Bonjour,

Merci à tous de votre patience, et désolée de vous avoir fait attendre. Mais ça y est, mes examens sont finis et je peux donc retrouver avec plaisir ma fic (et vous tous !). Je vous publie donc sans plus attendre le chapitre 11 de « Fallen angels », en espérant qu'il vous plaise (bien qu'une fois de plus l'action n'avance pas à grands pas).

Désolée si j'ai laissé échapper quelques fautes, je l'ai rédigé d'une traite et l'ai relu vite fait pour vous le poster rapidement …

J'en profite au passage pour remercier une fois de plus tous ceux qui me suivent avec attention sur cette fic (et même les nouveaux qui débarquent !) :: merci à tous des mots adorables que vous me laissez, et désolée de ne pas pouvoir répondre à tous (les anonymes), mais le cœur y est, sincèrement.

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi.

Rating : K (Et oui, sorry, pas de petit lemon bien sucré pour cette fois-ci).

Bonne lecture, et à très bientôt !


Fallen angels

Chapitre 11 : I would be always there, as I always was

Attendre que le matin se lève, presque avec impatience.

Attendre qu'un nouveau jour s'offre à nous, presque avec déraison.

Attendre qu'il me prenne dans ses bras pour que tout recommence, presque avec indécence.

Attendre que la vie m'accueille. Presque avec envie.

Le murmure de Draco suffit à tirer Harry du sommeil dans lequel il s'était plongé avec bien-être et abandon, pour la deuxième fois seulement depuis son retour à Poudlard. Ouvrant à demi les yeux, le brun eut d'abord du mal à distinguer son compagnon. Il faisait nuit noire, la chambre était encore plongée dans la pénombre.

« Harry ? » souffla de nouveau le blond.

Le Survivant hocha la tête, et se blottit tout contre le torse nu de son amant.

« Oui Draco ? » Il étouffa un bâillement, et reprit dans un sourire : « Tu veux recommencer, c'est ça ? Tu n'as pas sommeil ? »

Le blond l'embrassa tendrement sur le front et le prit dans ses bras. Après être resté un moment à l'étreindre doucement, il relâcha sa pression et dit :

« Non, ce n'est pas ça. » Il eut un sourire fugace en ajoutant : « Je préfèrerais que ce soit ça. » Il se releva, s'asseyant sur le lit qui grinça légèrement, s'attirant un regard étonné de son compagnon. « Il faut que tu rentres dans ton dortoir, Harry. »

« Quoi ? Maintenant ? » Harry n'était plus du tout d'humeur câline. Il était à présent étreint d'une sourde angoisse à l'idée de devoir partir et se retrouver seul sans Draco.

« Oui, maintenant. Justement. » reprit un peu sèchement Malefoy. Il regretta aussitôt son attitude et se radoucit quand il continua : « Pardon … Je ne voulais pas te parler comme ça. J'ai juste … peur que tu me manques trop et que … » Il soupira, puis prit sur lui pour arriver à conclure : « … que je ne tienne pas sans toi. »

Le Survivant s'assit sur le lit et s'exclama :

« Moi aussi, tu sais ! C'est vraiment de ça dont j'ai peur … Je n'envisage pas ma vie sans toi, même une seule seconde ! »

Le Serpentard fut stupéfait de la franchise de l'autre. Alors qu'il lui en coûtait presque d'avouer ses sentiments à Harry, bien qu'il sache que le brun les accueillerait bien, Harry, lui, n'hésitait pas à dire avec honnêteté et sincérité ce qu'il avait sur le cœur, sans être pourtant sûr que son compagnon le recevrait à bras ouverts.

Décidemment, Harry Potter ne cesserait jamais d'étonner Draco Malefoy. Mais il n'était pas dit que l'inverse était impossible après tout … Il faudrait peut-être plus de temps, c'est tout.

Caressant la joue de son compagnon, Draco murmura alors d'un ton doux, et un peu las :

« Ne t'en fais pas, je ne te laisserais pas. Mais là, tu dois retourner dans ton dortoir. Si tes amis se rendent compte de ta disparition au petit matin, ça risque de faire du tapage … » Il grimaça un peu, et ajouta en fronçant le nez, comme s'il visualisait déjà le tableau : « Et franchement, je n'ai pas envie de voir débarquer les Gryffondors en furie dans ma chambre … »

Le brun se contenta de hocher la tête, et docile, sortit du lit pour s'habiller. Attrapant sa baguette sur la table de nuit, Draco murmura un « Lumos » suffisant pour que son camarade ne se cogne pas dans tous les meubles de la pièce en s'habillant. Se perdant dans la contemplation du dos nu du brun, Draco ne perçut pas tout de suite la détresse du Survivant. Ce n'est que quand celui-ci tourna vers lui un regard contrit qu'il sursauta.

« Qu'est-ce qu'il y a, Harry ? » commença-t-il en rabattant la couverture brusquement pour venir enlacer l'autre.

Mais la main levée de Harry, comme un frêle bouclier, le dissuada d'aller plus loin que le bord de son lit.

« Non … » gémit faiblement le brun. « Non. Reste où tu es, s'il-te-plaît. C'est déjà assez dur pour moi de partir, de … te laisser. Si tu viens me rejoindre, je serais totalement incapable de le faire. » Devant le visage désolé du prince des Serpentards, il ajouta : « Ca va, ne t'en fais pas. » Il finit de s'habiller, puis jeta encore un coup d'œil au blond avant de se diriger vers la sortie.

Draco ne savait comment agir. Il savait que c'était plus raisonnable pour tous les deux de ne pas suivre Harry, mais était-ce bien prudent de le laisser partir seul comme ça. Seul dans Poudlard. Seul, dans un lieu qu'il ne connaissait plus …

« Tu es sûr que ça va aller ? Je veux dire, pour retrouver ton chemin, tu ne veux pas que … »

Harry secoua la tête et répondit d'un ton un peu amer : « Ben, faudra bien que je m'y fasse … Ne t'inquiète pas, mes amis m'ont donné quelques trucs pour que je m'y retrouve. Et puis si ça doit toujours être comme ça, faut que je sache rentrer depuis ta chambre. » Il rougit, puis baissa le nez, comme s'il en avait trop dit. « Enfin, je … »

Draco sentit le malaise et la gêne de l'autre, on aurait pu la toucher du doigt. Il sut en cet instant qu'il était très facile pour lui de détruire Harry de quelques mots. D'achever le Survivant d'un seul coup de poignard, qu'il n'aurait jamais pu lui donner avant.

Pas qu'il n'en avait pas envie, juste qu'il n'en avait pas la force. Avant.

Aujourd'hui il en avait la possibilité. Mais pas l'envie.

« Harry. » appela-t-il d'une voix forte pour attirer l'attention de son compagnon, et balayer ses suppositions et ses craintes. Quand les deux émeraudes vacillantes se furent plantées dans son regard d'acier, il dit : « Harry, crois-moi, tu as bien intérêt à te démerder comme tu veux pour retrouver ton chemin … » Il vit le brun sursauter légèrement sous ce ton dur, mais c'est avec un sourire désarmant qu'il poursuivit : « Parce que tu vas revenir ici tous les jours. Je te veux toutes les nuits dans mes draps. »

Un grand poids sembla être ôté des frêles épaules de Potter, qui acquiesça silencieusement.

Draco sourit et ajouta :

« Je te veux toutes les nuits dans mes bras. »

Nouveau hochement de tête.

Un regard qui se détourne, comme gêné d'être soudain brillant.

Posant la main sur la poignée, le Gryffondor entrouvrit sans bruit la porte des appartements de Draco, et se retourna une dernière fois pour demander timidement :

« Dis, Draco … »

« Oui Harry ? »

« Ce que tu as dit tout à l'heure … Tu me le jures, que tu ne me laisseras pas ? »

Malefoy ne pouvait pas promettre ça à Harry. Il ne le pourrait jamais. Telle qu'elle était, la situation était imprévisible et surtout trop confuse pour qu'il y apporte une réponse claire. Un point définitif. Une promesse éternelle. Il ne pouvait pas promettre au brun qu'il ne l'abandonnerait pas, un jour ou l'autre. Ce n'était pas dans sa nature de promettre fidélité, abnégation et dévouement. Surtout pas à Potter. Mais il ne pouvait pas non plus en cet instant là le laisser repartir la peur au ventre, il ne pouvait pas lui arracher de nouveau le cœur. Il ne le pouvait pas et ne le voulait pas.

Pas maintenant.

Alors Draco s'autorisa un mensonge, pour la deuxième fois de la soirée.

Se disant que cela ne lui coûterait pas grand-chose. Ne prêterait sans doute pas à conséquence.

Se disant que peut-être Harry aurait tout oublié le lendemain, alors après tout …

Ce n'était pas un petit mensonge qui allait les tuer, n'est-ce pas ?

« Oui, je te le promets. Je serais toujours là, comme je l'ai toujours été. »

Et ça, au fond, ce n'était pas vraiment un mensonge.

Même si lui et Harry ne l'entendaient peut-être pas de la même façon …

Peu importait, Harry repartit heureux, et rassuré.

Au moins pour ce soir.

oOoOoOoOoOo

Je suis encore tellement perdu face à ces sentiments qui m'étreignent, comme une douleur à la fois lancinante et agréable. Comme une jouissance qui tarde à venir et qui me blesse au passage.

Je suis désorienté : me retrouver plongé sans prévenir dans un tel bain de sensations, dans cet océan abyssal et effrayant de choses si nouvelles …

Il est là pour me tenir la main, mais dès que je le perds du regard, je me perds un peu. Vais-je y arriver sans lui ? Suis-je déjà trop accroché pour résister sans lui ?

S'il disparaissait, disparaîtrais-je avec lui ? A sa suite ?

Suis-je si seul, si désoeuvré ?

Si perdu ?

Harry ne put retenir un petit soupir de soulagement quand il referma doucement la porte de la salle commune des Rouge et Or. Malgré le plan donné par le roux, il avait craint un instant de se perdre dans cette immense bâtisse. Mais il était arrivé sans encombres jusqu'à son but. Tout ce qu'il espérait à présent était de pouvoir regagner son dortoir, en silence de préférence, dans le noir -il ne se rappelait pas suffisamment du sort « Lumos » pour s'en servir.

Il eut un moment d'hésitation face aux deux escaliers qui se présentaient à lui : il savait que l'un menait au dortoir des filles, l'autre à celui des garçons. Il ne voulait surtout pas se tromper, car s'il se doutait que son amie brune serait conciliante, il n'en serait peut-être pas de même avec les autres lionnes qui dormaient en ces lieux.

Mais il réussit à se remémorer son trajet fait plus tôt dans la soirée, et se dirigea donc vers l'escalier de droite. Il grimpa à pas de loup les marches de bois vieilli, sursautant à chaque craquement ou grincement qu'il provoquait malgré lui, et arriva devant la porte de son dortoir.

Là, il ouvrit de grands yeux : Ron était assoupi, assis sur la dernière marche, la tête appuyée contre le mur. Un souffle régulier s'échappait de ses lèvres entrouvertes, et il marmonnait de temps à autre quelques paroles incohérentes. Harry hésita un instant : devait-il réveiller son camarade, ou rejoindre sans bruit son lit ? Il n'eut pas à attendre de trouver la réponse : en se penchant vers Ron, le brun fit de nouveau craquer une des marches, et ce petit bruit réussit à tirer le roux de son sommeil -lui qui dormait pourtant en général d'un lourd sommeil dont on avait chaque fois du mal à le tirer.

Il ouvrit les yeux et d'un geste vif brandit sa baguette droit devant lui en murmurant un « Lumos » vif. Il fut reçu par les yeux écarquillés de Harry, qui affichait une expression sincère de surprise.

Ron se rasséréna alors en constatant qu'il s'agissait de son ami, mais laissa place à une expression fermée, impénétrable.

« C'est toi, Harry … » se contenta-t-il de dire.

« Heu, oui … » balbutia le jeune homme, se sentant pris en faute. Il imaginait que les enfants grondés par leurs parents ne devaient pas se sentir mieux que lui en cet instant. Enfin, il ne faisait que l'imaginer …

Ron se releva doucement, détendant ses articulations rendues douloureuses par plusieurs heures passées à dormir dans cette position inconfortable. Harry le regarda faire, puis ne put pas tenir plus longtemps : il brisa le silence, demandant avec anxiété :

« Tu … tu m'as attendu ? »

Ron hocha la tête, sans mot dire.

« Toute la nuit ? »

Nouveau hochement de tête. Suivi d'un petit soupir.

Devant l'air embêté et désolé du Survivant, Ron fit, se passant une main dans les cheveux :

« Ecoute, je ne te reproche rien, ok ? Tu es grand, tu fais ce que tu veux … C'est juste que, enfin, vu les circonstances, j'étais inquiet, quoi. Je pouvais pas rester à dormir dans mon lit sans t'avoir vu rentrer … » Il n'ajouta pas « en espérant que tu rentres un jour », mais c'était sous-entendu, et Harry le perçut bien.

« J'étais pas loin, je … » Harry baissa les yeux, et ne put se résoudre à dire autre chose qu'un mensonge. Lui aussi. « Je me promenais dans l'école. Pour redécouvrir, tu vois … »

« Je m'en doutais. » lui répondit Ron avec un franc sourire, qui serra le cœur de Harry. Il s'en voulait d'avoir fait de la peine ou d'avoir inquiété son camarade. Même s'il ne se souvenait pas de lui, il se dit que le rouquin devait vraiment être proche de lui avant, pour prendre tant soin de lui. Comme Draco.

Lui donnant une petite tape sur l'épaule, Ron ajouta dans un sourire :

« Je te comprends, vieux. La prochaine fois, préviens-moi juste, ça m'évitera de … ben, de dormir sur le palier, quoi ! » Il rigola, et Harry l'imita, plus timidement. Enfin, Ron lui fit signe qu'il était temps qu'ils retournent se coucher. Le brun acquiesça, et le suivit silencieusement dans le dortoir.

Après avoir ôté rapidement ses vêtements, Harry se glissa entre ses draps froids. Il entendit rapidement le ronflement léger de son ami roux, qui n'avait pas attendu pour se rendormir. Le brun posa alors ses lunettes sur sa table de nuit, et poussa un petit soupir avant de sombrer dans un sommeil moins reposant et apaisant que celui qu'il pouvait trouver dans les bras de Draco.

Le lendemain, Harry n'eut guère le temps de repenser à la nuit précédente. Il se rendit vite compte qu'il y avait beaucoup à faire quand on était un étudiant en 7ème année à Poudlard. Surtout pour lui, qui avait pour ainsi tout une scolarité à rattraper ! Entre chaque cours, ce samedi matin-là, Hermione lui fit revoir les bases de la matière qui allait suivre, le tout sans que leurs camarades ne s'en rendent compte. Elle avait chargé Ron d'éloigner les plus curieux en leur expliquant que les deux révisaient ce que Harry avait pu rater pendant sa convalescence.

Le Survivant faisait vraiment de son mieux, mais ses troubles mnésiques ne lui facilitaient pas la tâche. Il remerciait intérieurement sa camarade pour la patience et la pédagogie dont elle faisait preuve, tout en se demandant si tout cela servait vraiment à quelque chose. Mais il avait conscience de la valeur de ce que faisaient ses amis pour lui et ne voulait pas décourager leur bonne volonté.

Mais les études n'étaient pas le seul problème auquel était confronté le Survivant : il devait jouer de ruse pour esquiver les questions trop curieuses des autres élèves, ou pour éluder les conversations qui risquaient de révéler à tous son amnésie. Et l'acharnement et l'empressement des autres à s'enquérir de son état étaient tels qu'il devait vraiment lutter pour se préserver. Harry s'étonnait d'ailleurs chaque fois un peu plus de l'immense sollicitude dont pouvaient faire preuve les élèves de cette école, se demandant toutefois si tout cela n'était pas un peu disproportionné. Mais il n'eut pas le temps de se pencher plus avant sur la question : il y avait toujours quelque chose à faire.

Ce qui, en un sens, l'arrangeait : cela lui évitait de trop penser.

C'est exténué qu'il arriva cependant à sa dernière heure de cours ce matin-là. Avant d'entrer en cours, Ron lui donna une petite tape sur l'épaule et lui glissa :

« Courage, après c'est le weekend ! »

Harry lui renvoya un pâle sourire, et entra dans la salle de classe à la suite des autres élèves, qui semblaient avoir renoncé temporairement à le harceler. Comme il fut l'un des derniers à rentrer pour s'asseoir, il ne restait que peu de places disponibles. Il balaya du regard la salle un moment, avant d'aviser avec bonheur que personne ne s'était encore assis à côté de Draco. Le brun hésita un moment, puis comme le professeur McGonagall arrivait derrière lui, il se dirigea d'un pas décidé vers son amant.

Il n'avait pas pu lui reparler depuis la nuit et ne savait pas vraiment si le blond approuverait qu'il affiche leur entente devant tout le monde. Il ne comptait pas être démonstratif en public, mais voulait juste s'asseoir à côté de lui.

Il ne pensait pas en demander beaucoup.

« Potter, ce n'est pas votre place. Ni vous, là-bas, Nott et Finnigan … » Minerva tapa dans ses mains, légèrement agacée, et ajouta : « Vous avez tous oublié que nous avions un devoir sur table aujourd'hui, ou quoi ! Alors placez-vous par ordre alphabétique. Oui, Weasley, au fond de la classe, je vous prie … Ce qui ne vous changera pas beaucoup, remarquez … »

Ron râla un peu, pour la forme, mais alla prendre sa place, comme la plupart des élèves qui ne s'étaient pas assis au bon endroit.

Tout en se plaçant derrière son bureau, le professeur de Métamorphoses poursuivit :

« Voilà, c'est vous Goyle qui êtes à côté de Miss Granger … Et vous Longdubat, près de Malefoy. Parfait. » Elle sortit ensuite les copies de son sac, quand elle avisa Harry, qui était resté planté tout seul au milieu de la salle, visiblement perdu. Il cherchait avidement où il restait une place de libre, et ce fut finalement McGonagall qui lui vint en aide : « Voyons, Potter. Votre place est près de Miss Parkinson, là, juste derrière. Allez, on ne lambine pas, pas la peine d'essayer de gagner du temps, vous l'aurez quand même cette interro ! »

Les autres élèves rigolèrent, et Harry s'en tira à bon compte.

Après s'être assis rapidement auprès de la jeune fille qu'on lui avait désignée, Harry lui chuchota :

« Heu … excuse-moi, mais tu sais sur quoi porte le contrôle ? »

Pansy leva un regard sombre vers le Survivant et le toisa un moment avant de lui lancer d'un ton mauvais :

« Pourquoi ? Ta petite copine Miss-je-sais-tout n'a pas cru bon de te filer le sujet … »

Elle renifla fort peu élégamment, et se détourna du jeune homme qui se pencha de nouveau vers elle, légèrement angoissé en voyant leur enseignante commencer à distribuer les sujets.

« Non, mais tu sais, comme j'ai … heu, raté quelques cours, je suis un peu … perdu … » tenta-t-il, pour ne pas être démasqué.

Pansy haussa les épaules, et répliqua sans même prendre la peine de le regarder :

« Ecoute, Potty, tu m'oublies d'accord ! Je suis pas ta mère, vu que t'en as plus, ce serait dur de toutes façons, et je suis pas ta copine non plus. Alors, tu te démerdes tout seul ! »

Harry baissa la tête sous le ton dur de la jeune fille, assez décontenancé d'être reçu ainsi. Parvati, assise sur l'autre rangée, à sa hauteur, lui souffla :

« Hé, Harry, balise pas ! C'est pas un contrôle sur des trucs de cette année, c'est une révision des cours de 6ème année ! Tu vas y arriver … » Et elle ponctua le tout d'un petit clin d'œil encourageant. Le brun la remercia vaguement, puis se tut comme Minerva réclamait sèchement le silence dans la classe. Harry ne se sentait pas plus rassuré avec les paroles de sa camarade, et espérait que leur professeur lui dirait quelque chose pour l'aider, mais elle n'en fit rien, déposant devant lui le sujet d'examen sans un mot.

Ce n'est que quand elle retourna à son bureau qu'elle déclara à l'attention de tous :

« Vous pouvez commencer. Et faites de votre mieux. » Harry constata bien qu'elle le fixait en disant cela, mais cela ne le réconforta pas davantage.

Alors que tous commençaient déjà à rédiger leur devoir, lui se sentait perdu, et désarmé. Par acquis de conscience, il lut attentivement le sujet, mais les mots alignés ne lui évoquaient rien. Il avait l'impression d'être confronté à une langue étrangère, qui ne lui parlait pas. Il releva la tête et chercha silencieusement de l'aide auprès de ses camarades. Et, même s'il semblait peiner sur son devoir, Ron ne paraissait pas être en mesure de lui être d'un quelconque secours. Hermione, plusieurs rangées devant lui, était visiblement en train d'écrire furieusement sur sa copie, très concentrée. Même Draco lui tournait le dos, et ne pouvait cette fois pas lui tendre la main. McGonagall, quant à elle, corrigeait d'autres copies, ne regardant pas ses élèves -mais semblant malgré tout très attentive au moindre bruit ou chuchotement.

Dépité, Harry reporta son regard sur sa feuille de parchemin qui, il le savait, resterait blanche. Il poussa un profond soupir, découragé. Et déçu.

Se penchant légèrement vers lui, Parkinson lui souffla, ironique et cruelle :

« Alors on sèche, Potty ? Oooohh, dommage. Je t'aurais bien aidé, mais bon … Vu que je te hais de tout mon cœur, je crois plutôt que je vais te regarder te ramasser en beauté. Tu ne m'en veux pas ? » Elle ricana discrètement et retourna à son devoir.

Harry, quant à lui, secoua doucement la tête. Non, il ne lui en voulait pas. Il comprenait, même.

Mais ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi il n'arrivait pas à lutter contre cette sourde douleur qui lui vrillait la poitrine. Il serra les poings sur ses genoux et ferma les paupières, très fort, comme si cela pouvait retenir les larmes qui pointaient au bord de ses yeux.

Mais cela ne suffit, et une larme vint s'écraser lourdement, silencieusement, sur la feuille de parchemin vierge. Non, il n'en voulait à personne.

Mais ça ne l'empêchait pas de se sentir vraiment seul, et mal, en cet instant.

oOoOoOoOoOo

Des visages, qui passent, et puis s'effacent. Qui ne s'impriment en moi que le temps d'un battement de cils.

Des voix qui m'interpellent, puis se perdent. Qui ne m'effleurent que le temps d'un courant d'air.

Des absences qui se creusent en négatif en moi, qui me marquent plus durement qu'un fer rougi par la haine. Je préfèrerais peut-être la colère ou la haine que l'indifférence. Non pas qu'on m'ignore, loin de là, mais si je ne garde rien en moi, ça ne sert à rien.

Et je m'en veux, de ne rien pouvoir garder.

Et je leur en veux, de ne pas mieux me marquer.

Criez-moi dessus, que je vous entende !

Frappez-moi, que je vous ressente !

Soyez-là en moi, qu'enfin je vous voie …

« Ca y est, c'est le weekend ! » s'exclama Ginny, tout sourire, en rejoignant ses amis à l'heure du déjeuner. Elle s'assit entre son frère et Lavande et ajouta avec un enthousiasme débordant : « Bon, qui ça tente une petite partie de Quidditch pour se mettre en jambes ? »

Esquissant une grimace, Dean lui répondit :

« Parce que notre défaite contre les Serpentards ne t'a pas dégouttée, toi ? »

La benjamine des Weasley haussa les épaules et fit, en mordant dans un gros morceau de pain :

« Bah si, justement. C'est pour ça que je veux qu'on s'entraîne à fond, pour les battre la prochaine fois. » Elle se tourna vers Harry et enchaîna sans prévenir : « D'ailleurs, c'est quand que tu reviens jouer avec nous, Ry ? »

Harry ne comprit pas tout de suite que la jeune fille s'adressait à lui, et il fallut un coup de coude de Hermione pour qu'il consente à lever le nez de son assiette de riz –à laquelle il n'avait pas touchée depuis le début du repas.

« Heu, quoi ? Hein, le Quidditch ? Ah, et bien … »

Ron intervint alors, se tournant vers sa cadette :

« Gin, tu exagères ! Tu lui as déjà demandé hier, et il a dit qu'il n'en savait rien … »

« Non, c'est toi qui as dit qu'il ne jouerait pas pour le moment. Mais c'est à Harry que je demande, pas à toi … » fit la rouquine, pas du tout démontée par le ton accusateur de son frère.

Ce qui lui valut une remarque de la part de Seamus qui glissa à son voisin de table :

« Houlà, sérieux, je plains le futur mari de Ginny, c'est pas une tendre, elle ! »

Confirmation faite quand la jeune Weasley lui colla une baffe sur le sommet du crâne.

Hermione profita de la digression pour souffler à Harry tout en faisant mine d'attraper la carafe d'eau sur la table :

« Dis-lui que Pomfresh t'a interdit de remonter sur un balai pour un long moment encore … »

Harry hocha la tête et réitéra ces paroles à leur camarade dès qu'elle eut fini de régler son compte à Finnigan. La rouquine afficha alors un air déçu, mais accepta néanmoins.

« Bon, mais au moins si tu venais nous encourager et nous prodiguer tes conseils pendant l'entraînement, ça serait sympa ! »

Cette fois, ni Hermione ni Ron ne surent comment aider leur ami à répondre, qui, pris au dépourvu, ne put que bégayer :

« Heu, ben … enfin, oui, je peux, heu … »

« Super ! » s'écria Ginny, avant de se jeter avec appétit sur le déjeuner, passant à un autre sujet, autrement important –à savoir, où était passée cette fichue salière ?

Devant le regard sombre de Ron, et la mine renfrognée de Hermione, Harry murmura :

« Ben quoi ? Qu'est-ce que je pouvais bien répondre, hein ? »

« Rien, rien, c'est sûr, mais … » fit le roux, embêté.

« Ca ne m'engage pas à grand-chose, de toutes façons … » soupira Harry, un peu ennuyé de l'air grave qu'arboraient constamment ses deux amis -Draco, lui au moins, souriait quand il était avec lui.

La brune à bouclettes soupira en retour, et fit, tout en triturant de sa fourchette un bout de poisson :

« Ben, c'est juste que tu es censé être l'un des meilleurs joueurs de Quidditch de notre génération … Mais là, ça va être plutôt dur pour toi d'assurer. »

Harry déglutit péniblement, comme si un morceau était mal passé. Il savait depuis la veille qu'il était le capitaine de l'équipe de Quidditch de sa Maison. Il savait maintenant qu'il était l'un des meilleurs joueurs.

Cela faisait beaucoup d'un coup.

Après le repas, Ginny voulut entraîner Harry immédiatement sur le terrain pour qu'il assiste à leur entraînement -tous les autres joueurs ayant accepté avec enthousiasme de faire une petite partie. Fort heureusement, McGonagall les croisa tous à ce moment-là dans le couloir et interpella le Survivant et Hermione.

« Bon, ben nous on y va. » fit alors Ron en poussant les autres vers la sortie. « Rejoignez-nous si vous avez le temps ! »

Sa camarade brune hocha la tête et le remercia d'un regard soutenu. Puis elle rejoint Harry, à qui le professeur de Métamorphoses disait justement, d'un ton un peu ennuyé :

« Ecoute Harry, je sais bien que c'est à cause de ce qui t'est arrivé, mais je ne pourrais pas éviter de te mettre de mauvaises notes toute l'année … »

« Oui professeur, j'en ai bien conscience. » répondit celui-ci, la tête baissée.

La vieille femme soupira et ajouta :

« Bon, la prochaine fois essaie au moins d'écrire quelque chose. Tu m'as rendu une copie blanche … »

« Professeur McGonagall, » intervint Hermione. « Vous savez, je pense réellement qu'il a dû faire de son mieux. C'est moi qui … j'avais oublié de lui dire qu'il y aurait une interro, je n'ai pas pu le prévenir à temps. »

Minerva les considéra tous les deux un moment, puis soupira de nouveau. Elle esquissa un pâle sourire, et conclut :

« Ce n'est pas grave, écoutez, ça va pour cette fois. Concentrez-vous bien tous les deux sur vos révisions et vos leçons de rattrapage, et ça s'arrangera. »

Sur ce, elle les laissa et repartit vers la Grande Salle. Harry resta pensif un long moment, à fixer le sol, à la fois désolé et en colère contre lui-même.

Ce fut Hermione qui brisa le silence entre eux. Elle vint se placer devant son camarade et l'appela doucement. Il leva les yeux vers elle et fut étonnée de trouver chez la jeune fille un regard sérieux :

« Harry … En fait, je n'ai pas omis de te dire qu'il y avait un contrôle aujourd'hui. »

« Ah ? » hoqueta-t-il, embarrassé. Il rougit et dit : « J'ai … j'ai encore oublié, c'est ça ? Parce que sincèrement, je ne me rappelle pas que tu me l'aies … »

« Non, c'est normal. » trancha-t-elle, d'un ton mécontent. « Je suis venue hier soir dans votre dortoir avec tout ce qu'il faut pour te faire réviser, mais tu n'y étais pas. J'ai attendu, pensant que tu étais juste sorti faire un petit tour. J'ai attendu … longtemps. »

Harry se mordit la lèvre et détourna le regard, pris en faute.

« Tu n'es pas rentré, » dit-elle d'une voix tremblante. « Alors j'ai dû aller me coucher. Je ne pouvais pas attendre plus longtemps. » Elle avait l'air déçu.

« Oui, je comprends … » souffla Harry, aussi ennuyé que lorsqu'il avait trouvé Ron sur le pas de leur dortoir, endormi sur les escaliers.

En relevant la tête vers sa camarade, il vit ses yeux chocolat briller. Il avança une main incertaine vers elle, et à sa grande surprise, loin de la rejeter, Hermione l'attrapa de ses deux mains et y enfouit son visage.

Elle éclata en sanglot, d'un coup, et bredouilla entre deux accès de larmes qu'elle tentait de réprimer :

« Pardon Harry ! Je fais des efforts, tu sais. J'essaie vraiment de toutes mes forces d'être une bonne amie … Mais parfois, c'est dur. Pardonne-moi … »

Harry essaya. Il essaya vraiment de s'excuser en retour, de la rassurer en lui disant qu'elle était parfaite, et que c'était lui qui s'était trompé ; mais il n'y parvint pas. Les mots moururent dans sa gorge, et il resta là, à contempler, impuissant, son amie se reprocher de ne pas être à la hauteur.

Il resta là, partageant en silence sa souffrance, sans arriver à lui dire ce qu'il ressentait.

Sans arriver à l'aider, lui qui ne savait plus comment faire.

Lui qui n'avait peut-être jamais su.