Julian et Hermione furent convoqués deux jours plus tard par le procureur de Pallini afin que leur soient lus les comptes-rendus des pathologistes.

Ils s'y rendirent accompagnés de Marko Vrizakis. Sa présence n'était pas déplacée : il avait été le meilleur ami de Yiannis et était le parrain de Julian après tout. C'était toutefois Hermione qui lui avait demandé de venir. Ni elle ni l'adolescent n'avaient la moindre formation médicale et la jeune femme ne voulait pas revivre seule et sous un angle purement technique donc froid l'horreur de ce qui s'était passé pendant ce vol maudit. Elle savait pouvoir compter sur lui, et ne s'était pas trompée. Il accepta aussitôt. Peut-être même avait-il espéré qu'elle le lui demanderait.

Le trajet jusqu'à Pallini, distant d'une cinquantaine de kilomètres, se fit dans le silence. Pour tromper les paparazzi, qui faisaient toujours de la villa, il avait été décidé que ce serait Marko qui conduirait. Il habitait tout près de la villa Solo, sur l'autre versant de la colline à laquelle elle était adossée ; il était donc facile de s'y rendre à pied sans attirer l'attention.

Julian n'avait pratiquement pas desserré les dents en deux jours. Il se remettait lentement du choc de la mort de son père, et errait sans but telle une âme en peine dans les enfilades de pièces vides, les yeux rouges, sa dalmatienne sur ses talons. Hermione se rongeait les ongles jusqu'à l'os de le voir ainsi, mais Marko l'avait rassurée. Il lui faudrait du temps, et il ne pourrait commencer réellement son travail de deuil que lorsque Yiannis aurait été inhumé. En attendant, il vivait entre deux mondes, l'ancien dans lequel son père était vivant, et le nouveau, où au moins les choses seraient plus claires.

Et pour être plus claires, il fallait d'abord savoir ce qui s'était passé.

Depuis deux jours, une seule pensée hantait Hermione : Doukas.

- Si c'est lui, je le tue.

Elle savait où trouver ce qu'il lui fallait, il y avait ce pistolet dans le tiroir supérieur du bureau de Yiannis, celui qui était toujours fermé à clé. Le fracturer ne serait pas un problème. Pas plus que de trouver Doukas, où qu'il se cache. Elle était prête à le traquer jusqu'en Patagonie s'il le fallait.

Ils furent tous trois introduits dans le bureau du procureur dès leur arrivée. Celui-ci, pourtant habitué à fréquenter des personnes éminentes, semblait relativement intimidé par Julian. Sans doute avait-il à l'esprit que ce jeune homme à l'air absent, mal à l'aise dans son costume sombre, était désormais la 17ème fortune mondiale.

- Tout d'abord, mes condoléances, monsieur Solo. Votre père était unanimement apprécié, et il sera longtemps regretté.

Julian, par politesse, le remercia de son attention, mais sa lassitude était palpable. Depuis deux jours, il avait dû se prêter à cette mise en scène plus ou moins sincère des centaines de fois, et ce n'était qu'un début.

- Venons-en à ce qui nous amène, malheureusement. Le docteur Papangelou m'a remis ses conclusions hier, et je voulais vous en faire lecture avant qu'elles ne soient transmises à la presse.

- C'est nécessaire ?, s'insurgea Hermione.

- J'ai bien peur que malheureusement le secret médical ne soit piétiné avant longtemps. D'autre part, il serait préférable qu'il soit rendu public, dans le but d'éviter toute spéculation des journalistes.

- Plus vite ils auront un os, plus vite ils seront rassasiés, c'est ça ?, soupira Julian.

- C'est à peu près ça, oui.

Il ouvrit le mince dossier devant lui, ajusta ses lunettes et commença sa lecture.

- " Rapport des conclusions du docteur Christos Papangelou assisté du docteur Dimos Damianos suite à l'examen post-mortem de M. Yiannis Solo ... ". Je vous ferai grâce de la partie administrative pour arriver directement au principal.

Le procureur prit une inspiration, releva les yeux et regarda Julian.

- La mort de votre père est attribuée à des causes naturelles, Monsieur Solo.

Il y eut quelques secondes de flottement, avant qu'Hermione ne prenne la parole.

- Vous êtes sûr ? Je veux dire ... il n'y a aucun doute possible ?

- Aucun. Le décès de monsieur Solo est dû à une défaillance cardiaque.

- C'est donc un infarctus ?, demanda-t-elle, incrédule.

- Non, pas exactement.

Il marqua une courte pause et se leva.

- J'ai pris la liberté de faire venir un homme qui nous a mis sur la voie. Avec votre accord, j'aimerais le faire entrer. Monsieur ?

Julian hocha la tête machinalement. Le procureur ouvrit la porte de son bureau, y passa la tête.

- Professeur, si vous voulez bien vous joindre à nous ...

C'était un homme qui devait avoir près de la soixantaine, portant beau. Ni Julian, ni Hermione ne l'avaient jamais vu. La jeune femme interrogea du regard le docteur Vrizakis, et comprit que lui non plus.

- Je vous présente le professeur Bartolomeo Della Chiesa, du Bellevue Hospital de New York. C'est un éminent spécialiste en matière de cardiopathies. Il sera plus à même que moi de vous informer et de répondre à vos questions. A vous la parole, Professeur.

- D'abord, laissez-moi vous présenter mes sincères condoléances, Monsieur Solo. Votre père m'avait beaucoup parlé de vous, mais j'aurais préféré faire votre connaissance dans de meilleures circonstances et le plus tard possible. Monsieur Solo est venu me voir pour la première fois il y a près de deux ans de cela, suite à un check-up imposé par les assurances. Une légère altération des fonctions cardiaques avait alors été détectée. Rien de bien grave à première vue, mais par précaution nous avons décidé de pousser les examens plus loin. Il n'a pas été facile d'identifier le problème et j'ai dû consulter plusieurs collègues pour cela. Ce n'est qu'au bout d'un an que j'ai pu mettre un nom sur sa maladie.

- Il était malade ?, murmura Hermione d'une voix altérée.

- L'hypertension artérielle pulmonaire est une maladie dite "orpheline". Le nombre de personnes en souffrant dans le monde ne doit pas excéder quelques milliers avec moins d'une centaine de nouveaux cas par an. Malheureusement Monsieur Solo était l'un des leurs. C'est une pathologie qui se caractérise par une difficulté du sang à circuler dans les poumons suite à un rétrécissement chronique et inexpliqué à ce jour des artères. Le sang, ne pouvant s'échapper s'accumule donc dans la partie droite du coeur et si cela atteint des proportions trop importantes, entraîne une dégradation des cellules cardiaques par asphyxie, puis l'inconscience et la mort à brève échéance. Cela a toutes les apparences d'une crise cardiaque pour une personne étrangère au monde médical, et même pour un spécialiste c'est très difficile à déceler, d'autant plus que cette maladie n'est pas toujours associée à d'autres signes. Cela nous avait fait perdre beaucoup de temps.

- Trop de temps ?

- Je sais ce que vous pensez, et c'est bien normal. " Si on avait trouvé avant, on aurait pu le sauver ", n'est-ce pas ? Non, Madame, je tiens à être très clair sur ce point, ça n'aurait rien changé. On ne connaît pas l'origine exacte de cette pathologie, ce qui cause son apparition et son développement, et il n'y a aucun protocole ou traitement pour le freiner ou le traiter. Et aucune greffe n'est possible.

- Vous voulez dire qu'il était condamné à en mourir ?

- Pas nécessairement. Les études concernant cette pathologie sont marginales, mais pour ce que j'ai pu constater cela varie énormément d'un individu à l'autre. Certaines HTPA n'évoluent pratiquement pas, d'autres sont foudroyantes comme dans le cas de Monsieur Solo. Il aurait tout aussi bien pu vivre jusqu'à l'âge de cent ans sans problème. C'est une lettre cachetée, une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

- Est-ce que des facteurs génétiques sont à prendre en considération ?, intervint Marko Vrizakis.

Hermione comprit qu'à cause de la présence de Julian et sans doute aussi de la sienne il essayait de cacher derrière un langage purement scientifique le fond de sa question : Julian risquait-il d'être atteint lui aussi ?

- A priori je dirais que non, s'empressa de les rassurer le professeur Della Chiesa. Il peut certes y avoir une forme dite familiale, et on a pu détecter une tendance génétique dans de rares cas, mais il faut savoir que dans la plupart, les porteurs restent sains, c'est-à-dire qu'ils ne développent jamais la maladie. Néanmoins et pour plus de sécurité, je ne saurais trop vous conseiller de vous faire suivre, Monsieur Solo. Il y a très peu de chances que vous en soyez porteur vous aussi, toutefois, surtout à votre âge.

Ils ressortirent du bureau du procureur rassurés par les affirmations réitérées du professeur Della Chiesa concernant l'infinitésimalité des chances – ou plutôt malchances – de Julian d'être un jour touché par la même maladie que son père.

Dès la porte franchie, Julian partit à l'écart sans un mot. Hermione le suivit des yeux, comprenant qu'il avait besoin de s'isoler un moment afin de digérer la nouvelle au calme. C'était naturel et souhaitable. Il se sentirait sans doute mieux ensuite.

- Ca va, vous ?, lui demanda Marko.

- Je ne sais pas. D'un côté je suis soulagée de me dire que rien ne pouvait sauver Yiannis, de l'autre je me demande si je n'aurais pas préféré en fin de compte que Doukas y soit pour quelque chose.

- Histoire d'avoir quelqu'un sur qui déverser votre colère ?

- Vous devez trouver ça méchant, j'imagine.

- Non. Naturel, plutôt. C'est toujours difficile d'admettre la mort d'un proche, surtout dans de telles circonstances.

- Vous étiez au courant pour sa maladie ?

- Non.

- Pourquoi l'avoir caché à ceux qui l'aimaient ?

- Vous avez vous-même donné la réponse : parce qu'on l'aimait. Il n'a pas voulu qu'on sache, c'était son choix et il faut le respecter.

- Vous étiez très proches, n'est-ce pas ?

- On a grandi ensemble. Il n'avait plus de mère, alors il a reporté son affection sur la mienne. Je le considérais comme mon petit frère. J'ai beau être médecin, avoir vu des choses très dures dans ma carrière, ça ne change rien. On ne s'habitue jamais. Si un jour en tant que médecin on atteint l'indifférence, alors il est grand-temps de trouver un autre métier ...

- Oui ... oh mon Dieu !

- Qu'est-ce qui se passe ?, demanda Marko, alarmé.

- Je viens de me souvenir d'une chose qu'il m'a dite il y a quelques semaines, à Paris. " C'est quand tout va mal qu'on se met vraiment à s'interroger sur sa vie ". Je croyais qu'il faisait allusion à Toronto. Mais avec le recul ...

- ... vous vous demandez si ce n'était pas à sa maladie qu'il pensait ? C'est possible.

Il soupira.

- On ne le saura jamais. Et quelquefois il est préférable de ne pas savoir.

Hermione ne fit pas part à Julian des soupçons qu'avait eus Marko Vrizakis quant à l'implication possible de Constantin Doukas dans la mort de son père. Ça n'était d'aucune utilité, quand bien même eussent-ils été confirmés, de déstabiliser davantage le jeune homme.

En revanche elle imposa un black-out de la presse, ou tout du moins d'une partie en contrôlant scrupuleusement les livraisons quotidiennes à la villa. Le rapport médico-légal rendu public, les journaux sérieux s'abstinrent de spéculer. Les autres, en quête de tirage, tournèrent les choses au sensationnalisme forcené, et il ne fallut pas une demi-journée pour que la moitié des lecteurs soit parfaitement convaincue que Julian Solo mourrait forcément de la pathologie qui avait fauché son père.

Un hommage public fut organisé trois jours plus tard en la cathédrale de l'Annonciation d'Athènes. Par tradition, les Solo étaient de confession orthodoxe, mais Yiannis n'avait jamais montré un intérêt démesuré pour les choses religieuses, estimant par son éducation humaniste que toute religion est bonne quand elle est bien pratiquée et dans le respect des autres.

Ce fut le métropolite d'Athènes en personne qui officia devant une assistance nombreuse. Les politiques, toujours en quête de publicité, sautèrent sur l'occasion pour se montrer face au parterre de caméras et de photographes couvrant l'évènement, et poussèrent l'indécence jusqu'à faire appliquer le protocole au pied de la lettre. Les proches adjoints de Yiannis, qui l'avaient côtoyé pendant des décennies pour certains, furent relégués au second rang, ainsi qu'Hermione, ce qui fit hurler intérieurement la jeune femme, non pour elle-même, mais pour Julian, qui en l'absence de toute autre famille, se retrouvait isolé pour ce qui était sa première apparition publique. Dans la foule présente, elle chercha en vain une personne, mais son regard n'effleura que Marko, Pete et Riccardo, relégués au fin fond de la cathédrale. Il accrocha un instant celui du ministre de la Justice – que venait-il faire là, celui-là ? - et elle répondit à son salut discret par un hochement de tête sobre, moins par envie que dans l'intérêt de Julian. Ils auraient besoin de lui dans les semaines à venir.

La cérémonie fut interminable, mais pas une fois Julian ne trahit la moindre émotion. Il demeura tout le long très droit et très digne. Il apprenait son métier de personne publique dans la douleur.

Martinos Metaxas, le directeur juridique de l'empire Solo, ne cacha pas son admiration, et alors que le cercueil sortait de l'église , il glissa à l'oreille d'Hermione qui se trouvait à côté de lui :

- Brave gamin, c'est bien le fils de son père, même s'il ne le sait pas encore.

Hermione sourit malgré elle. Il parlait d'expérience : lui avait vécu la passation de pouvoir entre Yiannis et Thomas.

Mais l'esprit de la jeune femme était ailleurs, à la recherche d'une silhouette qu'elle ne trouva pas.

Quelques heures plus tard, Yiannis Solo reposait pour l'éternité dans le caveau familial du cap Sounion. Contrairement à la cérémonie à Athènes, seuls les intimes, amis et collaborateurs, avaient été admis dans l'enceinte de la villa et l'atmosphère s'en trouva un peu allégée. Une réception avait été prévue à la suite de l'inhumation, et Julian allait de l'un à l'autre, remerciant chacun de sa présence et de son soutien. Hermione le surveillait du coin de l'oeil, inquiète, mais force fut de constater que le jeune homme s'acquittait avec bonne grâce de ses nouveaux devoirs d'hôte. C'est alors qu'elle la vit. A l'écart, visiblement mal à l'aise, mais elle était venue, finalement.

A trente-quatre ans et malgré deux maternités, Elizabeth Elphinstone demeurait sublime. Grande, blonde, élancée, un port et une démarche de reine alliés à une beauté délicate et un charisme indéniable, elle n'aurait pas eu besoin d'être une actrice très en vue dans le milieu pour être le point de convergence de tous les regards – aussi bien féminins que masculins d'ailleurs. Difficile dans ces conditions de passer inaperçue même en faisant tout pour, mais elle parut soulagée de voir qu'Hermione avait remarqué sa présence.

Les relations entre les deux femmes n'étaient pas empreintes d'une franche cordialité. Trop de choses les séparaient. Elles auraient pu être exécrables, mais ce n'était pas le cas. Aussi Hermione, après avoir marmonné une brève excuse à l'intention du directeur marketing de la société avec qui elle était en train de parler de choses tout à fait banales, s'avança-t-elle dans la direction d'Elizabeth sans la moindre arrière-pensée.

- Bonjour, Madame. Excusez-moi de mon impolitesse, je ne vous ai pas vue à Athènes.

Elizabeth parut gênée.

- Je n'y suis pas allée. J'ai pensé que ma présence n'était pas ... enfin, vous voyez ce que je veux dire, les ex-épouses sont rarement conviées aux enterrements.

- Vous êtes la mère de Julian malgré tout.

- Je sais ... mais ma place n'était pas là-bas.

Hermione faillit lui dire que Julian n'aurait certainement pas refusé son soutien en ces moments difficiles, mais elle se tut. Inutile de verser du sel sur les plaies. Elle ne détestait pas Elizabeth Elphinstone. Elle aurait pu, après tout, cette sublime créature en face d'elle avait eu l'homme qu'elle n'aurait jamais.

- Je l'ai aimé, vous savez.

Elle se tut un instant. Les souvenirs devaient affluer à son esprit car des larmes perlèrent dans ses magnifiques yeux d'un bleu profond.

- Yiannis était quelqu'un de merveilleux. Mais vous devez me trouver idiote, n'est-ce pas ? Faire les louanges d'un homme dont j'ai divorcé après seulement trois ans de mariage ...

- Ce n'est pas à moi de vous juger.

- Vous pourriez, vous connaissiez Yiannis mieux que moi.

- Peut-être pas, mais assez pour savoir que vous avez raison à son sujet.

- C'est ma faute si notre mariage n'a pas marché. On est idéaliste quand on a vingt ans. Je débutais dans le métier, on me promettait un bel avenir, et c'est Yiannis qui m'a remis le prix d'interprétation que j'avais décroché, ce jour-là. Il était beau, jeune, fabuleusement riche, cultivé, galant. Ca a été un coup de foudre. Vous croyez au coup de foudre ?

Une image s'imposa immédiatement à Hermione, aveuglante de clarté, celle d'un jeune homme en paréo, sur une tartane au milieu de la mer Egée, avec son air gentiment moqueur et sa joie de vivre. Une vague de chaleur déferla sur elle, et dans la même seconde un coup de poignard en se rappelant qu'il reposait maintenant là-bas, dans cette crypte sombre et triste. Elle ne répondit rien, par peur de se trahir.

- J'ai cru que je l'aurais pour moi toute seule. J'étais si jeune, si amoureuse, je n'ai pas compris qu'il ne pouvait pas tout. Je lui ai demandé plus qu'il ne pouvait me donner. J'ai tout gâché ... je n'étais pas celle qu'il lui fallait. Notre mariage était une erreur de casting.

Elle semblait si amère qu'Hermione en eut de la peine pour elle.

- Vous lui avez donné un fils, et personne ne pouvait lui faire plus beau cadeau.

- Un fils pour lequel je suis presque une étrangère.

- Ne dites pas cela, s'enflamma Hermione.

- C'est pourtant la vérité.

- Julian vous aime.

- Il a bien du mérite. Je n'ai jamais été là pour lui.

- C'est faux !

- Ne soyez pas stupide ! Quand il a commencé à marcher, quand bébé il pleurait la nuit parce que ses dents lui faisaient mal, qu'il a appris à écrire ... ce sont des choses qui peuvent paraître insignifiantes, mais pourtant elles comptent infiniment. Je n'ai jamais été là. Une carrière peut être si brève, à Hollywood. Je ne vivais que pour mon travail, mon prochain contrat, et aujourd'hui je le regrette. La seule chose qui me console c'est qu'il y avait une autre femme qui veillait sur lui. Je ne vous connais pas bien, Hermione, mais je sais ce que Julian vous doit, et je vous serai éternellement reconnaissante d'avoir donné à Julien l'amour que moi, sa mère, j'ai été incapable de lui donner.

Cet aveu franc d'une femme à une autre laissa Hermione sans voix. Elle ne s'était pas attendue à ces confidences et ne savait que répondre à cette mère de quelques années sa cadette, mais elle devinait sa douleur devant ce fossé qui s'était creusé année après année entre elle et son enfant. Elle, qui n'était rien pour Julian, n'arrivait même pas à imaginer la vie sans lui.

- Allez le voir, parlez-lui, dites-lui ce que vous venez de me dire ...

A son grand désarroi, Elizabeth rejeta d'emblée cette idée.

- Il est trop tard. On ne peut pas revenir en arrière, ce serait trop simple. Et la vérité, c'est que je ne sais pas quoi lui dire. On n'a jamais su quoi se dire, Julian et moi.

Elle n'avait pas tort. Julian était grec de coeur et d'esprit, sa mère purement Américaine. Deux langues, deux cultures, des manières de vivre, de faire et de penser et au beau milieu un océan d'incompréhension.

- C'est étrange, continua Elizabeth comme pour elle-même. Je suis capable de me mettre dans la peau d'un personnage de Dostoïevsky, d'une elfe ou d'une femme battue, mais je suis incapable d'être moi-même. Pour une actrice qui a reçu un Oscar, c'est ironique, vous ne trouvez pas ?

Au bord des larmes, elle se détourna.

- Puis-je vous demander un service ?, murmura-t-elle précipitamment, comme dans la crainte de changer d'avis.

- Bien sûr.

- Embrassez Julian de ma part, et dites-lui ... dites-lui qu'il a été désiré. Par son père comme par moi.

A suivre ...

Bon, je dois l'avouer, je suis très très déçue ! moui ! Récemment j'ai tué Yiannis, et j'ai eu quoi en échange ? Une ou deux petites menaces de mort, pas plus ? Vous m'en voyez bouleversée, déconfite, marrie ! Pas de tueurs, pas de lettres piégées, de tentative de kidnapping, rien ! Mais que se passe-t-il ? vous boudez ? Allez, courage, encore deux ou trois chapitres et le charmant et très énigmatique Sorrento va faire son apparition ! A plus !