J'aurai voulu poster plus tôt, mais mon état était proche de celui de Malefoy dans ce onzième chapitre!
Ne me jugez pas trop sévèrement, merci :)
J'oublie toujours de préciser la date de sortie du prochain chapitre alors voilà : probablement dans une ou deux semaines...
CHAPITRE 11 : TROU DE MÉMOIRE
« Mais c'est pas vrai ! Qu'est-ce qu'il fout là celui-la ? »
Plein d'amertume, Hagrid regardait, impuissant, le massacre commis dans la nuit. Son potager était dévasté. L'identité du coupable ne serait pas difficile à trouver, puisqu'il était encore présent sur les lieux du crime : une courgette en guise d'oreiller et les godasses dans les citrouilles, Malefoy semblait à son aise. Hagrid le maudit intérieurement – l'exercice lui était familier, et avait souvent eu le blondinet pour cible. Hier encore, le professeur avait conversé avec la courgette que Malefoy avait choisie pour oreiller. Pomona prétendait que parler aux fruits et aux légumes aidait à leur bon développement.
« Oh ! Debout ! » hurla-t-il aux oreilles de Malefoy, mais celui-ci ne bougea pas d'un pouce. Alors, Hagrid le hissa sur son dos – comme un vulgaire sac à patates. Il le rapatria à l'intérieur, avec un forte envie de lui aligner une claque ou deux. Il déposa l'encombrant paquet sur le banc au- dessous duquel il entreposait ses stères de bois, ( un banc que Ron connaissait bien pour y avoir été assis des heures à y recracher des limaces).
Pomona fit alors une entrée théâtrale à souhait, les mains successivement tendues vers le ciel ou sur le haut du crâne... Et à nouveau en l'air, sur le crâne, etc, etc. Sa bouche articulait sans qu'un son en sortît. On aurait dit un poisson hors de l'eau, mais doté de bras à la place des nageoires. Finalement, après avoir repris son souffle, elle questionna Hagrid :
« Que s'est-il passé ? Un sanglier ?
- Oh non ! Bien pire ! répondit Hagrid en pointant Drago du doigt. Un mufle : ce mufle ! »
Apparemment en proie à un cauchemar, Malefoy s'agita soudain sur le lit de camp improvisé. Ses gesticulations le projettèrent à terre et, une fois étalé au sol, il continua de gigoter, mais sans pour autant se réveiller. Quand il se retourna sur le dos, son visage tuméfié s'exposa aux yeux éberlués de ses professeurs. Les couches du fond de teint appliqué la veille avaient dégouliné sur la courgette (qui avait fait office d'oreiller). Plus rien ne masquait son vilain bleu. Pomona prit peur :
« C'est toi qui l'as amoché comme ça ? Tu ne te rends pas compte ! Frapper un élève...il va y avoir des conséquences...
- Mais non, je ne le découvre que maintenant, tout comme toi ! J'aurais bien voulu lui donner une bonne gifle, mais quelqu'un s'en est chargé à ma place !
- Ouf... Vu l'hématome, c'était plus qu'une simple gifle. Celui qui lui a asséné le coup n'y est pas allé de main morte !
- Oui, commenta Hagrid, il est tombé sur un bon cogneur ! »
Observant encore quelques minutes le jeune homme gisant au sol, il ne leur vint en tête que des adjectifs peu reluisants pour décrire le spectacle. Hagrid alla s'asseoir et fut rejoint rapidement par Pomona...qui s'était davantage attardée sur le bleu. Assis l'un face à l'autre, ils n'eurent pas besoin de mots pour éliminer l'option qui aurait été d'en référer au directeur. Le mettre au courant leur attirerait à tous des ennuis. Ils devaient plutôt impliquer une personne de confiance, quelqu'un qui n'irait pas rapporter l'affaire à la première occasion. La grande absente de ce rendez-vous au sommet, – à la fois au courant de leur manigances et une personne fiable, – c'était Hermione. C'est donc sans surprise que Pomona proposa :
« Hermione déjeunait quand j'ai quitté la Grande Salle. Elle doit bientôt avoir fini. Je peux essayer de l'intercepter à sa sortie !
- D'accord, je te fais confiance, ma Pomme. Ramène-la au plus vite !
- J'espère qu'elle sera en mesure de nous dire ce qui s'est passé !
- Oh, que oui ! Peut-être même que c'est elle...
- Tu ne crois quand même pas que c'est elle qui l'a frappé ?
- Je m'attends à tout avec ces deux-là! Ça c'est déjà produit une fois. Alors, pourquoi pas deux ? File, tu risques de la manquer ! »
Sa curiosité éveillée par les dires d'Hagrid, Pomona partit sur les chapeaux de roue. « Quand ? Où ? Pourquoi ? Je veux savoir ! » se dit-elle. Elle interrogerait habilement Hermione pour apprendre dans quelles circonstances celle-ci aurait bien pu cogner Malefoy. Cette envie soudaine de découvrir des faits ignorés par beaucoup de monde lui donnait des ailes. Elle effectua le trajet en un temps record, sans se soucier de ses varices douloureuses. Poudlard et ses mystères lui donnaient une seconde jeunesse, presque autant que l'amour que lui portait Hagrid.
Demeuré seul avec Malefoy, Hagrid tenta de le tirer de son sommeil. Le jeune Serpentard devait encore être sujet à un mauvais rêve. Ses bras brassaient l'air à une vitesse folle, comme s'il essayait de chasser des moustiques. Pourtant Hagrid ne prit pas assez ses précautions et ce fut lui le premier moustique que Malefoy atteignit. Il s'était accroupi trop près. Le poing gauche du garçon s'était abattu sur son nez. Le sang ne tarda pas à couler. Ce fut ce moment que Malefoy, non sans difficulté, choisit pour émerger de son sommeil de plomb. Les yeux à demi-clos, il ne comprenait rien à ce qui se passait :
« Hagrid ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Qu'est-ce que...aïe, mon crâne ! geignit-il.
- Toi, Malefoy ! C'est TOI qui est arrivé !
- Hein ? De quoi ? Je...aïe ! ma mâchoire ! se plaignit encore Malefoy en palpant précautionneusement son menton.
- Oh ! Arrête de pleurnicher et trouve-moi un mouchoir ! » ordonna Hagrid.
Malefoy eut la jugeote de partir derechef à la recherche d'un mouchoir sans opposer aucune résistance à Hagrid. Il fallait faire vite ! Le sang se répandait dans les méandres de la barbe d'Hagrid. Il ne tarderait pas à redécorer le tapis. « Vite, vite...tapis...Pomona ! » hurla Hagrid.
De son côté, Pomona avait accompli sa mission et accosté Hermione à sa sortie de la Grande Salle. La jeune fille venait de prendre un bon petit déjeuner, et voir son professeur embusqué pour l'attraper était ce à quoi elle s'attendait le moins. Pomona lui avait discrètement tapoté l'épaule et, une fois son attention captée, elle l'avait invitée d'un mouvement de tête à la suivre vers la sortie. Hermione, une fois l'effet de surprise passé, emboîta le pas à son professeur. Le temps du trajet, les milliers de questions qui foisonnaient dans la tête de Pomona restèrent en suspens. Elle était maintenant pétrifiée à l'idée d'accéder à des informations qu'elle ferait peut-être mieux de ne pas connaître. Lorsque la curiosité reprit le pas sur l'angoisse, il était trop tard. Elles franchissaient déjà le seuil.
Peut-être auraient-elles mieux fait de frapper avant d'entrer ! Stupéfaites, elles regardaient Malefoy, torse nu, en train de nettoyer des dégoulinures rougeâtres à l'aide de sa...chemise ! Il épongeait délicatement mais méthodiquement le sang qui couvrait le torse d'Hagrid. Le rôle de Malefoy était d'endiguer les épanchements au niveau du ventre d'Hagrid afin que le précieux tapis offert pas Pomona ne soit pas tâché. Hagrid bombait le torse, certainement pour faciliter le boulot de Malefoy, mais cela donnait juste l'impression qu'il offrait sa poitrine au jeune homme. Pomona ne fut pas loin d'en tomber à la renverse.
Les moyens du bord avaient marché un temps, mais la chemise autrefois blanche de Malefoy ne ferait plus longtemps l'affaire. Hermione contemplait les muscles saillants et les tablettes de chocolat dessinées sur le ventre de Malefoy. Un scanner dernière génération n'aurait pas fait un travail aussi minutieux qu'Hermione, qui grava chaque détail de cette musculature de rêve dans son esprit ! Sans jamais le regarder dans les yeux, elle lui proposa d'un ton peu assuré :
« J'ai un mouchoir si tu veux ! Tiens !
- Ça ne suffira pas ! Passe ta chemise plutôt !
- Non mais ! Ça va pas ! s'offusqua-t-elle.
- Bah quoi ? Il faut donner du sien pour sauver le tapis ! S'agit pas de faire la pudique et de faire les choses qu'à moitié ! »
Hermione suivit son conseil et y alla franco. Au lieu de sa chemise, elle lui mit une bonne claque. Drago se rendit soudainement compte du caractère particulier qu'on pouvait donner à cette scène et dans quelle mesure ses propos étaient déplacés. Il s'écarta immédiatement d'Hagrid et jeta sa chemise ensanglantée au sol. Quand le vêtement tomba sur le tapis, Hagrid entra dans une colère noire :
« Tu massacres mon jardin, ma maison...mais qu'est-ce qui va pas chez toi, bon sang !
- C'est le cas de le dire : " bon sang " ! répliqua Malefoy, tout heureux de son jeu de mots.
- Dans deux minutes, tu pisseras le sang autant que moi, espèce de petit vau...
Hagrid n'était visiblement pas sensible à l'humour de Malefoy. « Au diable les conséquences ! » se dit-il prêt à se vautrer sur celui qui faisait de sa journée un enfer. Il regrettait l'époque des punitions sévères mais justes. Il n'avait par exemple jamais cautionné les supplices infligés par Ombrage. Les châtiments corporels n'étaient pas sa tasse de thé, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Les petites balades nocturnes dans la Forêt Interdite lui manquaient cruellement. Heureusement pour Malefoy, son professeur de botanique reprit les rennes avant qu'Hagrid ne le saisisse à la gorge :
« Hagrid et Hermione, dans vos coins ! Malefoy, sur ton banc, et jusqu'à ce qu'on te sonne, tais-toi, sinon tu finis K.O. au troisième round ! » expliqua-t-elle le poing levé.
Pomona attendit qu'Hagrid se calme et lui demanda de raconter, sans omettre aucun détail, ce qu'il savait de l'histoire. Son récit dura une bonne heure. D'une part parce qu'il s'interrompait toutes les trentes secondes pour éponger son nez avec le fameux mouchoir d'Hermione. D'autre part, parce qu'il ponctuait ses phrases de grossièretés. Son auditoire tenait le choc, mais Pomona fut ravie de passer au témoignage d'Hermione – un propos beaucoup plus concis, bien que beaucoup plus évasif... La jeune fille raconta dans les grandes lignes son entrevue de la veille avec Malefoy. Pourtant, ses joues se teintèrent progressivement de rouge sous les regards accusateurs de ses professeurs.
« On a le début et la fin. Reste le milieu ! Malefoy, à toi la parole ! »
Malefoy essaya de se remémorer ses exploits. Malgré son esprit encore embrumé, il eut un déclic ! Aux alentours de minuit et demi, il était venu tout écrabouiller avec ses lourds sabots. L'idée d'aller se coucher lui était vite passée. Il avait rebroussé chemin jugeant qu'un bol d'air frais lui ferait le plus grand bien. Arrivé face au potager d'Hagrid, il n'avait aucun souvenir du trajet effectué, et aucune idée non plus de la raison de sa présence en cet endroit. Dans un accès de rage, ou de folie, il s'en était pris aux pauvres fruits et légumes. En un quart d'heure, il avait tout saccagé à coups de pied. Il avait crié comme un sauvage : « Pas de quartier pour la saleté ! Pas de pitié pour le souper ! » ou bien : « cinq fruits et légumes éclatés : une santé d'acier ! ».
Une brillante idée lui vint alors afin de ne pas gaspiller sa salive. Si sa réponse ne plaisait pas, tant pis :
« Je... je ne me souviens pas...trou de mémoire... »
En espérant que ce chapitre vous aura convenu.
A votre on cœur Mesdames, Messieurs, pour le petit commentaire. Et, merci à ceux qui en ont déjà laissé, ils me font très plaisir :)
Elmerlelephant
