Je vous fais d'avance mes excuses car je n'ai que quelques minutes pour poster, je ne suis pas chez moi. De ce fait, je n'ai pas le temps de répondre à vos reviews, mais je vous promets d'y répondre d'ici le prochain post !
Je vous remercie des milliers de fois vous qui avez pris le temps de me laisser vos pensées ! =)
RedM00n, LAurore, ShunKickShunKers, janeandteresa, paffi, leelou09, Totallyfan, Anara, Enjoy, Sweetylove30 et FewTime, vous avez rassuré mes craintes quant au dernier post. =) Je me rattraperai et vous expliquerai mes choix d'écriture (surtout pour Chris et les "fiançailles"), promis !
Chapitre 10 : Ertrinken – Die Toten Hosen [Noyé]
« Une femme repousse parfois ce qui la charme le plus. »
William Shakespeare - Les deux gentilshommes de Vérone
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Jane avait passé la matinée à observer discrètement Lisbon. Il avait voulu continuer à être en colère contre elle, contre lui, s'isoler au grenier et broyer du noir, mais lorsqu'il l'avait croisée dans la matinée, radieuse, la curiosité l'avait emportée. Les jours précédents, ils s'étaient ignorés royalement, ne se parlant que si l'enquête –qui piétinait– le nécessitait. Il avait opiniâtrement rempli son carnet, avec colère. Mais ce matin, en voyant ce sourire rêveur sur les lèvres de la jeune femme, il avait eu l'impression qu'on s'attaquait à son cœur à coup de hache. Il n'y avait qu'une seule chose au monde capable de donner un sourire si resplendissant à une femme : un homme.
Le problème était qu'il ne voyait pas d'où pouvait sortir l'homme en question. Il avait été avec elle quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre ces dernières semaines et il pouvait assurer qu'à aucun moment elle n'avait fait une rencontre intéressante avec un homme. Ça avait dû se passer quelque part entre dimanche et ce matin-même. Il tenta de passer en revue ses voisins et les personnes du bâtiment mais il ne voyait pas qui aurait pu avoir le courage d'aborder Lisbon. Il était –avait été, rectifia-t-il amèrement– son plus proche 'ami' pendant des semaines, et lui-même s'était trouvé incapable de rester dans sa vie très longtemps.
En voyant la brunette lever les yeux du rapport qu'elle lisait pour regarder dans sa direction, il plongea dans sa tasse de thé et fit mine de s'intéresser à un dossier posé sur la table à côté de lui. Il entendit la porte de son bureau s'ouvrir et elle vint se planter à côté de lui, les bras croisés. Il lui adressa un regard indifférent et fit mine de retourner à sa lecture passionnante.
-Vous lisez la liste des vérifications d'extincteurs, vous avez remarqué ? lança-t-elle en haussant un sourcil.
Il ferma le dossier et put en effet lire le titre pompeux –mauvaise pioche, mauvais karma.
-Je me demandais ce qu'il faisait là justement, rétorqua-t-il, ne laissant rien paraître.
-Hmm-m… acquiesça-t-elle, un peu exaspérée par son caractère secret.
Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle seule, c'était elle qui l'avait chassé. Elle rassembla le courage qu'il lui avait fallu pour sortir de son bureau et venir le voir avant de glisser une main dans sa poche de veste.
-Je tenais à m'excuser Jane, dit-elle à mi-voix.
-A propos de quoi ? feint-il, parfait insensible.
-Je ne voulais pas vous chasser. J'avais besoin d'espace et j'étais un peu…
-Triste ? termina-t-il pour elle en regardant ailleurs.
Elle acquiesça en se tordant les lèvres, puis elle ressortit sa main de sa poche et attrapa la main de Jane. Elle déposa dans sa paume le double des clefs.
-Je ne retire pas tous mes mots, précisa-t-elle, vous devez vraiment arrêter de vouloir être là pour moi tout le temps. Je suis une grande fille.
Il regarda les clefs puis leva les yeux vers elle, perdu mais le cachant plutôt bien. Elle paraissait vraiment désolée de ce qu'elle avait fait.
Il lui tendit le double des clefs.
-Je n'en aurai pas besoin, déclara-t-il, le visage fermé.
Elle parut profondément blessée mais elle reprit aussitôt le dessus sur toute émotion. Elle attrapa les clefs pour les remettre dans sa poche. Elle soupira et eut besoin d'un instant pour chasser toutes pensées non professionnelles de son esprit.
-Prenez VanPelt, allez faire votre truc à l'étude Berner & Hooke, arrangez-vous pour ne pas avoir de problèmes.
Il hocha la tête et tourna les talons sans rien ajouter. Quelques mètres plus loin, il regrettait déjà son attitude et sa fichue fierté.
-Alors ? lança l'air de rien VanPelt en quittant un instant la route des yeux.
-Alors quoi ? s'étonna Jane en se tournant vers sa jeune amie.
-Eh ben, toi et Lisbon…
-Excuse-moi, tu étais en train de parler ? ironisa-t-il.
-C'est ce que je pensais, soupira-t-elle.
Il haussa les sourcils, étonné de sa réaction. Il eut envie de lui demander à quoi elle avait pensé, puis il se rappela qu'avoir une discussion sur sa vie affective avec Grace n'était pas son ambition du jour.
-Elle voit quelqu'un d'autre alors, finit-elle par reprendre.
-Pardon ?
Fichue curiosité.
-Elle était radieuse ce matin, expliqua Grace. Et elle a regardé plusieurs fois son téléphone, au début j'ai cru que c'était toi qui lui avais envoyé des sms, mais vous êtes plus ou moins en froid de ce que j'ai vu…
Génial, si même Grace voyait un homme là-dessous, il devenait quasi-officiel que Lisbon voyait quelqu'un.
-Tu espionnes la vie privée de ta patronne, lui fit-il remarquer pour en finir avec le sujet. Et n'essaye pas de répondre en m'impliquant de quelque façon, ajouta-t-il avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche.
Elle sembla déçue de ne pas pouvoir lever le voile du mystère mais respecta sa décision.
-Alors ? recommença-t-elle aussitôt.
… Ou peut-être que non.
-J'ai déjà dit que je n'avais pas envie d'en parler, protesta-t-il, agacé.
-Non tu ne l'as pas dit, mais je ne parlais plus de Lisbon.
-Tant mieux, marmotta-t-il, mal à l'aise soudain.
-Tu n'as pas envie d'en parler ?
-Grace, pourrais-tu te concentrer sur la route s'il te plaît ? s'impatienta-t-il.
-Il faut que tu me dises quoi faire une fois dans l'étude de Berner & Hooke puisque tu ne vas pas m'accompagner. Je dois demander quelque chose en particulier ?
-Tu as réussi à avoir un rendez-vous avec l'un des deux associés ? s'enquit Jane, rassuré de retrouver un terrain où il était maître de la situation.
-J'ai rendez-vous avec monsieur Hooke en personne. D'après les recherches, c'est lui qui est le plus chargé de la communication avec les clients. Berner est affecté aux côtés économiques.
-Mmmh, acquiesça-t-il songeur.
-Donc je lui demande quoi ?
-Dis-lui que tu as une riche tante dont tu devrais hériter et que tu te demandes si elle ne va pas malencontreusement tomber malade dans les prochains jours.
-Pardon ? Tu veux que je suggère la mort de quelqu'un ?
-Tu verras bien ce qu'il te répondra, tu as le micro?
La rousse acquiesça, un peu déboussolée, puis se gara sur le parking de l'étude des notaires.
-Tu crois qu'ils provoqueraient la mort de personnes âgées pour que leurs clients héritent plus vite ? s'enquit-elle.
-Tu as vu leur chiffre d'affaires ?
-Il est élevé, reconnut-elle.
-Il est trois fois plus élevé que celui des autres études du coin. Ils ont aussi un très fort taux de décès.
-Des morts naturelles, rectifia Grace.
Jane haussa les épaules, il n'avait pas besoin de l'avis de Grace pour se faire son opinion. Il avait un pressentiment depuis qu'il avait fouiné dans les bureaux. Ces types étaient des croque-morts.
-Bon, j'y vais dans ce cas, tu restes là ?
-Je ne bouge pas. Je te guiderai avec l'oreillette.
Elle hocha la tête puis sortit de voiture. Jane soupira de soulagement et roula des yeux. Il allait vraiment devoir surveiller VanPelt, elle était parfois trop intuitive pour son bien.
L'entretien avec Hooke avait été un ennui complet pendant dix longues minutes et Jane avait failli s'endormir dans la voiture. Grace avait parlé de détails administratifs, de transferts de dossiers, de réputation… Toutes ces choses ennuyeuses qu'un client normal aurait amenées dans l'entretien. Ce qui intéressait Jane, c'était le moment où elle lui poserait sa question.
Lorsqu'enfin il entendit Hooke demander à Grace quel type de contrat elle voulait, il faillit lâcher un 'enfin' malpoli à l'intention de la rousse.
-Eh bien, c'est délicat, répondit la voix de VanPelt dans l'oreillette. Voyez-vous, je suis la seule héritière de ma tante et j'ai l'impression qu'en faisant son testament, ça serait avancer sa mort… J'y suis un peu réticente, vous comprenez ?
-Oui bien sûr, répondit Hooke sur un ton qui laissa deviner à Jane qu'il avait un sourire carnassier.
-Mais d'un autre côté si elle tombait malade soudainement et venait à mourir, je n'aurai rien, alors il faut faire ce testament. Ça serait idiot de laisser perdre un patrimoine, pas vrai ?
Jane fut lui-même surpris de la subtilité de VanPelt.
-Mais votre tante est en excellente santé, n'est-ce pas ?
-Oh vous savez, la santé, ça va ça vient, lança Grace dans un léger rire.
-Je crois avoir le contrat qu'il vous faut mademoiselle, on vous a bien recommandée.
-Je m'en remets à votre expertise.
Jane se concentra intensément sur chaque bruit qui lui parvenait.
-Comment ça fonctionne ? s'enquit la voix de VanPelt peu après.
-Mon collègue et moi aimons à parler de paris. Disons que vous pariez que votre tante va vivre trois mois encore, et nous parions le contraire.
Jane sentit la victoire le griser par avance. Lisbon allait le haïr : il avait raison.
Il déchanta vite en pensant à la brune et chercha à se concentrer à nouveau sur l'entretien qu'il entendait dans l'oreillette. Grace disait hésiter, Hooke insistait pour la conforter dans l'idée.
C'était sûrement ce business de mort qui avait coûté la vie à Gary Jr Robin et son fils. Dès lors que la secrétaire Carrie avait parlé de Gary fouinant et posant des questions sur l'étude, il avait su que le détective menait une enquête sur Berner & Hooke. Il avait dû déterrer quelque chose et on l'avait condamné au silence, faisant deux autres victimes du même fait.
Quelques minutes plus tard, il entendit VanPelt finir l'entretien en disant qu'elle reviendrait remplir les papiers une autre fois.
C'était une victoire, l'enquête prenait la direction qu'il avait voulu, mais en pensant aux clefs qu'il avait reposée dans les mains de Lisbon le matin-même, il songea que la victoire était bien amère. Il n'aurait même pas la satisfaction de pouvoir embêter la jeune femme à ce sujet.
-Vous êtes absolument sûre qu'il vous proposait d'abréger la vie de quelqu'un ? demanda Lisbon pour la énième fois alors que VanPelt lui résumait son entretien chez Berner & Hooke.
Jane leva les yeux au ciel. La comédie durait depuis dix minutes. Lisbon n'arrivait pas à admettre que des notaires aient monté un business de mort. Il finit par se décider à intervenir et se leva de son canapé pour rejoindre l'équipe sur la grande table.
-Jane, vous nous accordez finalement votre présence ? ironisa la brune en le voyant arriver.
-Je suis toujours là pour aider mon prochain, répondit-il dans un parfait sarcasme. Grace dit vrai, ces notaires ont un business de mort. Je pense que Gary s'est mis à enquêter et a déniché quelque chose. Ils tuent des centaines de gens, alors faire assassiner un gêneur ? Ce n'est pas un problème.
-Vous n'avez aucune preuve, lui fit-elle remarquer.
-Ça viendra, sourit-il. Ça vient toujours.
-Bien, soupira-t-elle, supposons qu'ils sont suspects, comment marche leur business ?
-Grace vous l'a dit, vous pariez que votre proche vivra tant de jours, ils parient contre vous puis s'arrangent pour que vous perdiez le pari. Ainsi vous les payez et vous héritez du proche qui a trépassé.
-Vous pensez que deux associés super riches iraient se salir les mains dans le sang ?
-Oh c'est plus subtil que ça, je suppose qu'ils ont des hommes de main bien sûr, mais à aucun moment il n'est question de sang. Il faut que la mort paraisse naturelle, ça facilite l'héritage.
Lisbon soupira et reporta son attention sur son équipe.
-Bien, reprit-elle, VanPelt épluchez les comptes de la société. Cho, trouve le nom des présumées victimes de la supposée machination de Berner & Hooke dans la liste de leurs clients décédés et vois si certaines morts sont assez suspectes pour qu'on demande exhumation. Rigsby, demain tu iras voir la secrétaire de Gary Jr Robin, Lauren Cliff, pour voir ce qu'elle sait sur l'étude Berner & Hooke.
-Et moi ? s'enquit Jane.
Lisbon lui adressa un regard hésitant puis haussa les épaules. Le consultant comprit le message et prit son emploi du temps en mains :
-Rigsby, je viendrai avec toi demain, annonça-t-il avant de se lever.
Il retourna à son divan et s'y affala. Lisbon précisa ses dernières directives puis retourna dans son bureau. Jane écouta distraitement les trois agents se préparer à rentrer chez eux après ce débriefing de fin de journée. Ils lui souhaitèrent tour à tour bonne nuit, ce à quoi il répondit vaguement. Il n'avait pas envie de rentrer chez lui, il n'y était plus allé depuis des semaines et n'avait pu se résoudre à y retourner même maintenant qu'il n'avait officiellement plus aucune raison de rester dans les environs de Lisbon. Il dormirait une fois de plus dans le grenier. Mais pour ce faire, il avait besoin que Lisbon rentre chez elle, si elle le voyait monter, elle comprendrait et lui ferait la morale. Il ne le supporterait pas, surtout pas après qu'elle l'avait fait sortir de sa vie de cette manière.
Il ne lui en gardait pas vraiment rancune, c'était plutôt à lui qu'il en voulait. Il n'aurait jamais dû se laisser tenter, jamais dû rester auprès d'elle si longtemps. Elle avait aspiré à la normalité pendant tout ce temps, luttant contre son comportement et contre la part d'elle-même qui doutait. Maintenant il allait respecter ses souhaits et il faisait de son mieux pour lui donner cette normalité qu'elle avait voulue. Mais il ne pouvait empêcher l'amertume… Ni la jalousie.
Jalousie qui se trouva justement refaire surface lorsqu'il vit depuis son divan un homme inconnu aller à la rencontre de Lisbon alors qu'elle fermait son bureau. Il sentit son cœur lui envoyer une décharge électrique douloureuse lorsqu'il la vit rire tout en enlaçant brièvement l'inconnu.
-Qu'est-ce que tu fais là ? sourit Lisbon alors que Chris lui présentait son bras.
-Je me suis dit que t'enlever me donnerait plus de chance de t'avoir à dîner. Tu es difficile à joindre, tu es au courant ? se moqua-t-il gentiment alors qu'elle prenait son bras et le suivait vers l'ascenseur.
Elle sourit un peu plus, ravie de son initiative, puis entra dans l'ascenseur avec lui. Alors que les portes se fermaient, elle vit Jane passer et monter les escaliers. Elle fut prise d'un léger malaise et perdit le fil de ce que Chris lui racontait.
Elle glissa machinalement ses mains dans sa poche de veste et sentit le double de ses clefs lui rappeler cruellement qu'elle n'était qu'une idiote.
Lisbon ne put s'empêcher de rire à la énième bêtise de son compagnon de soirée et dut boire une longue gorgée d'eau pour faire passer le morceau de dessert que son rire avait coincé. Chris lui adressa un regard brillant, fier de ses âneries.
-Tu es resté un ado immature, le railla-t-elle quand elle put enfin parler.
-Je te l'accorde, sourit-il. Mais je l'assume totalement. Ça plaît aux filles, tu y crois toi ?
-Faut croire que oui, j'ai failli t'épouser, lui rappela-t-elle.
-Dommage que tu ais pris la fuite, hein ?
-Je n'ai pas pris la fuite Chris, soupira-t-elle, soudain moins joyeuse.
Il acquiesça, il savait de quoi elle parlait. Il attrapa sa main avec douceur et tenta un sourire rassurant.
-Hey Teresa, souffla-t-il, je ne t'en veux pas. C'était il y a dix ans.
-Je m'en suis toujours voulue, avoua-t-elle. Les mois qui ont suivi j'ai cru que j'allais exploser… Et me voilà, dix ans plus tard, à cette table, face à toi.
-Bilan dramatique hein ? ironisa-t-il sans se départir de sa douceur.
-L'inconvénient quand on tombe amoureuse de son meilleur ami, c'est qu'une fois qu'on lui a rendu la bague de fiançailles, on n'a plus de bras dans lesquels pleurer.
-Et je suppose que tu n'as pas cherché à parler à qui que ce soit ?
Elle fit signe que non, l'air un peu navrée.
-Tu étais le seul à qui j'acceptais de parler.
-Et maintenant ?
Elle hésita un instant avant de répondre puis soupira.
-Je crois que je suis façonnée pour éloigner quiconque m'approche de trop près.
-Donc il y a quelqu'un, en déduisit-il.
Elle sourit, amusée de voir qu'il pouvait encore si bien la décrypter.
-Il y avait bien quelqu'un, avoua-t-elle finalement.
-« Avait » ? releva-t-il.
-Ma vraie nature a repris le dessus, plaisanta-t-elle.
-Je plains le pauvre homme.
-Pourquoi forcément un homme ?
Il rit en secouant la tête avant de serrer sa main un peu plus fort.
-Teresa Lisbon se confiant à une femme ? Impossible.
-Tu sais quoi ? Tu m'agaces. J'ai l'impression que tu me connais aussi bien qu'il y a dix ans et ce n'est pas rassurant pour être prise au sérieux.
Il lui adressa un regard charmant puis demanda l'addition.
Ils sortirent du restaurant quelques minutes plus tard et Lisbon se retrouva tirée de force vers le parc le plus proche. Chris avait apparemment décidé de profiter de sa compagnie toute la soirée. Elle se contenta de rouler des yeux, le trouvant aussi exaspérant qu'avant. Mais elle ne pouvait pas nier le bien que renouer avec cette part de son passé lui faisait. Chris faisait partie de la liste des regrets, elle n'aurait jamais pensé pouvoir l'en enlever un jour. Ils allaient bien maintenant, il l'avait pardonnée, et elle commençait tout juste à se pardonner elle-même. Oh bien sûr, il y avait toujours ce léger magnétisme, elle assuma que c'était souvent le cas chez les amants que la vie avait séparé contre leur volonté.
Il attrapa sa main pour l'entraîner vers la grande allée, encadrée par des arbres et des bancs. Elle le regarda monter sur chaque banc sans lâcher sa main, continuant sa route comme si c'était un comportement normal. Elle rit légèrement, exaspérée comme des années plus tôt, lorsqu'il faisait la même chose.
Il lui rappela de nombreux souvenirs de ce qu'ils avaient vécu, puis il en arriva au lycée, provoquant une grimace de la part de la jeune femme.
-Et tu te souviens de la fois où tu t'es battue avec cette pom-pom girl ? lança-t-il malicieusement.
-Elle m'avait insultée, se défendit la brune. Je venais de gagner la course d'athlétisme et elle m'a insultée au micro, m'humiliant devant toute l'école.
-De là à descendre du podium pour lui mettre ton poing dans la figure…
-Je ne pouvais pas la voir de toute façon.
-Dis plutôt que tu étais jalouse, se moqua-t-il.
-Aussi, reconnut-elle en souriant. Mais on sortait déjà ensemble quand elle t'a fait ses avances et elle savait très bien que tu n'étais pas libre. C'était une peste.
-Non Teresa, c'était une lycéenne normale, une fille.
Elle lui lança un faux regard noir alors qu'il s'arrêtait enfin sur un banc. Il en descendit et s'assit, l'invitant à en faire de même.
-Dis-moi maintenant, qui est ce pauvre homme que tu as chassé de ta vie ?
-Chris…
-Tss, la coupa-t-il, ne pense même pas t'en sortir en me disant que tu n'as aucun compte à me rendre dix ans plus tard, il y a une promesse que tu ne reprendras jamais milady, nous avons été les meilleurs amis du monde je te rappelle.
-Le surnom Chris… soupira-t-elle, exaspérée.
Il sourit et croisa les bras, attendant qu'elle se décide à parler. Elle eut l'impression d'avoir vingt ans à nouveau.
-C'est un consultant du CBI, lâcha-t-elle. Patrick Jane.
-Oh, j'ai entendu parler de lui… Tu t'es éprise d'un medium ? s'étonna-t-il, un sourcil levé.
-Je n'ai jamais dit être amoureuse de lui, protesta-t-elle. Et ce n'est pas un medium, c'est un emmerdeur.
-Un emmerdeur séduisant ?
Elle laissa la question en suspend et Chris rit.
-Wow, il doit être aussi séduisant que chiant pour que tu refuses de l'avouer. Et qu'est-ce qu'il a fait pour mériter d'être chassé de ta vie ?
-Rien, soupira-t-elle. C'était juste ma faute, j'ai eu un peu peur je crois. Ça fait longtemps que je n'ai pas été proche de quelqu'un.
-Mais dis-moi, il est tristement célèbre quand même…
-Oui.
Chris garda le silence un moment puis ouvrit la bouche sans rien dire, comme s'il cherchait les mots appropriés.
-Tu as eu peur de tomber amoureuse de lui ou tu as réalisé que c'était déjà le cas ? lança-t-il finalement.
-Chris ! protesta-t-elle. Je ne suis pas amoureuse de mon consultant, un homme qui porte encore son alliance et qui a pour seul but dans la vie la mort du meurtrier de sa famille ! Ça serait inapproprié.
-L'amour n'est jamais une histoire d'appropriation Teresa, tu es bien placée pour le savoir je crois.
Elle acquiesça silencieusement puis plongea dans ses pensées un moment. Elle sentit le bras de Chris passer autour de ses épaules et elle sourit doucement en s'appuyant contre lui. Ce geste fit monter en elle un tourbillon de souvenirs, de rires et de larmes. Chris avait été si important… Mais le dernier souvenir ne le concernait pas, le dernier visage, celui qui resta encore un peu pour hanter son esprit, c'était celui de Jane.
-Il y a quelques mois, reprit-elle finalement, les yeux dans le vague, une femme m'a demandé ce qui me faisait avancer, elle a dit qu'on avait tous quelque chose qui nous maintenait en vie, un but en quelque sorte. Elle a donné des exemples, celui de Jane en faisait partie d'ailleurs… J'étais incapable de répondre à cette question.
Il garda le silence, le souvenir d'une vieille habitude : quand Teresa Lisbon commençait une confession, il ne fallait pas l'interrompre sous peine de ne jamais entendre la fin.
-Je n'ai rien qui m'accroche à la vie Chris, souffla-t-elle. J'ai vécu hantée par cette idée pendant un mois, à cause de cet enlèvement dont je t'ai parlé. Et en deux jours, Jane l'avait chassée au point qu'elle n'avait plus aucune importance. Parce que quand il est là, le reste importe peu, il est drôle, et certes agaçant, mais quoi qu'il en dise, il a un bon fond. Je ne m'ennuie jamais quand il est là, il garde toujours mon esprit occupé, loin des mauvaises pensées… Et ces derniers jours, j'ai commencé à penser que peut-être, ce pour quoi je voulais me battre, ce qui me faisait avancer, c'était lui.
Elle laissa un instant de silence, cherchant comment expliquer son esprit embrouillé. Dire tout haut ce que son cœur pensait tout bas, c'était exprimer au combien elle était perdue.
-Je veux qu'il aille mieux, reprit-elle. Je veux qu'il guérisse et qu'il garde ce sourire sur ses lèvres sans jamais plus avoir à faire semblant… Je veux qu'il n'ait plus à souffrir, qu'il cesse de s'en vouloir et qu'il aille de l'avant.
Elle reprit sa respiration, elle avait parlé vite, espérant évacuer toutes ces pensées inappropriées, des rêves fous, irréalisables.
-C'est effrayant, murmura-t-elle. Ces dernières semaines, j'ai réalisé que mon but c'était en quelque sorte… lui. Et je ne sais plus quoi penser.
Chris sourit doucement et embrassa sa tempe, comme il l'aurait fait s'ils avaient été dix ans plus tôt.
-Eh bien milady, voilà qui complique mes projets.
-Quels projets ? s'étonna-t-elle en se tournant vers lui.
-Eh bien, ça va être difficile de te séduire avec une telle concurrence…
Elle rit, secouant la tête, puis se leva du banc. Il la ramenait en terrain plus sûr, un terrain connu. Elle n'avait pas besoin qu'il parle, il l'avait écoutée et c'était tout ce qui comptait.
-J'aimerai bien rentrer, je travaille demain.
-Rabat-joie, sourit-il en repassant son bras sur ses épaules pour la guider vers la voiture.
Lorsque Chris la déposa devant chez elle en soirée, Lisbon embrassa sa joue avant de l'enlacer. Elle glissa un merci à son oreille, puis elle rentra, vite accueillie par Bouh. Elle laissa ce dernier sortir alors que la voiture de Chris s'éloignait. Elle songea qu'elle était heureuse qu'il revienne dans sa vie. Chris Palmer était quelqu'un de bien, un ami qui lui avait manqué et qui lui faisait du bien… Un ami qu'elle ne culpabilisait pas d'avoir.
Elle rappela finalement Bouh et le suivit à l'intérieur. En fermant la porte, elle entendit un moteur familier. Elle vit une DS bleutée passer dans sa rue quelques secondes plus tard.
Chapitre plein d'infos, aurai-je des avis ?
Encore désolée de ce post en hâte !
Le chapitre 11 sera là lundi soir si tout va bien:
« J'ai passé un mois à m'empêcher d'aller vous voir, pour vous garder en sécurité ! s'énerva Jane.
Et vous pensez que j'ai subitement décidé de revenir vous voir juste pour bousculer votre quotidien ?
J'ai été là chaque soir depuis des semaines, depuis votre sortie d'hôpital !
Je n'ai pas manqué une seule soirée, j'ai vérifié que vous étiez en sécurité aussi souvent que possible,
j'ai passé des nuits entières à m'imaginer les pires scénarios ! »
