Bonjour à tous !

Vous ne rêvez pas, voici votre nouveau chapitre ! Comme toujours, avant tout je commencerai par vous répondre, chers reviewers !

Vous êtes plusieurs à me l'avoir dit, oui, le coup d'un Darcy qui arrive sur son cheval blanc ça aurait été franchement gros. D'où mon choix du voisin, tellement plus pratique !

Nathalie : Merci beaucoup pour ta review ! Oui c'est sûr que les fics en anglais aident pas mal à progresser (en plus d'être plus nombreuses), mais que le français repose un peu ! Bonne lecture :)

Iota26 : comme tu dis, après de longs mois sans s'être parlés, ils ont des choses à se dire, les deux. Je te laisse découvrir quoi...

nana99 : je ne vais pas te laisser mariner, dans cette fic le colonel Fitzwilliam n'a pas trouvé sa place ! J'avais réfléchi à l'intégrer comme ami ou collègue de travail de Lizzie, mais... c'est pas venu ! Merci pour ta review, et j'espère que tu vas aimer la suite !

Lyrod : Bien vu, ça sentait le coup fourré mais il faut croire que quand il s'agit de Jane, Lizzie ne voit pas forcément les choses venir ! Bonne lecture et merci

Niagara : merci beaucoup ! J'espère que la suite va te plaire...

Chapitre 10

Nous marchions sur le sable tiède depuis une bonne dizaine de minutes, en silence. Darcy m'avait regardée retirer mes tongs pour plonger mes orteils dans le sable, mais n'en avait bien sûr pas fait autant. Encore aurait-il fallu qu'il porte des chaussures légères, et non des espèces de tennis en toile de luxe, avec des chaussettes basses. Des chaussettes en été !

Au moins, il s'était gardé de faire la moindre remarque. Aussi, j'en fis de même.

Et puis, c'est mieux que les orteils nus dans des baskets. Eurk.

Il finit par rompre le silence d'une voix hésitante.

"Tu as... Perdu du poids." Fit-il sur un ton de reproche.

Je secouai la tête en levant les yeux au ciel.

"Je suis en train d'en reprendre, ne t'en fais pas."

Un silence plus lourd s'installa, et je poussai un profond soupir.

"Écoute, j'aimerais autant qu'on n'aborde plus jamais, jamais le sujet par la suite. Mais William..."

Je déglutis.

"Je souhaitais te remercier... Pour nous avoir envoyé Maître Legrand. L'avocat. Il a effectivement été très bon. Reconnus-je.

- J'ai ouïe dire. Lizzie..."

L'air embarrassé, il ralentit le pas, et je m'arrêtai. Son regard se fixa timidement dans le mien.

"Je suis désolé de ne pas être venu au procès. Mais j'ai déjà eu beaucoup de mal à écouter les rapports de Charles... Je..."

Je l'interrompis d'une main sur son bras.

"Will, je te remercie de ne pas être venu. Ça a été assez dur de devoir tout détailler, je n'avais aucune envie que mon carnet d'adresses entier y assiste. Il en va de même pour Jane." Fis-je d'une voix ferme.

Il acquiesça, compréhensif.

"On clôt le sujet ? Demandai-je en haussant un sourcil.

- J'ai encore un abcès à crever." Soupira-t-il.

Je me résignai, pourtant très mal à l'aise.

"Lizzie... Je suis désolé, vraiment, mais tu chantes faux."

C'est combien la peine de prison, pour un meurtre non prémédité et avec circonstances extrêmement atténuantes ?

oOo

Je vous avais précisé que je souhaitais des vacances reposantes ?

Essayez toujours avec un Darcy toujours prêt à rentrer dans des débats stériles, et un couple d'amoureux éperdus à qui je me sentais obligée de laisser la maison régulièrement pour qu'ils fassent leurs... Trucs d'amoureux, bien que Jane s'en défende régulièrement. Tu parles. En plus, à chaque fois que je partais me balader "seule", Darcy m'accompagnait.

Jane et moi avions pris la location dimanche. Charles et son frère étaient arrivés le mardi matin.

Le mardi soir, nous avions débattu littérature - principalement sur le livre que je lisais actuellement, un thriller. Darcy trouvait que les thrillers étaient tous les mêmes et bourrés d'incohérences, et leur reprochait de ne pas être de la grande littérature. Je lui renvoyais que c'était totalement faux, que beaucoup d'auteurs avaient des styles très différents, et surtout que quand je lisais c'était pas pour me prendre la tête sur des romans classiques ou des essais qui me faisaient plus penser à de la philosophie de comptoir qu'autre chose... Mais pour me divertir.

"Je ne vois pas où est le divertissement dans des histoires de meurtres et de sang, m'avait-il sorti.

- Je te jure que je trouverais divertissant de te tuer, là tout de suite", avais-je rétorqué vertement.

Je ne vous raconte pas comme le débat avait été houleux.

oOo

Mercredi

Mercredi, ce fut plus calme. Darcy et moi n'étions simplement pas d'accord sur l'intérêt réel de consommer des aliments bio. On en était venus à comparer l'intérêt écologique des voitures électriques contre les autres.

L'après-midi, nous nous étions retrouvés à déguster une glace, assis côte à côte sur la jetée. J'avais insisté sur le fait que la glace était le passage obligatoire des vacances d'été, d'autant plus quand on les passait à la mer. Darcy ne comprenait pas en quoi, et je lui en avais donc payé une. Il avait bien tenté de protester, mais mon regard l'en avait dissuadé.

C'était bien la première fois que je pouvais payer quelque chose à Môssieur le milliardaire. Au final, cela semblait l'amuser.

"J'ai appris que Colin t'avait fait des avances, au fait."

Je soupirai. Anna. Elle n'avait pas pu s'empêcher de lui raconter.

"Ta sœur est trop bavarde.

- N'empêche que j'avais raison."

Je haussai un sourcil.

"Quand ?

- Quand je te disais qu'il s'intéressait à toi."

Je secouai la tête en roulant des yeux. Essayez, c'est pas facile.

"Et alors ?"

Il eut l'air décontenancé.

"Eh bien, ce n'est pas très pro." Tenta-t-il d'une voix hésitante.

Je haussai les épaules.

"Peut-être que ça m'a plu ? Le taquinai-je.

- Il parait que non." Railla-t-il.

Je soupirai en léchant mon cornet.

"Il m'a dit qu'on formerait un beau couple. Tu ne trouves pas ?"

Darcy fronça les sourcils, puis pinça les lèvres.

"C'est insultant envers toi.

- J'ai beau ne pas être d'accord avec lui, je te trouve dur avec Colin !"

Il sourit vaguement, et éluda d'un geste de la main. Je décidai d'abandonner le sujet, dont il était de toute façon l'initiateur, et je lui donnai un coup d'épaule.

"Alors. La glace, tu valides ça comme un passage incontournable de tes vacances ?"

Cela le fit rire, mais il secoua la tête.

"Je ne sais pas. En tout cas, toi, tu es un élément inoubliable."

Je rougis en baissant les yeux.

Oh, Seigneur. Sa présence me troublait.

oOo

Jeudi

Jeudi, il avait eu l'audace de critiquer ma tenue du jour - une robe-chemise. Cela avait déplu à Jane, qui était, elle, très fière que je possède ce vêtement qui pour une fois, était à peu près à la mode. Will et Charles s'étaient alliés pour décréter que s'il suffisait de porter des vêtements de mecs pour être à la mode, ils pouvaient nous refourguer leurs vieilles pièces.

L'après-midi, nous étions partis nous promener sur un port pendant que Jane et Charles restaient "un peu seuls". Jane s'amusait d'ailleurs beaucoup de nous voir obligés de traîner ensemble une bonne partie de l'après-midi, chaque jour. Et j'avais beau râler et lui assurer qu'elle me le paierait tôt ou tard, j'étais plutôt contente de cette situation. Autant William Darcy avait le don de me faire sortir de mes gonds en public, autant quand nous étions seuls, nous nous entendions plutôt bien. Cette dichotomie me troublait, d'autant que mes sentiments amoureux s'étaient bien évidemment réveillés avec plus de force que jamais.

Mais Will, certes agréable et courtois, était également distant et me paraissait bien souvent plongé dans des pensées qui semblaient l'emmener loin des instants que nous partagions. Ce que je concevais ; les sentiments qu'il m'avaient avoués des mois auparavant n'étaient plus qu'un vague souvenir. Une erreur sur sa route. Après tout, heureusement que je n'avais pas eu conscience des miens à l'époque. Je serais sortie avec lui, et puis quoi ? L'amour se serait évaporé, nous aurions rompu avec perte et fracas, et la situation aurait été invivable pour Jane et Charles.

Cela me serrait le cœur, mais j'en étais parvenue à me convaincre que notre situation actuelle, amicale, était la meilleure possible.

"A quoi penses-tu ?"

Sa voix me tira de mes pensées, me faisant sursauter. Je surpris son regard interrogateur sur mon visage, et me détournai en m'empourprant.

"A pas grand chose.

- J'ai du mal à te croire. Tu avais l'air à mille lieues."

Je poussai un soupir agacé.

"Ça t'arrive souvent, et je ne te dis rien !

- Mais moi, je n'ai pas l'habitude de te voir si silencieuse." Répliqua-t-il avec un sourire amusé.

J'en ouvris la bouche de stupeur.

"Tu n'insinuerais quand même pas que je suis trop bavarde ?

- Un vrai moulin à paroles, impossible de t'arrêter."

Je me renfrognai.

"Ne t'inquiète pas, c'est bientôt la fin des vacances, tu ne devrais plus m'entendre avant bien longtemps."

A ma grande surprise, il sembla accuser le coup, et son regard s'assombrit.

"Peut-être que ça me manquera un peu." Finit-il par lâcher, à contrecœur, après un long silence inconfortable.

Je me mordis la lèvre, cherchant à toute vitesse que répondre à ça.

Des fois, j'avais l'impression d'être la reine pour me foutre dans des situations inconfortables.

Et je ne trouvai rien. Rien ne me vint, aucune tournure taquine, aucun mot d'esprit.

"Je ne pensais pas. Après tout, cela faisait des mois qu'on n'échangeait même plus par messages." Répliquai-je enfin d'une voix peut-être plus fermée que ce que j'aurais souhaité.

La vérité, c'est que ma gorge était serrée. Mon cœur cognait lourdement dans ma poitrine, et j'étais bien incapable de le regarder, même quand il s'arrêta net pour se tourner vers moi.

"Lizzie, toi non plus tu ne m'as rien envoyé.

- Je sais, Will, je ne t'accable pas, d'accord ? J'étais vaguement perturbée pendant un temps, et puis, en l'absence de nouvelles, j'ai simplement cru..."

Ma voix, agacée, se brisa sur la fin, et je m'obstinai à regarder vers le large alors que je voyais bien que Darcy cherchait mon regard.

"Tu as cru ? Relança-t-il.

- Eh bien, que nous n'avions plus rien à nous dire."

Je voulus me remettre à marcher, mais je sentis bien que lui restait figé. Je m'arrêtai au bout de quelques pas, mais ne me retournai pas vers lui.

"Lizzie..." Souffla-t-il si bas que je l'entendis à peine.

Il se rapprocha, et nous reprîmes notre marche.

"Ça m'a manqué. Mais je reconnais que je ne savais pas vraiment quoi te dire. Lâcha-t-il.

- On était deux dans ce cas. Je ne te reproche rien, tu sais. Pas plus qu'à moi. Après tout, nous n'avons jamais... Su être amis."

Je sentis Darcy sourire à côté de moi.

"Pour une fois que nous sommes d'accord.

- Pour une fois que tu l'admets !" Soupirai-je théâtralement.

Il lâcha un grognement exaspéré.

"Bien que nous ne soyons pas amis, tu permets que je prenne parfois de tes nouvelles, à l'avenir ?"

Je lui lançai enfin un regard, un peu perturbée.

Je m'attendais, suite à cette conversation, à ce que nous reprenions des échanges plus ou moins réguliers. Mais assurément pas à ce qu'il me demande la permission... Cependant, c'était tout lui. Je souris.

"Si tu as conservé mon numéro, libre à toi."

Il me lança un regard railleur, puis glissa ses mains dans ses poches et se remit à regarder vers le port.

"J'ai toujours hésité à m'acheter un bateau", lâcha-t-il de but en blanc.

Je haussai un sourcil circonspect.

"Tu n'en as pas déjà deux ?

- Qu'imagines-tu donc que je possède ? S'amusa-t-il.

- Eh bien, au moins deux yachts. Blancs, tout ça.

- Je n'ai même pas le permis bateau !

- J'en suis sidérée.

- Tu penses que je devrais ?

- Tu serais un bien meilleur parti."

Ce fut à son tour de hausser un sourcil goguenard.

"Je pensais que c'était déjà le cas.

- Tu es casé ? Raillai-je.

- Tu marques un point. La propriété d'un bateau est une valeur ajoutée, à tes yeux ?"

Je haussai les épaules.

"Qu'importe ? Je n'ai probablement pas les mêmes critères qu'un bon parti féminin. Mais, j'ai toujours imaginé les riches avec leur bateau et une carte d'entrée dans chaque bon golf club.

- Et un polo blanc noué sur les épaules ?

- Cela va de soi.

- Je suis désolé de te décevoir, Lizzie, mais pour moi, un yacht personnel n'est qu'une cible à fientes de mouettes."

Je partis d'un rire franc, plus que surprise par sa formulation.

"Je n'aurais jamais cru possible de t'entendre prononcer un mot tel que fiente.

- Ravi de pouvoir te surprendre. Je n'ai pas d'avion non plus, à propos.

- Tu m'en diras tant. Un poney, au moins ?

- Plus tard, quand Jean-Eudes ou Marie-Eugénie seront nés."

Je fronçai mes sourcils.

"Mes futurs enfants", termina-t-il sur le ton de l'évidence.

Je fis une grimace.

"Je garderai contact avec toi rien que pour voir ça." Conclus-je sobrement.

oOo

Fin des vacances

Et voilà comment nous étions arrivés à vendredi soir, veille de notre retour sur Paris.

"Bien sûr que Titanic est un grand film ! Tu ne peux pas l'accuser d'avoir des "longueurs", c'est une façon de bien mettre en place l'histoire et les personnages." M'écriai-je.

J'étais assise en tailleur - du mieux que je pouvais - sur le canapé à côté de Darcy, et je m'étais tournée vers lui pour lui opposer mes arguments, alors qu'il soutenait que le film Titanic l'ennuyait.

"Mais on s'en fout de ces personnages, c'est de la fiction, ce que les gens voulaient voir c'est l'ampleur du naufrage en lui-même ! Rétorqua-t-il.

- Mais justement, ça permet de rendre humain toutes les personnes qui étaient à bord pour faire pleurer dans les chaumières ! T'aurais préféré quoi, que ça commence direct par une bande de riches qui font la fête sur un paquebot immense, et l'iceberg au bout de cinq minutes ?

- Ça aurait évité les longueurs.

- Ce ne sont pas des longueurs, c'est de la narration." Assénai-je.

Charles nous regardait débattre, médusé ; nous étions en train de prendre l'apéro dans le salon de la location alors que dehors, la pluie tombait dru pour la première fois depuis le début de nos vacances.

Jane, exaspérée, intervint soudainement.

"Lizzie ! Tu détestes ce film, et à peu près pour les mêmes raisons que Will, alors qu'est-ce que tu nous fais ?!"

Darcy haussa un sourcil moqueur alors que je me renfrognais.

"C'est pas tout à fait exact.

- Tu le trouves trop ennuyeux et long, tu t'es même endormie quand on a voulu le regarder ensemble !

- Tu voulais qu'on le regarde ensemble", corrigeai-je. "Et je me suis réveillée à la fin.

- Pour critiquer le fait qu'elle balance un collier à je ne sais combien de millions au lieu de le revendre pour en faire don à une association caritative !"

Les deux Darcy partirent en un éclat de rire commun alors que je haussais les épaules.

"Et dire que je pensais que mon frère était le plus cynique de vous deux, s'amusa Charles.

- Je n'ai jamais compris le romantisme de balancer ce collier à la flotte. Si ça se trouve il a été avalé par un dauphin qui en est mort dans d'atroces souffrances, d'ailleurs. Lâchai-je.

- La vérité, c'est que tu défends ce film uniquement pour emmerder Will." Fit Jane, ignorant mon argument pourtant juste...

Non ?

Je levai les yeux au ciel alors que le Darcy concerné s'arrêtait enfin de rire.

"Si c'était la seule fois, siffla-t-il.

- Oh, pauvre Caliméro... Ironisai-je en lui lançant un regard noir.

- Bon, si j'ai bien compris, on ne regarde pas ça ce soir à la télé", conclut Charles.

Le débat avait effectivement été lancé à cause du programme télé. Jane allait en être la seule déçue ; mais effectivement, je n'avais jamais eu l'intention de me taper ce film ce soir.

Ça, c'était donc un extrait de tous les débats - toutes les disputes ? - que nous avions pu avoir avec Darcy au cours de ces quelques jours de vacances.

Et, couchée dans mon lit pour passer la dernière nuit dans cette location - nous rendions les clés le lendemain matin et repartions Jane et moi de notre côté, les deux Darcy du leur -, je ne cessais de ressasser chacune de ces discussions.

Je devais bien reconnaître que j'avais adoré ces vacances.

Au petit matin, alors que le jour se levait à peine, je jetai l'éponge ; je savais que je n'arriverais plus à dormir.

Aussi, je me levai et m'habillai silencieusement. Je pouvais toujours en profiter pour faire un dernier tour sur la plage. Un pull fin et un grand foulard sur les épaules, je m'éclipsai de la maison.

J'abandonnai vite mes tongs sur la plage, profitant une dernière fois de la sensation du sable désormais froid sous mes pieds. Je marchai quelques mètres, me rapprochant de la mer qui montait tout doucement, et je m'assis, les genoux relevés contre le menton. Le soleil se levait sur la mer, commençant déjà à me réchauffer le visage.

"Je peux m'asseoir avec toi ?"

Je sursautai fortement ; Darcy m'avait rejointe en silence. Tellement en silence que j'avais failli en faire un arrêt cardiaque.

Je haussai les épaules.

"Mais je t'en prie. C'est une manie de touristes urbains, en général, de se mettre juste à côté des gens déjà présents sur la plage... Même quand celle-ci est vide." Raillai-je.

Il s'installa avec un sourire ; nos épaules se frôlaient, et un trouble m'envahit immédiatement.

"Je te dérange sûrement, j'imagine que tu voulais être seule."

Je ricanai.

"C'est donc fait exprès ? Fallait pas te lever uniquement pour m'ennuyer une dernière fois ! Le taquinai-je.

- Oh, j'aurais continué à dormir si tu n'avais pas fait tout ce boucan", répliqua-t-il pince-sans-rire.

Je me tournai vers lui, estomaquée, mais avant que j'aie pu réagir il sourit.

"Je plaisante, Lizzie. Je n'aurais pas déjà été réveillé je ne t'aurais pas entendue."

Je me retournai face à la mer, et me perdis dans la contemplation du soleil levant. Un silence léger s'étendit entre nous.

"Ça a été sympa, ces quelques jours tous ensemble." Fis-je soudain.

Je sentis Darcy se détendre à côté de moi, mais ne le regardai pas.

"Ils m'ont beaucoup plu aussi... Lizzie. Même si tu es toujours aussi têtue.

- Et toi, toujours aussi arrogant", répliquai-je en haussant les épaules, fataliste.

Il secoua la tête en riant doucement.

"Tu aurais préféré que je ne vienne pas ?" Demanda-t-il.

Je lui lançai un regard. Sa question était sincère.

"Et tenir la chandelle entre Jane et Charles ? Non. Je ne m'en rendais pas compte au moment où j'ai accepté ce programme, mais en fait, je suis ravie que tu sois venu. Mais, ils auraient pu me prévenir."

Il me sourit.

"Me privant de la joie de te voir chanter faux ?"

Je lui lançai un regard mauvais en le bousculant d'un coup d'épaule.

"Je crois qu'ils avaient peur que tu ne veuilles pas venir, si tu avais su." Ajouta-t-il.

Je réfléchis quelques instants. Aurais-je effectivement annulé mes vacances ?

Non. Je sais que je ne l'aurais pas fait. Mais j'y aurais été à reculons, la boule au ventre, appréhendant de me retrouver face à l'homme que j'avais aimé... Trop tard.

Darcy soupira à côté de moi.

"Lizzie, je..."

Son ton avait changé ; et soudain, mon cœur s'emballa. Incapable d'émettre le moindre son ou de le regarder, j'attendis la suite.

L'atmosphère avait changé, et tout mon corps s'électrisait.

"Lizzie, je sais que j'avais fait la promesse de ne plus t'importuner avec ça, mais..."

Il s'interrompit de nouveau et se pinça le nez.

Je lui lançai un regard timide. De quelle promesse parlait-il ?

Il me fallut quelques secondes pour me souvenir : ses sentiments.

Je rougis.

"Tu ne m'importunes pas, Will." Fis-je d'une voix douce.

Son regard gris chercha le mien, mais je le baissai, le cœur cognant désormais si fort que je crus sincèrement qu'il allait s'échapper de ma poitrine.

"Je souhaitais juste..."

Il soupira de nouveau, visiblement désemparé.

"J'ai essayé de contenir mes sentiments... Encore. Mais sache qu'ils n'ont pas changé depuis... L'autre fois..."

Je détournai la tête. Face à mon silence persistant, il reprit d'un ton las, comme s'il connaissait déjà la réponse à une question qu'il s'apprêtait à poser.

"Et je suppose que de ton côté... Les tiens non plus."

Je me mordis les lèvres, et me tournai vers lui.

"Tu supposes bien."

Il accusa le coup, et tourna son regard vers l'horizon ; je posai une main sur son bras.

"Mes sentiments n'ont pas changé. Simplement, je n'en avais absolument pas pris conscience... Avant. Maintenant, j'y vois plus clair." Soufflai-je, les joues rouges.

Il se retourna vers moi, l'air choqué, un peu raide ; son regard se planta dans le mien, et j'eus soudain envie de pleurer.

"Je me suis emportée contre toi, ce soir-là. Mais ce n'était pas réellement à cause des quelques soupçons que... Certains ont pu essayer de me donner sur toi." Soufflai-je.

Son regard interrogateur se radoucit, et je crus voir briller ses yeux ; mais je m'en détournai, toujours plus troublée.

"Tu m'agaces, tu sais. J'aimais beaucoup l'idée de te détester. C'était facile."

Je secouai la tête.

"Mais la vérité, c'est que quand... Tu m'as avoué tes sentiments, eh bien, ça a été comme un réveil violent."

Il sourit, et sa main se leva doucement pour venir, après une hésitation, plonger dans mes cheveux.

"Tu n'imagines par contre pas comme cela a été douloureux de t'entendre dire que tu aurais préféré que ça tombe sur quelqu'un d'autre que moi. Ce doit être toujours le cas, d'ailleurs." Conclus-je la gorge serrée.

Darcy tressaillit, et sa main toujours prise dans mes cheveux s'appuya fermement sur mon épaule.

"Non, Elizabeth. Je t'assure que ceci... C'était une maladresse de plus de ma part. Une connerie de trop. Je n'aurais jamais dû dire ça, je ne le pensais pas. C'était... Une façon très mal formulée de te faire comprendre que j'aurais préféré que peut-être, on s'entende mieux, mais... Les sentiments que j'ai pour toi, ils existent justement parce que c'est toi et pas une autre."

Je fermai les yeux, et me laissai aller contre lui, enfouissant ma tête dans son cou.

Seigneur, il sentait bon.

Et j'étais bien, contre son torse. Toute velléité de combat m'abandonna instantanément.

"Tu voudrais que l'on reparte sur de nouvelles bases ?" Me demanda-t-il au bout d'un moment.

Je gémis et me redressai.

"Will, que ce soit notre première rencontre ou non, que cela fasse seulement quelques mois ou carrément plusieurs années qu'on ne s'est pas vus... On en vient toujours à se disputer dès les premières minutes. Laisse tomber les nouvelles bases."

Il rit doucement.

"Tu as raison.

- Comme toujours. Le narguai-je.

- N'exagère quand même pas."

Je fis la moue.

"Tu sais, ça ne va pas être simple. C'est long, Paris-Bordeaux.

- Bordeaux n'est qu'une de mes succursales. J'ai un pied-à-terre à Paris."

Je levai les yeux au ciel. Évidemment. Et j'osais à peine imaginer la tête du pied-à-terre, probablement bien plus grand et luxueux que l'appartement que je louais avec Jane.

"Tu penses qu'on se supportera ?

- Tu m'agaces énormément, Elizabeth. Mais je t'aime vraiment." Assura-t-il.

Je me sentis rougir.

"J'éprouve aussi des sentiments de type amoureux pour toi, Fitzwilliam, quand je n'ai pas envie de te tuer." Répliquai-je sobrement.

Il fronça les sourcils, puis me sermonna du regard.

"On prendra le temps qu'il faudra, ajouta-t-il simplement.

- Pour préserver ta chasteté ?"

Il soupira en secouant la tête, et se leva en attrapant ma main pour que j'en fasse de même.

Debout face à lui, je penchai légèrement la tête.

J'eus à peine le temps de saisir son regard intense, qu'il glissait de nouveau une main dans mes cheveux et l'autre dans le creux de mon dos pour me rapprocher de lui. Ses lèvres se posèrent doucement sur les miennes, et j'eus l'impression que mon cœur - et à peu près tous mes organes vitaux - explosa sur l'instant.

Ses lèvres douces et chaudes contrastaient avec la rugosité de son menton, ses mains me plaquaient toujours plus contre son corps si bien que j'en fus de nouveau comme enveloppée totalement. Son souffle se mêlait au mien ; Darcy embrassait sacrément bien, ça c'était une certitude.

Une autre certitude était que je l'aimais vraiment. Et je l'assumais entièrement, cette fois.

L'eau de la mer qui montait, froide, vint soudain me lécher les pieds, et je gémis en sursautant, mais Will me plaqua plus fort contre lui alors que son baiser devenait plus intense. Mes mains se glissèrent dans ses cheveux...

Et une vraie vague vint nous frapper jusqu'à hauteur de genou, nous séparant d'un coup. Le souffle court et les joues rouges, je m'éloignai en grelottant alors que Will pestait. J'éclatai de rire à le voir regarder son pantalon trempé, désemparé.

Vraiment, je ne savais pas où tout ça allait nous mener, mais ça promettait.

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Vous l'aurez deviné... Ça sent la fin. J'aurais bien fait durer le plaisir un ou deux chapitres de plus, mais c'est venu ainsi... A très bientôt pour le début de relation des deux tourtereaux :)