Peu à peu les millions de petits points disparaissent un à un tandis que l'astre solaire s'élève au-dessus de l'horizon reflétant son jumeau rougeoyant sur la baie de Beika. La lumière rougeâtre du matin filtrait à travers les persiennes de la chambre de l'immense appartement. La pièce est empourprée de cette couleur agressive, symbole du danger, du sang et des sentiments. Tout cela allait avoir un sens à partir d'aujourd'hui. Elle est à la croisée des chemins, ces points de non retours de nos vies où l'on décide quelque chose qui déterminera le reste de notre existence. Elle sait que c'est un One Shot, il n'y aura pas d'autre chance, pas d'autre fois, pas d'autre confrontation. C'est comme escalader sans corde : chaque prise est décisive et doit être bien ancrée. Chaque mouvement doit être réfléchi. L'effort est maximum et la concentration est à son paroxysme. La situation peut glisser des doigts à tous moments, provoquant une chute mortelle. Le pire est que l'erreur commise ne tue pas sur le coup mais vous laisse le temps de regretter votre malheureux faux mouvement jusqu'à l'impact. Ploc. Fini.

La jeune scientifique sait ce qu'elle fait. Elle sait qu'elle ne chutera pas. La peur est ce qui vous donne l'avantage sur l'adversaire. C'est celui qui a le plus peur qui gagne car elle lui confère force et puissance, jugeote et perspicacité. En s'auscultant plus attentivement, elle remarque que le sentiment de peur n'est pas seul. Elle ressent aussi de la haine celle-là même qui vous pousse à ôter la vie. Seulement, ce n'est pas tout, il y a encore un autre sentiment. Plus un pressentiment d'ailleurs, comme si le destin lui préparait une surprise de taille…

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Le professeur était assis à table avec Fusae en train de prendre leur petit déjeuner ensemble.

« Ai-kun, viens manger avec nous ! »

La petite fille lui adressa un sourire et vint s'asseoir au près d'eux.

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« - A bientôt, on se reverra !

- Merci de ton hospitalité, tu nous as retiré une épine du pied !

- C'est bien normal, et ça m'a fait très plaisir de te revoir.

- Moi aussi. »

Les adieux traînent en longueur, aucun des deux ne voulant reperdre l'autre une seconde fois. Ils se sont promis de se revoir, mais cet interlude idyllique est bel et bien terminée, les événements récents ont bousculé la vie de l'inventeur et de sa protégée. Ce sont des fuyards sans planque. Ils sont livrés à eux-mêmes tandis que le combat contre l'Organisation se précise.

C'est le cœur en friche que le professeur se résout à quitter son amie d'enfance, tourmenté par un passé lointain qui devient brusquement contemporain.

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Les deux fugitifs marchent dans la rue, venant tout juste de quitter l'appartement de Fusae.

« -Professeur, il faudrait que vous retiriez de l'argent à la banque, on vas essayer de se trouver un appartement en périphérie de Beika pour ce soir. Et il me faut un smartphone.

- Je suis d'accord. Mais pourquoi un smartphone précisément ?

- Kudo à placé une puce sur Gin. Je vais tracer ses mouvements pour savoir où il habite et aussi où se trouve le QG de l'Organisation. Ne m'en dissuadez pas, et n'essayez pas d'aller tout lui raconter. Quand il vous demande d'enquêter sans que je sois au courant vous respectez son choix, alors faites en de même pour moi.

- Je vois que je n'est pas trop le choix. C'est d'accord, mais à une seule condition.

- Laquelle ?

- Tu n'essayes pas d'attaquer seule.

- Je ne compte pas m'en prendre personnellement à l'Organisation. Je vais laisser cette partie au FBI&co. Tout ce que je veux, c'est faire payer à Gin le meurtre de ma sœur.

- Il te tuera Ai-kun

- Pas si je le tue avant. Gin est un homme. Comme tout le monde, il est mortel et a ses faiblesses.

- Si Conan était de la partie il aurait catégoriquement refusé de tuer qui que se soit volontairement. Alors j'accepte de t'aider seulement si tu me promet de le livrer vivant à la police.

- C'est idiot. Du point de vue de la loi, Gin est un innocent. Il n'a officiellement jamais été inculpé de quoi que se soit.

- C'est toi qui vois. Si tu n'acceptes pas mon marché, je ne coderais pas le logiciel servant à tracer la puce sur ton portable.

- ... C'est d'accord. Je ne le tuerais pas. Tant pis pour lui.

- Comment ça tant pis ?

- Il sera vivant, mais je vais lui faire regretter ses gestes. Je ne ferais pas d'autre proposition. »

Ce n'était plus Haibara Ai qui s'exprimait, mais bien Sherry. C'est une part d'elle qui c'est diluée depuis sa transformation, mais elle ne disparaîtra jamais. Le doc le sait. Elle peut très bien vouloir sacrifier sa propre vie pour sauver ceux qui comptent pour elle mais comme tout les Hommes en Noir, l'homicide ne lui fait pas peur. La torture non plus. La morale ne fait pas partie intégrante des ses principes élémentaires. En tant que scientifique elle la voit comme un frein bloquant le progrès. Elle n'est pas immorale, mais amorale. Elle ne va pas contre, c'est juste qu'elle s'en fout totalement.

« J-J'accepte »

Le consentement du professeur n'est que verbal, il ne sait pas encore ce qu'il va faire pour récupérer cette situation qui part à la dérive.

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La pièce sans fenêtres est plongée dans la pénombre, avec une atmosphère chargée de la nicotine s'échappant de la cigarette de Gin.

« -Vodka !

- Oui, Aniki ?

- Approches-toi.

- ( Il place le canon de son beretta sur le front de son collègue ) Un seul mot de ce qui c'est passé dans cette bagnole et je fais en sorte que ta cervelle repeigne les murs. Ai-je été bien clair ?

- Très, Aniki. »

Vermouth entre dans la pièce. Elle s'approche de Gin et allume le bout de sa cigarette sur celle de Gin, prend une bouffée et souffle la fumée dans l'air déjà bien chargé de la pièce. La femme à la chevelure blonde s'enfonce dans un fauteuil à coté de l'homme de même couleur de cheveux qu'elle tout en savourant la volupté de la fumée se répandant dans ses poumons.

« Tient, voilà le dossier sur la maison de cet inventeur. »

Gin prend le dossier et l'ouvre immédiatement.

RAPPORT D'INVESTIGATION

Synthèse :

La maison à été trouvée vide de tout occupant.

Il y a cependant des vêtements de taille enfant alors que l'occupant est censé habiter seul.

Après enquête, il s'agit d'une petite fille du nom de Haibara Ai. Elle n'apparaît sur aucune des photos de classe trouvé à son école et n'a pas d'état civil. On ne connaît encore pas son visage.

Plusieurs signes tendent à montrer que l'habitation à été quittée précipitamment. Deux téléphones portables ont été retrouvés et sont actuellement analysés par notre département informatique.

Des micros ont été posés et la ligne téléphonique à été mise sur écoute.

Au vu des élément ci-dessus, une enquête approfondie est nécessaire.

Gin parcours les quelques autres papiers et photos en tout genres, silencieusement.

« Vodka, sort »

L'Homme en noir se retira laissant les deux autres ensembles. Vermouth se prépare à la conversation qui vas commencer.

« - Tu le savais, et tu ne m'a rien dit, tout ça à cause de cette sombre histoire ? Tu sais à quel point retrouver Sherry est important pour moi ? Gin bouillait intérieurement.

- Toi et moi nous ne lui voulons pas la même chose. Les Miyanos ont fait trop de mal à chacun de nous deux.

- CE N'EST PAS UNE RAISON !

- Calmes toi, c'est pas en se tapant dessus qu'on la retrouvera. Qu'es-ce qu'on fait ?

- On s'occupe de se dossier là. C'est une affaire personnelle, je vais demander au Boss de me donner les rênes de cette enquête. Ce dossier, c'est le seul ?

- Oui, il est unique.

- Je vais faire en sorte que les portables ne révèlent rien, et je fournirait une mauvaise image pour le portrait d'Haibara. Il ne faut surtout pas qu'Anokata découvre la vérité.

- Jusque là, j'ai toujours bien protégé ton secret, Gin.

- Je sais, et tu vas m'aider à le conserver, tu me dois bien ça. Je te préviens : au moindre faux pas, comme dans le Mystery Train, je n'hésiterais pas une seule seconde à te tuer. Tu m'as bien compris ?

- Hum.

- Reponds-moi clairement ! Tu vois très bien où je veux en venir.

- Oui.

- Bien, alors dégages maintenant.

Seul dans la pièce, le tueur de l'Organisation en profite pour sortir un écrin bleuté. Il l'ouvre pour observer la bague à l'intérieur. Fine et en Or blanc, elle est surmontée d'une petite pierre rouge.

Gin l'observe avec attention. Il est hypnotisé par cet objet qui le torture depuis tant d'années. Il voudrait s'en séparer, mais il n'y arrive pas. Il sent l'émotion fendiller ses remparts, comme un couteau lui fendant le sternum. Mélancolie, tristesse, regrets et colère coulent dans ses veines. D'un geste brusque, il referme l'écrin quand il se sent atteindre le point de non retour.

Il le replace soigneusement dans sa poche et se lève en écrasant son mégot dans le cendrier.

« Au travail. »

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« Fait moi voir ça »

Conan fait descendre le zip de sa veste qu'il retire avec difficulté, laissant apparaître son T-shirt empourpré au niveau de l'épaule.

« -Je vais t'emmener à l'hôpital.

- Réfléchissez deux secondes.

- A-A oui c'est vrai. Pardon. »

Kogoro avait du mal à se faire à la nouvelle situation qui venait de lui être exposée. C'est vrai que ça fait beaucoup d'un seul coup. Tout ce qu'il croyait savoir sur son entourage est remis en question. Ses certitudes vacilles. D'autant plus que lui aussi à un secret qu'il cache bien pour les même motivations que son blessé.

« - Vous allez devoir me soigner. La balle n'a heureusement pas touché d'os ni de ligament.

- Je peine à m'y faire. Savoir que tu est Shinichi Kudo ça me retournes. »

Kogoro saisit une pince à épiler et la passe sur la flamme de son briquet. Il pulvérise ensuite un peu de désinfectant sur la blessure de Conan.

Le blessé prend le manche de sa brosse à dent qu'il mord fermement. Kogoro, lui, écarte les branches de la pince et vas chercher la balle au fond de la blessure.

« -HHHHHmmmm, 'tain ça fait mal

- Voilà gamin, je l'ai.

- D'où vous savez faire ça ?

- J'étais policier avant. Ça fais parti de la formation.

- Ah (rire) »

Leur nouvelle complicité les surprenait tous les deux. Kogoro connaît ce gamin depuis qu'il a trois ans. Il l'a vu grandir en même tant que sa fille, et même si la compétition avec lui l'énervait par moment, il l'appréciait quand même, se disant au fil du temps que c'était finalement un gars bien pour sa fille, qu'il n'aurait pas pu rêver mieux après ça.

De son côté, Shinichi découvrait Kogoro sous un autre jour. Il ne le savait pas si proche de lui. Il comprend maintenant que son apparente stupidité est un masque de société qui voile le véritable homme qu'il est . Charitable mais fragile et déprimé.

« Je te changerais le pansement tout les soirs, avant que Ran rentre de lycée, ok ?

- Oui, ça marche, et pour ma cheville ?

- Il n'y a rien de grave à mon avis. Ça vas se remettre tout seul. »

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Conan allume son badge de DB.

« - Alors, vous aller vous en sortir comment ?

- On vas se prendre un appartement en périphérie et je vais essayer de localiser Gin. Toi sa va ?

- Oui, j'ai pensé mes blessures. Maintenant la guerre froide est ouverte n'est-ce pas ?

- Ça se peut »

Leur conversation continua quelque temps supplémentaire afin de partager les éventuelles informations complémentaires.

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FLASH BACK

IL Y A PLUSIEURS MOIS DE CELA

« - C'est le seul moyen de la sauver.

- Non je ne peux pas, j'ai promis.

- Je sais, mais c'est moi qui te le demande. Si tu ne le fais pas, ce sera pire.

- NON !

- Il n'y a pas d'échappatoire, tu dois le faire. C'est trop tard. Maintenant, il faut faire un choix, et je préfère que ce soit moi.

- Tu ne peux pas me forcer à faire ça.

- Je ne te laisse pas le choix. Et... Il ne me laisse pas le choix. Il ne nous laisse pas le choix.

- On pourrai lui dire …

- Non, ça ne servirait à rien, on le connaît.

- Et si on fait pour de faux ?

- L'autre est avec toi, c'est foutu.

- NON, NON,

S'il te plaît,

Je t'en prie,

pitié.