En ce 23 décembre 2012, je suis de retour, non pas pour vous jouer un mauvais tour, mais bien pour poster un nouveau chapitre!

Et j'aimerais le dédier à une amie très importante pour moi, grâce à qui j'ai découvert l'univers de One Piece, et avec qui j'espère encore passer de nombreux moments fabuleux. Alors, Luciol, Joyeux anniversaire pour tes 20 ans, ce chapitre est pour toi! Arigato :3

Merci encore à tous pour vos reviews, ça me touche toujours énormément.

Tout appartient toujours à Oda-sensei!

Je vous souhaites de très belles fêtes de fin d'année, un Noël magique et féérique à souhait, et beaucoup de bonheur,

Des tas de bisous!


Les dernières paroles du jeune homme résonnaient dans la grotte, ne provoquant que silence et immobilité. C'était comme si Tashigi s'était subitement gelée. Elle ne savait plus quoi dire, ni quoi faire. Dans son esprit, les mots, les sentiments, les fantasmes, les souvenirs, la douleur, tout se bousculait pour ne former qu'un incompréhensible magma.

À genoux sur le sol rugueux, les deux épéistes se fixaient, figés.

Les gouttes d'hiver ponctuaient toujours aussi régulièrement ce mutisme.

Le blizzard enneigé soufflait inlassablement sur la blancheur de la montagne.

C'est seulement à l'issue de longues minutes de néant, que la jeune femme, confuse, réalisa que la désormais seule source d'une pseudo-chaleur se trouvait sur ses épaules. Elle entreprit vivement de la retirer en comprenant qu'elle avait déjà abusé du prêt du vêtement.

Cérémonieusement, elle tendit son bien à son adversaire en murmurant des remerciements à peine audibles.

Surpris, sortant à son tour de sa torpeur, le bretteur regarda intensément le blouson, hésitant. Il se rendit compte qu'en disant qu'il avait froid, il n'avait pas pensé un instant à récupérer ce qu'il lui avait cédé. En réalité, il ignorait la raison pour laquelle il avait prononcé ces mots. Ou plutôt, il refusait sans doute de se l'avouer.

Quoi qu'il en fût, il ne pouvait la destituer du manteau, ou bien elle mourrait de froid à coup sûr. Les yeux toujours rivés sur le cuir noir, il marmonna «Il doit bien y avoir un moyen de le mettre tous les deux...»

«Pardon?» S'exclama spontanément la marine en rougissant violemment.

«Je ne voudrais pas avoir ta mort sur la conscience» lança le pirate, mi narquois, mi sérieux.

Il entreprit alors de trouver un moyen d'enfiler le vêtement, en même temps que la jeune femme. Tel un enfant qui apprend à s'habiller, il l'inspecta en le tournant en tous sens, puis fit signe à Tashigi de s'approcher.

«C'est ridicule, glapit-elle. On ne va pas faire ça, c'est impossible! Ça n'avancera à rien...»

En réalité elle craignait fortement d'être en contact prolongé avec le corps du sabreur. Elle sentait son coeur tambouriner dans sa cage thoracique, comme si son unique désir avait été de la démolir pour s'en extraire. Elle sentait le sang battre dans ses tempes. Elle sentait des gouttes de sueur froide glisser le long de sa nuque.

Nerveusement, elle attrapa d'une main tremblante la petite bouteille de rhum qui était restée à terre et en avala une longue gorgée, s'étranglant à moitié.

«Ridicule... en effet. Mais c'est le seul moyen de se réchauffer. Et puis la chaleur humaine est la seule qui persiste encore dans ce boyau...»

Ses joues se teintaient de rose, malgré son impassibilité, malgré sa coquille. Une fissure était de nouveau en train de s'y agrandir, et il ne parvenait absolument pas à la contrôler. L'audace de sa propre proposition le surprit. Mais après tout, il s'agissait là d'une simple méthode de survie, pas de quoi y voir la moindre chose suspecte. Du moins c'était ce qu'il tentait de s'imprimer dans le cerveau.

Et plus ils réfléchissaient, plus ils se sentaient frigorifiés. Plus leurs cerveaux carburaient à la recherche de réponses à de futiles interrogations, plus la température de leurs corps diminuait.

Voyant la marine trembler de tous ses membres, Zoro finit par prendre l'initiative de s'approcher d'elle. Le plus calmement qu'il put. Il aurait mieux valu qu'elle ne le gifle pas, qu'elle s'abstienne de toute réaction non appropriée.

Il vint se placer dos à elle sans qu'elle ait bronché, et les entoura tous deux du blouson en cuir. Il était large, et Tashigi n'était pas bien épaisse. Elle ne réagissait toujours pas. Elle semblait à son tour jouer la carte de l'impassibilité.

Mais au moment où il tenta de remonter la fermeture éclair, quelque chose retint son attention et il s'exclama soudainement, «Mais... ton t-shirt est complètement trempé!»

«Et alors?" Fit-elle sur la défensive.

«Ben... tu dois vraiment avoir froid, il vaudrait mieux que tu le retires...»

«Sans blague, tu crois que j'ai froid? Première nouvelle! Et puis comme si j'allais me déshabiller, sale pervers!»

Heureusement pour Tashigi, ils étaient toujours dos-à-dos, et elle ne perçut pas dans l'obscurité l'expression totalement ahurie qui traversa le visage du bretteur. Comment pouvait-elle réagir ainsi dans un moment aussi critique? Une chose au moins était certaine, elle avait l'art et la manière pour changer d'humeur aussi brusquement que la venue du vent. Il poussa un soupir d'exaspération.

«Comme tu veux. Je disais juste ça pour toi. Si tu tiens à mourir de froid après tout, le choix t'appartient.»

Ce fut au tour de la jeune femme d'ouvrir des yeux grands comme des soucoupes. Pourquoi avait-elle réagi comme une enfant? Elle doutait fort qu'un homme tel que lui puisse avoir des idées derrière la tête, il était simplement sincère. Et il avait raison. Dans les cas extrêmes, il ne convenait pas tellement de chipoter.

Piteuse, elle marmonna

«Tu as raison... Mais ne te retourne pas s'il-te-plait.»

«Je n'en avais pas l'intention.»

Sans plus attendre, elle retira l'étoffe détrempée, l'étala contre la paroi la plus proche, et se lova comme elle le put dans une partie du seul vêtement toujours à peu près sec. Respirant profondément, elle approcha calmement son dos de celui de son compagnon d'infortune. Lorsque le contact de sa peau nue avec le corps de son rival eu lieu, une immense vibration lui parcourut l'échine, la faisant violemment sursauter. Celle-ci se répercuta le long de la colonne du bretteur, qui par réflexe, se retourna vivement...

... Avant de devenir plus rouge qu'il ne l'avait été jusqu'à cet instant. L'unique tissu couvrant le buste de la marine était désormais son soutien-gorge.

À présent, il ne savait plus quoi faire, ni comment réagir. Il se sentait empoté, sans avoir fait le moindre mouvement. Jamais encore il ne s'était trouvé dans une situation semblable. La nudité n'était pas chose nouvelle, il avait souvent pu voir Nami dans une tenue similaire, mais la situation était différente.

Il était seul, avec cette femme, qui, il le réalisait peu à peu l'attirait irrésistiblement, et l'intriguait. Cette femme pour qui il éprouvait une certaine forme d'affection. Et cette femme qu'il désirait, bien qu'il n'arrivât ni à le comprendre totalement, ni à se l'expliquer.

Son regard glissa le long de sa nuque fine, couverte de quelques mèches de cheveux bleu nuit, et descendit le long de sa colonne. Sa peau était d'une blancheur à nulle autre pareille, sans aucun doute aurait-elle pu rivaliser avec l'épais manteau blanc qui couvrait les hauteurs dans lesquelles ils étaient cloitrés.

Soudain, il remarqua quelque chose de singulier. Il déposa délicatement un doigt au bas du dos de Tashigi.

Celle-ci, qui depuis quelques instants se demandait ce qui se passait, n'osant se retourner et sentant les yeux du bretteur dans son dos, sursauta une nouvelle fois, brutalement, et fit volte-face.

«Tu as un énorme hématome dans le dos...» murmura le sabreur sur un ton d'excuse.

«Je t'avais dit de ne pas te r... Quoi? Oui, et bien... ET ALORS? Qu'est-ce que ça peut faire bon sang ?!»

Le jeune homme commença soudainement à trouver toute cette situation complètement idiote et insensée. Le froid s'immisçait par tous les pores de sa peau, le piquant comme autant d'aiguilles enfoncées dans son épiderme. Il n'osait imaginer ce que ressentait la marine. Toute cette retenue et cette hésitation ne servaient à rien, ils n'aboutiraient nulle part de cette manière.

Il jeta alors le blouson sur ses épaules, s'assit dos à la paroi, et tendis une main encourageante vers la jeune femme. Étonnée, celle-ci ne se posa pas de question, et s'approcha. Le froid commençait à l'anesthésier totalement. Il la fit asseoir entre ses jambes, fit descendre le manteau jusqu'à son corps frêle, et commença à lui frictionner les bras et le dos afin d'enfin la réchauffer un tant soit peu. De temps à autre, il passait délicatement ses mains à l'endroit de sa blessure, et massait la large tache sombre.

Elle ne pouvait nier que cela lui faisait du bien. Beaucoup de bien.

La tournure que prenait la situation était pour le moins inattendue. Et malgré les grandes mains chaleureuses -contre toute attente- qui lui frottaient le dos, et qui prenaient étonnamment soin d'elle, elle ne pouvait réussir à se détendre.

Tout se bousculait encore à l'intérieur de son crâne.

Les vapeurs d'alcool embuant son cerveau et l'action abrutissante du froid ne l'aidaient pas à avoir les idées claires.

Elle se trouvait assise contre un homme qu'elle admirait pour sa grande maitrise de l'art du sabre, mais qui la rebutait également, pour son statut de pirate. Un homme qu'elle cherchait à tout prix à envoyer à l'échafaud, et qui ne cessait pourtant de la surprendre et de la déstabiliser. Il lui semblait qu'il la regardait de plus en plus différemment.

Elle avait définitivement peur. Peur de ce qu'elle ressentait. Peur de ne pas agir de la bonne manière, d'être encore trop gauche, d'être entrainée par sa maladresse, comme ç'avait toujours été le cas. Elle se sentait si perdue, sans personne pour lui indiquer la direction à prendre, la lumière qui éclairerait ses pensées obscures...

Elle était nerveuse.

Elle finit par se laisser aller contre l'homme qui la hantait, espérant trouver ainsi, un peu de détente et de paix. En vain.

Une minuscule larme perla à sa paupière, avant de rouler doucement le long de sa joue lorsqu'elle ferma les yeux. Sans réfléchir, obéissant uniquement à son instinct, Zoro déposa délicatement ses lèvres sur cette petite goutte emplie d'amertume et de solitude. Le baiser effleura à peine la joue de la jeune femme, qui fut pourtant parcourue d'un long frisson. Il avait pris tant de précautions, comme si elle avait été aussi fragile que du cristal, et que le moindre faux mouvement avait pu la briser.

Il se montrait... prévenant.

C'était tellement inattendu, qui aurait pu le croire? Mais son geste n'avait pas uniquement été une démonstration d'attention et de pudeur, il avait aussi été habité d'une étrange maladresse, terriblement attendrissante, et d'une tendresse aussi neuve qu'un nourrisson.

Son corps commençait à se réchauffer davantage que sous les frictions qu'il lui avait administrées.

Guidée par une pulsion somme toute assez primitive, elle tourna vivement la tête et emprisonna ses lèvres avec les siennes avant qu'elles ne s'envolent. N'avait-elle pas rêvé? Ne rêvait-elle pas à cet instant?

Elle cessa de se poser des questions lorsqu'elle sentit le pirate répondre à son baiser, avec davantage de fougue qu'elle n'aurait pu l'espérer.

Lorsqu'elle s'écarta de lui, haletante, le coeur battant à tout rompre, pas un mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Dans le même état second, Zoro saisit son visage à deux mains, et plongea son regard dans le sien. L'étincelle qu'il percevait habituellement si lointaine et discrète, prenait une ampleur considérable, donnant à la jeune femme un air sauvage et... heureux.

Elle se noyait dans les deux émeraudes qui la scrutaient, si profondes, si puissantes. Des gouffres emplis de désir.

Elle attrapa sa nuque avant de l'embrasser de nouveau. Ses mains à lui descendirent le long des hanches de son adversaire, parcourant sa peau nue, de moins en moins froide à présent.

Conserver cette chaleur humaine était en effet le moyen le plus efficace de ne pas mourir de froid. Ils le comprirent si bien qu'ils se retrouvèrent rapidement collés l'un à l'autre, avec autant d'ardeur et de frénésie qu'un naufragé s'accroche à la vie, et autant de passion que pouvaient en contenir leurs deux corps, trop longtemps contenue. Deux bombes à retardement, qui à force de se contraindre, se brider, à force de refouler tout ce qui était de l'ordre du sentiment, de l'humain, ce qui leur était étranger et les terrifiait, finissaient par exploser. C'était une véritable effervescence. Ils laissaient enfin leurs êtres se mouvoir en harmonie, les mains baladeuses, les lèvres gourmandes, ils étaient en proie à une exaltation sans pareille.

Libre à chacun d'imaginer une nuit torride, ou non. Ce qui est réellement important, c'est que tous deux avaient enfin perdu le contrôle.

Faire tomber le masque.

Ces personnalités qu'ils arboraient tous deux dans la vie de tous les jours, cette barrière contre les sentiments, contre toute émotion, ils avaient enfin réussi à la franchir, momentanément.

Céder à ses pulsions.