout d'un coup, seule et vidée de toute émotion. Je ne comprends plus rien, pourquoi est-il parti? Je veux seulement qu'il revienne...

Je me décide enfin à me relever et à rentrer, c'est inutile de rester là à pleurer sur mon sort.

Je cours vers la salle commune, priant pour ne croiser personne dans les couloirs, le visage toujours humide. La salle commune se vide lentement, la musique est moins forte et les éclats de voix plus rares.

Je traverse le pièce sans m'arrêter jusqu'à la chambre, et je claque la porte derrière moi. Le dortoir est encore vide c'est tout ce que j'espérais. Je me laisse tomber sur mon lit, la tête dans l'oreiller pour laisser couler mes larmes librement. Je ne sais plus ce que je fais...

Des pas se rapprochent lentement de moi.

- Qu'est-ce qui s'est passé ma chérie?

La voix étouffée d'Emma me parvient à travers l'épaisseur de l'oreiller.

- Je suis fichue...

- Ça a un rapport avec Alex? Tu l'as vu, il a fait quelque chose de mal?

- Non... Pire que ça...

Elle s'assoit à côté de moi et me force à lever l'oreiller, révélant mon visage ruisselant de larmes.

- J'ai fais une connerie... Une énorme connerie...

- Raconte-moi, tu me fais peur là...

Sa voix est douce et calme, si elle savait à quel point ça fait du bien.

- J'ai... J'étais avec Sirius dans le parc... Il m'a emmenée faire un tour parce que j'avais un peu trop bu.

- Oui ça j'avais remarqué. Mais ce n'est pas si grave!

J'essaye d'aligner les mots les uns au bout des autres d'une voix entrecoupée de sanglots.

- Sauf que, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai demandé de m'embrasser... Tu comprends j'étais dans ses bras et il sentait bon, il était tellement gentil et... Il... Il l'a fait et... Et il est parti d'un coup en disant que j'allais le regretter demain... Il m'a laissé toute seule dans le parc...

- Il a quand même un peu de bon sens finalement.

- Emma! Tu te rends compte! J'ai embrassé Sirius Black!

- Dis comme ça, ça peut paraitre dramatique effectivement, marmonne-t-elle. Mais ça ne l'est pas. Tu avais trop bu et il le sait, ce sont malheureusement des choses qui arrivent. Tu ne savais plus ce que tu faisais, voilà tout.

Je ne savais plus ce que je faisais? Oui, ça doit être ça. Pourtant je me suis bien rendue compte que je le suppliais de m'embrasser, qu'il me serrait dans ses bras et qu'il embrassait divinement bien.

Qu'est-ce que je raconte, je suis en train de devenir folle, c'est la seule explication.

- Emma... je sanglote.

- Oui?

- Le problème c'est que... C'était génial. J'ai trouvé qu'il embrassait tellement bien. J'ai eu envie de recommencer... Mais qu'est-ce que je vais devenir?

Je me jette dans ses bras, menaçant de tremper son chemisier avec toutes mes larmes.

- Ça va passer ma chérie. Tu verras demain ça ira mieux, tout ça te semblera ridicule. Ça va passer...

Elle caresse doucement mes cheveux et je me laisse bercer par le son de sa voix, un peu plus calme. Et je m'endors contre son épaule, exténuée, sans même chercher à me glisser sous la couette.

OoOoOoOo

Voilà, fin du premier acte! Je crois que c'est un peu ce que tout le monde attendait, un rapprochement entre Cyl et Sirius. Mais bon il va encore se passer plein de choses, c'est loin d'être fini (oui sinon ce serait trop simple!). Ça vous a plu?

La suite bientôt j'espère...