Bonjour à tous !
Un grand merci pour vos reviews, j'y repondrais dès que possible !
Voilà le prochain chapitre, je vous souhaite une bonne lecture.
63. La fin des temps
Pour une fois, Harry partageait la même confusion que tous les autres dans la pièce. Il se demandait ce que diable se passait dans le bureau de Severus, ce qui avait pu pousser leur chef des renseignements toujours si posé à interrompre Dumbledore au milieu d'une phrase.
Hermione était inquiète, il l'avait vu dans sa façon de se tenir et de suivre Severus à contrecoeur hors de la pièce, mais il y avait eu quelque chose d'étrangement abrupt dans la requête de Severus, quelque chose que Harry ne parvenait pas à expliquer.
Il espérait avec ferveur qu'ils n'avaient pas d'ennuis, mais quelque chose qui perturbait les plans de sa meilleure amie et son partenaire signifiait habituellement le contraire.
Quoi qu'ils fassent là dedans, cependant, cela leur prenait un temps inhabituel. Rencontrant les yeux de Draco de l'autre côté de la table, Harry articula une question et reçut un haussement d'épaules irrité en réponse. Draco n'avait donc aucune idée non plus de ce qui avait causé tout ça.
Des murmures s'étaient répandus dans la pièce et les membres les moins calmes de l'Ordre avaient quitté leurs places et commencé à dériver inconsciemment vers le bureau du chef des renseignements quand la porte se réouvrit soudainement.
En sortit Severus de son habituelle démarche, rapide et déterminée, Hermione ne le suivant qu'à un pas.
"Severus ?" demanda Dumbledore alors qu'ils rejoignaient tous deux leur chaises en silence, attendant fermement une explication sur ce qu'il s'était passé.
"Rien, Albus," répondit froidement Severus. "Juste un développement inattendu qui a requis notre attention immédiate." Affaire d'espions, semblaient leur dire ses yeux sombres, ne vous mêlez pas de ça.
Harry fronça les sourcils, ses yeux allant d'Hermione à leur chef des renseignements. Quelque chose ne tournait pas entièrement rond. La voix et le comportement de Severus étaient toujours les mêmes, mais en même temps il semblait y avoir quelque chose d'éteint, comme si une petite chose manquait.
Il rencontra le regard d'Hermione et elle hocha la tête, confirmant les dires de son partenaire. Il y avait quand même une expression bizarre sur son visage, quelque chose qui persistait aux coins de sa bouche…
Mais Dumbledore repris son discours et Harry chassa ce sentiment. Il parlerait avec eux plus tard et finirait par savoir ce que signifiait tout ceci.
"Comme je le disais," continua leur leader, envoyant un petit sourire vers l'autre bout de la table pour leur montrer qu'il ne leur en voulait pas pour leur interruption. "Miss Granger confirmera les détails du plan ce soir. Comme elle m'en a informé, cela prendra très certainement du temps pour satisfaire la curiosité de Tom. Nous nous rassemblerons en conséquence demain matin pour qu'elle puisse nous informer des résultats. S'il n'y a pas de question, je… Oui, Mr. Malfoy ?"
Harry tourna sa chaise pour voir qu'une petite ride marquait le front de son ami. Draco était perturbé par quelque chose, bien que Harry ne puisse pas deviner par quoi. Remarquant son attention, les yeux de Draco filèrent vers Hermione puis revinrent sur Harry immédiatement.
Le fait que Harry comprenne immédiatement était la preuve de leur entraînement intensif ensemble. Si c'était prévu de longue date, pourquoi Hermione ne leur en avait-elle pas parlé ?
"Je me pose juste des questions sur les risques liés à tout ça," dit Draco, son attention non pas fixée sur Dumbledore mais sur Hermione et Severus. "Informer Voldemort aussi tôt n'augmente-il pas le danger qui pèse déjà sur Hermione ?"
Au bout de son côté de la table, Severus frisonna soudainement, son corps bougeant comme s'il voulait se débarrasser d'un poids invisible. Comme pour lui répondre, Hermione recula violemment, ses épaules se tendant soudainement en arrière comme si elle résistait à un vent invisible.
La détermination de Harry à les voir après la réunion s'intensifia. Il y avait définitivement quelque chose de pas net, et qu'il soit damné s'il ne découvrait pas ce que c'était.
"S'il y avait un risque," dit Severus, sa voix perdant un peu de sa douceur de velours. "Je ne serais surement pas d'accord pour laisser Hermione y aller."
"Il y a toujours un certain niveau de danger quand on traite avec le Seigneur des Ténèbres, Draco," le coupa doucement Hermione. "Mais ce plan me garantit surtout une plus grande sécurité. Voldemort ne risquerait pas son emprise sur Harry en me blessant."
Draco hocha la tête, se reculant sur sa chaise, bien qu'il ne semble pas entièrement convaincu. Mais plus personne d'autre dans l'Ordre ne posa de question sur le plan, et Harry, bien qu'il puisse voir où Draco voulait en venir, n'avait pas envie de compliquer la vie à Hermione et Severus en les interrogeant en public.
Donc ils hochèrent tous la tête en signe d'approbation et Dumbledore félicita une fois de plus Hermione pour son travail exceptionnel, menant à des applaudissements et des louanges qui laissèrent Hermione pâle et légèrement tremblante et Severus regardant d'un oeil noir et inexpressif quelque chose que lui seul pouvait voir.
À la façon dont le Premier Cercle se rassembla autour d'Hermione, lui souhaitant amicalement bonne chance, l'embrassant et lui serrant la main, il semblait que l'Ordre avait finalement accepté leur Maître Espion, et Harry savait que Severus passerait les prochains jours à jubiler devant le succès de son plan.
"Hermione," dit Harry quand la plupart de l'Ordre avait finalement quitté le quartier général ou du moins détourné leur attention d'Hermione et Severus. "Est-ce que tout va bien pour toi ? Tu as l'air…" Il jeta un oeil à Severus, qui se tenait debout à côté d'elle, le visage sans expression. "...bizarre, aujourd'hui."
"Je vais bien Harry," dit Hermione avec un grand sourire qui fit disparaître les doutes de Harry. "Mais nous avons une situation urgente avec un des espions… les dieux nordiques, tu sais… et Severus ne se détendra pas tant que nous n'aurons pas fini de régler cette histoire."
"Oh, d'accord," acquiesça-il, un peu surpris. Au vu de la dernière fois que quelque chose s'était mal passé avec les espions de Severus, il s'étonnait que leur chef des renseignements soit aussi calme. Mais peut-être que c'était la raison de leur petit aparté dans son bureau ? Peut-être qu'il avait eu besoin de lâcher du lest et qu'il n'avait pas voulu le faire devant tout le monde ?
"Hermione, Draco et moi voulions te parler avant que tu partes ce soir…"
"J'ai bien peur que ça ne soit pas possible," dit-elle, regrettant apparemment ce fait autant que Harry. "Severus a besoin de mon aide. Mais on parlera demain, d'accord ?"
Quelque chose se serra en Harry à ces paroles, lui disant que c'était important de lui parler maintenant, ce soir, mais de quel droit pouvait-il exiger une discussion alors que des choses importantes étaient à l'oeuvre ?
"Bien sûr," dit-il. "Je serais là demain matin."
Draco, qui les avait rejoints pendant qu'ils parlaient, sembla sur le point de désapprouver, mais Severus lui envoya un regard sévère.
"Hermione aura besoin de se préparer avant de partir," exposa-il, et Draco renonça.
"À demain alors," dit Harry, et Hermione hocha la tête.
"Oui," dit-elle, et avant que Harry ne puisse réagir, il eut les bras remplis par une femme chaude aux cheveux bouclés, le serrant pendant un instant avant de le lâcher tout aussi rapidement et de faire subir à Draco le même traitement.
"Je vous aime," dit-elle d'une voix très sérieuse. "Prenez soin de vous."
"Toi aussi," répondit Harry, un peu confus, et il les regarda, elle et Severus, disparaître à travers la tapisserie.
"As-tu une idée de la signification de tout ceci ?" demanda-il ensuite à Draco, qui haussa les épaules, paraissant néanmoins dépité d'une façon absolument pas malfoyenne.
"Aucune idée. Mais ils ont agi de manière étrange aujourd'hui. Peut-être qu'ils sont plus inquiets que ce qu'ils laissent paraître ?"
Pendant un long moment, Harry fixa la tapisserie à travers laquelle sa meilleure amie avait disparu, essayant d'organiser le chaos des peurs diffuses qui faisaient rage dans sa tête. Finalement, il soupira et se dirigea vers la tapisserie qui le mènerait dans la salle de classe déserte près de la bibliothèque.
"Quoi que ce soit," dit-il à Draco. "Nous n'avons pas besoin de nous inquiéter tant que Severus est au courant. Il ne la laisserait pas faire quelque chose de stupide, n'est-ce pas ?"
"Non," acquiesça Draco à voix basse. "Il la protégerait de sa vie."
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"Ils sont d'accord, Maître."
Jamais, de toutes les fois où elle était venue ici ramper devant lui, il n'avait été aussi difficile de tromper le monstre dont elle portait la Marque.
Il n'avait jamais été si douloureux de projeter de la confiance et de l'admiration à la surface de son esprit, alors que derrière ses défenses elle hurlait de douleur et de désespoir.
Même si elle survivait à cela, Severus ne la pardonnerait jamais.
Elle avait mis tout ce qu'elle avait dans ce seul maléfice, tout son pouvoir, toute sa volonté, et malgré cela il l'avait combattu à chaque instant. Il avait presque réussi à s'en défaire à un moment et elle avait jeté ses dernières forces dans la connexion forcée de l'Imperium qu'elle avait établi entre eux.
C'était seulement sa retenue à la blesser, même après tout ce qu'elle avait fait, qui l'avait fait gagner. Quand il s'agissait des Impardonnables, l'amour était en effet une faiblesse.
"Excellent, mon animal de compagnie," siffla le Seigneur des Ténèbres, un véritable plaisir et l'excitation d'un chasseur dans la voix.
Elle n'en avait cure. Il était si difficile d'émettre les sons de joie appropriés, si difficile de garder son corps et son visage dans la position qu'il attendait.
Elle l'avait trahi. Avait brisé leur partenariat, leur amour, tout ce qu'il y avait entre eux.
Elle se souvint de comment elle avait voyagé par la tapisserie avec lui, après qu'elle ait menti et rusé pendant la réunion de l'Ordre, comment elle avait mis toute sa volonté dans l'Impardonnable et prié pour que Jane ne soit pas là ce soir là, parce que Draco et Harry pouvaient être dupés, mais pas Jane.
Mais Jane n'était pas là, leurs appartements étaient vides.
La dernière chose qui aurait pu l'arrêter.
Et elle l'avait ammené dans le lit, son corps suivant automatiquement ses ordres, son visage étrangement avide de lui plaire, lui avait ôté ses chaussures et ordonné de se coucher, l'avait forcé à boire une potion de Sommeil sans rêves qu'il ferait effet jusqu'au matin, avait ramené la couverture sur lui, immobile et silencieux dans son sommeil.
Son visage appuyé contre la pierre sombre de la salle du trône de Voldemort, Hermione eut un sanglot, ses paupières fermement serrées pour éviter que ses larmes ne coulent, les mâchoires serrées pour garder son cri à l'intérieur, le cri de douleur et d'horreur qui voulait s'échapper d'elle.
Elle l'avait embrassé alors qu'il gisait là, les yeux fermés et le visage détendu dans son sommeil, ce magnifique visage intelligent et chaleureux, ses lèvres légèrement entrouvertes. Elle n'entendrait plus jamais sa voix, ne l'entendrait plus jamais appeler son nom ou rire de ce rire incroyablement riche et confiant.
Elle se sentirait plus jamais ses bras autour d'elle.
Elle avait frissonné, soudainement gelée alors qu'elle marchait vers les limites du domaine de Poudlard, mais elle ne s'était pas souciée de lancer un sort de réchauffement.
Quelle chaleur restait-il pour elle ?
Severus…
Sa vie avait été si courte, et pourtant pleine de merveilles et de beauté - les meilleurs amis qu'une femme puisse espérer avoir, un monde magique s'ouvrant à elle avec tant de choses à apprendre, et un amour que peu avaient jamais trouvé dans cet endroit sombre.
Et elle avait abandonné tout ça.
Pour ça.
Et malgré tout, alors qu'elle était sur le sol, frissonnant et sanglotant, son traître d'esprit, cet intellect cruel qui ne voulait pas s'arrêter de penser, qui ne s'arrêterait jamais, peu importe comment le monde tombait en ruine autour d'elle, ce maudit cerveau s'assurait qu'elle paraisse charmée, et joyeuse, et avide de le servir.
"Je vis pour faire votre volonté, Maître !"
Elle lui avait laissé une lettre. Elle ne lui avait pas demandé de ne pas la détester, ou de pardonner ce qu'elle avait fait. Elle n'en avait pas le droit.
"Ce soir, tu as remplis ta tâche, mon animal de compagnie. Tu m'as apporté Potter, comme tu avais promis que tu le ferais."
Et même plongée dans cette détresse, ce désert de cendre et de corps brûlés en quoi elle avait elle même transformé son monde, elle n'arrivait pas à regretter.
Ça avait été sa décision. C'est ce à quoi son chemin menait.
Et même avant, il y a plus d'un an, quand elle avait pris cette décision, quand Draco était encore un garçon arrogant et anxieux se cherchant, quand Harry était un enfant trop appeuré pour embrasser sa destinée, quand Severus ne savait encore rien d'elle et passait ses jours dans une triste isolation, même là elle avait su qu'il n'y avait pas de demi tour possible une fois engagée sur ce chemin.
Elle avait su où ça la mènerait. Elle l'avait accepté.
À sa mort.
"Mais puisque tu a terminé ce que tu devais faire, Hermione, je crains que ton utilité soit - malheureusement - terminée pour moi."
Elle leva les yeux vers son visage de serpent, froid, cruel, et amusé, et bien que son esprit fit tout ce qui s'imposait avec ses yeux, sa bouche et ses mains pour le convaincre qu'elle était choquée et surprise, elle ne l'était pas.
Il la crut. Leur plan réussirait. Harry, conduit non seulement par sa volonté mais également par le souhait de venger sa mort, le vaincrait. Draco se tiendrait à ses côtés et et sortirait finalement de l'ombre de son père.
Aucun enfant ne grandirait plus en sachant que ses parents avaient été tués par Voldemort, que la cicatrice sur son visage le condamnait à mort. Aucun né-moldu ne tournerait le dos au monde sorcier parce que la Marque des Ténèbres hantait ses rêves.
Finalement, n'était-ce pas tout ce qui comptait ?
Et Severus…
Severus vivrait, au moins.
Elle ne pouvait pas en demander plus.
Est-ce ainsi
Dans l'autre royaume de la mort:
Veillant seuls
A l'heure où nous sommes
Tremblants de tendresse
Les lèvres qui voudraient baiser
Esquissent des prières à la pierre brisée.
"Je ne comprend pas, Maître," murmura-elle, pas parce qu'elle croyait que son jeu pourrait la sauver, mais parce qu'elle devait être désespérée, supplier pour sa vie et sa pitié, ou il commencerait à douter.
Nous sommes les hommes creux
C'est ici la terre morte
"Vois-tu, ma douce petite sang-de-bourbe," murmura Voldemort, se penchant vers elle depuis son trône, et elle fixa les yeux sur son visage, s'imprégnant de son apparence, toute son arrogance, cette malveillance qui ne croyait pas à sa fin et qui pourtant s'achèverait bientôt.
"On a attiré mon attention sur le fait que tu as provoqué la colère de beaucoup des serviteurs de ma volonté, que les sang-pur de mon conseil sont tous mécontents de ta position parmi eux. Et bien sûr ils ont raison. Toute douce, et intelligente, et délicieuse que tu sois, mon animal de compagnie, tu es une ordure, et tu ne seras jamais plus qu'une sale sang-de-bourbe, moche et inférieure."
"Mais, Maître…"
La peur et la douleur la plus profonde dans sa voix et dans son regard. Elle n'avait qu'à se rappeler du visage de Severus pour ce faire, sa main tendue dans une tentative de défense contre sa trahison, la réelle incrédulité dans ses yeux avant que le sort ne l'atteigne et les changent en deux trous vides.
Les yeux ne sont pas ici
Il n'y a pas d'yeux ici
"Lucius."
"Oui, Maître."
Sa tête pivota pour rencontrer son regard froid et sombre, et soudain, pour la première fois depuis que Severus l'avait confrontée, elle fut de nouveau effrayée.
Il y avait tant de satisfaction dans les yeux de Lucius, tant d'avidité…
Peut-être que le Seigneur des Ténèbres ne la tuerait pas après tout.
Peut-être qu'il avait prévu quelque chose de pire.
"Prend ta sang-de-bourbe dans tes quartiers. Souviens toi, tu peux faire ce que tu veux d'elle, mais j'ai besoin qu'elle écrive les lettre d'abord. Pas de sang sur le papier. Tu auras tout le temps du monde avec elle."
"Merci, Maître. Impero."
Entre l'idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l'acte
Tombe l'ombre.
Et alors que le maléfice envahissait son corps et son esprit, alourdissant ses membres et floutant ses pensées, une part lointaine de son esprit hurla dans un rire hystérique.
S'il n'y avait plus rien d'autre pour elle sans ce monde, au moins il y avait une sorte de justice.
C'est ici la terre morte
Je t'aime, Severus. S'il te plait, s'il te plait, oublie moi.
ooooooooooooooooooooooooooo
Il se réveilla avec un mal de tête qui lui donnait l'impression qu'elle était remplie de coton. Ses pensées se formèrent lentement. Il se souvenait qu'il avait été dans son bureau, se disputant avec Hermione à propos de quelque chose, son visage à la fois triste et plein d'amour, et puis…
Rien.
Il bougea la tête, grognant à la douleur qui suivit. Pourquoi était-il allongé dans son lit, complètement habillé à l'exception de ses chaussures et de ses robes ? Comment était-il arrivé ici ? Et que faisait cette bouteille vide sur sa table de chevet ? Il se débarrassait toujours immédiatement des bouteilles de potions vides, depuis des années.
Il s'assit lentement et attrapa la bouteille. Il la renifla et il sut ce qu'il s'était passé. Il la renifla et les souvenirs le submergèrent.
Hermione, lui jetant un Imperium. Hermione, le ramenant à la réunion de l'Ordre, où il avait acquiescé à tout ce qu'elle avait dit, seulement à moitié conscient de ce qui l'entourait. Hermione, le guidant jusqu'à ses quartiers, l'embrassant et lui ordonnant de boire cette potion. La potion de sommeil la plus puissante qu'il n'ait jamais faite.
Ils l'avaient faite ensemble.
Oubliant la douleur, Severus jaillit de son lit et trébucha, rencontrant violemment le montant du lit, mais il ignora son côté douloureux. Il dévala les escaliers, manquant de tomber plus d'une fois, et descendit dans la bibliothèque.
Elle n'était plus là.
Bien sûr qu'elle n'était plus là, elle était probablement partie juste après l'avoir assommé.
Un sanglot lui échappa et il trébucha de nouveau sur l'escalier en colimaçon.
Elle n'était plus là.
Il ne savait pas depuis combien de temps il était recroquevillé là, il ne savait pas que des larmes striaient son visage.
Finalement, il se redressa avec les mouvements fatigués d'un vieil homme, et, prenant appui sur chaque chaise et canapé près desquels ils passait, marcha jusqu'à la chaise où elle avait eu l'habitude de lui laisser des petits mots avant qu'ils ne commencent à utiliser l'anneau.
Il vit le parchemin alors qu'il était encore à quelques pas.
Il n'avait pas envie de le lire.
Il savait ce qu'il contenait.
Il l'avait su dès le moment où il s'était souvenu.
Mais quand même, ses mains hésitantes et tremblantes saisirent le parchemin, et ses yeux bordés de rouge lirent le contenu, une fois, deux fois.
Ensuite, le parchemin froissé dans son poing fermé, il se laissa glisser sur le sol et ferma les yeux sur cette ultime défaite.
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Mon amour,
Je ne demande pas pardon pour ce que je t'ai fais.
Je ne le mérite pas. Mais je savais que tu ne me laisserait pas faire ce qui était nécessaire. Tu ne m'aurais pas autorisée à finir cette tâche qui est plus importante pour moi que la vie ou la mort.
Je ne m'attend pas à ce qu'ils me laissent repartir. Si tu n'as pas de nouvelle au moment où tu lis ces mots, tu sais ce qu'il s'est passé. Ne m'attend pas. Ne te rend pas fou en pensant à moi.
Et ne risque pas notre plan en essayant de me retrouver. Tu m'as dit une fois que ta vie m'appartenait. Je la réclame maintenant. Vis la. N'essaie pas de me secourir. Souviens toi juste de moi et de nos quelques moments de paix.
Je t'aimerai au delà de la mort.
Hermione.
ooooo
Snape débarqua dans la pièce comme une tornade, ses robes noires tourbillonnant, son visage aussi pâle que du marbre.
"Est-elle là ?" lança-il d'une voix rauque, et l'Ordre sursauta de surprise. "Où est Hermione ?"
"Pourquoi, Severus, nous ne savons pas," répondit Dumbledore, de la surprise et de l'inquiétude dans la voix. "Nous attendons son retour d'un moment à l'autre ! Quelque chose ne va pas, Severus ?"
Il semblait que leur chef des renseignements n'avait même pas remarqué le regard inquiet qu'il lui lança.
"Avez-vous vérifié les hiboux, probablement ceux de Potter ou Weasley ?" demanda-il. "Est-ce que son Portoloin d'urgence est toujours actif ?" Sa voix était précise et effroyablement contrôlée, mais Harry pu sentir quelque chose derrière ses mots, une furieuse abîme de chaos, de peur et de douleur.
"Pourquoi devrions nous faire ça, mon garçon," demanda le Directeur, apparemment confus à présent. "T'a-t-elle envoyé un message pour dire qu'elle était en danger ?"
Snape ferma les yeux, respirant profondément. Aux yeux de Harry, il avait l'air de Remus à la pleine lune, tentant désespérément d'endiguer ses humeurs pour éviter une catastrophe, mais sachant en même temps que c'était perdu d'avance, que ses efforts seraient vains.
"Bien sûr que non, je n'ai pas reçu de message d'elle," murmura-il la voix brisée, se tenant toujours debout au centre de la pièce comme un enfant perdu et apeuré. "Elle est probablement morte à cette heure ci."
Le titre de ce chapitre fait référence au sonnet 116 de Shakespeare et les citations dans la partie chez les Mangemorts viennent du poème "Les Hommes Creux" de T. S. Eliot.
