Harry a rarement ressenti une telle haine envers quelqu'un, à part bien sûr Lord Voldemort et Dolores Ombrage. Mais pour ce qui est de l'oncle Vernon, cette fois, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Harry se souvient des mots de Hagrid le jour où il a découvert qu'il est un sorcier : Tu as grandi dans la plus incroyable famille de Moldus que j'ai jamais rencontré. Et l'oncle Vernon est un personnage infâme : aucune imagination, une intolérance inouïe pour quiconque est différent, sa seule fierté est de montrer à tous qu'il est puissant et impressionnant. Il en arrive même à plaindre la tante Pétunia : contrairement à son mari, elle n'est pas foncièrement hostile à la magie mais n'a jamais pu supporter que sa sœur ait des pouvoirs et pas elle. Et son mari a réussi à lui inculquer ses idées arriérées dans la tête. Des trois Dursley – même si Dudley semble enfin avoir changé – c'est bien Vernon le plus immonde.

Harry déteste par-dessous tout son oncle, pour tout ce qu'il lui a fait subir depuis qu'il a été déposé à la porte des Dursley par Dumbledore. C'est lui qui a tout fait, plus que son épouse, pour que Harry ne découvre pas la vérité sur ses origines. C'est lui qui l'a séquestré en le laissant presque mourir de faim. Il est tellement imbu et affiche un tel mépris pour les autres que Harry se demande même s'il a un cœur.

Mais que ce soit lui qui ait percuté la voiture de Bill est l'acte de trop. Sans en être réellement sûr, Harry a compris à peu près les raisons : d'une manière ou d'un autre, Vernon a découvert les intentions de son fils de sympathiser avec Harry et ses amis. Il va sans dire qu'il ne l'a certainement pas vu d'un bon œil. Comment peut-on avoir une relation amicale avec un garçon aussi anormale qu'Harry ? Cela explique facilement la suite : Vernon de rage, a pris sa voiture et a foncé comme un fou droit dans celle de Weasley. Comme la sienne n'a pas subi de dommages réels, il a pris la fuite même si le véhicule pu échapper à des témoins, sans que son conducteur soit reconnu.

Harry n'a jamais voué une colère aussi farouche envers son oncle. Non seulement il s'est montré d'une incroyable cruauté en provoquant – volontairement peut-être – un accident grave mais, trop lâche, il ne s'est absolument pas soucié des conséquences sur les victimes. Harry est rouge en l'imaginant en ce moment se pavanant chez lui et se croyant intouchable, comme si de rien n'était. Il n'a plus qu'une envie : lui faire payer cher.

Dans sa chambre au Terrier, Harry décide de parler à Ron et Hermione de ses intentions dès le lendemain de sa sinistre découverte. Ils ne l'approuvent cependant que moyennement :

-Harry, on ne peut pas se faire justice soi-même, dit Ron. Le mieux, c'est de prévenir Kingsley.

-Kingsley ne peut pas faire grand-chose, conteste Harry. L'oncle Vernon est moldu pour rappel.

-Bien sûr que si il peut agir, chéri, dit Hermione. Il a des contacts avec la police.

Harry n'y a pas pensé. Mais pour autant, il ne veut pas changer ses plans. Il est déterminé à se venger de son oncle. Ron a raison sur le fait qu'on ne doit pas se faire justice soi-même mais pour Harry, c''est bien trop fort. L'oncle Vernon l'a trop fait souffrir. Il pense à Fleur qui ne vit plus depuis l'accident, ce qui intensifie la rage dans le cœur d'Harry.

-Vous avez sûrement raison, dit Harry, mais là je ne peux faire autrement. Il a fait tellement de mal, c'est insupportable pour moi. Je vais aller le voir et lui régler son compte.

-Tu es sûr que…

-Parfaitement sûr. Je ne ferai rien de répréhensible si ça peut vous assurer, mais je vais lui en mettre plein la vue et il va comprendre ce que c'est que de briser une vie et faire du mal aux autres.

Bien que sceptiques, Ron et Hermione décident de soutenir Harry, comme ils l'ont toujours fait. La scène n'est pas sans rappeler la fin de leur première année quand Harry a entreprit de descendre par la trappe du couloir interdit et que Ron et Hermione l'ont suivi par fidélité. D'ailleurs, Ron dit :

-Dans ce cas, je t'accompagne, Harry. C'est à cause de lui si je me suis transformé en monstre de Frankenstein. Et Lavande part demain chez ses parents pour une semaine.

-Tiens ! Tu connais Frankenstein, toi ? s'étonne Hermione.

-Il y a quand même certaines œuvres moldues qui sont très connus chez nous les sorciers, réplique Ron, un visage rouge qui lui donne l'air d'une tomate cuite. Et toi, Hermione, tu viens avec nous bien sûr ?

-Je ne peux pas. Je dois retourner en France. J'ai l'histoire Emilie à régler. (Elle a parlé la veille de sa sœur jumelle à Ron).

-J'aimerais bien la rencontrer ta sœur… dit Ron.

-Oui. Mais plus tard, Ron. Elle ne sait pas encore réellement qu'on est sœur même si elle a des soupçons. Le bouleversement est aussi fort chez elle que pour moi. De plus, c'est une moldue et on ne peut pas l'inviter ici au Terrier comme si de rien n'était.

-Donc, résumons, reprend Harry, que fait-on et qui vient ?

-Je viens avec toi, Harry, répond Ron. On va voir ton oncle et après tu décideras quoi faire.

-S'il te plaît, mon cœur, ne fait rien qui t'attirerait des ennuis… dit Hermione dont la voix trahit une inquiétude qu'Harry s'empresse de combler.

-Ne t'en fais pas. Je vais jouer au Drago : utiliser les mots qui font mal.

-Je n'aurais jamais cru dire cela un jour mais oui, la méthode de Drago me semble approprié, approuve Ron qui, très sceptique sur le changement de son vieil ennemi, ne souhaite pas encore lui faire confiance. Alors, quand part-on, Harry ?

-Dès demain.

-Mon Ronichou, tu es là ? dit la voix de Lavande à travers la porte.

Elle loge au Terrier depuis la veille et sa sortie de l'hôpital pour récupérer avant de rentrer chez elle, et aussi parce qu'elle et Ron n'arrivent pas à se quitter.

-J'arrive, mon bébé ! s'exclame joyeusement Ron. Je vous laisse, les amis. L'amour m'attend.

Emilie est perdue dans ses pensées. Même l'approche du baccaulauréat dans une semaine maintenant la préocuppe à peine. Elle n'a qu'une seule chose en tête : Hermione.
Elle n'a plus aucun doute maintenant. Hermione est sa sœur jumelle. Elle l'a compris lorsque son père a tenté de les empêcher de se voir. Et Emilie est certaine qu'Hermione l'a compris elle aussi. Mais maintenant, un autre problème se pose : comment faire parler les parents ?

Emilie est convaincue que ses parents lui ont menti et lui cachent un lourd secret, et ce doit être pareils pour le père et la mère d'Hermione. L'une des deux, c'est une évidence, n'a pas été elevée par ses parents biologiques. Mais qui ?

Emilie a hâte qu'Hermione revienne. Elle lui manque énormément et ensemble, elles vont enfin faire éclater les lourds mystères qui ne doivent plus être cachés d'avantage.

Face à ces tourments, Emilie a de la chance de pouvoir compter sur l'amitié fidèle de Madeleine. La seule qui l'écoute, qui ne la prenne pas pour une folle, pour une arriérée juste pour ses croyances envers la magie.

-Je te demande pardon, Madeleine, lui dit-elle un après-midi dans sa chambre, alors qu'Hermione est partie en Angleterre depuis trois jours. Je ne t'ai pas cru quand tu as suggéré la possibilité qu'Hermione soit ma sœur.

-Ne t'en fais pas, ma chérie, rassure Madeleine. C'est compréhensible. Qui ne serait pas sous le choc en découvrant un frère ou une sœur au bout de dix-neuf années ?

-C'est fou quand même. J'ai toujours rêvé d'en avoir et la vie m'offre soudainement une sœur jumelle.

-Elle est en Angleterre, là ? demande Madeleine.

-Oui. Elle devrait rentrer d'ici deux ou trois jours. J'ai hâte de ta présenter.

-Oh ! Emilie !

Madeleine prend sa meilleure amie dans ses bras. Elles sont plus soudées que jamais. C'est leur amitié qui leur permet à toutes les deux de vivre. Sans elle, elles ne seraient rien.

-Bon, ce n'est pas tout mais il faut quand même se remettre à ses révisions, dit Madeleine en retirant son étreinte.

-Vivement qu'on ait passé ce bac…

-C'est clair.

En réalité, les deux amies n'ont pas du tout envie de réviser. Mais elles s'y sont mises car elles ont remarqué l'œil du père d'Emilie guettant à l'interstice de la porte entrouverte.

C'est quelque chose auquel Ron n'a jamais pensé jusque-là. Il faut dire qu'il a eu d'autres priorités compte tenus des évènements récents. Mais maintenant, il peut goûter à un repos bien mérité dans sa vie. Et il a enfin rencontré l'amour de sa vie.

Il a longtemps cru que son cœur appartenait à Hermione. Sa pire crainte, comme il a pu le voir avec l'horcruxe du médaillon, était que celle-ci lui préfère Harry. Et puis, il y a eu l'accident de Privet Drive et tout a basculé dans le cœur et l'esprit du plus jeune garçon de la famille Weasley. Il a enfin pris conscience que ce n'est pas Hermione qu'il aime par amour. Et c'est pour cela qu'il a accepté sans problème ce qui aurait été auparavant insupportable pour lui : qu'Harry et Hermione soient amoureux et sortent ensemble.

La femme de sa vie était la dernière personne auquel il aurait pensé et pourtant… alertée par la presse du drame, Lavande Brown s'est précipitée à son chevet et ne l'a plus quitté depuis. Les jeunes sorciers ont alors réalisé qu'ils s'aiment vraiment.

Leur relation actuelle, comme a dit Hermione, n'a rien à voir avec celle qu'ils ont eu en Sixième année. A l'époque, Lavande était une hystérique immature qui voyait plus Ron comme un sportif beau gosse que comme un garçon au cœur pur. Et Ron lui-même s'est jeté dans ses bras parce qu'il ne pouvait supporter d'être le seul du trio sans aucune histoire d'amour. Ils n'ont tout deux pas oublié leur premier baiser dans la Salle Commune de Gryffondor le jour de la victoire contre Serpentard au Quidditch. Aussi parce qu'Hermione, qui désirait Ron par dépit à l'époque alors qu'Harry s'éloignait, le lui a fait durement payer.

Tous deux ont mûri depuis. Lavande n'est plus la folle qui crie partout comme une groupie. D'après ce qu'a pu entendre Hermione, la Bataille de Poudlard où Lavande a failli perdre la vie a eu sur celle-ci un impact très fort. Quand Greyback l'a attaqué, Lavande aurait vu défiler toute sa vie, prenant conscience qu'elle n'était pas une fille bien et que si elle voulait reconquérir Ron, elle devait changer. Hermione, malgré sa grande animosité envers Lavande, n'a pu que constater qu'elle est une fille nouvelle. Finie la Lavande pleurnicheuse qui prenait son Ron-Ron pour un jouet. La Lavande actuelle est plus calme, plus mature, plus… femme. Ron l'a compris. C'est finalement leur maturité acquise qui les a amenée à ressortir ensemble et pour de bon cette fois. Et Hermione, outre le soulagement car la voix lui était enfin libre pour Harry, est très heureuse pour eux et prête à accepter Lavande dans la famille.

Ron est très amoureux de Lavande et Lavande est très amoureuse de Ron. Et au fur et à mesure que leur amour grandit, le désir grandit avec. Ron n'a jamais pensé à sa première fois jusque-là. Puis il réalise qu'il a maintenant dix-huit ans et qu'il a tout à fait l'âge pour passer à l'acte. Il lui arrive même d'imaginer soudainement Lavande en soutien-gorge et en petite culotte. Il ne le dit pas bien sûr, il serait bien trop gêné. Mais il comprend qu'il est prêt.

Il en va de même pour Lavande qui, en secret, aimerait découvrir si Ron porte un caleçon ou un slip et peut-être même ce qu'il y a en dessous.

La veille de l'opération, pour la première fois, ils ont discuté du sujet et tous deux ont compris qu'ils ont mutuellement envie de le faire.

-Je pense que ça va aller tout seul, a dit Lavande dans un effort de rassurer Ron et elle-même. On s'aime, mon Ronichou. De plus, j'ai déjà vu un garçon tout nu…

-Tu as déjà vu un garçon tout nu ? s'est étonné Ron.

-Oui mais ça remonte. J'avais dix ans. Disons qu'on voulait savoir lui et moi à quoi ressemble le corps de l'autre. Il n'y a rien de mal à cela.

Voyant que Ron n'est pas tout à fait rassuré, elle a ajouté :

-Je n'ai plus de contact avec lui. C'était un Moldu…

-Un Moldu ? Tu veux dire que…

-Oui. Mes parents sont des Moldus et avant de recevoir ma lettre, j'ignorais complètement que j'étais une sorcière.

Cette révélation a quelque peu surpris Ron. Il s'est rendu compte qu'il ne savait pas tout sur sa fiancée.

-Et toi, tu as déjà vu le sexe opposé ? lui a-t-elle demandé.

Ron a été gêné par la question, se traduisant par une grimace. Il a répondu en balbutiant :

-Non, à part une fois où j'ai vu accidentellement Ginny en entrant dans la salle de bain mais elle n'avait que cinq ans.

-Je vois. Mon Ron, dans ce cas, je te réserve une petite surprise.

-C'est quoi ?

-Tu verras quand on sera rentré. Un peu de patience.

Et cette surprise, il va l'avoir ce soir-là, un jour après le retour au Terrier. Ron et Lavande sont seuls dans la chambre du jeune homme. Ils prennent la précaution de fermer la porte avant de passer aux choses sérieuses.

-Alors, tu es prêt, mon Ron ? demande Lavande avec un sourire malicieux.

-Je le suis, dit Ron impatient de découvrir ce qu'elle va faire.

-Parfait. Alors voici ton beau cadeau.

Et elle enlève son bandana rose, son tee-shirt puis son pantalon, de sorte qu'il ne lui reste que ses sous-vêtements. Ron sentit le désir monter au maximum. Il veut qu'elle enlève ce qui lui reste. Mais Lavande attend.

-J'enlèverai tout si tu m'offres la même chose.

-Si je… quoi ?

Ron ne peut s'empêcher d'avoir peur. Il est pudique.

-Tu peux enlever ton tee-shirt et ton pantalon, Ronichou. Je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit d'avoir la même chance en tant que fille.

-Bon, d'accord…

Ron s'exécute et ne tarde pas à se retrouver en simple caleçon. A en juger par le fait qu'elle se lèche les babines, Lavande apprécie beaucoup ce qui se présente à ses yeux.

-Hmmm, pas mal. Miam miam.

Ron se sent parfaitement idiot. Pourtant, il ne devrait être aussi tendu. Ce qui se passe entre eux est tout à fait naturel.

-Allez, enlève-le, Ronichou.

-Non.

-Pourquoi ? s'étonne Lavande. Tu as peur que je sois choquée ? Je t'assure, mon cœur, ça me fait pas peur, c'est naturel. Allez, enlève ton caleçon.

Mal à l'aise mais se disant que ça va passer, Ron enlève son dernier vêtement restant. Lavande est ravie.

-Miammmm. Tu es à croquer, mon Ron. A moi maintenant.

Elle retire ses sous-vêtements. A la vue de son corps, Ron ne peut résister plus longtemps. Il se jette sur Lavande et l'embrasse. Le début d'une soirée magique commence pour le joyeux couple…

Le lendemain, Ron attend qu'ils aient transplané à Privet Drive pour annoncer à Harry qu'il l'a fait. Malgré la peur du début, tout s'est passé à merveille et il a vécu l'une des plus belles nuits de sa vie.

-Ça y est, Harry. Je l'ai fait.

-Alors ? C'était comment ?

-C'était… bien, dit-il l'air rêveur.

-Tu vois, Ron. Maintenant, c'est toi le premier. Toi qui étais triste d'être le dernier à vivre une histoire d'amour.

-Et oui. Mais franchement, ce n'est pas si extraordinaire. Je veux dire c'est comme une étape de la vie. Au fond, on y passe tous.

Harry est d'accord. Certes, il ne se sent pas prêt et Hermione non plus – ils ont de toutes manières d'autres priorités en ce moment. Mais ils y penseront le moment venu. Chaque chose en son temps.

En attendant, il y a le cas de l'oncle Vernon à régler. Harry et Ron arrivent devant la maison que le héros des sorciers avait pensé – et espéré – ne plus jamais revoir de sa vie. La voiture de son oncle est là et Harry remarque des rayures sur le capot, preuve ultime que c'est bien cette voiture qui a provoqué leur cauchemar. De sombres souvenirs remontent instantanément dans sa mémoire, dans cette maison où il a vécu une enfance si misérable et au-delà.

Harry frappe à la porte, innocemment comme si de rien n'était. Lorsque l'oncle Vernon ouvre, il croit d'abord que ses yeux le trompent. Lui ? Non ce n'est pas possible…

-Qu'est-ce que tu fiches ici ? grogne-t-il de son habituelle voix de taureau et Harry, comme il le pensait, devine que ses sentiments à son égard n'ont pas changé.

-Laisse-nous entrer ! réplique sèchement Harry.

-Et puis quoi encore ? Tu n'as plus à venir chez nous, mon garçon ! Ne reviens plus jamais ici.

Il claque la porte au nez. Harry s'est attendu à cette réaction.

-Il est vraiment désagréable, ton oncle, dit Ron avec amertume.

-Et encore, tu n'as pas vu le pire. Mais ne t'inquiète pas, il va comprendre sa douleur.

Harry frappe à nouveau la porte. Avec un beuglement de bœuf furieux, l'oncle Vernon rouvre la porte et cette fois, son visage prend un teint violet de cassis.

-TU LE FAIS EXPRES OU QUOI ? VA-T-EN OU JE PORTE PLAINTE POUR VIOLATION DE DOMICILE !

-Ah ouais ? Et bien c'est toi qui va aller aux tribunaux !

Il le pousse d'un poing dans l'estomac, un exploit quand on voit la corpulence deux fois plus grande de l'oncle Vernon par rapport à son neveu, et entre dans la maison suivit par Ron. Harry est confiant. Son oncle ne gagnera pas ce combat.

La tante Pétunia, qui était dans la cuisine et a bien sûr entendu le vacarme à l'entrée, accourt dans le salon et manque d'avoir une attaque en découvrant les visiteurs.

-Que se passe-t-il, Vernon ? Que fait-il ici ?

-Je ne sais pas, Pétunia. Mais ne t'en fais pas, je vais…

-… te taire ! C'est ça que tu vas faire ! cria Harry.

L'oncle Vernon est désabusé. Jamais son neveu n'a osé lui tenir tête de cette manière. Il ne croit visiblement pas cependant qu'il puisse l'impressionner, au vu de son sourire mauvais.

-Et qu'est-ce que tu vas faire pour ça ? Me pendre par le cou ?

-C'est ce qu'on devrait oui, mais à quoi bon la peine de mort. Avoue, Vernon, ce que tu as fait !

-De quoi il parle, Vernon ? bougonne la tante Pétunia.

Harry est surpris. Apparemment, son oncle n'a rien dit à sa tante. Au fond, c'est encore mieux. Sans le savoir, il a donné à son neveu une arme supplémentaire.

-Il ne t'a rien dit, Pétunia ? lance Harry avec un sourire triomphant. Cet homme a provoqué un accident qui a failli tuer cinq personnes, dont moi et Ron !

Un grand silence. La tante Pétunia semble perplexe. Visiblement, elle ne sait pas quoi penser. Quant à l'oncle Vernon, bien entendu, il essaie de se défendre avec ses moyens bien à lui :

-Ne l'écoute pas, Pétunia. Il raconte des bôbards comme d'habitude…

-Ah ouais ? Et comment tu expliques les traces sur ta voiture ?

-C'est une autre voiture qui l'a effleuré et sa peinture n'était pas sèche, répond Pétunia.

Harry n'est même pas étonné que Vernon ait raconté à son épouse un mensonge aussi stupide. Il a l'art de raconter n'importe quoi pour minimiser ou cacher les choses. Il a quand même raconté à tout le monde, pour justifier les longues absences d'Harry, qu'il est pensionnaire dans un centre d'éducation pour délinquants récidivistes et désespérants.

-Le problème, reprend Harry, c'est qu'il n'a pas seulement effleuré une voiture. Il lui est rentré dedans.

-Comment ça rentré dedans ? s'exclame la tante Pétunia, les yeux ronds.

-Cet homme, grogne Harry en pointant son oncle du doigt, furieux que Dudley ait choisi de devenir un gars bien, n'a rien trouvé de mieux pour se venger que de foncer comme un fou dans notre voiture et de l'envoyer droit dans un arbre !

-Il raconte n'importe quoi, Pétunia. Ne l'écoute pas…

-CET HOMME EST COUPABLE ! A CAUSE DE LUI, UNE FEMME A PERDU SON BEBE ET A PLONGE DANS UNE TERRIBLE DEPRESSION, MON AMI RON ICI PRESENT A FAILLI ETRE DEFIGURE A VIE, ET MOI-MEME AURAIT PU DEVENIR AVEUGLE !

-ÇA SUFFIT ! SORTEZ DE MA MAISON !

-ESPECE DE LÂCHE ! ASSUME AU MOINS !

-JE VAIS TE…

Mais avant qu'il ait pu se jeter sur Harry comme s'il était dans un match de football américain, Dudley, qui était resté jusque-là dans sa chambre, fait son apparition dans le salon. Une bonne nouvelle pour Harry et Ron. Ils sont convaincus que Dudley ignore tout autant ce qu'a fait son père que sa mère. Il y a peu, Dudley aurait pris son parti sans hésiter mais comme il entretient désormais des relations amicales avec son cousin, Harry va pouvoir bénéficier d'un nouvel atout pour enfoncer l'oncle Vernon.

-Harry ? Que se passe-t-il ? demande Dudley.

-Je vais te dire ce qui se passe, Dudley, répond Harry avant que Vernon ait pu dire un mot. Ton père est un menteur, un hypocrite, un lâche. Tu te souviens du jour où on s'est vu ?

L'oncle Vernon semble proche d'exploser comme une dynamite. La tante Pétunia est désesmparée. Les pensées d'Harry se voient confirmés : Vernon cherche à s'imposer dans sa famille et sur les autres, et sa femme et son fils sont plus soumis à lui que réellement coopératifs.

-Juste après qu'on se soit quittés, continue Harry, on est reparti en voiture avec le frère de Ron et sa femme Fleur. Et tu sais ce qu'il a fait ton père ? Il a essayé de nous tuer !

-Il a quoi ?

-Oui, tu as bien entendu. Et le pire, c'est qu'il a réussi puisqu'on a eu un terrible accident et un enfant en est mort !

-Dudley, ne l'écoute pas…

Mais le cousin d'Harry, pour la plus grande joie de celui-ci, a aussitôt compris qui dit la vérité. A lui non plus, les rayures sur la voiture ne lui ont pas échappé.

-C'est vrai ? C'est toi qui a provoqué leur accident, papa ?

-Dudley, tu ne vas pas croire ce qu'il dit…

-Quand je pense que je t'ai toujours admiré ! Mais tu n'es qu'un lâche, papa, un menteur…

-Dudley…

-Tais-toi ! C'est immonde ce que tu as fait, papa. Tu leur as même pas porté secours, je parie ?

-Oh que non ! Il a préféré la fuite et depuis, il dort tranquillement la nuit comme si tout allait bien dans son petit monde. Et pendant ce temps-là, la mère de l'enfant perdu se rapproche de sa propre mort au fil des jours !

Vernon Dursley est abattu. Tant que Dudley n'était pas intervenu, il pouvait continuer de nier comme il sait si bien faire. Mais le fait que son fils ne soit pas de son côté lui porte un coup fatal. Harry, qui veut en finir au plus vite, l'achève en disant :

-Tu vas aller te rendre au commissariat de police et tout avouer. Ce n'est pas la peine de tenter la moindre entourloupes car de toute façon, je vais de mon côté prévenir notre Ministre de la Magie qui en informera lui-même la police. Tu vas payer tout le mal que tu nous a fait.

Puis se tournant vers Dudley, il lui dit d'une voix et une mine triste :

-Je suis vraiment désolé, Dudley.

-Ne t'en fais pas, vieux. Après ce qu'il a fait et même tout ce qu'il t'a fait, j'ai honte d'avoir un père comme lui.

Pourtant, malgré cela, l'oncle Vernon fait une dernière tentative de riposte : sa femme.

-Pétunia, tu vas me soutenir toi au moins ?

Et c'est le moment que choisit Pétunia Dursley pour cracher ce qu'elle a gardé sur le cœur pendant tant d'années. Elle apparait dès lors comme une femme nouvelle pour Harry :

-Pendant vingt ans, je me suis laissée faire. J'ai fini par croire à tes bêtises. Je me suis laissée envahir par ma jalousie envers ma sœur. Mais je n'en peux plus, Vernon, je n'en peux plus. Avec toi, c'est toujours toi d'abord et les autres s'écrasent. Combien de fois j'ai cédé à tes caprices ? Combien de fois j'ai du accepter la visite de ton immonde sœur ? (Harry est enchanté de découvrir que Pétunia déteste Marge Dursley) Si j'ai accepté Harry quand on l'a déposé chez nous, c'est parce qu'il est quand même une partie de ma famille. Même si j'étais jalouse de Lily, elle était quand même ma sœur et protéger son fils est très important pour moi. Mais là, c'est de trop. Ce qui s'est passé t'a montré au grand jour pour de bon : un monstre. Tu as fait honte à Dudley. Tu as provoqué la souffrance à des gens qui ne le méritaient pas. Tu as tué un enfant ! Harry a raison : tu vas aller te dénoncer. Et surtout… je demande le divorce !

Pétunia souffle un grand coup et s'assoit sur le fauteuil. Cette fois, Vernon est définitivement battu. Sans un mot, il sort de la maison, rentre dans sa voiture et s'en va.

L'atmosphère est triste. La tante Pétunia fond en larmes et Harry a de la peine pour elle. Pour la première fois de sa vie, il découvre en elle une humaine, une femme finalement pas si mauvaise qu'elle en a l'air. C'est bien son mari qui en a fait une moldue aussi horrible. Mais elle n'a pas un mauvais fond, comme son fils.

-Bon. Ron, je crois qu'il est temps d'y aller…

-Harry ? dit Pétunia.

-Oui.

-Merci.

Harry ne sait pas quoi répondre. Il ne peut se réjouir d'avoir contribué à une ultime séparation familiale. Pétunia semble deviner ses pensées car elle ajoute :

-De toute façon, je n'en pouvais plus de vivre avec lui. J'allais le quitter un moment ou un autre et Dudley le savait.

Celui-ci confirme d'un signe de tête.

Harry et Ron sont à peine rentrés au Terrier qu'un visiteur se présente. Il s'agit de Kingsley Shacklebolt. Harry n'a pas encore eu le temps de lui dire et pourtant…

-Que se passe-t-il, Kingsley ? demande Arthur.

-Et bien heu… Harry, tu es allé chez ton oncle et ta tante ?

Son air renfrogné n'est pas bon signe. D'un air coupable, Harry fait oui de la tête. Kingsley ne semble toutefois pas en colère mais consterné.

-Tu aurais du me prévenir d'abord, Harry.

-Je sais… je suis désolé.

-Mais ce n'est pas seulement pour ça que je suis venu. Enfin oui ça un rapport indirectement mais…

-Mais qu'est-ce qui se passe, Kingsley ? répéte Arthur.

-On vient de retrouver la voiture de M. Vernon Dursley dans une rivière. Apparemment, il s'est suicidé.

Ce nouveau drame a des effets divers par la suite : les Weasley sont consternés. Le coupable de la honte aura préféré mourir que d'affronter ses actes. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'à partir de ce jour, Fleur commence à retrouver des couleurs. Et le choc du suicide de Vernon Dursley retombe très vite. Dans le même temps, Harry apprend par Dudley que lui et sa mère ont décidé de quitter Privet Drive et l'Angleterre à tout jamais.