Gays of thrones

Chapitre 11

La caverne aux merveilles

Aux yeux de son nouvel amant, Tormund avait un je-ne-sais-quoi d'incroyablement attirant. Jon se prenait souvent à se demander ce qui le faisait tant craquer chez ce Sauvageon. Etait-ce son allure exotique ? Pourtant, son aspect primitif et ses fourrures n'étaient pas si différentes de ce que Jon avait connu à Winterfell. Après tout, là d'où il venait, on portait les mêmes, et on avait les mêmes ancêtres ! C'était peut-être le contraire, en fait : Tormund lui était étrangement familier. C'était un grand guerrier massif et barbu, comme son père, avec des cheveux roux, comme Theon. Il y avait quelque chose de freudien là-dessous… (En même temps, comment Jon Snow a-t-il pu vivre son complexe d'Œdipe sans mère ? Il s'est tourné vers son père, c'est logique !)

Toujours est-il que perdu au pôle Nord, parmi les Sauvageons, Jon s'amusait comme une petite folle. Avec Tormund, ils se promenaient dans les bois pendant que le loup n'y est pas, s'étreignaient fougueusement sous la tente, dans des igloos, au sommet des sapins.

Un jour, Tormund s'amusa à lui piquer son épée.

« Hé ! Rends-la-moi ! »

« Je l'ai prise, elle est à moi. Si tu la veux, viens me p… viens me la prendre ! »

Sur ces mots, il partit en bondissant dans la neige, en chantonnant : « J'ai la bite de Jon ! J'ai la bite de Jon ! Elle est en acier valyrien… »

Rougissant, Jon le poursuivit. Tormund l'entraîna dans une grotte.

Ce que vit Jon ne ressemblait à rien de ce qu'il avait connu : une source d'eau chaude sourdait à l'intérieur. « Viens, lui dit Tormund, tu verras, elle est aussi bonne que toi ! »

Il ôta ses fourrures, et se jeta dans l'eau. Il laissa barboter ses poils roux un moment, avant de lancer à son ami : « Allez, Jon, viens te baigner ! ». Jon sourit, enleva à son tour ses nippes, et plongea. Il nagea vers Tormund, assis contre un rocher.

« Ça va, lui demanda ce dernier, tu as pied ? »

« Oui, quand même », dit Jon.

« Viens là ! », dit Tormund en tapotant ses cuisses.

Jon s'installa à califourchon sur les genoux de Tormund, du moins autant que possible, vu que l'eau le portait naturellement vers la surface.

Les grosses mains velues de Tormund caressaient sa peau. Jon passa le doigt dans les boucles de sa barbe, qu'il tire-bouchonna. Ils s'embrassèrent, s'étreignirent, et Jon finit par rebondir sur le tronc percé de Tormund comme une balle de ping-pong (sauf qu'au lieu de faire « ping-pong », il faisait « plouf-plouf »), en croassant comme un corbeau.

« C'est pas bientôt fini, ce cirque ? »

Jon et Tormund s'arrêtèrent et regardèrent quel était l'importun qui venait les interrompre. C'était Ygrid, l'archère rousse au look unisexe. Jon déglutit.

« Mais qu'est-ce que tu veux, toi encore ? », s'écria Tormund de sa voix tonitruante.

« Ben rien, dit Ygrid, je ne me suis pas lavée depuis trois semaines à force de chasser le corbeau pour nourrir ma marmaille, et il n'y a pas cinquante bains publics ici ! »

« T'as des enfants, toi ? Depuis quand ? »

« Pas moi, ma compagne. Je suis maquée avec Karsi… »

« C'est nouveau, ça ! Je n'étais pas au courant… », nota Tormund.

« Tu l'aurais su si tu avais passé moins de temps à flirter avec ton petit oiseau, rétorqua Ygrid, dont personne ne pouvait rabattre le caquet, tout le monde est au courant ! »

Tormund soupira : « Bon, ben, bains publics ou pas, on n'a pas pris de jetons horaires, donc tu vas être gentille, tu vas aller te les geler à l'entrée et attendre qu'on ait fini notre affaire pour prendre la place. »

Ygrid sourit, cyniquement, et commença à bander son arc en visant les deux amants : « Restez comme vous êtes, comme ça je ferai d'une flèche deux coups ! »

« Ça m'étonnerait que tu tires, ricana Tormund, ça va foutre du sang dans la baignoire ! »

« Comme si ça allait me déranger, ricana à son tour Ygrid, je te rappelle que les femmes voient plus de sang que les hommes ! »

« Attendez ! », s'écria Jon Snow. « On n'est pas obligé de se déchirer pour un bain… On peut le partager ! »

« C'est quoi, ce plan ? », s'étonna Ygrid. « Encore une coutume du Mur ? »

« Vous prenez vos bains tous ensemble ? », s'écria Tormund.

Jon s'aperçut qu'une telle idée lui faisait de l'effet.

« C'est juste que je crois qu'il vaut mieux faire l'amour que la guerre. », expliqua Jon Snow.

Un flocon blanc tomba sur la conversation. Jon laissa à ses interlocuteurs le temps de faire germer l'idée.

Ygrid commença à se déshabiller.

« Ah ben t'as l'air convaincue… », remarqua Tormund.

« J'en ai surtout marre de puer, dit-elle, donc j'arrête de cogiter, je vais me décrasser, avec ou sans vous ! »

Elle plongea.

« Qu'est-ce qu'on fait, Jon ? », demanda Tormund. « On se jette sur elle et on se la partage ? »

« Ça me paraît un peu rude comme façon de faire, non ? »

« Ouais, t'as raison, en plus, je la connais, cette petite, elle serait capable de nous mordre ! »

Tormund détestait les morsures. Jon avait essayé, une fois, de lui mâchonner le fessier, alors qu'ils flirtaient dans un glacier, mais ça lui rappelait les Thenns.

Ygrid, quant à elle, barbotait, nageait, faisait la planche en soupirant d'aise. Tormund chuchota : « Bon allez, on saute sur elle, et si elle pousse des cris, on lui fout la paix ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Tels deux crapauds mâles à la période du rut, Jon et Tormund bondirent de concert sur la Sauvageonne. Et Ygrid, telle un crapaud femelle à la période du rut, coula à pic sous leur poids.

« Oh les brutes ! », s'écria-t-elle en resurgissant à la surface. « Bon sang, ça fait longtemps que vous ne vous êtes pas acoquinés avec des filles ! Mais quelle bande de bourrins ! »

« Pardon, dit Jon Snow, on n'a pas l'habitude… »

« Toi, le corbeau, ça ne m'étonne pas que tu ne saches rien aux femmes ! Mais Tormund ! Avec ton expérience, tu pourrais être un peu plus tendre, non ? »

« Désolé, dit Tormund, mais avec Sheila c'était… »

« On ne te demande pas de détail ! », dit Ygrid.

Elle les regarda instant, et ne put s'empêcher d'éclater de rire : « Oh, les têtes que vous faites ! C'est bon, ça arrive à tout le monde d'être maladroit. Et puis, ça reste flatteur. Allez, les mecs, vous pouvez revenir ! »

Jon et Tormund nagèrent vers elle. Elle se tenait debout, dans un coin où l'eau arrivait jusqu'à la poitrine. Tormund se plaça aussitôt derrière elle, Jon se retrouva devant.

Il eut des doutes : est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que cette voie est faite pour moi ?

« Alors, Jon Snow, lui lança Ygrid que Tormund lançait hors de l'eau (toujours rapide à dégainer, ce Toto !), tu as si peur d'une fille ? »

L'eau clapotait autour du corps d'Ygrid. Ses petits seins intriguaient Jon. Elle avait le teint rose et glabre, qui ne fut pas sans lui rappeler Sam…

A cette pensée, Jon se sentit pousser une queue de poisson. Tel une sirène, il se faufila dans l'eau jusqu'aux algues de la jeune femme, et des algues jusqu'à sa petite grotte.

Ça alors, songea Jon, le chemin est plus dégagé de ce côté-là !

Finalement, ça n'était pas si mal… D'autant qu'il profitait des ruades du bélier de Tormund. Et ça, je ne vous raconte pas ce que ça lui faisait. Tel le grand Nord au-delà du Mur, Ygrid sentait les Marcheurs Blancs envahir ses zones lacustres, et elle se laissait porter, agiter par les deux hommes, comme sur des montagnes russes.

« Eh bien, je vois que tu t'amuses ! »

Nos trois compères s'arrêtèrent. Une femme, toute de peaux vêtue, se tenait au bord de la source.

« Ah, chérie, tu es là ! », s'écria Ygrid en se dégageant et en nageant vers elle, pas perturbée le moins du monde (sans doute l'effet de la sérotonine).

« J'étais en train de m'inquiéter, figure-toi ! Je ne te voyais pas revenir, j'avais peur que tu te sois fait manger par un smilodon (ben quoi, si les dragons peuvent revenir sur terre, les smilodons aussi, non ?) ! Mais non, tu me trompes, et pas avec une femme, mais deux hommes ! »

« Et merde, grogna Tormund, on avait commencé par une baignade romantique, on se retrouve avec une querelle de couple de bonnes femmes ! »

« Rhôôôh, allez, dit Ygrid, c'est pas si grave ! Au pire on aura un troisième enfant… »

« Mais pourquoi tu ne m'as pas dit que tu voulais un enfant ? On crève déjà de faim à quatre… »

« Parce qu'on vit au Moyen-Age, chérie, les naissances programmées, ça n'existe pas ! Et puis si ça se trouve, ce sera un petit garçon, ça changera… »

« Vu ta posture, ça risque surtout d'être un corbeau, merci ! »

« Oh, ça va ! Je voulais me laver pour te séduire, mais c'était occupé. »

Jon, décidé à ne pas gâcher sa sortie en amoureux, et ayant apprécié sa nouvelle découverte, entonna son refrain habituel : « Ne vous disputez pas, il n'y a rien de sérieux entre elle et nous ! Il faut faire l'amour, pas la guerre ! »

Cela stoppait net Karsi. Vu son visage, la colère avait laissé place à une immense perplexité.

« Oui, expliqua Ygrid, le corbeau nous apprend un nouveau concept venu de chez lui : le partage, la vie en communauté… »

Karsi se mit à rire, ce qui surprit Jon – cette femme était visiblement facile à convaincre.

« Le corbeau nous apporte un message de paix ? Elle est bien bonne, celle-là ! »

Ah ben non, en fait, se dit Jon.

« Vous faites ce que vous voulez, les filles, lança Tormund de sa grosse voix, mais Jon et moi, on va continuer à s'amuser. Donc si vous voulez vous engueuler, vous faites ça dehors. Si vous entrez dans ce bain, c'est pour jouir, sinon je vous coule ! »

Ygrid regarda sa compagne, avec un sourire espiègle.

« On ferait mieux d'y aller, dit celle-ci, les filles… »

« Laisse un peu les filles, dit Ygrid, elles savent très bien se débrouiller seules ! Tu penses trop aux enfants ! »

« C'est clair, dit Tormund, est-ce que je me soucie des miennes, moi ? »

« C'est vrai, admit Karsi, un jour les gosses me tueront… »

Les yeux de Karsi allaient de Jon à Tormund – elle avait des yeux bleus vifs, de vrais yeux de Marcheur Blanc.

« Je n'ai pas confiance dans le corbeau, dit-elle, mais j'ai confiance en toi, Tormund. Même si ta vie sentimentale ressemble à Yellowstone… »

Et Karsi, à son tour, se joignit au groupe.

Et ce fut repartit pour une baignade enflammée, Karsi embrassant son amie, qui se laissait posséder par Jon, lequel, tout heureux, revisitait Ygrid par-devant tout en laissant Tormund le revisiter par-derrière. A ce jeu de la corde, l'équipe des filles se laissait entraînée par celle des garçons, en avant, en arrière, en chantant « Si tu avances quand je recule… ». Chacun accorda son instrument aux autres, et une fois le bon tempo lancé pour tous, ce fut un concert de cris, de gémissements et d'interjections.

A la fin de la journée, alors que le soleil se couchait, rosissant la neige, les deux couples se séparèrent à l'entrée de la caverne, tellement heureux de leur journée qu'ils se demandèrent s'ils ne feraient pas mieux d'y rester. Mais Karsi tenait à nourrir ses gosses avant de dormir, et franchement, les mioches, quand ils sont là, ça devient juste impossible de jouer comme on veut entre adultes. Ils se séparèrent donc en se faisant la bise comme de vieux amis (même Karsi fit la bise à Jon, comme quoi, l'amour triomphe de tout), se dirent « au revoir » et repartirent chacun de leur côté.

« Ah, mon petit piaf ! », s'exclama Tormund en s'étirant et en rabattant son bras sur l'épaule de son amant, « tu avais raison : il faut faire l'amour, pas la guerre ! »

C'est vrai, songea Jon. Et cela, personne ne le lui avait dit : il le savait.