Legolas regardait le cours de l'eau, rêveur. Ses songes le menèrent vers l'été passé, où aux côtés d'un fleuve, il avait vécu un des plus beaux moments de sa longue existence. Comme tout ceux qu'il avait partagé avec Elle. Même dans les contreforts du Gouffre de Helm, alors qu'il tâtonnait prudemment le terrain pour pouvoir l'approcher. Fière, solitaire, si belle dans ses apparats de femme sauvage et indomptable. Même avec tout ce qu'elle lui avait dit, ce qui s'était passé, même en ces instants-là, il savait déjà que leur destins seraient mêlés. Peut-être n'avait-il pas vu jusque là. Jusque cet instant où, vaincu d'amour, ce dernier se dévoila à lui, et qu'il ne pourrait plus vivre sans elle. Cela avait été long, étrange, et fascinant. Son premier baiser, sa première étreinte, ses souvenirs vinrent étirer ses lèvres dans un sourire tendre. Qui fut vite balayé par une angoisse atroce, qui lui vrilla le coeur. Gimli fumait sa pipe, tranquillement assis près du feu, et l'elfe revint à sa côtés. Il allait s'asseoir quand tout d'un coup, un bruit lui fit prendre son arc, et armant une flèche, il héla :
« Qui va là ?! »
Des ombres dans les ombres, alors que les feuillages denses se mirent à osciller gracieusement. Legolas soupira de soulagement quand il vit Elladan et Elrohi,r s'avancer vers eux calmement, suivit de leur cheval respectif.
« Ce n'est que nous Legolas ! Fit Elladan avec un radieux sourire.
- Bigre ! Si on m'avait dit que je serai si heureux de voir des elfes un jour ! S'exclama Gimli en se relevant presque d'un bond, réellement satisfait de les revoir.
- Et moi de voir un nain ! Lança Elrohir en riant un peu.
- Qu'en est-il Legolas ? » Demanda alors Elladan soucieux.
Ils prirent place auprès du feu, et Legolas vit leurs cheveux dégoulinants, nul doute qu'ils avaient du se rafraîchir avant de continuer. L'elfe blond plongea ses yeux dans les flammes hypnotiques de l'âtre, et d'une voix tendue il expliqua :
« Elle était ici, je crois que nous l'avons d'ailleurs perdu de peu. Nous avons trouvé des indices plus loin. Mais cela ne présage rien de bon. Nous pensons qu'elle a été faite prisonnière, sûrement par un groupe d'Haradrims partit en chasse.
- Elle nous aura vraiment tout fait ! Pesta Elladan en colère pour le coup. Heureusement père a compris le problème dès que nous avons reçu le message de Minas Tirith.
- Vous avez fait incroyablement vite ! Fit Gimli stupéfait.
- Oui, nous pouvons dire merci à nos vaillants destriers, qui ont d'ailleurs grand besoin de repos.
- Nous pensions repartir demain à l'aube, déclara Legolas pensif.
- En pleine journée ?s'étonna Elladan
- Disons que j'espère que nous tomberons sur un endroit où nous reposer, à un moment ou un autre … fit Legolas laconiquement.
- Si je ne vous connaissais pas, Legolas, je jurerai que vous avez abandonné la partie ! »
Legolas regarda Elrohir, et ses yeux clairs le trahirent. Le jumeau se figea, et retenant son souffle un instant, puis il soupira longuement. Comprenant peut-être le point de vue de l'Héritier de l'ancien Mirkwood.
« Tant de dangers nous attendent, que je crains pour nos vies, alors imaginez pour une mortelle … murmura Legolas douloureusement
- Une mortelle qui a survécu à l'enfer Legolas ! Une telle marque ne s'oublie pas aussi facilement. Je me soucie plus de son état psychologique quand nous la retrouverons, que de sa survie. Car à moins qu'il n'arrive une chose insurmontable, elle fera tout pour survivre, c'est une battante ! Lança Elladan sûr de lui.
- Une battante qui se croit seule Elladan ... Quoi qu'il en soit, je continuerais, je me suis fait la promesse de la retrouver.
- Et nous vous aiderons dans votre tâche Prince Legolas ! » Jura Elrohir dignement.
Les elfes échangèrent un signe de tête qui scella leur serment, et ils finirent de se reposer. Les jumeaux appréciant les nouveaux paysages qui accueillaient leur regard, se délectant des merveilles qu'ils leur offraient. Ils allèrent se promener un peu dans la majestueuse forêt humide, fascinés par toute la faune qui s'activait la nuit. Quand ils revinrent, ils trouvèrent Legolas toujours près du feu, et un nain affalé sur le sol, ronflant à tout rompre. Ils se demandèrent comment un elfe pouvait supporter un tel vacarme. C'est peut-être en cet instant qu'ils réalisèrent à quel point Legolas pouvait différer de ceux de son peuple sur certains points. Et les jumeaux surent que ces nombreuses années aux côtés des Hommes, y étaient pour quelque chose. Il était plus ouvert, plus patient, et surtout moins hautain. C'était l'évidence même que leur petite protégée soit conquise par cela. Ils eurent un sourire attendri en voyant le visage de leur ami si transfiguré par le trouble et la crainte. Ils se jugèrent qu'ils feraient tout leur possible pour que ces deux êtres, aient un devenir heureux ensemble.
Des gémissements et des cris la réveillèrent. Elle s'aperçut que l'aube était là. Instinctivement elle riva son regard vers le ciel, se levant au milieu des esclaves qui dormaient dans une cage au dehors. Dès que l'étoile Eärendil fut à portée de sa vue, elle porta sa main à son médaillon instinctivement, et le serra à travers ses vêtements. Dís la détaillait en silence, elle avait reconnu ses traits dès qu'elle l'avait vu, mais elle n'était certaine de rien. Séparées par les corps allongés qui dormaient plus ou moins bien, elle ne bougea pas pour la rejoindre. Il était dangereux qu'on les voit proches. Elen entendit du bruit sur la droite, et elle riva son regard sur les ombres de l'aurore. Le campement n'était pas immense, mais il devait y avoir au moins une vingtaine d'hommes et tout autant de femmes. Sans parler des esclaves et des bêtes. C'était de toutes évidences un peuple nomade, qui vivait de leur maigre troupeau, et du commerce. Celui des esclaves en faisait partie. Et elle avait trouvé le moyen de se fourvoyer là-dedans, elle se maudit de sa stupidité. Des gens bougèrent dans une tente, et on ramena une femme dans la cage, la jetant comme une malpropre sur le sol. Ses vêtements étaient déchirés, et vu la beauté de cette étrangère, Elen déglutit avec effort quand elle comprit ce qu'ils lui avaient fait subir. Elle frissonna, ses souvenirs venant la fouetter violemment. Jamais plus elle ne subirait ceci, elle trouverait le moyen de se donner la mort avant, si cela devait s'avérer. Elle huma l'air nocturne, et aima les fragrances du désert, le sable humide caressé par une brise tiède. Cet endroit était magnifique. Le soleil se levant sur l'horizon habillait d'or toutes les dunes alentours. Le ciel se dégradait dans des nuances pastels pour s'unir avec les mauves de la nuit encore présente. Elle repensa à la veille. Après son altercation avec leur geôlier, ils les avaient menés dans des tentes, et les avaient inspectés de haut en bas. Ils avaient voulu voir son corps, et elle s'était débattue avec hargne pour qu'ils la laissent tranquille. Ce qui lui avait valu un bon coup sur la tête et une sieste de quelques minutes. Bien évidemment, pendant ce temps-là ils avaient eu tout le loisir d'arriver à leur fin. Contre toute attente, ils l'avaient séparés des femmes pour la mettre avec les hommes et la naine. Son collier avait attiré la convoitise, mais Dís lui avait rapporté que la gemme les avait brûlé dès-lors qu'ils avaient essayé de s'en emparer. Ensuite, elle lui expliqua qu'elle avait été mise de côté car « impropre à la consommation ». Ce qui voulait clairement dire, que personne n'achèterait une esclave avec des cicatrices pareilles pour la balancer dans un bordel, ou faire l'objet d'une vente quelconque, afin de devenir l'objet sexuel d'un Seigneur Haradrim. C'était bien la première fois qu'elle pouvait remercier son corps d'être ainsi. Du coup, il se servirait d'elle pour le spectacle. Celui des combats. D'après ce que lui avait détaillé Dís, cela pouvait se faire de trois façons. Soit les combattants s'affrontaient libre dans une arène en face à face, ou enchaînés dans deux cercles bien distincts, ou encore, ils devaient affronter des animaux. Pour cette dernière option, Elen leur réserverait sûrement une belle surprise. Elle étudia la situation. Elle avait pensé à se servir de son pouvoir, mais elle ne le contrôlait pas encore assez bien, du coup, elle devait être plus maline pour une fois. Vu qu'il serait inutile de contrôler une ou deux personnes, elle avait opté pour un essai à grande échelle. Il fallait que le chaos soit total, et un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres. Le soleil toucha son visage, et descendit le long de son corps lentement, l'habillant de teintes chaudes, et son visage aurait pu passé pour basané en cet instant. Le coeur de la naine se serra, il n'y avait plus de doute, elle lui ressemblait. Elen dut sentir son attention, car elle tourna la tête de son côté. Voyant que la femme l'observait, elle vint vers elle, louvoyant entre les corps étendus, faisant des trésor d'agilité et d'équilibre pour ne réveiller personne. Dís la regarda avec de grands yeux surpris et déclara :
« Il n'est pas bon qu'on nous voit ensemble !
- Tu sais parler plusieurs langues c'est ça ?!
- Oui pourquoi ?
- Quand on sera en combat, toi et moi ..
- Qui t'dis qu'on sera l'une contre l'autre ? La coupa rudement la naine.
- Parce que je suis certaine que ces malades adoreront voir deux femmes se battre l'une contre l'autre ! Donc, au moment où je poserai mon arme à terre, bouche-toi les oreilles.
- Me boucher les oreilles ?! Répéta la naine perplexe
- Oui discute pas et fais-moi confiance ! Intima Elen d'une voix presque sèche.
- T'sais ma grande ! On t'a jamais dit que tu r'semblais à une reine d'antan ?! Une vraie peau d'vache, mais qui a contribué à la libération des femmes dans son pays !
- Je sais qu'une de mes aïeules a été reine, mais je ne sais si ça a un lien.
- Pour sûr qu'ç'a en un ! Tu lui ressemble trop ! Et prie pour qu'personne s'en aperçoive ! »
Un des geôlier tapa contre une des barre en fer, leur sommant de se taire, ce qu'elles firent. Les autres esclaves furent réveillés, et on leur donna une maigre ration de céréales trempées dans de l'eau avec des raisins secs. Un des deux repas de la journée. Tous se jetèrent sur les gamelles à moitié remplies, sauf Elen et Dís qui vinrent lentement, à la fin, pour rester les plus dignes possible face à cette inhumanité. Elles mangèrent côtes à côtes en silence.
Sous l'une des grandes tentes de bédouins, deux des trois hommes de la veille les espionnaient.
« Ces deux-là feront un joli combat Afalkay !Dit Faredj en tendant un index vers les deux femmes.
- Je ne sais pas, ce ne serait pas judicieux de donner nos meilleurs atouts dès le début … fit Afalkayen se grattant le menton, sa barbe naissante le démangeant. De plus, j'ai des projets pour la grande brune.
- Quoi ? La prendre pour femme ?! Ironisa son ami. Elle n'est pas digne de toi ! De plus, il y a de plus belles esclaves dans le lot !
- Je ne sais pas, en tout cas, je ne veux pas qu'on l'abîme, du moins pour l'instant. Ce joyau m'intéresse.
- Ha je te reconnais bien là fieffé filou ! Toujours attiré parce qui brille hein ! S'exclama Faredj en repartant sous la tente en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
- Oui, tout ce qui brille en effet …. » répéta Afalkay songeur.
Il sortit et s'approcha de la cage pour étudier les esclaves. Des jumelles d'une beauté incomparable se soutenaient mutuellement, et il eut un sinistre sourire en les voyant. Elles avaient un regard félin, de longs cils noirs encadrant des iris verts, des cheveux noirs et bouclés qui descendaient jusqu'à la taille. Aussi graciles que des gazelles. Nul doute qu'il obtiendrait un superbe prix pour la paire. Il donna des ordres et le campements commença à s'affairer. Les tentes furent pliées, les troupeaux regroupés, et au bout d'une bonne demi-heure, les esclaves furent remis dans le chariot, et ceux qui n'avaient pas survécus dans la nuit, furent laissés sans sépulture aux soins du soleil et des charognards. Elen regarda les cadavres s'éloigner peu à peu, des larmes venant assaillir le coin de ses yeux. Il ne fallait surtout pas qu'elle pleure, qu'elle montre un signe de faiblesse. Elle détourna le regard, et pour se donner courage, elle focalisa son esprit vers le seul être qui emplissait ses pensées. Un elfe blond, qui, elle ne le savait pas, risquait tout pour la retrouver. Elle colla l'arrière de sa tête contre les barreaux, et regardant l'horizon, elle soupira. Elle s'en voulait, réellement. Peut-être aurait-elle du passer plus de temps avec lui, et profiter un maximum de ces instants précieux. Il lui manquait, atrocement même, elle lui avait fallu tout ceci pour se rendre à quel point elle pouvait l'aimer. Là qu'il était sûrement reparti vers son peuple. Elle avait toujours rêvé d'être une elfe. Belle, gracieuse, douée, bénies de tellement de bienfaits. Mais elle avait du supporter tout ce qu'elle était, son imperfection, son passé si douloureux. Comment aurait-elle pu croire qu'un homme, un elfe qui plus est, aurait pu la trouver intéressante …. voire attirante ? Elle retint l'envie de pleurer qui la démangea à nouveau. Elle avait tout gâché, et elle mourait sûrement pour avoir commis une telle faute. Elle se souvint de la nuit à Edoras, et grimaça sous le souvenir de leurs corps si proches l'un de l'autre. Elle aurait du aller jusqu'au bout cette fameuse soirée …. oui … elle aurait du ….
« Quelle chaleur ! C'est intenable ! Grommela Gimli.
- Il est sûr qu'avec le métal que vous portez sur le dos, la traversée ne doit pas être très confortable ! Fit Elrohir goguenard. Vous feriez mieux de retirer tout ceci.
- Et me retrouver nu ! Hors de question ! Par le marteau de Durin ! Faudrait bien qu'un cataclysme me tombe dessus pour ça ! »
Un tintement de clochettes retint leur attention, ils se figèrent dans le sable, là où les traces du chariots d'esclave se tenait et s'étalait à perte de vue. Les chevaux en main les suivaient tranquillement, les oreilles attentives tout de même. Le bruit se rapprochait d'eux lentement, et au sommet d'une dune, ils virent en contre-jour une masse imposante venir vers eux. La chose se figea, suivit d'autres ombres plus petites, et une voix s'éleva, parlant un langage commun un peu écorché par l'accent :
« Hey là-bas ! Tout va bien ?! »
Les quatre compagnons se regardèrent les uns les autres, très surpris d'entendre ce dialecte en ces lieux. Ils gravirent la dune prudemment, et arrivés à la hauteur de l'étranger, ils purent voir son visage, et la bête exotique qui lui servait de monture. L'animal était beige, avec un long cou gracile, une bosse sur le dos, des membres cagneux et de large pieds ressemblant de loin à des sabots. Sa tête était allongée avec de grands yeux noirs placides, et il ne cessait de mastiquer. L'homme était un homme riche à première vue. Les atours de sa monture étaient de métal précieux, et lui même portaient des étoffes de belle facture. Tout dans l'or et le pourpre. Il avait le visage très bronzé, mais ses yeux clairs trahissaient ses origines, ainsi que ses traits. Il devait appartenir aux peuples des Hommes du Nord. Des Edains. Mais étrangement, il était venu vivre ici, dans ces contrées hostiles qui martyrisaient les chairs des quatre amis.
« Je m'appelle Adhughmas, mais vous pouvez m'appeler Adhu ! Que font trois elfes et un nain si loin dans le Sud ?
- Qui vous dit que nous sommes des elfes ? Demanda Elladan dont le visage était camouflé par sa grande capuche.
- Bah ! On me la fait pas à moi, vos vêtements pour commencer, ensuite vos arcs, vos flèches, et même vos lames. Sans parler de vos chevaux, ils n'ont pas les traits caractéristiques des nôtres. Ils sont moins fins et moins racés, si je puis me permettre. Vous devriez être un peu plus discrets si vous ne voulez pas finir votre tête fichée en haut d'une pique. Vous n'êtes pas les bienvenus ici, et vous le savez ! Que faites-vous en ces lieux? Qu'est-ce qui vous pousse à risquer si bêtement vos vies ?
- Nous sommes à la recherche de quelqu'un que nous avons perdu de vue il y a quelque jour, une femme. » déclara simplement Legolas qui détaillait l'homme, essayant de deviner si oui ou non ils pouvaient lui faire confiance.
L'homme siffla longuement, et son visage se contracta dans une drôle de grimace. Rivant son regard sur le lointain, il déclara sombrement :
« Alors j'espère pour elle qu'elle était vieille et moche, sinon je crains le pire. Je vais au grand marché itinérant de la fin d'année. Il y a là-bas des ventes d'esclaves, de bêtes, de tout un tas de trucs, qu'importe du moment que ça se marchande ! Et il y a les combats !
- Les combats ? Releva Elrohir une singulière appréhension lui serrant le coeur.
- Oui ! Des divertissements qui ont lieu entre chaque vente ! Des combattants contre des humains ou des animaux, dans une arène la plupart du temps un cercle fait de quidams assoiffés de sang les combats sont rarement mortels, mais cela arrive.
- Elen … murmura Legolas, se doutant qu'elle finirait sûrement là-dedans.
- Pardon ? Souleva Adhu en arquant un sourcil.
- Non rien. Pourriez-vous nous y conduire Noble Marchand du Sud ? Demanda Elladan avec courtoisie.
- Noble Marchand du Sud ! Reprit Adhu en se moquant. Je vous conseille de changer de manières si vous voulez survivre un jour de plus dans le désert. Ici le Roi du Gondor n'a pas d'autorité, et les gens de votre peuple sont depuis toujours craints et haïs. Sauf les vôtres Maître Nain, car vous avez toujours fait passé le commerce avant tout le reste ! Si vous voulez me suivre, allons-y, je suis certain que vos montures pourrons nous suivre, même avec cette chaleur. Moi aussi j'ai des bêtes, et elles m'ont coûté assez cher pour que j'en prenne le plus grand soin. Une fois là-bas on ne se connaît plus !
- Pourquoi nous aider ? Demanda Legolas suspicieux.
- Vous aider ? Fit Adhu en éclatant de rire à nouveau. Non ! Juste que vous avez assez de camelotes de valeur à refourguer si ils vous tuent ! Et je préfère que ce soit dans ma poche que dans la leur ! » et l'homme remit sa monture en route, la caravane reprenant le mouvement.
Legolas fit un pas en avant, et Elladan le retint par l'épaule . Le prince de Vertbois se retourna pour lui faire face, et l'héritier d'Elrond dit à voix basse :
« Pouvons-nous lui faire confiance Legolas ?
- Non. Mais il est notre seul espoir. Il a de l'eau, des vivres, et il sait où il va. Nous n'avons d'autre choix que de le suivre.
- C'est un sage raisonnement Legolas. Elen m'avait dit que vous étiez fin et féru d'esprit, j'en suis le témoin à présent … déclara Elrohir avec un doux sourire. »
Legolas s'en sentit enorgueilli, tant par la sincère déclaration de l'elfe brun en face de lui, que par les mots rapportés par ce dernier. Elen lui avait donc parlé de lui. Toutes ses pensées allèrent vers elle, et c'est avec un peu plus d'espoirs qu'il remonta Aramorë, Gimli derrière lui. Ils avancèrent alors en queue de caravane, dans un silence presque sacral, réfléchissant à ce qu'ils allaient bien pouvoir faire une fois là-bas. Ils arrivèrent après quelques heures sur le lieu où les Haradrims avaient campé, et le coeur de Legolas se serra à la vue des corps qui gisaient sans vie, légèrement recouvert par le sable, et déjà dévorés par les vautours. Il sauta de son cheval malgré les protestations de leur guide, et courut vers les cadavres. L'odeur était insoutenable, mais après une brève inspection, il soupira de soulagement quand il vit qu'elle n'était pas là. Avec dégoût et regret il laissa les corps ainsi, et remontant en selle, il suivit à nouveau la caravane, les jumeaux et le nain, ravis eux aussi qu'Elen ne fasse pas partie de cette funèbre découverte.
Les regards coulaient sur eux, curieux, intrigués, malsains, jaugeant dès à présent la marchandise qui allait être mise en vente, avant même que le chariot ne s'arrête pour les libérer. Elen et Dís n'y faisaient même plus attention, car elles ne voulaient pas donner d'intérêt à ces gens. Leurs geôliers avançaient péniblement dans les tranchées serrées qui s'étaient faites à la hâte entre les étals. Il y avait beaucoup de monde, un millier d'âmes peut-être. Elen regarda autours d'elle, et son coeur se serra. Il y avait là, des femmes, des enfants, d'autres esclaves venant de diverses tribus. Si elle utilisait son pouvoir ici, il ne toucherait pas que des ennemis. Elle se mordit la lèvre inférieure, soumise à un cruel dilemme. Si elle ne faisait rien, son sort serait pire que la mort. Il était hors de question qu'elle devienne un phénomène de foire, tout ça pour égayer les journées d'hommes en manque de sensations. Jamais elle ne le supporterait. Elle se demanda si elle pouvait retourner son pouvoir contre elle-même si c'était nécessaire. Se suicider, ou ordonner à son coeur d'arrêter de battre. Le collier l'en empêcherait sûrement. Elle se donna un peu de temps pour réfléchir, histoire de ne pas faire une de ces énormes bourdes dont elle avait le secret. Dís lui avait dit qu'elle averti tout le monde, ils attendraient tous son signal à présent. Levant vers elle des coups d'oeil inquiets et incrédules. Le soleil commençait à chauffer le fer sur lequel elle était appuyée, et elle se redressa lentement, essayant de garder l'équilibre dans ces mouvements chaotiques qui berçaient leur voyage. Ils s'arrêtèrent en périphérie de l'immense campement, et elle étudia les hommes qui s'activèrent pour monter les tentes. Une femme vint vers eux, leur donnant de l'eau. Une belle femme à la peau brune, des yeux noirs profonds et une chevelure qui sentait bon les huiles florales. Elle s'aperçut qu'elle portait une marque au fer rouge sur la peau au niveau du bras. Elen grimaça, car ils l'avaient marqué comme du bétail. La femme lui tendit une louche d'eau, qu'elle prit et bu en la remerciant. Le regard de l'esclave la figea, il y avait quelque chose de mort en elle, une lumière éteinte qui lui fit mal. Serrant le poing une fois qu'elle lui rendit l'ustensile, elle prit sa décision. Elle ici, vivante, ils ne feraient plus cela. Elle pensa à Dís et à elle-même, si elles étaient vendues, imprimeraient-ils leurs chairs de la sorte ? Non ! Pas une cicatrice de plus ! Elen sentit en elle gronder une haine et une colère qu'elle avait que peu ressenti dans sa vie. Comme si celles de ses ancêtres se mêlaient à la sienne. La gemme eut un infime scintillement bleu, que personne ne vit. Ils les sortirent, et les uns après les autres, ils furent lavés pour être le plus présentables. Ils tendirent une tenue à Elen et à sa nouvelle amie, en leur disant de se changer. Elen jeta les affaires au sol quand elle vit ce que c'était, mais un homme les ramassa et lui balança à travers le visage en hurlant.
« Fais c'qu'il te dit ! Faut que tu sois en forme pour me combattre !
- Je ne veux pas me battre contre toi !
- Tu s'ras bien obligée, autrement ils nous tueront tout'les deux ! » lança Dís en haussant les épaules.
Elen la dévisagea, décidément cette femme l'intriguait. Elle posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.
« Dís ? Cela fait combien de temps que tu es esclave ?
- Trop d'temps ! Mais j'gage que j'paierai ma liberté tôt ou tard !
- Tu n'as pas peur qu'ils te vendent dans un bordel ou autre ?
- Moi ? S'exclama Dís en riant. Non ma grande ! Moi aussi j'suis pas bonne pour ça ! C'est gens du désert, ne mêlent pas leur sang avec des gens comme moi ! Tu as bien plus d'chance que ça t'arrive, qu'à moi ! »
Elen frissonna. Elle se changea rapidement, tournant le dos aux gardiens qui les reluquaient sans vergogne. A présent il était établi qu'elle ferait tout pour ce sortir d'ici, quoi qu'il en coûte. Elles étaient que peu vêtues en fait. Un bandeau pour camoufler leur poitrine, et une jupe fendue sur le côté pour qu'elles aient une liberté de mouvements, tout de même. Elen grimaça quand elle découvrit à quel point ses cicatrices étaient visibles. Mais le plus important aujourd'hui, n'était certes pas là. On les mena en plein centre du marché, et des combats avaient déjà lieux. Animant l'assemblée de cris d'enthousiasme, et l'argent circulait pour alimenter les paris. Les jumelles qui étaient avec elles, furent séparées de leur groupe pour être menées sur une estrade où les ventes d'esclaves étaient faites. Leur regard implorant perça le coeur d'Elen de part en part, il fallait qu'elle fasse vite. Vite et bien. Saisie, elle passa devant un Oliphant qui somnolait paisiblement, son cornac flattant la bête docilement. L'ombre qu'offrait l'immense pachyderme était la bienvenue. Une huée puissante monta dans les airs alors qu'un des deux adversaires était au sol. On bouscula Elen à travers ces corps serrés et extatiques, et elle eut du mal à ne pas tourner de l'oeil dans toute cette agitation. Sa respiration se fit de plus en plus rapide, et quand elle se trouva face au cercle vide où étaient les deux adversaires, elle crut qu'elle allait vomir. La chaleur, le bruit, la peur, tout cela ne donnait pas un bon mélange. Dís avait le visage fermé, apparemment déjà concentrée. Elle devait faire pareil, et se persuader que ce face à face ne serait qu'un entraînement de plus dans sa vie. Elle avait le potentiel pour se défendre, et faire quelques estropiés au besoin. Une musique s'éleva alors qu'on les menait au centre de l'arène de fortune. Ce serait un combat libre, ce qui bien évidemment l'arrangeait. Elen frémit un instant, quand elle reconnut dans les airs, les notes du morceau joué. Elles étaient semblables à celles utilisées pour sa danse. Elle eut un mystérieux sourire qui ancra une certaine perplexité chez son adversaire. Dís n'en menait pas large pour autant, car si son instinct disait vrai, la femme qu'elle avait en face d'elle si elle était réellement une descendante de la fameuse reine allait sérieusement lui donner du fil à retordre. Du coin de l'oeil Elen vit l'estrade des enchères, et les jumelles étaient apparemment le sujet de spéculations incroyables, soulevant un engouement détestable. Il fallait qu'elles se dépêchent. Un homme s'avança au centre, entre la naine et elle. Il hurla des choses qui leur étaient incompréhensibles, mais qui anima l'assemblée, et déjà elle voyait les paris reprendre de plus belle. Tout ceci lui donna la nausée. Il fit un geste, et Dís lui fonça dedans comme un sanglier, avec tout autant de force. Elle la prit de plein fouet, et tombant à la renverse, et des cris exultèrent autours d'elles. Elle secoua la tête en grommelant :
« C'est ainsi que tu veux la jouer ? Très bien ! »
Dís lui lança un superbe sourire effronté et narquois, apparemment la naine voulait jauger ses capacités au combat. Soit. Elen visa en périphérie qu'il y avait des bâtons à leur disposition. Elle en prit un, puis se décontractant la nuque pour bien reprendre ses esprits, elle releva le menton, et se positionnant, elle fit un signe d'invite à la naine, qui eut un magnifique sourire guerrier en allant s'en saisir d'un également. Elen se concentra sur la musique qui s'élevait en fond, et calquant ses pieds dessus, elle commença son ballet quand Dís revint à la charge. Des murmures craintifs s'élevèrent, et certains la regardèrent avec méfiance.
« Tu vois je te l'avais dit, de la race des guerrier ! Dit Adiusit avec un sourire alors que les deux amis regardaient le combat.
Faredj cracha par terre, et déclara la voix emplie de haine :
« Qu'on l'embroche et qu'elle crève dans cette arène ! Cette chienne a bien eu des descendants ! »
Le troisième comparse était à l'estrade de la vente aux esclaves, et il ne voyait que du coin de l'oeil ce qui se déroulait sur la surface de combat. Cependant, quand il vit Faredj faire un signe à deux de leurs hommes, il comprit que quelque chose n'allait pas. Tandis que Dís et Elen se battaient remarquablement, provoquant une excitation rare, la naine se figea quand elle vit les deux gardes avancer, armés et pénétrant dans la zone de combat. Elle fronça les sourcils, et Elen suivit son regard. Ils s'approchèrent de cette dernière, et sans un mot, ils essayèrent de la tuer sans autre forme de procès, soulevant des cris de protestations et une indignation générale. Elen leur fit face, et réussissant à désarmer l'un d'eux avec son arme en bois, elle rattrapa le cimeterre, et le tua sur-le-champs. Des hurlements de colère et d'épouvante s'élevèrent, et la naine vint à son côté :
« Là ma grande tu nous a foutu dans d'beaux draps ! »
Les spectateurs dégagèrent, et Faredj fit un signe à d'autres hommes. L'arène s'était agrandie, laissant plus de place, et le deuxième garde fut tué par Dís, qui lui brisa la nuque après l'avoir mis à terre. Des cages furent ouvertes, et des animaux en sortirent. Des félins immenses qui se jetèrent sur elles crocs et griffes en avant. Des lions, et des panthères nota Elen surprise. Mais elle n'était pas là pour faire une thèse sur la faune locale. Tenant fermement son arme, elle leva un bras en direction des bêtes, et hurla un « STOP » qui figea les animaux d'un seul coup. Des exclamations surprises s'élevèrent dans la foule qui s'était pressée pour voir ce qui se passait. Elen se redressa fièrement, et ayant un petit rire dédaigneux elle déclara « Et c'est tout ? », puis son regard se fit cruel. Elle scruta les animaux, et murmura « Vous êtes libres ! Partez à présent ! » Et cet ordre résonna dans tout le campement, créant une panique générale tandis que toutes les bêtes fuyaient en tous sens. L'oliphant s'éveilla subitement, écrasant tout sur son passage. Les félins se jetèrent dans le rassemblement, tuant tous ceux qui entravaient leur course. Dís avait la bouche grande ouverte, et Elen la gratifia d'un sourire hautain. Jetant son arme au sol elle l'avertit « Maintenant Dís ! On va jouer un peu ». Tous les esclaves qui étaient avec elle, et qui virent le signal se bouchèrent les oreilles, et Elen laissa éclater sa colère. Elle toisa Faredj qui était pétrifié de peur, et elle cria, son bijou brillant sur sa poitrine « A présent ! Tuez-vous tous les uns les autres ! Tuez-vous tous jusqu'au dernier ! ». Il y eut un moment de flottement étrange, puis quelque secondes plus tard, tous s'armèrent et se jetèrent les uns sur les autres. Les esclaves en profitèrent pour s'échapper, prenant les montures affolées qu'ils arrivaient à rattraper.
« Dís ! Prends-les avec toi ! Et retourne sur nos traces ! A deux jours d'ici, il y a une oasis ! Allez vous réfugiez là-bas reposez-vous et faites ce que bon vous semble par la suite !
- Et toi ?! Demanda la naine inquiète
- Moi ?! Je continue ma route ! J'ai une chose à accomplir !
- J'te laisse pas toute seule ma grande !
- Vas j'ai dit ! » Ordonna Elen brusquement, évitant un coup mortel d'un homme qui se jetait sur elle.
L'ordre s'imprima dans l'esprit de Dís, et elle fit ce qu'elle lui avait demandé. Faredj et Adiusit s'entre-tuèrent sous ses yeux, ce qui gorgea son âme d'un plaisir non feint. Elle évolua plus que sereinement dans cette apocalypse qu'elle avait semé. Elle alla sous la tente vide où elle avait laissé ses affaires, et se changea. Quand elle ressortit, la moitié des gens du marché étaient morts, les autres avaient fuis. Et elle ? Elle s'avança lentement au milieu des cadavres, étrangement satisfaite, telle une déesse de la Mort implacable. Le lieu ressemblait à un champs de bataille après les affrontements, quelques gémissements s'élevaient ci et là. Des chevaux couraient affolés à travers les débris des festivités, soulevant des nuages de poussière immense. L'esplanade où étaient les esclaves vendus, avaient été pulvérisée par l'Oliphant, il ne restait rien des commerçants. Des vestiges d'étals s'érigeaient comme des squelettes éventrés, déversant leurs organes à la vue et à la portée de quiconque passerait devant. Un soupçon de conscience égratigna ses pensées, mais elle le chassa de suite. Aujourd'hui, elle n'était plus ce qu'elle fut, en cet instant les sombres souvenirs des siennes avaient envahi une part de son âme. Et toutes déversaient à travers elle, leurs rancœurs, leur haine et leurs souffrances. Les étoiles de ses yeux brillaient de mille feux, et elle ne ressentait rien. Mise à part cette perception de liberté, sauvage et nue, qui affluait dans ses veines comme une drogue virulente. Quel pouvoir fabuleux ! Quelle sensation grisante ! Elle s'approcha de l'homme qui l'avait giflé le premier jour, et avec un sourire méprisant, elle tapa dans son corps sans vie, en murmurant dédaigneuse « Tu vois, tout ce paye un jour ! ». Alors qu'elle cherchait du regard une monture pour partir d'ici, elle entendit des pas derrière elle. Elle se retourna vivement, et elle eut juste le temps de voir Afalkay avant que celui-ci lui assène un coup violent à la tête avec la garde de son cimeterre, ce qui l'assomma de suite. Elle chuta inconsciente sur le corps sans vie qui amortit sa chute. Il la prit dans ses bras, et chuchota à son oreille endormie:
« Sorcière ! Je savais bien que tu étais son héritière ! Viens avec moi à présent. »
Adhughmas arrêta son dromadaire, le regard perplexe, tandis que des gens accouraient vers eux, possédés par une terreur sans nom. La caravane se stoppa à sa suite, et tous virent la panique générale qui déferla sur eux telle une vague impossible à freiner. Il y avait de tout, des marchands, des esclaves, des riches et des pauvres, et ils leur passèrent à côté en hurlant pour les avertir « kahina ! kahina ! »,tout en donnant des gestes frénétiques derrière eux pour montrer le lointain. « Sorcière ?! » s'exclama Adhughmas. Les elfes et le nain se regardèrent, ils hâtèrent le pas de leurs montures, persuadés qu'il s'agissait d'Elen. Le marchand les suivit, flairant une affaire à venir. Ils tombèrent sur le groupe d'esclaves, et Dís s'arrêta en les voyant, étonnée de voir un nain en ces lieux. Adhughmas déclara :
« Ce sont des esclaves, ils ont dû s'enfuir du marché …
- Quel marché ?! Ria sombrement Dís. Toi et les tiens z'êtes tombé sur un os ! Elle a tout détruit ! Prie pour qu'tu connaisses personne là-bas mon gars ! »
Elle planta un regard sauvage dans les yeux du marchand, qui frissonna face à la haine qu'il put y déceler. Elle arrêta ses compagnons d'infortune, et reluquant les elfes elle questionna :
« Vous êtes là pour elle n'est-ce pas ?
- Oui ! Elenluinë .. informa Legolas inquiet.
- Elle a fichu une sacrée pagaille ! Et nous a sauvé la vie ! Elle a voulu rester là-bas, des choses à faire apparemment ! Mais j'ai une dette ! Si vous y allez j'vous accompagne !
- Non. Allez à l'oasis, sauvez les rescapés de cet enfer, fit Legolas en regardant la naine, je vais la chercher !
- Pas seul Legolas ! Je viens ! S'écria Gimli.
- Et moi aussi … ajouta Elrohir calmement.
- Très bien, vous et Elladan, je vous charge d'eux, on se retrouve là-bas !
- Bien, en c'cas j'attendrais, je pars pas sans elle ! » Déclara Dís avec conviction.
Legolas eut un sourire bienveillant, reconnaissant chez cette femme, la même bravoure et la même loyauté que chez son ami Gimli. Ils se séparèrent alors, Legolas menant Vailima à sa suite. Adhughmas héla alors qu'ils s'éloignaient « Et... Et moi alors ?! » Legolas se retourna et répondit avec un large sourire « Faites ce que bons vous semble ! Je n'en ai cure ! Merci encore ! ». Le marchant pesta et jura, puis grommelant quelque chose d'incompréhensible, il les suivit jusqu'au marché. Une fois arrivés, la désolation qu'ils trouvèrent les figea sur place. Ils avancèrent prudemment dans les décombres, et Legolas eut très peur. Seule une énorme colère avait pu déclencher une telle facette de son pouvoir. Il descendit de cheval, et s'affaira pour la retrouver, Gimli et Elrohir en faisant tout autant. Après de longues minutes, Gimli et lui se retrouvèrent au milieu de l'endroit déserté, et ils virent Adhughmas récupérer une tonne de marchandise, chargeant plus que de raisons ses bêtes. Et en en récupérant d'autres au passage. Il leur fit signe et ils l'entendirent crier de loin « C'est un plaisir de marcher dans vos pas Messires ! » puis il éclata de rire, consternant les deux amis au passage.
« Par les Valars ! Où est-elle ?! Elle ne devrait pas être loin !
- J'ai cherché partout, il n'y a aucune trace. Si elle avait été avec nous lors de la guerre de l'Anneau, elle aurait instauré une belle pagaille dans les rangs ennemis ! S'exclama Gimli amusé.
- Ou dans les nôtres … quelque chose de néfaste est à l'oeuvre Gimli. Je ne la reconnais pas dans ces agissements … énonça Legolas d'une voix triste. Il me tarde de la retrouver, il faut faire cesser cette folie, cette douleur que je perçois dans chaque recoin de cet endroit. Je les ai déjà senti, à Edoras, et cela mon ami, me remplit plus d'effroi que n'importe quel Nazgûl ! »
A ce nom Gimli grimaça, et il resta pragmatique quand il annonça « Au moins voilà une tonne d'ennemis à ne pas combattre, c'est déjà ça !
Mais Legolas ne partageait pas cet avis, il n'y avait pas que des guerriers, ou des soldats ici, il y avait également des esclaves, des femmes, qui n'avaient rien fait pour mériter cela. Voilà donc le revers de la médaille avec ce pouvoir, c'est qu'il ne faisait pas de distinguo. Legolas serra le poing, une colère singulière animant son regard, il fallait qu'il l'arrête au plus vite. Qu'il la sauve d'elle-même, ou plutôt, de ce qui la possédait. Cherchant du regard un éléments de réponse, un point de départ à leurs recherches, il vit une ombre noire s'approcher d'eux en volant. L'oiseau exécutait un vol en rase motte au-dessus des corps sans vie, et se posant devant eux, il cria une fois.
« Va-t-en mocheté ! » Hurla Gimli en faisant de grands gestes pour le faire fuir.
Le vautour noir s'envola légèrement dans un battement d'ailes lourd et violent, puis fixant ses yeux rouges sur Legolas, il cria à nouveau en venant se poster devant lui. Lui tournant le dos, il marcha quelques pas vers le désert, puis voyant que l'elfe ne comprenait pas, il recommença.
« Devons-nous le suivre ? Demanda soudain Elrohir qui revenait de son inspection.
- Je pense oui, mais restons prudents, je n'ai pas confiance en cet animal, déclara Legolas en aiguisant son regard.
- Oui, il dégage quelque chose de méphitique, renchérit Elrohir.
- Moi j'dis ! Il fera une bonne fricassée si il nous ennuie de trop ! » lança Gimli en soulevant sa hache.
L'animal dut le comprendre car il hurla dans sa direction en faisant de grands mouvements avec ses ailes, visiblement très énervé. Legolas le fixait en silence, puis captant son attention, il fit « Guide-nous ». L'oiseau émit comme un croassement à nouveau, et attendant que les elfes et le nain remontent à cheval, il les conduisit une nouvelle fois dans le désert.
