La ligne 4 du métro était constamment bondée.

Quelque soit l'heure les gens fourmillaient de partout. Il est maintenant 21 heures et Hermione et moi sommes bousculées de toute part a l'intérieur du wagon.

Je regarde envieusement les personnes assises, m'imaginant à leur place.

Une main agrippant ma veste en jean attire mon attention.

A partir d'un certain âge, il faut toujours êtres sur ses gardes lorsque tu prends le métro ou quelque soit le transport en commun. Particulièrement le soir, où se développe souvent un attroupement d'homme en manque, qui n'hésitent pas à coller leurs mains à ton fessier. Tu développes alors un certain sens, encore inconnu, qui sera toujours sur le qui-vif pour te défendre.
Prête à découvrir l'inconnu qui ose me toucher, je me retourne brusquement provoquant les grognements des autres passagers que je bouscule.
Hermione est là, sa main posée sur mon bras, son sourcil relevé montrant son incompréhension à ma soudaine rébellion contre le monde du métro.

-" Ça va Ginny ? T'es blanche comme la mort. "

Jetant un rapide coup d'œil dans la porte vitrée devant moi je constate que, effectivement, en plus de mon visage déformé par le plexiglas, je suis étrangement pâle.

-" Ha oui, je me sens pas très bien, y a trop d'odeurs, de gens, de bruits. Tu sais le métro quoi, y a trop de tout"

Je la vois qui regarde dans tout les sens, en fronçant les sourcils. Elle semble perdue comme ça.
Je sais très bien que ce n'est pas le cas, au contraire, elle est sur d'elle. C'est juste une impression qu'elle ne peut s'empêcher de donner. Je rajoute aussitôt :

- "Arrête de mater les gens comme ça, on dirait soit un pauvre chaton perdu soit une psychopathe cherchant sa prochaine victime."

-"Je penche pour la deuxième proposition"

Notre fou rire nous attire les regards noirs des autres passagers ce qui nous fait rire de plus belle.

Hermione est belle lorsqu'elle rit. Son nez se retrousse, ses yeux se plissent en amande et ses lèvres s'étirent laissant apparaître un alignement parfait de dents plus que blanches.
Ses longs cheveux bruns frisés habituellement détachés sont regroupés en un chignon parfait. Elle tient un sac plastique dans sa main droite, contenant un gâteau au chocolat préparé par ses soins ainsi qu'une bouteille. Malgré mon avis péjoratif sur la chose elle avait insisté pour le cuisiner elle même. C'est adorable. A tout les coups ce Blaise Zabini va fondre en le goûtant.

-"On essaye de se garder une part de ton merveilleux gâteaux hein ? "

Elle me murmura un mot incompréhensible.

Interpellée par son manque de réaction je l'observais avec attention. Son regard. Ce regard. Celui qui est vide et renferme tant de souffrance. C'était comme ça avec Hermione. Elle avait parfois des moments d'absences, de vides, comme elle le dit si bien.
Je dirigeais immédiatement mon regard aux endroits habituels visibles, cherchant le pourquoi du comment. Son cou, ses avant-bras, ses poignets... Il y avait des traces. Je connaissais ces marques comme si c'était les miennes. Je connais le coupable et les circonstances. C'est constamment les mêmes.
J'ai supplié Hermione d'appeler les services sociaux pour lui venir en aide mais elle a catégoriquement refusé me disant qu'elle avait trop peur, et qu'il s'en prendrait ensuite à moi et a ma famille avec ses amis.
J'attend désespérément qu'elle rencontre quelqu'un de plus courageux que moi pour oser appeler le monde extérieur. Je ne lui dis jamais que je comprend ce qu'elle vit, jamais, ce serait mentir. Je l'aide a ma façon, un soutien moral, c'est ce que je suis devenue et je continuerais de l'être tant qu'elle en aura besoin.

Je pris son poignet dans ma main et l'embrassais tendrement. Je recommençais plusieurs fois. Levant mon regard vers elle, je compris que j'avais attiré son attention. Ses yeux marrons clairs étaient rougis et ses lèvres tremblotaient. Je me redressais et la pris dans mes bras, en silence.

Les passagers du métro de la ligne 4 pouvaient bien nous prendre pour un couple de lesbiennes bipolaires mais je m'en foutais. Car c'était ma manière à moi de réconforter Hermione durant ses moment d'absences, cela depuis des années.
Et ça marchait.

~M