Il faisait jour lorsque j'entre-ouvris les yeux. Je ne voulais pas me lever, pas si tôt en tout cas. Mais il le fallait bien, aujourd'hui était mon premier jour d'entraînement avec la chamane. Je ne savais si je devais être heureux d'avoir l'opportunité de contrôler mes pouvoirs, ou si je devais m'inquiéter de ce qu'elle allait encore une fois me faire subir. Je finis par me motiver et à m'extraire du lit. Tout du moins, à tenter car à peine eus-je relever le torse que je vis le bras de Paul m'attraper au torse et me repousser contre le matelas.
-Il est tôt, tu ferais mieux de dormir.
-Je dois aller m'entraîner, lui répondis-je.
-Tu tiendras pas le coup si tu dois dormir si peu à chaque fois.
Il n'avait pas tort. On n'avait pas commencé depuis un jour que déjà, je me sentais complètement vidé. Humain, j'étais bien résistant à la fatigue, mais ces transformations m'épuisaient un peu plus chaque fois. J'avais vraiment envie de céder à sa proposition, mais je ne pouvais pas me le permettre. Je fis donc un effort ,« pour le premier jour » pensais-je.
Paul râla lorsque je me levais car, cette nuit, il avait tellement remué que sa tête s'était finalement retrouvée sur mon ventre. Après un effort qui parut plus que surhumain, il se laissa finalement retomber sur son oreiller en soufflant entre ses dents : « amuses-toi bien. »
Je passais donc à la salle de bain, histoire de ne pas sentir le fauve lorsque je me présenterais devant elle et fis rapidement ma toilette. Je m'attardais cependant devant le miroir, constatant que déjà apparaissait des poches sous mes yeux. Je ne m'y attardais cependant guère et m'habillais, passais par la cuisine, où je préparais le petit déjeuner de Paul et finis par sortir, embarquant une simple pomme à manger en chemin. À peine eus-je quitté le sentier de la maison, que déjà je devais jeter le trognon à coté d'un arbre. À l'instant où il toucha le sol, une voix me parvint.
-J'en étais sûr.
C'était la voix de Paul. Je me retournais et le vis, en boxer, sur le porche, tenant un sachet à la main gauche.
-Sûr de quoi ? Demandais-je en revenant à moitié sur mes pas.
-Sûr que tu me préparerais un petit déjeuner copieux mais que tu ne prendrais pas le temps de t'en faire un.
-Et ?
-Alors, je t'en ai préparé un durant la nuit. Je n'arrivais pas à dormir durant deux heures. Je me suis occupé.
-D'où le fait que tu aies tellement remué alors ?
Il aquiesca en me tendant le sachet. Je m'en emparait avec envie et l'ouvris en quatrième vitesse. À l'intérieur se trouvait une pomme, une banane, un yaourt, une bouteille d'eau et un sandwich débordant de saumon. Au vu d'une telle quantité, je supposais même qu'il devait contenir plus d'un poisson. Je refermais le sac et souris.
-Merci, dis-je dans un soupir. Je lui fis la bise et lui souhaitais une bonne journée.
-Amuses-toi bien, pendant que je dors, me dit-il avec un clin d'œil. Il se retourna et ferma la porte.
Je me mis en route, tout en songeant aux genre d'exercices que j'allais devoir pratiquer. Mais surtout combien de temps allait durer la séance. Si elle se terminait dans l'après-midi, je me voyais déjà bien rentrer et me replonger sous les draps. Le temps de songer à cela et de me laisser porter par mes pas, je me retrouvais finalement à destination sans m'en être rendu compte, mais surtout sans avoir vu le long trajet défiler. Lorsque j'arrivais, l'endroit était désert et il n'y avait aucune trace d'un feu, de l'encens ou même de l'eau. Tout ce qu'il restait était le gros rocher. Je m'en approchais et m'assis dessus pour attendre mon enseignante. Au bout de 10 minutes, ne la voyant pas venir, je finis par allumer mon Ipod et enfiler les écouteurs. J'enchaînais les musiques motivantes, les une après les autres, sautillant sur place. Arriva la musique qui me fit bondir de mon siège de fortune : « Moon trance – Lindsey Stirling ». Je me mis à danser, inventant les mouvements au fur et à mesure que le rythme augmentait. Je sautais, tournais, glissais, m'inclinais, me laissais tomber au sol et virevoltais dans tous les sens, laissant la musique s'emparer de moi. J'étais seul au milieu des bois. Personne ne serait là pour me voir et si même la chamane arrivait, je tournais tellement que je la verrais forcement arriver. La musique s'acheva alors que je tournais une dernière fois et me cachais le visage derrière les mains. Lorsque je les enlevais, je bondis en arrière. La chamane se tenait à un mètre devant moi. Je ne l'avais pas vue approcher, ni même s'asseoir sur la pierre.
-Vous êtes là depuis longtemps ? Demandais-je ahuris.
-Assez que pour t'avoir vu te cogner maladroitement le pied contre le rocher.
Je m'étais effectivement écrasé le pied, de manière assez violente, il faut bien l'avouer. Ce geste m'était arrivé alors que j'entamais mon premier tour. C'est à dire au tout début de la musique. Au moins, elle ne se moquait pas de moi.c'était déjà ça.
-Alors par quoi commence-t-on ? Demandais-je en frappant des mains d'un air enthousiaste.
-Tout d'abord, tu vas enlever ton t-shirt.
Je la regardais d'un air dubitatif.
-Pourquoi ?
-Pour sentir les rayons du soleil te réchauffer peu à peu et contrôler aisément ta respiration. Elle avait dit cela d'une voix calme et posée, comme si elle n'était plus agacée que je lui demandes des explication.
-Et après ?
-Commences déjà par ça. J'aviserais selon la suite.
Je la regardais, la tête de biais. Mais cette fois, elle était beaucoup moins calme et commençais à se renfrogner. Je laissais donc tomber mon t-shirt et m'assis en tailleur sur le rocher.
-Combien de temps vais-je devoir me concentrer sur ma respiration ? Dis-je en me hissant.
-Aussi longtemps que je le voudrais.
-C'est à dire ?
-Tu attendras que je te fasses signe.
Cette idée ne me plus pas. Elle avait, apparemment, la fâcheuse tendance à s'endormir lorsque rien ne se passait. Mais je n'avais pas le choix. Je m'exécutais donc. Assis, j'essayais d'écouter ma propre respiration, qui me parut d'abord très rapide, mais se calma rapidement. Il ne restait plus que le son de l'air entrant et sortant de mes poumons, Les oiseaux n'étant pas encore assez fous pour se lever si tôt et chanter. Je ne sentais toujours pas les rayons du soleil. Voulant m'assurer que l'aurore n'était toujours pas là, j'ouvris légèrement les yeux. Je ne vis pas de soleil, mais je ne vis pas non plus de chamane. Elle était partie.
-Ben c'est sympa, merci, dis-je à voix haute, histoire de la provoquer et de m'assurer de sa réel absence.
Rien ne bougea, elle m'avait vraiment laissé seul. Je me ré-concentrais donc sur l'exercice. Quitte à être seul, autant s'entraîner si c'est pour cela que je suis venu. Je refermais les yeux et me laissais aller. Tout était calme, trop même. Je n'en avais vraiment pas l'habitude, me concentrant toujours sur le moindre bruit. Lorsque je sentis le soleil poindre le bout de son nez, ses rayons commencèrent à me réchauffer. Je n'avais pas réalisé qu'il faisait froid. Jusqu'à ce que le premier rayon n'effleure ma peau. Je frissonnais. Je laissais donc le temps passer, alternant l'écoute de mon souffle, que je faisais varier entre puissant et doux mais aussi sentant les rayons solaire.
Le temps passa lentement, la tentation d'ouvrir les yeux et de retourner me glisser sous les couvertures était de plus en plus forte. Je songeais alors à Paul qui devait sans doute dormir, étendu sur les deux places. Je résistais cependant à l'envie de rentrer « chez moi » et continuais mon exercice. Tout à coup je réalisais que la respiration que j'entendais n'étais plus la mienne. En revanche, elle ne m'était pas étrangère pour autant et je la reconnus de suite. C'était Paul. J'arrivais à le sentir en me concentrant. Voilà qui pouvait être pratique si jamais une situation dangereuse devait surgir. Je me souvins alors des pendentifs. Il le touchait sans doute en dormant. J'avais presque oublié leurs effets. Je cherchais alors à sentir Jake. Son souffle me parvint immédiatement. J'ignorais pourquoi, mais je le sentais distinctement, presque contre ma peau. Je cherchais alors à savoir à quoi cela était dût. En me concentrant un peu plus, une image me parvint. Il rêvait de moi. L'image était simple, nous étions dans sa chambre, chacun assis sur nos lits et nous discutions. Je passais alors à Seth. Ce que je réussis dans les cinq minutes qui suivirent. Son souffle était fort calme et il ne rêvait pas, ou tout du moins, je n'en perçus aucun signe. Je m'amusais alors à aller et venir entre mon souffle et celui des membres de ma famille. Je jouais à ce petit jeu un petit temps. Jusqu'à ce qu'ils soient tous réveillé en fait, je ne voulais pas me faire repérer durant leur éveil. Je voulais voir si ils m'avaient sentis durant leur sommeil. Quitte à m'entraîner, autant faire des petites expériences.
Je supposais que le soleil était déjà haut, puisqu'il me brûlait désormais le dos. Le temps se mit à ralentir. Du moins, j'en eus l'impression, tellement je m'ennuyais. Alors qu'un dernier bâillement faillit avoir raison de moi, un craquement me parvint sur ma gauche. Par réflexe, je bondis du rocher et ouvris les yeux. Alors que je touchais le sol, je m'attendais à voir la chamane surgir, le poing serré, me hurlant que j'avais échoué dans l'exercice ou quelque chose du genre, mais je fus surpris de constater qu'il ne s'agissait pas d'elle. Celle qui s'approchait était beaucoup plus élégante, portant un simple jeans et un t-shirt à rayure blanche et noir. Ses cheveux couleur auburn étaient ramené en une queue de cheval dont une mèche rebelle s'échappait et retombait devant ses yeux. Je n'en croyais pas mes yeux.
-Lena ? Qu'est ce que tu fais ici ?
Demandant cela, je me rapprochais, les bras écartés comme pour appuyer ma question.
Elle s'y jeta et me serra fort contre elle, enfouissant son visage au creux de mon cou. Je refermais donc mes mains sur sa taille. Elle resta ainsi un instant qui me parut beaucoup trop court, puis se redressa, un sourire au lèvre.
-Je voulais voir comment tu allais depuis ta transformation et ...
Elle n'acheva pas sa phrase, ce qui ne m'échappa pas.
-Et quoi ?
-Tu me manquais, dit-elle en baissant les yeux, le rouge lui montant aux joues.
Les images de notre premières rencontres me revinrent alors en tête. Sa beauté, son élégance, sa grâce, sa gentillesse, notre premier baiser, mais surtout le fait qu'il s'agissait d'une succube me revinrent en mémoire. Le fait de revoir mes lèvres sur les siennes, de la sentir, ainsi blottie contre moi, je n'avais qu'une envie, l'embrasser de nouveau. À peine songeais-je à cette idée que déjà mes lèvres étaient collées aux siennes, l'embrassant tendrement, passant alternativement de l'une à l'autre. Je goûtais le parfum de framboise de ses lèvres. Lorsque finalement je relâchais mon emprise, je donnais un dernier dernier baiser, plus léger. C'était, en quelque sorte, ma signature. Elle soupira d'aise, mais sembla vite se reprendre.
-Non, on ne peut pas, je ne dois pas, dit-elle en mettant ses mains devant ses yeux tout en se reculant.
-Pourquoi ? Demandais-je simplement.
-Une succube ne peut pas avoir de relation avec un Nakarian.
-Un quoi ?
-Un Nakarian, c'est ainsi que se nomme ceux de ton espèce. Ton maître ne t'a rien dit à ce sujet ?
-Pas vraiment, elle m'a juste dit le stricte minimum. Elle n'est pas du genre loquace pour ce qui me concerne.
-Eh bien, pour faire simple, vous êtes un peu comme nos opposés. C'est pourquoi vous nous avez chassé de votre monde, il y a longtemps. Depuis, nos chefs n'ont eut de cesse, de vérifier que aucun des membres de notre races ne puissent vous fréquenter. Alors, si ils apprennent que l'on s'est embrassé, je n'ose imaginer leur réactions.
Elle avait piqué ma curiosité.
-Et quoi d'autre ?
-Rien, ils ne nous disent pas grand chose sur vous. Je ne sais même pas si ce que l'on sait est juste.
Elle ne pourrait donc pas vraiment m'aider dans ma recherche. Dommage, je l'espérais vraiment. Toutes les questions , ou tout du moins la majeure partie tombaient à l'eau.
-Au fait, comment m'as-tu retrouvé ?
-C'était très simple. Quand une succube embrasse un homme, elle laisse sur lui une trace qu'elle peut suivre pour le retrouver quand bon lui semble.
Elle laissa échapper un petit rire à la fin de sa phrase qui me fit fondre. Un silence s'installa. J'en profitais alors pour lui saisir la main, m'appuyer sur le rocher et l'attirée contre moi. Même si il n'y avait rien de bien important ou d'urgent à se dire sur le moment, j'étais certain qu'elle apprécierait ce contact. Je voulais juste profiter de sa présence, la sentir près de moi. Il est vrai qu'il était stupide d'en être attaché à ce point là après seulement deux rendez-vous, mais je ne saurais l'expliquer. C'est comme si je n'avais pas envie de la lâcher, comme si depuis longtemps je la connaissais et que je savais, que d'une façon ou d'une autre, tout ceci devait arriver. C'est comme si elle m'avait hypnotisé. Le simple fait d'y penser me prouva que j'étais totalement lucide. De temps à autre, je déposais un baiser délicat contre la peau douce de son cou. Nous étions bien, l'un contre l'autre, écoutant le cycle répétitifs mais mélodieux de nos respirations. Je ne sais combien de temps nous restâmes ainsi, mais il en est que je finis par sombrer dans le sommeil.
Lorsque je me réveillais, je tombais face à la vieille chamane qui m'observait de haut, les bras croisés. Je sursautais et baissais immédiatement le regard. Lena avait disparut.
-Tu es vraiment un incapable, je te donne une consigne simple et tu n'y parviens même pas. Je ne sais pas pourquoi je perds mon temps avec toi, j'ai bien d'autres choses plus importantes qu'un homme qui cours les jupons des démons. Tu ne mérite vraiment pas que l'on prenne soin de toi. J'ignore pourquoi ils t'ont sauvé ce fameux jours, tu ne leur sers strictement à rien
Elle tourna les talons et partit d'un air rageur. Elle avait donc vu Lena. C'était vraiment ma veine. Qu'allait-elle faire maintenant ? Tandis qu'elle partait, je remarquais qu'elle prenait avec elle le casse-croûte que Paul m'avait préparé. Je n'avais même pas pus y toucher. Je me relevais tout en me frottant le dos. Il était complètement endoloris. Que de pensées pleines d'amour elle avait à mon égard, ses paroles me faisaient mal. Alors que je regardais aux alentours, je constatais que la nuit était tombée. Mais je ne pouvais dire depuis combien de temps. Je me laissais alors retomber et réfléchis. Aujourd'hui, j'étais censé dormir chez Jake si l'on suivait le planning imposé ( qui n'avait pas totalement été respecté ). J'attendis quelque peu, histoire d'être complètement détendu et de ne plus avoir l'image de cette vieille chouette aigrie en tête. Une fois cette image disparue, ce qui pris un long moment, je me mis en marche, ne pensant pas un seul instant à me transformer en loup pour aller plus vite. J'avais besoin de prendre mon temps et de réfléchir. Alors que j'atteignais la moitié du chemin, une vive sensation familière de chaleur m'envahit et soudain, je sentis trois présences se trouvant à la fois autour de moi, mais également en moi. C'était mes amis. Sans doute étaient-ils inquiets et touchaient-ils leur pendentifs pour s'assurer que j'allais bien. J'essayais de me concentrer. Peut-être que je pouvais leur envoyer une image. J'essayais, plaçant ma main sur mon cœur, imaginant leur pendentifs réagissant à mon appel et leur donnant l'image de moi, rentrant chez Jake.
Je sentis alors la chaleur augmenter. Peut-être avaient-ils reçut mon message et s'étaient apaisé.
Je continuais alors ma route, gardant la main sur le cœur, ne voulant pas rompre ce lien que j'avais réussis à créer. Comme si le fait de laisser ma main les informais de ma position exacte.
Alors que j'arrivais à la lisière de la forêt, j'aperçus la maison de Jake, sans lumière. Peut-être n'était-ils pas arrivés avant moi. Peut-être même ne viendraient-ils pas. Cette dernière pensée me désola. Je franchis alors le seuil de la porte et pénétrait dans le salon. Ma mine devait être des plus maussades. Alors que je 'avançais, j'entendis des bruits de pas résonner rapidement sur le bois du porche. Je me retournais à moitier et vis mes amis dans l'embrasure de la porte, respirant difficilement. Sans doute avaient-ils courus jusqu'ici sans même penser à se transformer. Alors que je me retournais complètement, Seth quitta l'entrée et fonça se jeter dans mes bras. Je fus tellement saisis de sa réaction que je tombais à la renverse, atterrissant sur les coudes. Lorsqu'il redressa son visage et me regarda, je remarquais qu'il pleurait à grosse larme. Jake et Paul s'approchèrent plus lentement et m'aidèrent à me relever. À peine fus-je debout que je n'eus pas le temps de récupérer ma main, déjà je me trouvais dans leurs bras. Eux aussi pleuraient. Ils se retenaient, ça je le sentait à leurs soubresauts, mais leur larmes s'échouaient sur mes épaules. Je ne savais comment réagir. Pourquoi étaient-ils dans cet état ? Lorsqu'ils me relâchèrent, je me reculais tandis qu'ils essuyaient leur larmes.
-Qu'est ce qu'il y a ? demandais-je , c'est parce que j'ai disparu longtemps sans donner de nouvelles ?
Ils secouèrent tous les trois la tête, mais aucun ne prononça un mot. J'insistais.
-Alors quoi ? Qu'est ce qu'ils vous arrivent ?
Ce fut Seth qui répondit, mais sa question me déconcerta.
-Tu as vraiment été possédé ?
Je me dressais. Il avait bien dit posséder ?
-Comment-ça posséder ?
Ravalant une grosse larme et luttant contre toutes celles qui voulaient sortir, il parvint tout de même à articuler.
-La chamane nous a dit qu'elle t'avait retrouvée, avec un démon et que celui ci te contrôlais. Que lorsqu'elle est arrivée, tu t'es retourné avec des yeux de démon et tu lui aurais lancé à la figure le sachet de Paul. Tu l'aurais insultée et menacée. Elle nous a raconté toute les menaces que tu as proféré à l'encontre du clan.
À ces mots, je dirigeais mon regard vers l'intéressé qui sortit de la poche de sa veste mon déjeuner. Mon regard se posa alors de nouveau sur Seth pour qu'il continue son récit.
-Après ça, tu aurais disparus dans un grand nuage de fumé avec le démon.
Il n'en pouvait plus. À nouveau, les larmes parvinrent à se frayer un chemin et s'écoulaient telles deux rivières. Je le pris alors dans mes bras tout en lui caressant les cheveux.
-Ce n'est jamais arrivé, jamais je n'ai été possédé par un démon et jamais je ne vous quitterais ou vous ferais le moindre mal.
Je parlais tout bas, comme pour rassurer un pauvre petit enfant qui viendrait de faire un cauchemar. Je tournais ensuite mon regard vers Jake et Paul. Ils ne disaient rien, ne pleuraient plus, mais leur tristesses était encore visible sur leurs traits. Ils voyaient bien qu'au timbre de ma voix, je ne mentais pas. Lorsque Seth fut rassuré et eut ré-avalé sa dernière larme, je le relâchais et me dirigeais vers Paul. Je lui pris des mains le sachet. Il me regarda faire, sans rien dire. Ce ne fut pas le cas de Jake qui pesta à voix haute en direction du plafond.
-Espèce de Vieille harpie, pourquoi tu nous as raconté ça ? Qu'est ce qu'il te prend ? C'est nous séparer que tu veux ? Jamais tu n'y arriveras...
Ses derniers mots résonnèrent dans ma tête, trouvant toujours un écho. Je sentis les larmes me monter aux yeux. Ce n'était pas le fait que je puisse être devenus un démon qui les avaient rendus si triste, mais l'idée que jamais plus ils ne pourraient me revoir. C'en était trop, les larmes se mirent à couler, discrètement. Heureusement qu'il faisait noir dans la maison, ils ne me virent pas pleurer.
Paul semblait encore sous le choc. Physiquement, il était celui qui m'était le plus proche. Sans doute la nouvelle l'avait fortement affecté. Non, tous l'étaient, à une manière différente. Une pensée parvint cependant à s'immiscer dans mon esprit. Sans doute, la prochaine fois où je dormirais chez Paul, celui-ci serait encore plus proche à cause du choc, pour se rassurer de ma présence. Personnellement, je serais à sa place, c'est ainsi que je réagirais. Après un long moment de silence où nous nous regardions à tour de rôle, Jake prit finalement la parole.
-Demain, on se retrouve tout les quatre chez Sam et on lui explique la situation, d'accord ?
Paul et Seth approuvèrent immédiatement, je les suivis.
-Bien, maintenant, je pense qu'il est temps qu'on aille tous dormir. On se voit demain.
Paul et Seth me firent une dernière accolade et puis quittèrent la maison en nous souhaitant la bonne nuit. Jake et moi-même nous dirigeâmes vers la chambre tout en nous mettant en boxer. Tandis que je m'asseyais sur mon lit, Jake parla.
-Euh, logan ?
-Oui ?
-Dis moi, je...enfin c'était pour savoir si...
Il n'arrivait pas à faire sortir ce qu'il pensait. Je l'encourageais donc en lui redemandant .
-Oui ?
-Je voulais savoir si pour cette nuit, tu ne voulais pas dormir avec moi ?
J'entre-ouvris la bouche, je ne m'attendais pas à ça. Voyant ma réaction, il se justifia.
-C'est juste pour pouvoir m'endormir tout en étant certain que tu es bien vivant et toujours le même. Enfin je veux juste dire que...
Je l'interrompis en bondissant de mon lit et en le collant contre le sien, ce qui dessina sur son visage un léger sourire gêné.
-Tu n'as pas besoin de te justifier. Nous sommes de la même famille d'âmes, c'est normal. Et puis, je dors ainsi avec Paul depuis assez longtemps maintenant.
Il sembla être rassuré. J'ajoutais cependant :
-Et puis, ce n'est pas la première fois où je dormirais avec toi.
Il sembla se souvenir et s'allongea. Je me glissais à mon tour sous les draps. J'avais tant attendus de les sentir que je crus que le sommeil allait m'emporter avant même que je puisse bien me placer. Je m'allongeais alors sur le dos, et sentis la main de Jake se poser simplement sur mon torse. Lorsque le contact fut fait, il me souhaita la bonne nuit. Lui aussi était sur le dos. Ce ne devait vraiment pas être confortable. Une fois qu'il fut endormis, ou tout du moins que j'en eus l'impression, je pliais son bras sur son torse, et posais ma main sur son avant bras, tout en apposant mon front sur son épaule. C'était bien sûr plus confortable pour lui et pour moi. Son contact était fort différent de celui de Paul. Il était plus doux que Paul, mais un peu plus chaud. Encore une nuit où j'allais éjecter les couvertures? En revanche, j'aimais leur contact à tout deux. Tout les deux me rassuraient. Cependant, là où il fallait un contacte important avec Paul, un effleurement léger suffisait avec Jake.
Alors que je regardais son torse se soulever lentement puis s'abaisser, j'écoutais son souffle. En fait moi aussi je m'étais inquiété, pas autant qu'eux bien entendu, mais j'avais peur qu'ils ne se soient fait du tort, de crainte qu'il me soit arrivé malheurs. Je me disais que je leur raconterai ce qu'il s'est passé avec Lena le lendemain. C'est ainsi que je sombrais dans le sommeil, bercé et rassuré par la respiration rythmée et lente de Jake. Jamais je ne pourrais abandonner ma famille d'âmes, jamais. Je les aimais bien trop pour cela.
