Edit : J'écris rarement en début de chapitre, afin de vous laisser une lecture fluide. Cependant...

INFORMATION IMPORTANTE : J'ai soulevé des soucis dans ma trame de narration. J'ai fait, comme lors du Feu, quelques écarts avec, mais là, ça modifie trop de choses... Je vais donc reprendre ma trame et la modifier, avant de reprendre la rédaction des chapitres suivants et de les corriger. Il y aura donc un temps de latence plus grand pour le chapitre 12 !


L'attaque du cobra

Plus que deux jours. Plus que deux jours et il pourrait revoir Sirius. Harry rongeait son frein ce jour-là. Les vacances de Noël s'approchaient à grand pas, mais il était encore coincé en cours de Défense contre les forces du Mal. Et le crapaud visqueux semblait motivé pour lui laisser un souvenir impérissable de ce dernier cours avant les vacances, juste pour lui pourrir Noël. Tandis qu'Ombrage passait dans les travées silencieuses, bornées par des élèves lisant sagement (et bêtement, songea-t-il) leur manuel de Défense, Harry lui cherchait à s'évader. Il garda son livre ouvert, le regard fixé dessus, mais laissa ses pensées s'échapper un moment. Il pensa tout d'abord à son projet personnel. Son premier prototype fonctionnait très bien, mais manquait de puissance. Cela n'avait pas surpris Harry très longtemps. Après tout, ce n'était pas le but premier de Fred et Georges, ils n'utilisaient la poudre noire ACME qu'à des fins pyrotechniques. La puissance souhaitée pour leur produit était loin d'être égale à ce que lui-même voulait obtenir. Harry avait donc cherché à biaiser, et s'appuyant sur la salle des miracles, Harry avait fait apparaître plusieurs choppes en bois, identiques à celles utilisées par Madame Rosmerta à Préaulard. La quantité de poudre supplémentaire qu'il avait ainsi pu ajouter avait permis de gagner en puissance, et gain inattendu, la choppe s'était fragmentée en morceaux plus gros, plus lourds. Le potentiel de dégâts semblait avoir été assez accru.
Mais, et c'était pour cela qu'Harry considérait cela comme des prototypes, ça n'était pas exploitable facilement. Les jumeaux l'avaient formé un peu sur les problèmes de stockage de la poudre noire, les risques d'explosion. Surtout, les prototypes basés sur les choppes demandaient à être allumés avec une mèche, donc à utiliser la magie. Et c'était à des années-lumière de ce que voulait Harry. Simple, fonctionnel, stable et utilisable sans magie. Comme l'original, en somme. Heureusement, les livres apparus dans la salle des miracles, ainsi que ceux disponibles à la bibliothèque lui avaient donnés quelques pistes. Risquées, mais intéressantes. Harry comptait profiter des vacances au Square pour demander à faire un petit tour dans le monde moldu. Après tout, vu leur avance dans ce domaine, ils devaient exister des sources d'informations et des renseignements sur le sujet.

« Mon cours vous fait sourire Potter ? » La voix susurrante d'Ombrage s'entendait dans toute la salle, même si elle n'avait fait que murmurer. Harry retint un grognement de colère, et tâchant de faire taire cette petite voix dans sa tête qui l'exhortait à répondre avec violence, il essaya de suivre les conseils de Blaise et Daphné.
« Non professeur, ça ne me fait pas sourire. Je trouve vos cours… » Bon sang, il n'arriverait pas à la dire ! « Très intéressant, professeur Ombrage. » Il y était arrivé ! Bon, certes, Harry se devait à lui-même que le professeur avait été presque craché avec mépris. Mais il avait néanmoins réussi. Blaise et Daphné seraient sans doute fiers de lui. Bien, comment allait-elle se débrouiller avec ça maintenant ?
Ombrage ne daigna même pas le regarder. « Dix points en moins pour Gryffondor, Potter.
- Quoi ? Mais pourquoi ? cria-t-il.
- Manque de respect envers un professeur, Potter. Et depuis le temps, on aurait pu penser que même un aussi petit cerveau que le votre aurait compris la règle : On lève la main pour parler, Potter ! Ce qui fera vingt points supplémentaires retirés à Gryffondor. » Ombrage s'était retournée vers lui, arborant ce petit sourire détestable qu'elle semblait lui réserver en s'approchant en louvoyant.

Harry commençait à voir rouge. Une pression sur son bras attira son attention, Hermione avait posé sa main gauche doucement dessus et hochait la tête silencieusement, comme pour l'inviter à ne rien faire de plus. Elle avait l'air tellement désespérée, et inquiète. Pour quelle raison ? Bien sûr, dit la petite voix doucereuse dans sa tête, miss Préfète-Parfaite s'inquiétait pour les points de sa maison, petite traîtresse ! Tout à sa colère, Harry ne pouvait qu'approuver la petite voix. Il se dégagea violemment et se leva face à Ombrage.
« Je ne peux respecter que les vrais professeurs, professeur Ombrage. » Sa voix n'avait pas été plus forte qu'un murmure, mais tous avaient entendus. Des halètements et des petits cris de surprise venaient du fond de la salle. Mais Harry n'avait d'yeux que pour son duel. Il ne savait plus où en était la marque entre eux, mais là, visiblement, c'était un point en plus pour Potter. Du moins à en juger le choc et la colère qui ravageait le visage d'Ombrage. Elle se pencha vers lui, plus menaçante que jamais.
« Vous voulez battre un record Potter ? Une semaine de retenue supplémentaire ! » Harry ne cilla pas, réussissant même à esquisser un semblant de sourire devant la nouvelle. Après tout, se dit-il, il n'était plus à cela près. La cicatrice dans sa main gauche était maintenant tellement creusée qu'il mourrait sans doute avant de la voir disparaître. Mais malgré son sourire de façade, sa colère était toute entière, noire et intense. Il se rassit et cacha les mains sous le bureau. Il sentait qu'elles tremblaient, il sentait même un petit picotement désagréable au bout des doigts.
Le reste du cours se termina sans mot dire. Les autres élèves devaient être trop choqués ou effrayés par son comportement, Ombrage semblait satisfaite d'avoir rallongé l'ardoise de retenue, et Harry ne pouvait pas se concentrer sur le paragraphe devant les yeux, trop content d'avoir tenu tête au crapaud, mais essayant de calmer la rage qui l'animait. Après tout, le prochain cours serait meilleur, ce serait Runes avec Babbling. Et justement, Harry avait quelques questions pour l'estimée professeur de Runes. Dès que la sonnerie retentit, il fourra rageusement ses affaires dans son sac et s'enfuit dans les couloirs jusqu'à la salle de runes.

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« Monsieur Potter, à votre tour s'il-vous-plaît. » Harry se leva de bon cœur, comme l'avaient fait chacun de ses camarades auparavant. Babbling leur rendait les tubes volants qu'ils avaient terminés et rendus quelques semaines plus tôt. La professeure avait pris le temps d'analyser leur travail en profondeur visiblement. Elle appelait ainsi chaque élève à tour de rôle, discutant à voix basse avec chacun pendant quelques dizaines de secondes, voire une poignée de minutes, avant de leur rendre leur 'proto-mini-balai', comme les appelait le professeur. Les premiers à être passés faisaient voler les leurs, soi-disant, comme avait répondu Susan Bones lorsque Babbling lui avait demandé d'arrêter, pour voir par eux-mêmes les remarques que le professeur avait faites et comment s'améliorer. Personne n'était dupe dans la salle, et même Babbling finit par laisser faire avec un petit sourire.
« Bien, Monsieur Potter. Pour commencer, pour quelqu'un qui a pris en cours de route le cours, votre travail est plutôt bon, vraiment. Votre frappe est assez fine et précise, tenez, voyez ici. Vos drains sont très proches et parfaitement emboîtés, le taux de transfert d'énergie devrait donc être maximal. » Harry ne put retenir un grand sourire de satisfaction en voyant une des zones gravées. Oui, il avait fait attention à coller les drains le plus au possible, et le compliment que le professeur l'emplit d'un sentiment de fierté, plutôt mérité estimait-il. Mais ce moment de bonheur ne dura pas.
« En revanche, vous avez toujours le même problème, rétorqua Babbling, sourcils froncés. Tenez, regardez, voyez par vous-même. »
Harry s'exécuta, une moue de surprise et d'agacement sur le visage. Il prit le tube d'acier, et le tourna lentement dans ses mains, regardant chacune des runes qu'il avait frappées. Hé bien quoi ? Il n'y avait rien de spécial, il avait fait du bon travail, non ? Certains enchaînements de drains n'étaient pas aussi soignés que celui que Babbling lui avait montré, certes, mais ils avaient l'air très fonctionnels, et l'enchaînement avec la suite active de mouvement avait l'air très bon également. Les sourcils toujours froncés, Harry se retourna vers sa professeure d'un air interrogateur. Babbling poussa un soupir exaspéré avant de reprendre le tube en main.

« Ici, Potter, pouvez-vous me dire ce que vous avez frappé ? »
Harry regarda la zone pointée par Babbling. C'était un drain tout ce qu'il y a de plus classique. Il se mit à le lire à voix haute, ne voyant pas où elle voulait en venir, mais préférant obéir.
« Dagaz. Jera. Jera. Dagaz. Jera. Eiwhaz. Jera. Dagaz. Eiw…. » Il s'arrêta net. Oui, il aurait dû s'en douter quant elle avait dit que c'était toujours le même problème. Il avait confondu Eiwhaz et Ehwaz. Encore ! Alors même que les runes n'avaient rien à voir entre elles. Babbling interpréta correctement son silence.
« Et oui, Monsieur Potter. Et ce n'est pas faute de vous avoir fait travailler sur le sujet, pourtant ! Cette suite-là est inactive. Lorsqu'il est lancé, votre proto-mini-balai dérive systématiquement à un moment donné, car la suite de mouvement n'est pas alimentée de manière uniforme. Voyez plutôt. »

Babbling se leva pour s'approcher de la fenêtre, qu'elle ouvrit malgré le froid glacial dehors, et demanda à Harry de se rapprocher. Puis elle l'envoya d'un geste sec le tube dehors. Celui-ci vola droit quelques mètres avant de virer complètement vers le haut, dans un mouvement complètement absurde et impossible, avant de ralentir, s'arrêter et de retomber lourdement vers le sol.
Intérieurement, Harry rageait. Bon sang de Merlin, il n'avait pas le droit de faire encore des erreurs pareilles ! Surtout pas s'il envisageait de frapper les suites actives auxquelles il avait pensé pour son projet. Il risquerait alors autre chose qu'un tube volant bizarrement !

« Je vous mets un Acceptable pour ce travail, Potter. Malgré votre erreur de débutant, votre travail était propre, et sans cette erreur stupide, cela aurait pu mériter un Effort Exceptionnel. Vous irez récupérer votre projet, Monsieur Potter. Vous ferez ça sur votre temps libre, et vous affronterez le froid. C'est une forme de punition pour une erreur de débutant comme celle que vous avez faite, mais vu ce que nous allons attaquer, j'espère qu'ainsi, vous ne commettrez plus cette erreur. Nous allons passer à des choses autrement plus dangereuses que les proto-balais. »
Il y avait eu quelques ricanements quand Harry était retourné s'asseoir les mains vides à son bureau, et il avait pu sentir sa colère palpiter dans ses veines à ce moment-là. Mais Babbling démontra vite que la punition était méritée. Le nouveau projet pratique du cours portait sur la réalisation d'une plaque chauffante. « Un classique de l'examen pratique aux BUSES » avait souligné avec force Babbling. Trop de force, même, songea Harry, comme si l'honorable professeure savait déjà ce qu'ils auraient pour l'examen, et qu'elle cherchait à les aider. Et alors qu'elle écrivait la suite de feu sur le tableau, Harry comprit pourquoi il devrait passer du temps à chercher son tube dans la neige et le froid. Les runes Thurisaz et Wunjo étaient très ressemblantes. Toute erreur de frappe pourrait leur coûter quelques morceaux de doigts, dans le meilleur des cas. L'avertissement avait été accompagné d'un long regard dans sa direction, et Harry avait acquiescé nerveusement. Si Babbling savait ce qu'il faisait en dehors des cours, avec les erreurs qu'il venait de faire sur le tube, elle pourrait très bien prendre le parti de le coller en retenue jusqu'à la fin de l'année. Au mieux. Et encore, c'était si Harry ne se trompait pas et ne se faisait pas broyer par une explosion à cause d'une erreur de frappe !

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Harry sortit du bureau d'Ombrage en fulminant après cette énième retenue. Maudit crapaud visqueux ! Il avait réussi à ne pas craquer devant elle, mais sa main gauche le lançait comme jamais auparavant. Il étira ses doigts, faisant jouer les muscles et massant le dos de sa main gauche avec son pouce droit dans l'espoir d'atténuer la douleur mais sans résultat. Au contraire, il n'en ressentit la cicatrice de la phrase que plus intensément. Grognant une volée de jurons dans sa barbe, Harry saisit les mitaines d'attrapeur qu'il avait dû enlever avant d'entrer pour sa retenue et se préparait à les remettre avant d'être interrompu par une douce voix connue dans le couloir
« Attends. Laisse-moi voir. » Daphné avait du l'attendre dans un recoin sombre du couloir et s'avançait pour lui prendre sa main gauche. Elle sortit une compresse blanche d'une de ses poches avant de l'appliquer sur les mots honnis 'Je ne dois pas mentir'. Ses yeux étaient rivés sur sa plaie, et Harry put voir son visage se tendre petit-à-petit. Quand elle le regarda enfin, il y avait une inquiétude, une ombre dans son regard. Quelque chose qu'il ne lui semblait pas avoir déjà vu. A moins qu'il n'y ait pas prêté attention auparavant.
« C'est de pire en pire, non ? » Elle l'avait dit sous forme de question, mais Harry était certain qu'elle connaissait déjà la réponse. Il se contenta de grogner un oui indistinct. Elle lui prit alors la main gauche, la porta à ses lèvres et embrassa la paume, avant de le lâcher pour l'embrasser lui. Il y avait dans ce baiser quelque chose de différent, d'inhabituel. Harry y répondit et la serra fort contre lui, ressentant le besoin de trouver une autre évacuation à sa colère que des insultes à l'attention d'Ombrage.

« Hum Hum » Le raclement de gorge les arrêta net, tous les deux, et ils se retournèrent avec stupeur. Harry avait craint l'espace d'une seconde que ce ne soit Ombrage, avec la certitude qu'ils ne pourraient pas échapper de nouveau à la même situation qu'à Halloween sans retenue ou points en moins. Mais ça n'était qu'Herm… que Granger qui les regardait avec quoi ? De la tristesse, certes, comme d'habitude depuis le début de l'année, de la haine, aussi visiblement, rien d'inhabituel. Mais qu'est-ce qu'il y avait de plus ? De l'indifférence ? Vraiment ?
Harry ne put s'y attarder d'avantage, Granger fuit leur regard en jetant un œil de part et d'autre du couloir. « Vous devriez rentrer dans vos salles communes respectives, le couvre-feu va bientôt commencer. »
Harry aurait voulu sortir une vacherie, une pique, pour avoir été interrompu, mais Daphné le prit de court.
« Oh oui, merci Granger. Je vais raccompagner Harry jusqu'à votre dortoir. » Harry avait presque pu l'entendre ricaner dans sa phrase.
« Tu dois rentrer aussi Greengrass.
- Oui, certes, mais je suis préfète, moi aussi.
- Mais pas de corvée de patrouille ce soir. Donc tu n'as aucune raison d'être dans les couloirs.
- C'est vrai. D'ailleurs, merci Granger, grâce à ta générosité, j'ai plus de temps à passer avec mon petit-ami. » Daphné s'était retourné vers lui en l'étreignant tendrement. Harry avait suivi l'échange verbal des yeux (une véritable bataille, oui ! avait-il jugé. Même Rogue n'était pas aussi verbalement violent !). Et il crut discerner un flash de colère, de rage dans les yeux de son ex-meilleure amie. Un de ceux qu'il avait l'habitude de voir régulièrement, dans le miroir. Mais chez Granger ? Elle ne lui laissa pas le temps d'analyser plus en détail, car Granger s'enfuit, visiblement enragée.
Harry se retourna vers sa petite-amie, qui ne masquait pas un immense sourire victorieux. Cela n'avait pas de sens, d'accord, certes, Daphné aimait agacer Herm…Granger. Mais il n'y avait pas de raisons particulières pour être plus contente que d'habitude ? Harry essaya de creuser la question avec sa petite amie sur le trajet du retour à la tour de Gryffondor, mais Daphné refusa catégoriquement de s'expliquer sur ce sourire victorieux.

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Plus qu'une journée. Une journée de cours et la libération arriverait. Demain, Harry, comme les autres élèves, prendraient le Poudlard Express et pourrait retrouver Sirius, et fuir l'ambiance lourde de l'école. Plus d'Ombrage, de punition et de retenue, plus de regards moqueurs et inquiets après un nouvel article de la Gazette. Harry en poussa un profond soupir de soulagement. Daphné eut un sourire en le voyant, mais elle était occupée à remercier Tracey de lui avoir préparé ses tartines.

« Une tâche qu'un bon petit-copain est censé faire normalement. » avait glissé discrètement Daphné avec un sourire ironique. Harry ne releva pas, se contentant d'une promesse de faire ça le lendemain en continuant de lire la Gazette du Sorcier devant lui.
« Très bien, mais tu as intérêt à faire ça bien, Potter. » Harry releva les yeux avec un sourire ironique. Il observa un moment la table autour de lui, avant de retourner à sa lecture. Par chance, il n'y avait rien sur lui dans la Gazette du jour, et dès qu'il en termina la lecture, il reprit son petit-déjeuner. Son esprit vagabonda un instant, en regardant attentivement ses nouveaux amis. Depuis ce qu'Harry avait décidé d'appeler l'incident des livres avec Malefoy et Goyle, il avait passé beaucoup de temps à chercher le sens de ces deux mots intrigants. Avant d'arriver à la seule conclusion possible. Incroyable, impossible. Mais cette explication collait avec tout ce que Daphné avait déjà pu lui dire. Mieux, il avait pris le temps de l'observer elle, et ses deux amis. Il était évident qu'ils étaient au courant. Même Blaise, même si Harry avait mis du temps à trancher la question. Il lui avait fallu plus longtemps pour avoir une idée du pourquoi, paradoxalement. Il aurait du comprendre tout de suite. La rétorsion. Peut-être même une condamnation à mort, vu le manque d'ouverture de certains serpentards. Bah, pensa-t-il, si elle veut garder ça secret, il pouvait lui aussi s'y tenir. Il n'avait, après tout, pas intérêt à ce que cela se sache non plus.

Le grognement des gonds de la grande porte le dérangèrent dans ses pensées. Granger arrivait, en retard, comme d'habitude. Et encore accompagné d'Ernie Macmillan, pour changer. Harry en eut un petit ricanement qui s'étrangla dans sa gorge.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a Harry ? » s'inquiéta Daphné en l'entendant. Il ne lui répondit pas, se contenter de désigner du doigt les deux retardataires. Tracey et Daphné se tournèrent pour voir ce qu'il indiquait. Au milieu de la Grande Salle, Hermione Granger et Ernie Macmillan s'avançaient pour s'installer pour le petit-déjeuner. En retard. Et en se tenant la main. Lorsqu'il y repenserait plus tard dans la journée, il ne trouvera pas de meilleurs mots, Harry bloqua, littéralement. Pas comme lors d'un cours, où il ne trouverait pas une réponse à une question posée par un professeur. Pas comme lorsqu'il avait été surpris avec Daphné par Ombrage et Rusard ce soir d'Halloween. Pas comme lorsqu'il cherchait désespérément un plan face à Voldemort, dans ce cimetière lugubre. Non, cette fois-ci, Harry bloquait complètement, son cerveau était au point mort, ses pensées complètement à l'arrêt. Harry ne vit pas l'expression de joie et de revanche qu'Ernie lançait en direction de Daphné. Il ne vit rien du léger rougissement de Granger, après que Macmillan lui ait murmuré quelque chose à l'oreille et qu'elle n'ai jeté un œil vers lui. La réaction de victoire de Daphné, rapidement éteinte par le coup de coude de Tracey qui elle, s'était vite désintéressée de l'entrée des deux élèves pour se concentrer sur Harry lui échappa également totalement. Le rictus de victoire se fondant dans un masque de tristesse profond sur le visage de sa petite-amie ne l'atteint pas. Pas plus que les remarques grivoises ou ouvertement insultantes proférées par certains, Malefoy inclus, à la table de Serpentard. Non, tout ce qu'il vit, c'était que Granger et Macmillan ne s'étaient pas lâchés la main avant d'arriver à la table de Poufsouffle où ils finirent par se séparer. Et même ainsi, Harry n'émergea de cette transe que lorsque la main noire et ferme de Blaise appuya sur son épaule, l'invitant à venir travailler un moment à la bibliothèque sur le projet de potions. Reprenant conscience peu à peu, Harry se secoua la tête avant de le suivre, toujours groggy.

Le reste de la matinée se déroula dans un brouillard confus pour Harry. Ils travaillèrent un moment avec Blaise sur la potion de mémoire que Rogue leur avait demandé d'étudier en groupe après le polynectar. Zabini lui avait à plusieurs reprises demandé s'il allait bien, questions auxquelles il répondit de manière automatique. « Oui, oui. Tout va bien. » Il eut la même réponse pour les filles lorsqu'elles finirent par les rejoindre. Il suivit le mouvement pour aller au cours de sortilège, ne réagissant qu'à peine au petit baiser que lui fit Daphné en le laissant de son côté tandis que les serpentards allaient au cours de métamorphose. Lorsqu'il entra, presque en retard, Harry émergea enfin, réalisant le problème imminent. En sortilège, normalement, il s'asseyait à côté de Grang… d'Hermione !

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Harry s'affala littéralement sur un des fauteuils de la salle commune de Gryffondor. Plus qu'une nuit et il partirait d'ici. Rien, rien ne pouvait être pire que Poudlard pour l'instant ! Le cours de sortilège avait été horrible, absolument invivable. Ok, c'était vrai, depuis que Ron et Hermione l'avaient traîtreusement laissé tomber, ils ne s'étaient pas beaucoup parlé les uns aux autres. En tout cas, Harry ne leur avait plus trop parlé. Sauf à compter les disputes occasionnelles dans le dortoir comme des discussions. Ou le travail de groupe en potion avec Herm…Grang…Granger comme une discussion. Mais aujourd'hui, cela avait été pire.
Oh, bien sûr, le ton n'était pas monté. Il n'y avait eu aucun coup d'éclat. C'était même, finalement, assez dommage. Harry aurait préféré pouvoir s'emporter, ressentir cette agréable sensation de colère violente, le sang battant dans ses veines. Mais non, rien de tout cela. Il n'avait eu de cesse d'entendre dans sa tête la petite voix doucereuse, lui murmurer des paroles venimeuses contre la traîtresse, sans effet. Comme si une partie de lui-même avait été trop assommée pour pouvoir même se mettre en colère. Tous les autres cours de la journée avaient été ainsi. Coincé entre le besoin irrépressible de laisser la tension sortir et l'état d'hébétement violent qui le paralysait.

Heureusement, il était maintenant au calme. Enfin, dans le calme relatif d'une salle commune remplie de Gryffondor surexcités à l'idée des vacances de Noël. Ron et Hermione étaient de patrouille ce soir, ce qui ne pouvait que lui donner un peu de répit. Il aurait aimé pouvoir descendre Soze, mais il y avait trop de monde encore dans la salle commune, ça ferait encore jaser. Éreinté de fatigue, Harry ferma les yeux quelques secondes, juste le temps de reprendre son souffle. Après tout, il était encore tôt pour se coucher. Promis, il rouvrirait les yeux. Dans quelques secondes.

Le couloir était le même que d'habitude, des murs de grandes briques en marbre noir. Les torchères projetaient une lueur blafarde sur le sol. Les dalles en granit grisâtres étaient froides sous lui. C'était la première fois qu'il ressentait quelque chose ici. D'ailleurs, la vue avait changé, il était plus petit, ou le couloir paraissait plus grand en tout cas. Il s'arrêta dans le couloir, s'immobilisant. Une odeur de sang-chaud, toute proche. Il s'approcha rapidement, sans un bruit. Là ! Un pied immense, rattaché au bas d'une robe rouge du Ministère. Il se mit à portée puis d'un coup sec, bondit en avant, mordant à travers la robe. L'humain se retourna en criant, mais déjà, il rattaquait, bondissant à la gorge et plantait ses crochets dans la chair chaude et gorgée de sang. Il sentit ses glandes venimeuses expulser leur composant mortel. Mais sa proie se débattait, encore pleine d'énergie. Il vit la baguette se tendre vers lui, et se recula, lâchant sa prise. Un éclair rouge illumina la pièce mais le rata de peu. Le sorcier, aux cheveux roux, continua à lancer sort sur sort, et il fut forcé de battre en retraite.
« Harry ! » Le cri lui parut lointain, et il n'en tint pas compte. Il aurait voulu s'avancer vers la porte, comme prévu, mais sa proie était plus résistante que prévue, et ne faiblissait pas dans son attaque.
« Harry réveille-toi ! » Le cri était maintenant plus proche, tous comme les impacts de sorts autour de lui. Quelques fragments de roche, arrachés par la force, frappaient ses écailles avec force, lui arrachant un sifflement de douleur.
« Par Merlin, Hermione ! Regarde son front ! Préviens McGo, vite ! » Les cris étaient maintenant de plus en plus fort, de plus en plus intense. Sa vision se brouillait tandis qu'il s'enfuyait dans le couloir, se protégeant dans l'obscurité. Les sorts étaient de moins en moins nombreux, de moins en moins précis. Peut-être pourrait-il rev…
« HARRY ! DEBOUT ! Allez réveille-toi ! »

Une douleur cinglante dans sa joue gauche. Harry ouvrit les yeux, encore sous le choc du cauchemar. Que venait-il de se passer ? Ron Weasley était devant lui, visiblement très inquiet. La douleur dans sa joue disparut rapidement, mais une autre, plus sourde mais plus violente lui vrilla le front. Il y porta instinctivement la main. En la retirant, il vit qu'elle était pleine de sang. Par Merlin ! Il avait fait de nouveau cet horrible cauchemar ! Et cette fois-ci, il y avait un homme. Il ne l'avait pas bien vu, mais… Mais on aurait dit ?
« Monsieur Weasley ?
- Quoi ? » Harry n'avait pas réalisé qu'il avait murmuré le nom. Il essaya de reprendre ses esprits plus sereinement.
« Non rien, j'ai fait un rêve. Un cauchemar, et il y avait ton père dedans. » Ron le regardait avec un mélange d'inquiétude et d'incompréhension. Il voulait visiblement en savoir plus, mais McGonagall venait d'arriver, avec Granger sur ses talons. Cette dernière avait d'ailleurs l'air assez pâle. Sa directrice ne leur laissa pas le temps, cependant, demandant de quoi il retournait. Harry aurait souhaité ne pas avoir à raconter cela devant ses ex-amis, mais ce cauchemar lui laissait une impression désagréable, comme celui qu'il voulait raconter à Dumbledore à Halloween. Bon sang ! Il ne l'avait toujours pas fait d'ailleurs !
Récalcitrant, il finit par expliquer succinctement son problème, espérant pouvoir éviter de rentrer dans les détails devant Ron et Granger. Mais à peine avait-il évoqué la présence de dans le couloir que McGonagall pâlit drastiquement.
« Monsieur Potter. Vous avez rêvé d'un couloir sombre ? Avec Arthur Weasley à l'intérieur, c'est bien ça ? » Le ton était pressant, l'inquiétude prégnante dans sa voix. Bon sang, pourquoi McGo réagissait comme ça, qu'est-ce que ça voulait dire ?
« Oui professeur. Mais, heu… on pourrait en discuter ailleurs ? Avec le professeur Dumbledore ? » L'austère professeure au chignon finit par acquiescer, aidant Harry à se relever. Il sentait toujours un picotement terrible au front. Il y avait aussi comme un contrecoup également, une intense fatigue, physique et mentale, qui s'ajoutait à cette journée des plus compliquées. Une fois debout, un vertige le saisit, ravivant la douleur dans son front. Harry manqua de tomber, n'évitant la chute que grâce à un réflexe de McGonagall qui le rattrapa en vol. Puis, prenant appui sur elle, il la suivit à travers le tableau de la grosse dame, essayant d'occulter les arguments de ses deux ex-amis qui semblaient vouloir les accompagner.

Cette fois-ci, la traversée du château jusqu'au bureau de Dumbledore se fit sans problème. Mais elle se fit dans un silence gêné, gênant. Harry avait suivi sa directrice de maison sans mot dire, pressés de laisser Ron et Granger dans la tour de Gryffondor. De ne pas les mêler à ça. Mais il était parti en pyjama, tout simplement. Et le froid humide du château écossais l'avait fait frissonner, pris dans son t-shirt encore humide de transpiration. Après avoir réussi à remettre de l'ordre dans ses pensées, et surpassant la douleur persistante dans son front et le froid persistant dans son torse et son dos, Harry avait essayé de réfléchir, de trouver une solution. Pour une raison qui lui échappait, son cauchemar affreux, mais surtout, la présence de dedans, avait effrayé McGo. Harry avait eu beau tourner le problème dans sa tête, il n'y trouvait aucune solution logique. Et tandis que McGonagall poussait la lourde porte en chêne menant au bureau du directeur. Un courant d'air chaud les saisit, faisant oublier le froid des couloirs et apportant un certain réconfort à Harry.

« Minerva ? Harry ? Que se passe-t-il ? » Dumbledore se leva de son bureau, posant une poignée de parchemins qu'il devait être en train de consulter. Il semblait assez joyeux, presque de bonne humeur. Mais son sourire disparut au fur et à mesure qu'il regardait tour à tour Harry puis McGonagall. Ne sachant que répondre, Harry garda le silence, et au bout de quelques secondes, après avoir été invités à s'asseoir par le directeur, McGonagall expliqua succinctement la situation. Très rapidement, Dumbledore eut l'air soucieux, fronçant de plus en plus les sourcils, tout sourire définitivement disparu. Alors que McGo terminait l'exposition des faits, le directeur se leva prestement et fonça vers la cheminée. Intrigué, Harry le vit s'agenouiller en lançant une poignée de poudre, transformant le feu rougeoyant en lueur verdâtre. Visiblement Dumbledore parlait à quelqu'un, mais Harry n'entendait rien, la cheminée étant sans doute protégée par un charme de discrétion. En tout cas, la discussion fut vite terminée, le directeur revenant à son bureau.

« Bien, et maintenant, Harry, j'ai besoin que tu me racontes tout. En détail, s'il te plaît. »
Alors Harry raconta tout sur son cauchemar. Du moment où il s'était assoupi dans la salle commune de Gryffondor jusqu'à son réveil par Ron. Tout du long, Dumbledore le fixait de ses yeux perçants, revenant à plusieurs reprises sur des détails, comme la texture des murs, du sol, la forme des portes. Mais surtout, et pour sa plus grande gêne, le directeur lui avait demandé comment il avait vécu, ressenti le rêve. Honteusement, même s'il ne savait pas vraiment pourquoi, il s'expliqua, malgré les conseils de la petite voix doucereuse dans sa tête de garder cela pour lui.

« Je ne sais pas professeur. J'avais l'impression…. Enfin, je ne sais pas, c'était comme si… J'étais le serpent. Mais ce n'est qu'un cauchemar, n'est-ce pas ? Hein ? Un mauvais rêve qui revient, de temps à autre ? » Poursuivit-il, presque implorant.
Sauf que cette dernière phrase n'eut pas l'effet escompté. Dumbledore bondit de son siège, les faisant sursauter, lui et McGo. L'espace d'un instant, Harry crut voir sur son visage une expression de peur panique. Mais cette sensation disparut aussitôt. Le directeur lui demanda doucement :
« De temps à autre ?Ce n'est pas la première fois que tu fais ce rêve ? Quand est-ce que cela a commencé ? »

Harry n'eut pas le temps de répondre. Le visage de Tonks venait de surgir dans l'âtre, appelant le professeur. D'un geste, Dumbledore l'invita à parler. Harry réalisa alors que l'âtre n'était pas toujours protégé.
« Je l'ai trouvé professeur ! Il était vraiment mal en point. J'ai appelé les médicomages, Arthur est maintenant à Sainte-Mangouste, son état est grave, mais les médicomages qui sont venus le chercher pensent qu'il a toutes les chances de s'en tirer.
- Merci Tonks. Des informations sur le serpent ?
- Non, introuvable. Je n'ai pas pu chercher longtemps, cela dit, je me suis dépêchée de sauver Arthur. »
Dumbledore remercia Tonks, lui demandant si cela risquait de poser un souci avec le bureau des aurors. Mais Tonks l'assura qu'elle avait réussi à mettre cela sur le compte d'une visite au département pour une enquête qu'elle menait actuellement, et ainsi, faire passer la découverte d'Arthur pour un hasard. Une discussion qu'Harry n'écouta que d'une oreille, pris d'un effroyable vertige. Quoique ce soit. Ce. N'était. Pas. Un cauchemar. C'était réellement arrivé. Mon dieu… Par Merlin. Est-ce qu'il avait réellement attaqué dans son sommeil ? Harry vacilla, réalisant alors qu'il s'était levé, et s'écroula dans le fauteuil.

« Albus ! » S'écria McGonagall tout en se précipitant vers Harry. Elle avait l'air inquiète. Était-il si mal en point pour que l'austère et stricte McGonagall paraisse si inquiète ?
« Merci Tonks. Prévenez Molly, dites lui que je lui envoie ses enfants au Square tout de suite ? Prévenez ensuite Sirius de l'arrivée des enfants. Faites passer le mot dans l'Ordre, et tenez-vous prêts pour une réunion prochainement. » Après quoi le directeur se tourna vers Harry. « Harry, Harry, est-ce que tout va bien ? »
Non, ça n'allait pas. Pas du tout ! Harry se reprit, tant bien que mal. Du moins, il essaya. La petite voix dans sa tête lui suggérant de s'en aller, de laisser tout ça. Et ça ne semblait pas être un mauvais plan, loin de là !
« Minerva, peut-être pourriez-vous aller prévenir les enfants Weasley ? Et les amener ici ? Je vais préparer un portoloin pour qu'ils puissent aller voir leur père. Qu'ils préparent et amènent leurs affaires pour les vacances. J'imagine que miss Granger voudra peut-être les accompagner également, si c'est le cas, faîtes la venir aussi. Harry, reste ici un instant. »

Il s'était vaillamment levé de son siège, malgré sa tête qui tournait. Mais Dumbledore l'en avait empêché. Trop tard pour s'enfuir, dans son dos, McGonagall fermait déjà la porte et courrait dans l'escalier. Harry se concentra sur le directeur. La douleur dans son front revenait, par vagues. Le vertige avait presque disparu. Ne restait qu'un goût de cendres dans sa bouche. Harry avait la nausée, il ne se sentait pas bien. Monsieur Weasley avait réellement été attaqué. Par un serpent, comme dans son cauchemar. Un haut-le-cœur le prit, mais il le retint in extremis.
« Harry. J'ai besoin de faire quelque chose de douloureux, mais d'indispensable. Essaye de rester calme. » Harry retint un ricanement de sarcasme. Facile à dire, surtout maintenant qu'il savait qu'il allait avoir mal ! Il n'eut pas le temps de se préparer à quoi que ce soit, le cri de Dumbledore retentit dans le bureau.
« Legilimens ! »

Aussitôt, des images surgirent devant ses yeux, des fragments de rêves. Il revit le couloir sombre, et la sensation qu'il avait ressenti, au moment de porter l'attaque contre Arthur Weasley. Puis l'image changea, lui vrillant la tête, avançant et reculant dans le rêve. Au bout d'un moment, quelques secondes, quelques minutes peut-être. D'un coup, le cauchemar précédent surgit, avec ses murs de chairs sanguinolentes. Celui-ci l'avait marqué, l'avait terrifié. La petite voix doucereuse dans son cerveau semblait souffrir avec lui, hurlant de faire sortir Dumbledore de leur tête. Harry aurait voulu, mais il n'y arrivait pas, il se sentait oppressé, contraint. L'image changea de nouveau, le couloir réapparut, tout en blanc cette fois, mais malgré tout sans lumière. Il réalisa alors que ce rêve-là, il l'avait oublié. Comment Dumbledore faisait-il pour lui faire se souvenir de ça. Il ne se souvenait même plus l'avoir eu ?
« Fais le sortir, maintenant ! » Hurla la voix doucereuse.
« Arrête-le ! » Harry essaya, fermant les yeux, se concentrant. Mais il ne réussit à rien. Pire, il eut même l'impression que Dumbledore cherchait maintenant à s'approcher de la petite voix. Il ne saurait pas dire comment, mais Harry avait la sensation d'être entouré par une brume noire, virevoltante autour de lui, tantôt faible, tantôt puissante. Lorsque la voix s'élevait, la brume s'épaississait, et Dumbledore s'en approchait. Mais pas Dumbledore comme il le voyait, non. Plutôt comme une force, une sorte de brume, mais différente. Et qui semblait venir d'en dehors de lui. Le ballet sembla durer un moment, jusqu'à la brume noire se calme, et se disperse peu à peu. Mais dès qu'elle disparut, la douleur surgit dans la tête d'Harry, plus forte, plus violente. Les images réapparurent devant ses yeux. Des morceaux de sa vie, depuis son arrivée à Poudlard. Les disputes avec Ron et Granger. Les altercations dans le dortoir avec Ron et les autres garçons de Gryffondor. Le temps remontait, avec les retenues d'Ombrage, les cours de Défense. Ses coups de colère, de plus en plus espacés, jusqu'aux vacances cet été. Dumbledore semblaient prendre son temps ici, avant de revenir à certains moments les plus difficiles de cette année, comme la bagarre avec Malefoy sur le terrain de quidditch. Puis soudainement, les souvenirs remontèrent d'un coup, jusqu'au soir de la résurrection de Voldemort. Et la brume étrange qui semblait être Dumbledore s'attarda longuement sur chaque passage chaque instant du combat. Tout particulièrement le début, et la scène où Harry s'inclinait devant Voldemort.

Combien de temps était-il resté dans cet enfer intérieur, à voir et revoir des passages de sa vie ? Harry émergea au milieu de la souffrance dans sa tête. Il avait l'impression de s'être fait frappé le crâne à répétition par un troll, mais sans les bleus. Lorsqu'il put reprendre son souffle et rouvrir les yeux, tout était flou. Puis, peu à peu, il revit le bureau, et la silhouette de Dumbledore.
« Qu'est-ce que…. Qu'est-ce que vous m'avez fait ? » Sa voix n'avait guère été plus qu'un murmure, mais Harry aurait voulu crier. La colère jaillit de nouveau en lui, pulsant dans ses veines. Il réalisa qu'il était en nage, encore. Pire qu'avant. Ses mains étaient encore crispées sur les bras du fauteuil, ses phalanges presque blanches. Il lui fallut plusieurs secondes pour s'en défaire, chacun de ses muscles semblaient complètement tétanisés, paralysés par l'effort qu'il avait fait avant.
Dumbledore ne lui répondit pas tout de suite. Il se leva, lui tourna le dos et s'avança vers une armoire qu'il ouvrit. Des boîtes de toutes les couleurs et une ribambelle de fioles s'y trouvaient dedans. Le vieil homme revint vers Harry, tenant dans sa main une tablette de chocolat Honeydukes. D'un geste du menton, il invita Fumseck à s'approcher, et le phénix se posa sur l'épaule d'Harry, son chant s'éleva en une mélopée apaisante, tandis que le directeur lui demandait de manger plusieurs morceaux de la tablette.
Trop mal en point pour s'opposer à quoi que ce soit, Harry mangea quelques carrés rapidement, et le chocolat fit son effet. La douleur était là, mais entre Fumseck et le chocolat, il la sentait disparaître, un petit peu. Lorsqu'il se sentit mieux, Harry se redressa dans le fauteuil puis reposa la question au directeur. Ce dernier se tenait droit dans son siège, penché en avant et les mains jointes en triangle devant lui. Harry avait l'impression habituelle d'être passé au microscope sous son regard. Puis, au bout d'un long moment qui avait mis Harry mal à l'aise, Dumbledore se mit à parler.
« La situation est compliquée, Harry. Je ne peux pas t'en dire beaucoup, pour des raisons de sécurité. Mais voici ce que je peux te dire pour l'instant. » Et Harry sut alors qu'il aurait préféré ne jamais poser la question.
Dumbledore lui expliqua que ses rêves n'avaient rien de normaux. Selon toute vraisemblance, ils étaient provoqués par Voldemort. Consciemment ou non, le Seigneur des Ténèbres parvenait à influencer les rêves d'Harry. Et tout particulièrement lorsqu'il était concentré sur quelque-chose.
« Or, Harry, il y a un objet que le Ministère détient et que convoite Voldemort. L'Ordre assure sa protection, mais Tom le désire ardemment. Je pense que, lorsque ses pensées sont focalisées dessus, tu te mets à rêver. Le couloir que tu as vu existe, Harry. Il s'agit d'un couloir au plus profond du Ministère de …
- Alors c'est vrai ? J'ai attaqué monsieur Weasley ? » La question avait fusé avant qu'il ne puisse la retenir. Cette question le hantait depuis que Tonks avait annoncé qu'Arthur était blessé. Toute colère venait de le quitter, toute rage l'avait abandonné. Seule la culpabilité restait. Et la peur, la peur de la réponse à cette question.
« Non Harry. C'est Voldemort qui l'a attaqué. Mais comme son esprit était concentré pleinement et uniquement sur cela, tu t'es mis à rêver, comme les autres fois. Et heureusement d'ailleurs. Sans toi, nous ne serions inquiétés pour Arthur que dans plusieurs heures ! »
Ces paroles étaient surement censé le rassurées, mais bizarrement, elles n'arrivèrent pas à l'atteindre. Une autre idée venait d'émerger, encore plus dérangeante, dans l'esprit d'Harry. La voix incertaine, il posa quand même la question.
« Est-ce que… Est-ce que ça veut dire que je suis dans la tête de Voldemort, ou est-il… Ou est-ce l'inverse ? » Harry baissa les yeux. Il n'osait pas regarder Dumbledore. Quelque part, cette question-là était pire que celle d'avant. Si c'était lui qui était dans la tête de Voldemort, alors c'était horrible. Mais si c'était l'inverse, si Voldemort pouvait entrer dans sa tête ? Il ne put réprimer un frisson à cette idée.

Harry entendit Dumbledore soupirer violemment. Ô Merlin, c'était mauvais signe !
« Harry, quand tu rêves, tu restes dans ta tête, et Voldemort dans la sienne. Dans ces moments-là, on pourrait plutôt dire que c'est toi qui reçois uniquement des informations de sa part. » Harry redressa le visage, reprenant un souffle qu'il ne se souvenait pas avoir retenu. C'était toujours moins pire que ce à quoi il avait pensé après….

Un instant, songea-t-il. Il avait trop côtoyé Daphné et Blaise pour ne pas réaliser que la formulation était étrange, trop compliquée. Dumbledore aurait pu le dire plus simplement. Une nouvelle idée jaillit. Une nouvelle question.
« Et dans les autres moments ? »
Le silence était absolument intenable. Dumbledore n'avait rien dit, se contentant de le regarder par-dessus ses lunettes en demi-lune. Il semblait chercher la meilleure réponse à donner. Mais c'était trop tard se dit Harry. S'il n'y avait pas d'autres moments, une réponse simple et rapide serait venue. Pas de réponses, donc il y avait d'autres moments. Harry sentit perler quelques gouttes de sueurs, froides, sur son front. Le vertige revenait, plus fort, plus puissant.
« Bien, je pourrais te dire que je ne peux pas te répondre pour l'instant, mais ce serait déjà une réponse, n'est-ce pas ? » Dumbledore eut un sourire en disant cela, qui ne trouva pas d'écho chez Harry. Au contraire, cette réponse lui donnait l'impression de se tenir au sommet du vide, avec une crevasse infinie devant lui.
« Est-ce qu'il peut… me contrôler ? Me faire faire des choses ? murmura-t-il.

- Tu poses des questions compliquées, Harry. La situation est tendue, et nous avons peu de temps devant nous pour l'instant. La seule réponse que je peux te donner pour l'instant, c'est : pas vraiment. »

Quelque chose cliqua chez Harry. La sensation de colère habituelle revint, le faisant sortir de sa torpeur. Pas vraiment ? Harry venait de poser la question de savoir si sa vie était encore sienne, s'il était encore maître de ses actes, et Dumbledore n'avait rien de mieux à lui répondre que « Pas vraiment » ? Il se leva d'un bond, plantant ses poings rageurs sur le bureau. Il sentit la douleur sur le coup, mais la garda sous contrôle pour l'instant.

« Pas. Vraiment ? Vous n'avez pas mieux comme réponse à me donner ? JE NE PEUX PAS ME CONTENTER DE CELA ! » Harry tempêta, hurla, insulta et jura. Il laissa libre cours à sa fureur, frappant du poing, mais rien n'y fit. Dumbledore, après la surprise initiale devant cet accès de colère, resta de marbre, le regardant avec une attention accrue.

Il dut s'arrêter net. Derrière eux, la porte en chêne venait de s'ouvrir. Harry se retourna et vit les jumeaux, Ginny, Ron et Hermione derrière McGonagall, chacun tirant derrière lui une lourde malle. Ils avaient tous l'air inquiet, paniqué et effrayé. Visiblement, soit McGonagall leur avait raconté, soit Ron et Granger avait deviné tout ou partie de ce qui s'était déroulé, et l'avaient raconté aux autres Weasleys. Harry retint le ricanement sourd de la petite voix dans sa tête qui s'amusait de l'air inquiet. Pitoyables, leur père était blessé, certes, et gravement, d'accord. Mais lui, en attendant, il avait peut-être un mage noir dans sa tête ! Et ils osaient s'inquiéter et s'effrayer, les faibles ! Ils ne méritaient que son mépris, susurra la petite voix, et Harry s'apprêtait à approuver et à lâcher une pique. Soudain, un nouveau vertige le prit, l'empêchant de parler. Cette petite voix, d'où venait-elle ? Est-ce que…
« Bien, approchez-vous. Votre père est en vie, il est à Sainte-Mangouste. Je vous envoie au Square Grimmaurd, votre mère vous rejoindra là-bas. » La voix forte de Dumbledore avait coupé Harry dans sa réflexion, mais il y revint aussitôt. Bon sang de Merlin, pouvait-il seulement se fier à lui-même pour l'instant ?

Les Weasleys et Granger s'étaient regroupés, tenant bêtement dans leur main un morceau de corde. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que tous l'observaient, visiblement inquiets et que Dumbledore lui parlait. Harry se secoua la tête et se concentra. Le directeur l'envoyait avec les autres au Square. Il s'occuperait avec les elfes de lui faire suivre ses affaires plus tard. De toute façon, lui dit-il, il viendrait demain pour poursuivre la discussion qu'ils avaient commencée. Harry s'en sentit soulagé, quelque part, et finit par accrocher lui aussi la corde. Un « Portus » murmuré par Dumbledore plus tard, et il sentit la sensation étrange et inconfortable du portoloin le saisir.


Notes de l'auteur :

Bonsoir/Bonjour à tous. Un chapitre long, plus long que le précédent. J'ai peur que ça ne devienne la taille standard maintenant... ça va me complique la vie !
Je vous le poste brut de décoffrage. Je souffre d'un souci, j'aurais du prendre du temps. Beaucoup plus de temps, entre le Feu et le Sigil. Je soulève des problème dans ma trame au fur et à mesure, et de plus en plus. Notamment parcequ'on rentre de plus en plus "dans le dur". Je pense que je prendrais plus de temps entre le Sigil et le Syndrome, ça m'aidera pour la suite.
Un chapitre étrange, qui va sans doute vous perturber. ou pas, on verra.
J'espère que ce chapitre, et certaines informations à venir, vous éclaireront sur des éléments qui ont troublés plusieurs d'entre vous. J'y reviendrais dans les RàR.

Le prochain chapitre s'appellera EDITsupprimé et à revoir /EDIT.


Réponse aux reviews :
Comme d'habitude, merci à tous ceux qui reviews. Ceci étant dit, petite modification à l'usage habituel : On entre dans le dur, et je ne peux plus trop répondre à certaines de vos interrogations.
N'hésitez pas, cependant à me faire part de questions si vous le désirez, je passerais par MP pour répondre, en revanche.

Enfin, et je devrais sans doute insister là-dessus dès le début, les reviews de félicitations et de remerciement sont toujours appréciées et appréciables, mais celles pour faire part de soucis ou de problème vis-à-vis de l'histoire sont tout aussi intéressantes, afin d'avoir un recul et un oeil neuf sur des points qui, à force de se rabâcher l'histoire dans la tête, paraissent évident à l'auteur.

Il y a d'ailleurs trois reviews sur lesquelles je voulais revenir : thom.h chap 9 et stephanie chap 10, chap 4. J'imagine que ces reviews sont le reflet d'un sentiment partagé.
L'histoire est centrée sur le point de vue d'Harry, à quelques rares exceptions près (le palais du professeur, dans le Feu, par ex.). C'est un avantage et un inconvénient, surtout dans cette partie de la 5° année où Harry subit une influence extérieure. Nous n'avons eu que le point de vue d'Harry sur les évènements, et cela avec ses propres mots. Je comprend pleinement que ça dérange, que ça trouble, ou que ça gêne.C'est le problème avec les personnages manipulés et les histoires vues par un personnage. Tout ce que je peux dire, c'est que ce sentiment-là était recherché, voulu. C'était un écueil inévitable vu le parti-pris d'écriture. Je souhaitais qu'on en vienne à avoir un rejet, une méfiance pour Harry. Parceque lui voit son histoire, soumis à une influence hors de contrôle, mais pas nous, et nous voyons donc le problème. J'espère que l'histoire vous plaira suffisamment pour que vous voyez où je veux en venir. Un certain nombre de choses qui vous ont dérangés sont liées à cette influence extérieure. Maintenant qu'elle est mise à jour, des choses vont changer. Je compte élargir ma palette à terme. Le T6 était prévu ainsi, mais finalement, j'en ai besoin dès maintenant. L'histoire adoptera d'autres points de vues à court terme. Cela devrait aider à mettre en perspective certaines choses.