Une exposition de portes. Edward est dans le couloir. Il attend. Muet. Les portes le regardent.
Pour comprendre, il faut savoir qu'Edward est un paranoïaque. C'est très difficile à saisir.
Il se figure qu'il est persecuté... Par les planches que sont les portes. La violence du silence s'abbatait sur lui, planant, doucement, n'attendant qu'une chose pour se jeter sur lui. Sous le regard des portes contemplatrices. Dans son délire, Edward entendit certains clients derrière les portes. Chez certains, la télé était allumée. Il n'est pas assez tard pour dormir.
Le temps s'étire tandis qu'il reste dans le couloir, simplement incapable, d'entrer dans sa propre chambre. Sa propre porte le toisait d'un air mécontent.
Il se baisse à hauteur de la serrure. Regarde à l'intérieur mais ne peut rien apercevoir. Tout est sombre.
Edward secoua la tête, s'efforçant de revenir sur terre. Mais ça lui fait trop mal. Il s'adossa contre un mur. En proie au désespoir. Sa mère. Il déglutit. Il est presque agenouillé par terre, maintenant. Il passa ses mains dans ses cheveux. Il frissonnait. Ses soeurs. Il avait froid. Il n'avait pas sa veste. Il n'avait qu'une chemise. Cela sembla le réveiller. Des éléments concrets. Surtout. Eviter de divaguer. Il se releva. Mit sa main dans sa poche. La referma sur la clé de sa chambre d'hôtel. Glissa la clé à l'intérieur de la serrure, avec détermination. Ouvrit. Il pénétra à l'intérieur. Refermant la porte derrière lui. Il y était arrivé !
Il alla au téléphone sur la table de chevet près du lit. Commanda une bouteille de whisky à l'accueil de l'hôtel. Raccrocha. Et ouvrit son portable. Il appela quelqu'un dans son répertoire :
_ Edward ?!
_ Emmett, salua-t-il. C'est moi. J'ai besoin de te voir toi et Jasper ce soir.
_ Euh... ?
_ On doit se voir c'est tout, coupa Edward très calme.
Trop calme.
_ Ok, ok ! fit Emmett. J'arrive. T'es où ?
_ A l'hôtel le Beverly Wilshire. Chambre 891.
_ J'arrive de suite ! T'as appelé Jasper ?
_ Non je vais le faire après avoir raccroché.
_ J'arrive, répéta Emmett pour la troisième fois pour rassurer son frère et connaissant son tempérament anxieux.
_ Emmett ? demanda Edward.
_ Oui ?
_ C'est important.
_ Je sais. J'arrive Edward, répéta-t-il pour la quatrième fois.
Edward fit pareil avec Jasper et l'appela. Les deux frères étaient censés arriver dans une demi-heure.
Un groom apporta la bouteille de whisky et des verres sur une table à roulettes. Edward lui offrit un pourvoire, et le remercia et il disparut derrière la porte. Edward ouvrit la porte-fenêtre. Il avait besoin d'air. La ville plongée dans la nuit lui faisait face. La musique des voitures qui passent dans les boulevards. Il avait besoin d'une cigarette. Edward ouvrit son paquet de cigarettes dans la poche arrière de son pantalon. S'en prit une. La porta à ses lèvres. Goûtant par avance la senteur amère. La cigarette se consumma dans la nuit.
Lui, roi du monde judiciaire.
Dans ce monde infernal. Sans queue ni tête. Il n'était plus rien. Il ne se sentait plus.
Il tapota pour faire tomber les cendres dans l'air.
Elles virevoltèrent.
Edward regardait la nuit.
Il n'avait plus froid. Il se sentait bien...
... Ses frères frappèrent à la porte de la chambre. Ils entrèrent, celle-ci n'étant pas fermée. Ils le rejoinrent sur le balcon. Et l'invitèrent à rentrer à l'intérieur ayant remarqué la pâleur anormale de leur frère cadet. Jasper referma la porte-fenêtre. Edward releva les yeux vers eux. Se jeta à leur cou. Enfouissant son nez dans leur cou. Ils le prirent dans leurs bras. Ne dirent rien.
Laissant faire Edward.
Tandis que leur étreinte durait, ils resserèrent leurs bras autour de lui, ne le laissant pas partir. Ils savaient tous les deux qu'Edward était celui qui avait le plus besoin d'affection, bien que ce dernier faisait tout son possible pour paraître aussi froid qu'un glaçon. Mais aucun des deux n'étaient dupes du jeu d'Edward. Ils laissèrent faire Edward. Ne disant rien.
Le serrèrent dans leurs bras.
Autant que chacun le pouvait.
Un moment qui dura.
Edward appréciait qu'ils ne disent rien. Il aimait leur odeur masculine. Une odeur de grand frère. Edward se laissa faire dans leurs bras. Submergé par il ne savait pas quoi.
Quelque chose qu'il s'était efforcé d'éloigner de lui : l'amour.
Ils étaient sa famille.
Qu'il le veuille ou non.
Edward s'écarta.
Se frotta le visage. Semblant reprendre ses esprits.
_ Faut que je vous parle, leur dit-il.
Emmett hocha la tête. Vit la bouteille de whisky sur la table à roulettes. Il avait comprit que quelque chose n'allait pas, et qu'Edward avait quelque chose à leur dire .
_ Tu veux pas qu'on descende au bar de l'hôtel ? Y aura peut-être plus d'ambiance.
Edward haussa les épaules.
Il était trop déprimé pour faire un quelconque choix.
Ses deux frères le prirent par les épaules. Et ils descendirent tous les trois au bar de l'hôtel, au rez-de-chaussée.
Ils se prirent une table à l'écart. Près d'une fenêtre. Commandèrent chacun une pinte de bière. Les trois garçons étaient très regardés. Ils étaient très beaux tous les trois... Ils se rapprochèrent tous les trois autour de la table, en mode ambiance mafieuse conspiratrice.
_ Bon alors Edward, commença Emmett. Racontes-nous. Que s'est-il passé ?
_ J'ai vu Alice ce soir, lâcha Edward.
C'était comme lâcher une bombe en plein Manhattan un midi.
La veille de Noël.
_ Quoi ? demandèrent Jasper et Emmett d'une seule et même voix, en le regardant comme s'il avait perdu l'esprit.
Edward hocha la tête.
Une serveuse bien habillée vint apporter les bières décapuslées sur un plateau. Ils la remercièrent et payèrent. Mais elle leur fit non de la tête en souriant.
Les garçons comprirent tous les trois. Se sentirent rougir. Mais ils insistèrent pour qu'elle accepte. Elle rit et les embrassa chacun sur la bouche.
_ Alice !, reprit Emmett qui essayait de se reconcentrer une fois qu'elle fût partie.
_ Elle est incarcérée à la prison de Fox River. Avec Rosalie apparement. Mais je n'ai vu qu'Alice. Pour Rosalie, c'est une détenue qui me l'a dit... C'est d'ailleurs sur cette détenue que j'enquête.
Jasper s'adossa contre son siège abasourdi.
_ Et alors ? demanda Emmett à propos d'Alice.
Il se passait la main dans les cheveux en un geste nerveux.
_ Elle a l'air d'aller bien, répondit Edward...
Emmett soupira.
_ Tu vas faire quoi ? demanda Jasper.
_ Je ne sais pas encore, répondit Edward...
Il laissa volontairement sa phrase en suspens. Qu'y avait-il à dire ? Il laissa ses deux frères digérer la nouvelle. En effet, aucun des deux frères n'avaient eu de nouvelles d'Alice ou de Rosalie, depuis leur jugement rendu il y avait plus d'un an. Ni Jasper, ni Edward n'avait pu trouvé où elles avaient été incarcérées. Cela avait été décidé par la justice pour qu'ils ne puissent pas les retrouver. En effet, bien que leur expérience professionnelle soit pour tous les 3 appréciées, on savait aussi, qu'ils avaient le sang chaud et qu'ils étaient susceptibles de vouloir s'en prendre à elles s'ils venaient à apprendre où les deux soeurettes se trouvaient. C'est pourquoi le nom de la prison où elles avaient été envoyé leur avait été caché, et même caché des fichiers de police. Leur père Carlisle n'avait cependant jamais dit s'il avait su. En tout cas, maintenant tous les 3 savaient.
Ils ne disaient rien.
En pleine réflexion.
Edward regarda autour de lui, un peu par la fenêtre sur sa droite. Il y avait des gens qui circulaient dehors, cachés par des parapluies, sous la pluie. Edward reposa son regard sur l'intérieur du bar de l'hôtel, l'ambiance y était conviviale. Et quelques filles le regardaient, chaleureuses. Edward reposa son regard sur les deux hommes à sa table. Surprit un échange de regard entre Jasper et Emmett. Et fit comme s'il n'avait rien remarqué. Il savait qu'ils réfléchissaient à ce qu'il fallait faire.
Ce qu'il fallait faire.
D'ailleurs que fallait-il faire ?
Que fallait-il faire ?
Edward se répéta la question dans sa tête.
Impossible de trouver une bonne réponse.
Cela ne lui arrivait pas souvent.
Se venger ? Ou s'abstenir ?
_ De toute façon le mal est fait, déclara Edward. Qu'elles pourissent en prison. Elles sont déjà reniées de la famille.
Sa mère.
Il prit sa bière, et but plusieurs gorgées. S'essuya la bouche dans un geste peu élégant.
Ses deux frères ne dirent rien.
Edward préféra changer de sujet.
_ Faut que je vous raconte autre chose...
Il fallait arrêter de parler d'elles.
Et il leur raconta son histoire avec Isabella. Ses deux frères l'écoutaient avec attention. A la fin du récit, ils arboraient des figures abasourdies.
Après quelques instants, Emmett prit finalement la parole et parla d'une voix sage. Chose qui ne lui arrivait pas souvent.
_ Evites de t'impliquer émotionnellement. Tu sais, tu ne peux pas sauver tout le monde, Edward. Les gens sont responsables de leur propre choix et de leurs actes. Si elle a voulu faire de la prison c'est de sa faute, sûrement pas la tienne. Et surtout pas pour lui avoir conseiller de défendre son bifteck. Tu l'as protégé. A elle, de grandir un peu.
_ Je sais, dit Edward.
Jasper fit remarquer une chose... Une chose qui n'était pas dénuée d'intérêt dans le contexte.
_ Normalement quand tu connais la personne sur qui tu enquêtes, tu as une obligation légale de le signaler à ton supérieur hiérarchique. Pour qu'un de tes collègues te remplaces et se charge de l'enquête à ta place.
_ Je sais ça aussi, répéta Edward fatigué.
_ Et alors ? fit Jasper.
_ Je ne sais pas, dit-il.
Personne ne dit rien.
_ On ne peut pas même dire que je la connaissais, ajouta Edward d'une voix basse. On ne s'était vu qu'une fois, même pas une heure.
Jasper le regarda d'un œil perspicace.
_ Tu ne sais pas si tu veux que quelqu'un te remplaces ?
Edward détourna le regard.
Il haussa les épaules.
_ C'est juste qu'il y a un truc dans cette affaire. Un truc que je ne saisis pas. J'ai l'impression de mettre le doigt sur un truc énorme. En plus, j'ai un mauvais pressentiment...
Les deux garçons s'adossèrent contre leur siège. Ils réfléchissaient.
Jasper se passa la main dans les cheveux.
Ils ne savaient pas. Ils ne savaient que lui conseiller. Ils préféraient presque revenir sur le sujet Alice/Rosalie qui semblait plus facile.
_ Quoi que tu choisisses, fit Jasper, arrêtes de t'impliquer émotionnellement, Edward. Ca te détruira. Tu n'es pas responsable.
_ La vie c'est pas des bisounours, ajouta Emmett. C'est pas des arc-en-ciel, des licornes et le soleil qui brille. Il faut qu'elle l'apprenne à ses dépends. Elle a fait des conneries. A elle d'assumer.
Edward hocha la tête.
Il se redressa. Se pencha vers eux par-dessus la table.
_ Ca vous dit ? J'ai envie d'aller en boîte ! Et de me saoûler sévère. Me prendre une bonne bonne cuite.
Ses deux frères se regardèrent, interloqués par le changement de sujet.
Ils ne réfléchirent pas plus longtemps, et sourirent.
De plus en plus enthousiastes.
_ D'accord ! firent-ils contents.
Tous les trois quittèrent la table.
Jasper se dirigea à petits pas rapides, timides vers la serveuse si gentille.
_ Dîtes vous ne connaitriez pas une bonne de nuit dans Phoenix ?
_ Eh bien, dit-elle. Il y a the Seven, the Green Hat, The Rabbit... En plus, là-bas ils recherchent des gens beaux comme vous.
_ Ah ? fit Jasper. Mais on a déjà un emploi.
La serveuse rigola en réponse et lui dit :
_ Si vous allez à The Rabbit, dîtes au vigile que vous venez de la part de Gianna. Je le connais.
Elle se rapprocha de Jasper.
_ Quoique je ne crois pas que vous ayez réellement besoin d'un laissez-passer de toute façon...
Elle n'était plus qu'à deux centimètres.
_ Arrêtes d'embêter les serveuses dans leur travail, lança Emmett d'une voix forte derrière lui.
Ceci sembla réveiller Jasper.
Il rougit.
Et s'en alla.
Quand il se retourna, la serveuse lui dit au revoir de la main. Jasper le lui rendit.
Autour d'eux, toutes les filles, assises, avaient suivi la scène des yeux, jalouses.
Haaaaan...
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Prison de Fox River
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Juste après la bagarre avec Alice, on avait traîné Bella hors de la cour. On l'avait emmené de force dans les couloirs de la prison. Et les gardiens lui avaient attribué une cellule individuelle.
C'était une nouvelle cellule qu'on lui avait donné... Vierge de tout élément décoration. Pas de co-détenu non plus. C'était une des dernières cellules dans le fonds.
Dans la petite cellule, il y avait une fenêtre avec des barreaux en fer au fond de la pièce. Un meuble, une tablette, était encastrée dans le mur. Des W-C. Deux couchettes sur le côté, l'une sur l'autre, contre le mur. Tout était exactement comme dans sa cellule avec Alice - la décoration personnelle en moins.
Les gardiens la laissaient à l'intérieur. Comme une vieille chaussette. Bella aperçu la figure bedonnante du Capitaine James parmi le groupe de gardiens qui l'avaient ramené.
_ Capitaine James !, l'interpella-t-elle presque inquiète mais en essayant de ne pas le montrer.
_ Oui ma chérie ? répondit-il d'une voix doucereuse.
Bella vit les autres gardiens évacuer la pièce. Elle était seule dans sa nouvelle cellule avec le Capitaine James en uniforme. Elle se demanda intérieurement si c'était une si bonne idée que de vouloir entamer une conversation maintenant avec lui. La porte de la cellule était restée ouverte derrière lui.
_ Je viens de me battre avec une détenue, énonça Bella le plus calmement possible. Alors, pourquoi ne suis-je pas envoyée au trou ?
Capitaine James souri. Et il l'a regarda gentiment. Comme si... Elle avait une araignée au plafond. Comme si elle était attardée. Comme si elle n'était pas au courant de tout... Comme si elle débarquait du pays de Casimir et ses gentils amis.
_ Il y a quelqu'un qui te protège à l'intérieur de cette prison, répondit-il simplement.
Bella l'a regardé, interloquée.
Choquée, même.
Il s'effaça, sans rien ajouté de plus. Laissant magistralement le doute planer.
Et la laissant seule dans sa cellule.
Il referma la cellule avec ses clés.
Bella se demanda un instant s'il mentait - juste pour lui ficher la trouille... Elle pensa que ce pouvait être une bonne stratégie pour l'autorité carcérale, suite au mystérieux ramassage de toutes les traces Adn derrière elle.
Bella prit soudain peur.
Elle pensait avoir laissé de l'ADN dans sa cellule d'origine.
Bella déglutit.
Essaya de se calmer se sachant maniaque de nature. Mais il y avait un risque...
Au moins, n'aurait-elle pas à dormir avec Alice cette nuit.
C'était un bon point.
Bella n'en revenait pas. Alice était la sœur d'Edward. Simplement l'homme dont elle était tombée amoureuse par inadvertance. Elle avait passé tout ce temps dans la prison avec Alice alias sœur cadette d'E. Cullen. Bella était choquée.
Mais clou du spectacle, Alice, son ancienne colocataire de cellule, avait tué la mère de son amoureux. Trop. Bella faisait une overdose d'informations. Elle était plutôt contente de passer la nuit seule, finalement, elle avait besoin de rassembler ses idées. Une chose était sûre : il ne valait mieux pas qu'elle recroise Alice ou Rosalie ou ça risquerait de partir de nouveau en couilles.
Ce soir-là, notre jeune Bella n'eut pas le droit de venir prendre son dîner à la cantine.
Mais, couchée sur son lit, (toujours sur le lit du haut !), une question tourna en rond dans son esprit : Qui la protégeait à l'intérieur de la prison ?
