11- La voiture s'engagea sur le sentier et roula sur une centaine de mètres avant de s'immobiliser devant un petit chalet.

Charles fut le premier à descendre, et sans plus de cérémonie se dirigea vers la demeure obligeant son épouse à le suivre.

A croire qu'il guettaient leur arrivée, à peine le couple s'était il immobilisé que la porte s'ouvrait. Daniel se trouvait sur le pas de la porte, il s'effaça pour les laisser rentrer.

Ce chalet différait de la résidence principale, ici tout était de dimensions plus humaines et l'atmosphère y était douillette, et déjà Daniel s'éloignait dans l'allée, il se dirigeait vers le manoir.

Adriana se sentait perdue, où était elle ? Et que se passait il ? Jamais Charles n'avait agi envers elle de la sorte. Et ce mutisme chargé de rancœur.

Mais Adriana n'eut pas l'occasion d'approfondir ses réflexions, sur le pas de ce qu'elle supposa être le salon se tenait Délia.

- « tu es revenu. »

- « toi aussi. »

- « il fallait bien que quelqu'un s'occupe des enfants. Leur père n'en a pas le temps (Après une brève hésitation) … vous avez retrouvé Joy ? »

- « nous sommes sur une piste. »

- « pourquoi est elle là, elle ? »

- « par précaution….. (Charles sembla se faire violence)…..Edouard, c'est Edouard qui a vendu Joy et ses enfants, il est responsable de l'enlèvement de Winch et des autres également. »

- « calomnies, tout n'est que calomnies. Mon fils ne fera jamais ça. »

- « il l'a fait, je l'ai parfaitement entendu négocier ce que lui rapporterait la mort de sa sœur et sa nièce. »

La nouvelle jeta un froid sur l'assemblée. Adriana paraissait anéantie. Son fils, cet enfant pour qui elle avait tout sacrifié était capable de cela. Vendre sa propre famille. Elle vacilla, se rattrapant comme elle le pouvait à la rampe de l'escalier.

Délia fut saisie de pitié, elle n'éprouvait aucune sympathie pour cette belle-sœur capable de se détourner de sa chair et de son sang, elle venait de perdre son unique raison de vivre.

Doucement, elle la guida vers le salon où elle attendait l'arrivée de John ou Michel. Sur le sol jouaient deux petites filles. Elles levèrent un regard curieux vers la nouvelle arrivante avant de s'en désintéresser pour retourner à leur monde imaginaire.

En l'espace de deux heures l'atmosphère au sein de la résidence avait changé, la tension avait monté d'un cran et les hommes semblaient aux aguets.

A la tour la tension aussi était à son comble, depuis les premières heures de la matinée la presse campait au pied de la tour, tous les moyens lui étaient bons pour pouvoir interviewer quelqu'un appartenant au conseil, malheureusement même Cardignac qui habituellement ne se faisait pas prier pour pérorer devant la presse gardait le silence, il n'avait presque pas dormi de la nuit, à l'exception d'un bref répit qu'il s'était accordé en revenant du manoir de Walken Security, il n'avait cessé de travailler, il faisait jour dans une partie de l'Europe et de l'Asie or le groupe y possédait des intérêts.

Depuis la mort de Mayura, Michel avait cessé de s'intéresser aux femmes, elles faisaient d'agréables compagnes mais ils les choisissaient avec attention à présent. Comme lui, elles étaient carriéristes et le mariage n'était pas leur préoccupation première ou cette idiotie appelée l'amour.

Son affection, il la réservait à sa famille à présent, Délia sa mère, Joy sa sœur de cœur ou encore à Nathalie sa nièce et à ces deux nouveaux neveu et nièce, Dietrich et Ava connu à présent sous le nom de Daniel et Azmaria.

Il avait trente sept ans, aujourd'hui était le jour de son anniversaire, habituellement il se rendait à Paris pour passer la journée en compagnie de sa mère la seule femme à qui il pouvait montrer ses sentiments, car son affection pour Joy et leurs liens devaient demeurer secrets.

- « huit heures, c'est l'heure du conseil. Pour une fois il commencera à l'heure. »

Michel s'empara du dossier frappé d'un immense W en son centre et se dirigea vers la sortie, dehors l'attendaient les deux autres membres du trio infernal, Alicia et Waldo.

- « bon anniversaire Michel. Alors quel effet ça fait de vieillir. »

- « tu sais t'y prendre pour me remonter le moral Waldo. »

- « sans blague, comment vas-tu ? »

- « pose moi la question quand ils ramèneront cet idiot de Winch et Joy. »

- « bon anniversaire Michel. »

- « merci Alicia. Allons y, tous ces débordements m'agacent. »

Mais aucun des trois ne fut dupe. Michel semblait ému par cette attention, les épreuves de chacun les avaient changés, mais le changement le plus radical fut sans aucun doute celui de Michel.

John sortait de son bureau en entendant des pas, il se tourna pour voir qui arrivait.

- « c'est vous Michel. Permettez moi de vous souhaiter un joyeux anniversaire. »

- « je vous remercie John. »

- « cessez donc de vous inquiéter, et pensez à vous reposer un peu. »

- « plus tard. Ce conseil est valable pour vous aussi, n'oubliez pas que vous êtes cardiaque et que vous revenez d'un long voyage. Nous serions navré de perdre notre PDG par inétrim. »

- « Vraiment Michel ! »

- « voyons John pour qui me prenez vous ?»

- « pour ce que vous êtes, un requin. »

Les deux hommes arboraient un drôle de sourire en se lançant ses piques. Ils furent en vue de la salle du conseil, tous les membres étaient là à l'exception de Largo et de Walker le traître. La réunion commença sans tarder, et se déroula le plus calmement du monde, il y eut des prises de positions, des accords et des désaccords comme dans chaque réunion mais en définitif toutes les décisions à prendre furent prises.

C'était la première réunion de la journée, la seconde était prévue en fin d'après midi aux alentour de 18h.

Le temps avançait lentement, surtout pour ceux qui attendaient dans l'incertitude la plus totale.

Largo baignait dans la plus totale confusion. Joy et son père ? Comment est ce possible, John n'en avait jamais rien dit, pourtant depuis trois ans ils s'étaient rapprochés et il avait développé pour le vieil irlandais une sincère affection…. Mais avant de poursuivre dans son délire Largo se reprit, ce n'était pas le moment de se laisser emporter par les doutes et les extrapolations. Pour une fois, il allait attendre et ne pas sauter aux conclusions hâtives.

- « j'attendrai…..pour toi Joy, je ne suis qu'un idiot n'est ce pas. Cardignac le dit souvent, il a peut être raison, ma place n'est peut être pas à la tête du groupe W. »

- pas vrai, tu es bon chef….bon…sens des affaires…trop rigoriste….pas blanc…ou….noir…dégradé. »

Il avait cru qu'elle avait sombré dans l'inconscience à nouveau, mais non elle parlait, sa voix était hachée et ténue, il devait tendre l'oreille pour l'entendre.

Depuis l'arrivée des otages la caméra n'avait cessé de tourner, les épiant à tous les instant ne leur laissant aucun répit ou intimité, elle avait gêné les deux jeunes femmes pendant un moment car ce sentiment d'être guetté comme une proie était nouveau pour eux mais pas pour les autres qui avait pris l'habitude de par leur passé dans des corps d'armée, Largo lui avait été trop pris par ses propres démon pour tenter quoi que ce soit. Depuis leur enlèvement aucun des présents n'avait eu l'occasion de voir surgir le Largo casse-cou qui ne réfléchissait jamais avant d'agir, celui qu'ils avaient devant eux semblait retiré dans un monde intérieur dont rien ne semblait vouloir le sortir.

- « Monsieur, regardez, elle lui parle. »

L'homme se redressa et se prit à fixer l'écran, en effet Joy parlait et ses yeux étaient ouverts.

- « nous allons pouvoir, passer aux choses sérieuses. Astrid, Ashley accompagnez moi.»

Les deux jeunes femmes emboîtent le pas à Paul Mauriac et sur le pas de la porte deux autres se joignent à la procession.

- « j'avais pas fait attention. »

- « de quoi tu parles Ramsey. »

Ce dernier ne dit rien mais d'un geste de la main, lui montre le plafond où pendait deux crochets.

Paul avançait d'un pas vif à travers les dédales de couloirs composant l'immense bâtiment, à travers les immenses baies vitrées il pouvait voir la neige qui recouvrait les immenses étendues entourant le bâtiment principal.

Ici aucun bruit ne venait perturber le calme ambiant, pourtant derrières certaines portes closes le bruit régnait en maître, musique, chant et bruit de machines à sous.

Ce monde était son univers, celui où il avait grandi. Il avait débuté en truquant des jeux de cartes dans la rue avant de grandir et de devenir coursier pour un petit caïd de Chicago, auprès de lui il apprit les ficelles du métier avant de quitter quelques heures seulement avant une descente de police.

Il continua de vivre de petits larcins, jusqu'au jour où il se fit prendre par l'un des recruteurs de la commission, l'homme sembla apprécier son stoïcisme face à la raclée que lui administrèrent les autres parieurs lorsqu'il leur prouva qu'il truquait le jeu. Mais à la suite du passage à tabac, il le prit avec lui et le forma, à présent il était à la tête d'une chaîne de casino répartie un peu partout à travers le monde, il en devait une grande partie à son mentor qui avait fait de lui son héritier.

Un souffle glacé tira Mauriac de ses réflexions et attira l'attention de tous, les portes coulissantes se refermaient déjà sur Edouard Arden.

- « me voici. Mais nous allons devoir faire vite, je pense que Charles Arden a des doutes. »

- « pourquoi êtes vous venus alors. Vous allez les mener droit à nous. »

- « Ashley gardez votre calme. »

- « bien Monsieur. »

Sèchement rappelée à l'ordre, celle-ci serra violemment les poings, avant de les relâcher à nouveau.

- « nous allions commencer sans toi. »

- « j'en aurait été très désappointé. »

Le ton des deux hommes était lourd d'ironie, aucune des personnes présentes ne ressentait d'affection particulière envers les prisonniers.

Charles était reparti en direction du manoir qui bruissait d'activité comme une ruche. Des caisses s'empilaient dans le couloir, chargées d'armes et de matériel de surveillance elles attendaient d'être chargées à bord des véhicules, dans le jardin un hélicoptère attendait son heure pour décoller.

- « Charles, Nous partons dans une heure. »

- « que fais tu là Michael ? »

- « je viens aussi. »

- « sais tu seulement comment on utilise une arme. »

La célérité avec laquelle Michel chargea son arme et la braqua en direction de son oncle, fut une réponse éloquente, l'homme n'était pas novice dans le maniement des armes. Il n'éprouvait d'ailleurs aucun mal à pointer une arme sur un humain.

- « ne vous inquiétez pas Charles, je ne tue pas d'humains tous les jours mais je n'éprouve aucune difficulté à le faire. »

- « tout le monde est là, bien. Aquarius et Gemini sont les meilleures équipes, ce sont elles qui viendront sur le terrain avec nous. Chaque équipe est formée de douze agents en nous comptant cela fait vingt huit. Adachi nous guidera. »

- « on dirait que vous m'oubliiez. »

- « moi aussi. »

- « il n'y a pas de place pour vous. »

- « vous semblez oublier à qui vous parlez. »

- « il a raison, Largo est un frère pour moi et Joy une amie. »

- « vous ne venez pas sur le terrain avec nous. Vous n'avez jamais travaillé avec ces équipes. »

- « je commencerais aujourd'hui….alors ? »

- « vous partez pour Atlantic city, la position est confirmée, le satellite finit de se placer et je vous transmettrai les plans et tout ce dont vous avez besoin. »

- « allons-y. »

- « mieux encore, Michel, Simon, Monsieur Arden et moi formerons une équipe. »

- « voilà qui est parfait Kerenski, mais tu pourras les diriger ? »

- « Michel et moi avons déjà travaillé ensemble, idem pour Simon et moi. Charles lui m'a fait la chasse un jour…

Simon coula un regard de biais au Français qui se tenait debout près de lui. Etait ce vraiment ce même Français braillard que Largo se plaisait à ridiculiser lors de chaque conseil.

Michel, lui était indifférent au regard scrutateur du Suisse. Il jeta un œil à l'horloge murale avant de pousser un profond soupir, avec le temps qu'il faisait ils en avaient pour trois heures avant de parvenir à Atlantic city et ils ignoraient tout de ce qui les attendait là bas.

Dans le même temps, à New York les Van Diep au grand complet attendait des nouvelles de Marlene qui accouchait, de temps à autre un hurlement de douleurs filtrait des portes.

- « pourquoi est ce qu'ils tardent autant ? Alester va voir je t'en prie.»

- « calme toi, tout se passe bien. Si quoi que ce soit était arrivé nous l'aurions su. »

- « oui mais…

- « il n'y a pas de mais, nous devons attendre. »

- « et quand elle ira bien, on se rendra à Londres pour le baptême de son bébé. »

- « tout ce que tu voudras. »

Dans un coin Pierce attendait plongé dans ses pensées, avant de partir ses parents avaient été fermes sur le sujet, Paola ne devait rien savoir à propos de Largo et de ses liens avec eux.

Mais ses réflexions étaient chaotiques, il avait toujours connu l'existence de ce frère et connu aussi l'affection que lui avait porté sa mère mais cette résurrection ne lui plaisait guère, il se sentait menacé par ce frère sorti de nulle part et qui déjà prenait toute la place dans les pensée de leur mère. Trop de sentiments violents, jalousie envers un frère aîné, dégoût pour avoir failli être un fratricide. Tout se mélangeait dans sa tête.