Chapitre 11
House sirotait son verre de bourbon au bar de Jerrish Mount. Will discutait à l'extérieur avec Jack, son ami de toujours, le plombier du village. La canicule était tombée sur la Californie depuis deux semaines, et c'était devenu insupportable. Les enfants, maintenant en vacances scolaires, restaient à l'intérieur. Dehors, le soleil les aurait assommés sur le coup. House regardait distraitement les galopins galoper () autour de lui. Autrefois, il aurait été exaspéré par leurs cris et leurs pleurs. Aujourd'hui il y était indifférent, et à tel point que lorsque l'un d'eux tomba contre ses jambes il le releva en le prenant sous les aisselles, vérifia qu'il voyait toujours clair et lui ordonna de retourner jouer. Le marmot lui fit un sourire rayonnement et s'éloigna. Un sourire furtif naquit vaguement au coin de ses lèvres.
Il n'était pas compliqué pour les villageois de comprendre qu'il était dans un état second. En effet, il était parti sans prévenir pendant une semaine à la fin du printemps. Ca faisait bien un mois qu'il était rentré maintenant, mais depuis il était dans cet état étrange. Personne ne savait d'où il revenait. Un soir, les joueurs de poker avaient évoqué le sujet, Will avait lancé qu'il s'agissait d'une femme. House avait souri. Puis il était parti, mais toujours le sourire aux lèvres, les laissant sur leur faim.
En cette fin d'après-midi, il prit le temps de finir son verre, et il quitta l'assemblée. Il était heureux car c'était la pleine lune, et pendant la canicule il pouvait dormir dehors, au bord du lac. Ca allait être magnifique. Il rejoignit donc sa demeure, puis il parti pour son ascension vers le plateau et le lac Nacimiento.
La voiture s'arrêta à hauteur d'un bar. L'établissement semblait être le centre d'activité du bourg, car on pouvait entendre des enfants rire et courir à l'intérieur. Cuddy remercia l'homme qui l'avait amenée de San Simeon jusqu'ici, à ce minuscule hameau que l'on appelait communément Jerrish Mount, mais qui n'était indiqué sur aucune carte. Elle descendit et la chaleur l'empoigna. Elle avait bien senti la canicule arriver, la Californie n'avait pas été épargnée. Elle s'avança jusqu'à l'entrée du bar. L'air légèrement plus frais qui en émanait dissipa sa légère hésitation et l'attira à l'intérieur. Les visages des villageois se tournèrent vers elle quand elle entra. Un silence pesant se fit. Elle sentit ses jambes se dérober sous son poids, le coup de chaleur avait été inévitable.
« Hé ! Ca va ? (elle ne savait pas d'où venait la voix)
- Elle a pas l'air bien. Pas étonnant avec ce soleil de plomb !
- Hé, Will ! Apporte-nous de l'eau fraîche !
Elle reprit ses esprits à ce nom.
- Will ? (elle avait murmuré si bas que personne ne l'avait entendue)
Un homme bourru s'approcha d'elle, un grand verre d'eau à la main, une serviette éponge humide dans l'autre. Elle leva son regard vers lui.
- Vous êtes Will Anderson ?
- Ah oui, c'est moi. Par contre je ne sais pas qui vous êtes, mais ce n'est pas une très bonne idée de se balader au soleil par un temps pareil ! Vous risquez la grosse insolation !
Sa voix trop rugueuse fit l'effet d'une bombe atomique dans sa tête. Un sourire illumina son visage, elle saisit le verre qu'il lui tendait et le but goulument.
- Vous devriez vous reposer un peu maintenant.
- Avant, j'ai besoin de votre aide.
Il la regarda, très intrigué par cette étrangère qui avait besoin de son aide à lui. Sans répondre à son air interrogateur, elle sortit une enveloppe du sac qu'elle portait à son dos. Une très petite enveloppe, dont elle sortit une simple feuille de papier. Il s'en saisit quand elle lui tendit, et lut les quelques lignes.
- Je suis à la recherche de quelqu'un, et cette personne a voulu que je vous rencontre.
Will n'avait pas de doute sur la personne en question. Il était à peu près sûr que cette femme était celle qui avait téléphoné. Instantanément, il comprit le stratagème qu'avait élaboré l'ermite. Avec un sourire malicieux, il répondit :
- Vous êtes toujours à la recherche de Grégory House ?
- Et quelque chose me dit que vous pouvez m'aider à le trouver.
- Vous l'avez manqué. Il est parti d'ici il y a une heure.
- Mais où est-il parti ?
- Ah ! Si seulement on le savait !
- Vous devez bien savoir où il habite ?
- Oui. Mais personne ne monte jamais là-haut.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est chez lui.
- Vous m'y conduisez ?
- Je crois que vous n'avez pas très bien compris ce que je viens de dire…
- Si (elle le coupa). Vous lui direz que c'est moi qui vous aie forcé.
- Vous devez impérativement vous reposer pour le moment…
Elle lui fit un regard suppliant, et Dieu sait que c'est irrésistible quand elle fait ça !!
- Je vous montrerai la maison, mais c'est tout ! »
Elle ne se fit pas prier. Ils marchèrent à l'ombre des grands arbres pour mieux supporter le choc. Elle comprenait mieux son expression « monter là-haut ». En effet, c'était pentu. Au sommet, le sentier se perdit vers une maison en bois de séquoia. Will était à bout de souffle, et elle s'en voulut un peu de l'avoir entraîné jusqu'ici. Il lui désigna la maison et la salua d'un signe de tête. Il disparut quelques secondes plus tard, faisant demi-tour sur le sentier. Elle s'avança jusqu'à la maison, en fit le tour. C'était une maison simple, sans étage, pas très grande, accueillante. Elle monta les trois marches menant au perron et s'immobilisa devant la porte. Et maintenant ? Elle caressa la porte du bout de ses doigts, comme on caresse un rêve. Alors c'était tout ? La course-poursuite s'achevait maintenant, après tant d'années ? Elle réalisait à présent qu'elle n'avait pas cessé de le chercher, et que maintenant ça y était. Elle l'avait retrouvé, et elle était là, devant sa porte. C'était du délire. Une petite maison isolée en haut d'une colline, à l'orée de la forêt, à l'écart d'un bourg minuscule indiqué sur aucune carte. Voilà où avait atterrit le meilleur diagnosticien du pays. Elle inspira profondément et frappa à la porte. Personne ne vint lui ouvrir. Elle n'entendit pas un bruit de l'autre côté de la porte, ni grognement agacé caractéristique, ni objet déplacé, ni pas feutrés. Elle frappa de nouveau, en vain. Finalement, elle posa sa main sur la poignée et appuya doucement. La porte s'ouvrit docilement, elle n'était pas fermée à clefs. Elle passa sa tête à l'intérieur. La fraîcheur de l'endroit lui fit un bien fou, et elle entra complètement, refermant soigneusement la porte derrière elle. L'intérieur était lumineux, le parquet était clair. D'une voix timide, elle l'appela. Personne ne répondit. Elle passa dans le séjour où trônait le piano qu'elle connaissait si bien. Elle ne maîtrisa pas le sourire qui s'afficha sur son visage à partir de ce moment, et qui ne la quitta plus pendant le reste de la visite. Elle laissa sa main glisser sur le vernis impeccable de l'instrument. Il y avait quelques meubles simples ici et là, mais rien de trop. C'était un mobilier rudimentaire, qui témoignait de la simplicité de la vie que l'on menait ici. Elle parcourut toutes les pièces, mais ne reconnut aucun autre objet que le piano. Le plus étrange : pas de Vicodine, ni aucun autre analgésique. Bizarrement, elle se sentait à l'aise dans la maison. Ce n'était pas top confort, mais elle supposait que c'était voulu. L'atmosphère respirait la sérénité. Elle n'avait pas très envie de quitter l'endroit, qui était frais et agréable. Mais House n'arrivait pas, alors elle dût se résoudre à rejoindre le bourg avant que la nuit tombe. Elle ne voulait pas dormir ici seule, coupée du monde. Ca avait quelque chose d'effrayant.
