Chapitre 10 : Coups et pressentiments
Santana courait ce matin-là. Comme une dératée, comme une âme en peine, comme si son cœur allait s'arrêter à tout moment, bref, sans perdre une seconde. Les passants la regardaient traverser les rues avec des yeux exorbités. Elle courait, le regard rivé droit devant elle, brillant d'une lueur de joie féroce. C'était une journée ensoleillée et plutôt chaude. Même le portail des Pierces, grand ouvert, ne put la ralentir. Elle entra en trombe. A bout de souffle elle grimpa quatre à quatre l'escalier jusqu'à la chambre de Brittany. Mais celle-ci n'était nulle part en vue. Cherchant son souffle, les mains sur les hanches, elle jeta un coup d'œil distrait par la fenêtre et aperçu une chevelure blonde dans le jardin (ou le parc, enfin quel que soit le nom qu'on pouvait donner à une telle propriété). Elle grogna et fit chemin inverse, respirant comme elle pouvait, contourna la maison et courut vers la blonde. Qui, faisant volte-face, se trouvait être Annie. Santana s'étrangla et, presque vaincue, s'autorisa une pause, pliée en deux, les mains sur les genoux. La jeune fille la regardait d'un air interrogateur, puis, lorsque l'amie de sa sœur releva la tête vers elle d'un air suppliant, elle sourit et pointa le doigt vers… le garage. La brune la remercia d'un regard et repartit en courant vers la direction pointée.
Enfin sa course folle fut récompensée : elle sut que Brittany se trouvait là avant même d'entrer. Ce n'était pas vraiment un garage d'ailleurs, mais plutôt un genre de cabane façon hangar que les Pierces gardaient pour leurs filles, Brittany entre autres qui y entreposait sa motocross. C'était un peu son endroit. Santana ne se stoppa finalement qu'au seuil de la pièce. C'était très mal rangé. Il y avait des vieux objets entassés partout, le genre dont on ne se sert plus mais « qu'on garde », sans vraiment savoir pourquoi, et de nombreux outils trainaient un peu partout. Il y avait même un frigo. La blonde était de dos à l'entrée, penchée sur dieu savait quoi de son engin, visiblement enduite de cambouis, ses cheveux noués en queue de cheval. Santana la contempla quelques secondes. Assez pour que Brittany sente son regard et se retourne. Elle se releva en souriant.
« …San ! »
Mais elle n'eut guère l'occasion d'en dire plus, car Santana s'était approchée à grand pas avec un immense sourire, avait empoigné son visage (plein de cambouis donc) et l'embrassait à présent passionnément. Elle sentit d'abord la surprise de la blonde, mais elle ne mit pas longtemps à répondre avec la même intensité.
Santana Lopez ne courait jamais en pleine rue sans raison valable.
Emportées dans leur élan, et sans interrompre une seconde leur contact, Santana la repoussa jusqu'au mur, où, revenant vaguement à la raison, elle s'écarta légèrement. Elle avait à nouveau le souffle court, mais ça valait le coup cette fois.
« Tu m'as manquée… » Soupira-t-elle en posant son front contre le sien.
Elle vit que Brittany souriait doucement, les yeux fermés. La brune ignorait si son imagination lui jouait des tours, mais il lui semblait que plus le temps passait, plus leur relation devenait fusionnelle. Chaque seconde en son absence plus douloureuse, chaque seconde avec elle plus près du paradis. Elle imita son amie, et ferma les yeux.
« San… » Répéta la blonde.
Elles se tinrent immobiles, sans aucune conscience du monde extérieur ou du temps qui passait. Santana en avait oublié la raison de sa venue. Elle sourit.
« Tu me rends dingue. »
Et soudain, elle se dégagea et fit quelques pas en arrière. Mal lui en prit, Brittany, qui n'était pas la dernière pour ce qui était des réflexes, l'attrapa par la taille et la jeta littéralement dans un vieux fauteuil poussiéreux qui trainait là, avant de se poser sur ses genoux. Santana protesta pour la forme, elle avait abandonné avant même que Brittany ne la touche.
« Alors… » Commença la blonde, en tortillant une mèche brune.
Santana attendit la suite en dissimulant mal son impatience. Suite qui ne venait pas.
« …Alors, oui ? »
« Hein ? »
C'était une conversation ridicule mais elles étaient trop absorbées pour le remarquer. La blonde la regardait sans comprendre.
« C'est à toi de parler San, tu avais quelque chose à me dire non ? »
La brune grogna à nouveau.
« J'ai oublié. A cause de toi. »
Brittany tira un peu sur la mèche en réponse.
« Non en fait, je m'en souviens ! » S'exclama soudain la brune en se redressant, ce qui manqua de faire tomber son amie de ses genoux. « Britt, ça y est, j'ai remboursé l'hôpital ! »
Il y eut un léger silence durant lequel le sourire inébranlable de la brune accueillit l'expression étonnée de Brittany, jusqu'à ce que le visage de celle-ci se fende d'un sourire aussi long que la Californie.
« C'est génial San, je n'ai jamais douté que tu y arrives, tu es la meilleure ! »
La blonde sauta sur ses pieds et l'entraina dans une joyeuse danse désordonnée. Essoufflées, elles s'écartèrent l'une de l'autre en éclatant de rire. Santana se laissa tomber de nouveau dans le fauteuil. Elle admira Brittany, qui continuait de tourner sur elle-même lentement, les joues rouges, les cheveux légèrement ébouriffés…
La sonnerie stridente du téléphone, un palier plus bas, la fit sortir de sa somnolence. Elle se frotta les yeux avec des mouvements engourdis. Elle entendait une voix, certainement son père, qui répondait à l'appel. Elle avait l'impression que le soleil de cet après-midi-là l'éblouissait encore. Elle se redressa et parcouru la pièce d'un regard endormi. Sa chambre. Tout tournait et elle se rallongea presque immédiatement. Elle voulait replonger dans le souvenir comme elle venait de le faire, ce jour de soleil et de joie, éclatant, où l'avenir semblait s'ouvrir pour elles. Mais ça ne s'était pas passé ainsi et maintenant, elle n'arrivait pas à retrouver ce bien-être. Il faut dire qu'elle avait tout gâché. Elle avait l'impression d'avoir aussi perdu Brittany. Comment avait-elle encore pu les mener dans cette impasse ? Lentement, elle replongea dans l'inconscience qui la soulageait.
Après la scène où Santana avait annoncé la bonne nouvelle à Brittany, elles avaient passé la journée ensemble. Puis la semaine entière. En fait, elles ne se quittaient presque plus, trouvant toujours le moyen de dormir avec l'autre et, si cela s'avérait impossible, de rester ensemble le plus longtemps possible. La vie de Santana, qui avait été plutôt mouvementée ces derniers mois, semblait enfin prendre une pause pour respirer et vivre. Sans la pression de l'argent et des problèmes de santé, la vie avait un goût merveilleusement savoureux. Elle se sentait mieux que jamais, ce qui se traduisait par exemple par de soudains actes de gentillesse absolument inattendus (si bien que cela déclenchait parfois des catastrophes : Berry avait été si surprise lorsque Santana lui avait proposé de l'aider à porter ses affaires qu'elle avait laissé tomber son plateau repas sur Finn, ce qui en fin de compte n'était pas si grave) et une énergie sans borne, très loin de ses semaines de convalescence. De plus, son "travail" lui rapportait énormément d'argent, surtout depuis qu'elle en avait terminé avec les factures. Elle se considérait donc comme riche, en pleine possession de ses moyens, et accompagnée de la plus belle fille du monde. Le paradis lui-même faisait pâle figure à côté de sa situation.
Mais celle qui donnait du sens au tableau d'ensemble, c'était bien sûr la blonde, pour qui son cœur battait encore à sa vue comme si c'était toujours la première fois. Mais un jour d'avril, tout bascula à nouveau, car rien n'est éternel.
Santana sortait d'une journée de cours particulièrement harassante et ne rêvait que d'un bain avec Brittany, ou quoi que ce soit d'autre avec elle qui la détende (le pull à paillettes violacé de Porcinet à lui tout seul l'avait épuisée). Il avait fait gris et pluvieux, mais même le mauvais temps ne pouvait entacher sa bonne humeur devenue coutumière. Ce jour-là était particulier car Brittany n'était pas venue en cours pour une journée de stage en danse. Elles avaient prévu de se retrouver chez la blonde dès la fin des cours. Elle marchait donc en direction de la rue de la maison des Pierces. Quelques gouttes se mirent à tomber avec un bruit mat.
Elle apercevait presque leur portail lorsqu'une voiture la dépassa lentement. Elle la suivit pensivement des yeux, totalement ailleurs. La voiture continua avant de se stopper un peu plus loin, près du trottoir. Juste devant la maison de Brittany. Santana fronça les sourcils et, instinctivement, s'arrêta. Quelque chose clochait. Elle connaissait très bien la famille de Brittany et leurs amis, si bien en fait qu'elle aurait pu jurer qu'elle n'avait jamais vu ce pick-up vert ardoise. A nouveau presque inconsciemment, sans vraiment réaliser ce qu'elle était en train de faire, elle se posta derrière un arbre proche et patienta. Elle plissa les yeux et se rendit compte qu'elle distinguait parfaitement qui était dans la voiture par le pare-brise arrière malgré les grosses gouttes éparses qui tombaient dessus.
C'était Brittany et Sébastian, qui était, visiblement, au volant. Santana manqua de s'étrangler. Mais la suite ne devait guère la rassurer. Leur tête se penchait lentement l'une vers l'autre. Etrangement, elle pouvait voir que Brittany parlait tout en s'approchant du garçon. Enfin, leur lèvres se joignirent dans une étreinte visiblement maladroite.
Santana, elle, n'avait pas attendu de voir le baiser. Cette fois, elle ne s'enfuirait pas. Dès qu'elle avait repris ses esprits, elle avait bondi en avant et marché à grand pas vers la voiture. Si bien qu'ils avaient à peine commencé à s'embrasser qu'elle ouvrait d'un geste brusque la portière de Sébastian et l'attrapait par le col. Elle le sortit d'un seul geste, sans effort tant sa rage la portait. Elle le repoussa avec force et le garçon tituba quelques pas sur le trottoir, cherchant son équilibre. Il écarquillait les yeux, visiblement déboussolé de cette attaque soudaine. Dans le lointain, comme brouillé par sa fureur, Santana crut entendre vaguement Brittany lui hurler « Non San ! » mais elle était trop aveuglée pour y prêter attention. Elle agrippa à nouveau le garçon par le devant de sa chemise, et lui planta en pleine figure, de toute ses forces (et ce n'est pas peu dire), son poing fermé, véritable concentration de la violence que le baiser avait déclenché en elle. Son visage partit à la renverse, de même que son corps, mais elle le tenait toujours. Elle frappa à nouveau, puis encore, et encore, et cela jusqu'à ce que Brittany surgisse soudain dans son champs de vision rétrécit par sa fureur pour s'interposer entre elle et ce qu'il restait du visage de Sébastian, visiblement à peine conscient. Elle l'avait vraiment massacré. Elle s'en aperçut en croisant le regard de Brittany, qui la ramena immédiatement à la réalité. Elle posa ses yeux sur sa victime, encore pleine de colère, mais se calma encore un peu en découvrant les dégâts : son nez et son arcade ouverte saignaient abondamment, un de ses yeux commençait déjà à enfler, sa lèvre était fendue et son nez prenait un angle étrange, improbable. Elle ne ressentait aucun remord mais l'expression de Brittany l'effrayait.
La blonde se retourna vers Sébastian qui s'était laissé tomber au sol. Elle s'agenouilla près de lui et lui parla à voix basse, en touchant doucement ses plaies ce qui le faisait grimacer. Santana croisa les bras et attendit. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû, qu'elle aurait dû se contrôler et éviter ainsi cette scène ridicule de jalousie. Maintenant, il avait tout gagné : le baiser, sa compassion, et il avait conservé sa dignité en devenant la victime innocente. Elle, elle était la bête sanguinaire, l'émissaire de la jalousie. Mais elle ne pouvait simplement pas rester là et le regarder… quoi ? Lui prendre sa copine ? Brittany était bien plus que ça, et Santana ne partageait pas. Mais au-delà de ça, elle savait que Britt n'osait parfois pas dire non, et elle refusait de la laisser se faire entrainer dans quelque chose que la blonde pourrait ensuite regretter. Elle ne voulait pas la voir malheureuse.
Lorsque celui-ci, après d'interminables échanges de « tu es sûr que ça ira » - « mais oui ne t'en fais pas » fut enfin repartit, la blonde se retourna vers elle, les yeux brillants de colère. Elle débuta la dispute sans même attendre de se trouver en terrain plus privé.
« Non mais ça va pas San ? Ça te prend souvent de tabasser des gens comme ça ? »
Très bien, Santana se sentait parfaitement d'attaque.
« Pardon ? Et toi, ça te prend souvent de te taper des mecs, comme ça ? Excuse-moi d'exister mais tu es avec censée être moi, Brittany, pas comme une amie mais comme un couple, tu vois l'idée ? UN COUPLE. Et toi tu fleurtes avec ce.. ce... »
« Tu aurais pu le tuer de tes mains, là, sur place, sans même chercher à savoir pourquoi ou comment, tu t'en fiches parce que tu ne penses qu'à toi, et que tu ne vois que ce que tu veux bien voir !»
Santana s'approcha jusqu'à ce que leur visage ne soient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
« Il n'y avait rien à savoir B. J'ai très bien vu et toute les explications foireuses du monde n'y changeront rien. Tu n'en as simplement rien à foutre de moi, ou du fait que je peux ressentir quoi que ce soit. Tu n'as… tu n'as même jamais pris notre relation au sérieuse, c'est du vent tout ça, du VENT ! »
Brittany leva le bras et la gifla. Il y eut un moment de silence où Santana resta figée, interloquée.
« Je… » Balbutia-t-elle la main sur sa joue rougie.
Brittany semblait pendant ce temps réaliser où elles se trouvaient. Elle prit la brune par la main, et l'entraina chez elle, du moins, derrière le portail qu'elle referma.
« Tu es idiote, tu le sais ça, San ? » Fulmina-t-elle un ton plus bas devant le regard abasourdi mais déjà à nouveau flamboyant de la brune. Celle-ci ouvrit la bouche pour répondre mais Brittany poursuivit en haussant la voix : « Tu n'as jamais rien dis de plus idiot dans ta vie, ça dépasse même tout ce que moi, j'ai pu dire. Je ne te ferai pas un discours. Simplement ces mots : je t'aime, et tu le sais très bien. Je ne me justifierais pas pour ce que j'ai fait parce que ça n'a absolument aucune importance et que tu sais qu'il n'y a qu'à toi que je donne vraiment tout. Que j'aime vraiment. Tu es l'amour de ma vie San, il n'y aura personne d'autre que toi. »
« Mais Britt, tu l'as embrassé, tu n'étais pas juste « avec lui », tu étais… sur lui presque. Tu sais ce que ça me fait, à moi ? Tu as une idée de ce que je peux ressentir ? Et tu t'étonnes que j'ai envie de le tuer ? Un couple, B, c'est deux personnes qui s'aiment, et qui se font confiance pour savoir ce qui blessera l'autre et l'éviter en conséquence. Je suis désolée mais ton comportement n'est pas du tout en accord avec cette définition. »
Elle avait voulu adopter un ton froid et tranchant, mais sa voix s'était plusieurs brisée et elle retenait à grand peine ses larmes. Elle se sentait humiliée, honteuse, et pire que tout, elle sentait qu'elle n'arrivait pas à expliquer clairement à Brittany son erreur. Celle-ci dût en avoir marre de leur dispute car elle se jeta sur les lèvres de la brune et la repoussa jusqu'à la plaquer contre le portail en fer, qui était frais contre son dos. Sans répondre au baiser, Santana s'écarta et les yeux brillants de larmes, elle recula.
« Désolée », fut tout ce qu'elle put chuchoter, avant de tourner les talons et s'enfuir en courant.
Elle en était donc là lorsque, plusieurs heures plus tard, elle sortait en sursaut de ses souvenirs heureux à cause d'une sonnerie de téléphone. Ses yeux et sa gorge lui faisaient mal à force d'avoir pleuré. Elle ne savait plus très bien précisément ce qui lui faisait mal : la scène qu'elle avait vu, la réaction de Brittany qui la laissait penser qu'elle ne l'aimait pas (l'avait-elle jamais aimé ?), le fait qu'elle ait laissé la violence prendre le dessus…
Soudain, comme faisant écho à la sonnerie du téléphone, elle entendit qu'on frappait à la porte. Elle ferma les yeux et feinta le sommeil. En bas, le visiteur entrait, elle entendait des voix sourdes qui se saluaient. Puis, ce fut des pas dans l'escalier. On ouvrit sa porte tandis qu'elle restait immobile et écoutait les pas de cet inconnu qui s'approchait maintenant d'elle. Ce fut son odeur qui la trahit avant même qu'elle ne l'ait touchée. Elle se releva et se jeta à son cou, d'une manière un peu désespérée.
« Britt ! »
Tout était oublié, effacé. En une étreinte, elles s'étaient pardonnées. Et même si elles s'excusèrent tour à tour une bonne centaine de fois sans se lâcher, elles savaient que rien ne les sépareraient. Brittany passa la nuit chez Santana. Lorsque les effusions de "pardon" eurent cessés, le silence retomba et seules les étreintes demeurèrent.
« J'étais triste aujourd'hui, comme tu n'es pas venue en cours. »
Santana sentit son regard sur son visage.
« …Une fois de plus », ajouta presque timidement la blonde.
Là, Santana se retourna vers elle et scruta son expression.
« Tu m'en veux ? Je te l'ai dis, B, j'ai des trucs à faire, à régler, je travaille, et ce n'est pas forcément un mal de rater les cours de Schuester… »
« Mais tu as raté les quatre derniers cours du Glee club, en plus on prépare un numéro avec des claquettes et… »
« Ils se débrouillent très bien sans moi,» trancha la brune d'un ton sans appel. Puis, devant l'expression peinée mal dissimulée de son amie, elle ajouta plus doucement : « Mais je reviendrai, promis, donne-moi simplement un peu de temps, hein ? »
Des heures plus tard, au milieu de la nuit, elle se réveilla en sursaut et chercha immédiatement la blonde à côté d'elle, à tâtons. Elle n'eut pas à chercher longtemps, elle était accrochée à elle, bouche ouverte, les cheveux étalés sur l'oreiller. Santana sourit à cette vue. Elle lui caressait les cheveux et savourait l'instant lorsqu'elle le sentit. Elle sentit très précisément monter une immense angoisse qu'elle réprima comme elle pouvait. Quelque chose de terrible était en train d'arriver. Allait arriver. Quelque chose d'énorme et d'irrépressible. Elle se rapprocha de la chaleur de la blonde sans pouvoir se départir de son inquiétant pressentiment. Lorsque cela arriverait, car elle était certaine de ne pas se tromper, il lui faudrait être prête. Alors, il lui faudrait prévenir tout danger, et surtout, surtout, protéger Brittany. Elle, peu importait, mais la blonde, elle pouvait tout lui offrir.
Elle se leva, encore en proie au malaise, et se dirigea vers les toilettes.
« Mais… qu'est-ce que… qu'est-ce qu'elles font ? » bégaya soudain la blonde alors qu'elles se dirigeaient vers l'arrêt de bus direction chez Santana.
Elles sortaient de McKinley côte à côte et Santana lui racontait comment Quinn essayait de se rapprocher de Rachel pour participer au prochain duo lorsque la blonde s'était brusquement arrêtée, l'air abasourdie.
Santana suivit son regard et plissa les yeux (elle sentait que sa vue était de plus en plus déficiente ces derniers temps et cette pensée à un moment si inopportun l'agaça). Britt avait besoin d'elle. Enfin, elle distingua ce qui avait fait bondir son amie : deux filles étaient aux prises l'une avec l'autre un peu plus loin dans la rue, l'une d'elle, une petite blonde était d'ailleurs en mauvaise posture et allait bientôt finir au sol. Elle vit alors Brittany bondir et courir vers elles. Elle comprit avec quelques secondes de retard que c'était Annie, la fille blonde, et partit à la suite de son amie pour l'aider.
Elles séparèrent les deux furies, qui continuèrent de se lancer des insultes avant que Santana ne fasse déguerpir l'autre fille, qui la connaissait déjà de réputation. Annie était dans un état lamentable, ses vêtements étaient déchirés à plusieurs endroits, et un bleu violacé grossissait sur son front. Son maquillage avait coulé, elle avait certainement pleuré. Ses yeux étaient légèrement vitreux. Brittany la prit dans ses bras. Santana, elle, lançait un regard dissuasif aux curieux qui s'approchaient un peu trop. La petite sœur de Brittany se laisser consoler sans un mot. Elles décidèrent de rentrer plutôt chez Brittany pour accompagner Annie, au cas où elle ferait une autre mauvaise rencontre. Sur le chemin, Brittany la questionna.
« C'était qui, cette fille ? »
Annie renifla.
« C'était personne. Je la connais pas. Elle m'a demandé du feu, et quand j'ai voulu le récupérer, elle a commencé à être agressive. Je voulais juste récupérer ce qui m'appartenait. »
Santana leva les yeux au ciel.
« On ne se bat pas pour si peu, cette fille a manqué de t'arracher un œil Ann. »
"Ann" lui jeta un regard noir.
« Et c'est toi qui dis ça ? Excuse-moi j'avais oublié que tu étais l'exemple même de la patience et de la tolérance.»
« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, et surtout pas de tolérance. »
Les deux filles s'étaient arrêté et se lançaient des regards noirs. Brittany se plaça entres elles.
« Non mais qu'est-ce qu'il vous prend ? On dirait un Shue/Sue là, j'ai pas envie que vous vous mettiez aussi à vous lancer des ordures dessus. »
La mine courroucée de la blonde et ses paroles furent plus fortes que Santana, et elle éclata de rire, rapidement suivit par Annie.
« J'aimerais bien voir Sue lancer des ordures sur Shuester tiens ! » éclata la brune sans pouvoir cesser de rire.
Elles arrivaient devant la demeure des Pierces et elles riaient encore. Brittany leur fit soudain signe de faire silence et chuchota à l'adresse des deux autres :
« Je vais passer en premier pour voir où sont les parents, il ne faut pas qu'ils te voient comme ça ils vont encore dire que je t'ai roulé dessus en motocross. »
Santana écarquilla les yeux. Britt avait vraiment fait ça un jour… ? Elle n'eut pas l'occasion de le lui demander car celle-ci avait disparu derrière le portail des Pierces. Elle se tourna alors vers Annie, et soupira devant son allure.
« Il faut qu'on t'arrange, attends, ne bouge pas. »
Elle remit quelques mèches en place pour cacher le bleu et épousseta ses vêtements. Elle cherchait un mouchoir pour nettoyer le mascara qui avait coulé lorsqu'elle songea à poser la question qui lui trottait dans la tête.
« Soyons honnête un moment, cette histoire de briquet c'est du pipeau. »
Annie planta son regard dans le sien. Santana remarqua combien ses pupilles étaient dilatées.
« Oh Ann… Pas encore », soupira-t-elle.
« Tu me ressembles plus que tu ne le crois », fut tout ce qu'elle obtint pour réponse.
