[I] Chapitre 11 : Cadeaux inestimables (Shôto)


J'aimais vivre avec lui.

Et avec Katchan aussi, bizarrement.

Il mettait tous ses efforts dans la protection de Deku, quitte à supporter la situation la plus difficile qui soit pour lui. Je lui enviais cette capacité à aimer quelqu'un si fort au point d'endurer ce genre de souffrance.

J'apprenais beaucoup de notre situation et j'en étais heureux, quelque part... mais tout cela amenait conflit et trouble en moi. Je ne voulais pas faire de mal à Deku et pourtant, parfois la nuit, je n'avais qu'une envie : Laisser ce désir de lui exploser, au point de vouloir le prendre de force.

Cela me réveillait en nage.

C'était à la fois enivrant et très déstabilisant. Je n'avais jamais eu ce genre de pulsion et je n'avais aucune idée de comment la gérer.

J'esquissais toujours les premiers mouvements avant de changer d'avis. Je ne voulais pas qu'il me déteste et me voit comme une menace. Je connaissais les sacrifices qui l'avaient conduit jusqu'à chez moi, je ne voulais pas prendre le risque de le perdre...

J'avais l'impression d'avoir une double personnalité ; celle que je montrais et l'autre cachée qui s'exprimait quand j'avais envie de lui.

La moindre proximité avec lui éveillait des sensations trop fortes en moi, que j'avais toutes les peines du monde à cacher. Cela m'effrayait. J'avais peur de ce que je pouvais faire si je laissais cet aspect prendre le dessus. Je savais déjà que personne ne pourrait m'arrêter, pas même Katchan.

Au lycée, j'avais changé. La force de cette aura noire qui me suivait devait avoir diminuée, car désormais, beaucoup de mes camarades de classe venaient vers moi. Ils étaient toujours un peu effrayés, précautionneux dans leurs attitudes et leurs gestes mais c'était agréable. J'avais moins peur de mon côté, de répondre à une question ou à une sollicitation, même si l'extérieur m'effrayait toujours autant.

J'y allais doucement, ressentais les bienfaits de notre étrange arrangement, malgré moi.

Deku y était pour beaucoup, c'était indéniable, toutefois, l'autre aussi.

Nos rapports n'avaient guère évolués. On se détestait, c'était un fait. Nous aimions toutefois la même personne et pour elle, nos efforts pour se supporter l'un l'autre étaient constants et souvent éreintants. Je sentais son envie de meurtre quand j'étais trop près de Deku et lui, mon animosité quand ils étaient ensemble.

Leur lien était très fort. Une amitié étrange, compilée à une certaine attirance et répulsion à la fois. Je m'étais très vite rendu compte qu'ils ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre.

Et j'en étais vraiment jaloux.

Cette part sombre de moi voulait asseoir mon autorité de maître sur Deku, de façon que Katchan ne puisse rien faire d'autre que regarder, impuissant.

J'étais tiraillé.

Je ne regrettais pas d'avoir accepté l'explosif dans ma demeure, cependant.

Parce que ça t'amuse.

Quelque part, oui, beaucoup. Si une partie de moi admettait que sa présence était essentielle pour nous deux, il y avait ce moment intérieur, plus cruel où je pensais qu'il ne pourrait que souffrir, constatant mes liens forts avec son drôle d'ami d'enfance, amenant la conclusion de son abandon. Ainsi, Izuku serait totalement à moi et je pourrai le libérer sans risque qu'il m'échappe.

Tu lui ressembles, finalement.

Sans doute. La pomme pourrie que j'étais n'était pas tombée loin de son saleté d'arbre, finalement. Je me souvenais encore de la joie ressentie, ce premier soir, voyant ses yeux rougeoyants empli de rage de me voir si proche de Deku, son surnom sorti de ma bouche, sa main sur ma tête. Cela m'avait fait jubiler, rassuré, bercé en plus par des doigts fins dans ma chevelure si étrange, mes cauchemars soudain évanouie. J'avais pu dormir comme un bébé, ce soir-là.

C'est dans cette ambiance électrique que décembre arriva bien vite.

Je détestais décembre et son atmosphère.

Le dernier jour avant les vacances de Noël, Ashido s'est avancée timidement vers ma table.

- Todoroki... Souffla-t-elle.

Je la regardai.

- Qu'est-ce que tu vas faire pour Noël ? Demanda-t-elle d'une toute petite voix.

Je haussai les épaules.

- Rien, probablement.

Pour la première fois depuis la rentrée d'avril, elle affronta mon regard, surprise.

- Ah bon ? Ta famille n'a rien prévue ?

Pour un peu, j'en aurai souri.

- C'est toujours compliqué, la famille tu sais... Soupirai-je.

Elle comprit qu'il ne fallait pas aller plus loin.

- Oh...

- Et toi ?

J'avais demandé ça par pur politesse, je n'en avais rien à faire.

Elle hoqueta, ne s'attendant probablement pas à ce que la question lui soit renvoyée et bégaya :

- Un dî.. ner fam...ilial.

- Amuse-toi bien, alors.

Je la lassais planté là, sous le choc et sortit de la classe.

Je n'avais pas posée la question à mes deux colocataires, la réponse me paraissait évidente.

Ils passeraient cette fête en famille.

Deku rendait visite à sa mère tous les week-end. Je ne la connaissais pas mais j'avais énormément d'admiration à son égard. Quelle genre de mère laisserait son fils mineur vivre chez un étranger qu'elle n'avait jamais vu ? La confiance mutuelle de leur relation devait être immense...

- Shōto ?

Je me retournais au son de cette voix si chère à mon cœur. Deku marchait vers moi en souriant.

Ça ne faisait pas si longtemps que nous nous connaissions et je le trouvais changé depuis qu'il vivait chez moi. Sa candeur était toujours là mais moins marquée. Le charme que je lui trouvais à notre première sortie avait laissé place à quelque chose de plus magnétique.

A présent, je le trouvai beau.

Et je le voulais rien que pour moi.

- Ma mère va rejoindre mon père pendant les vacances de Noël, m'informa-t-il, une fois à ma hauteur. Katchan m'a dit qu'il le fêterait avec ses parents, alors... on sera seuls tous les deux, le soir de Noël. Ça ne te dérange pas ?

Si ça me dérangeait... Rien ne pouvait me rendre plus heureux.

Le soir même, alors que Deku était parti prendre sa douche, Katchan crut bon de me prévenir :

- Malheureusement, c'est pas quelque chose que j'ai pu éviter, Noël chez mes parents... Si tu touches à Deku, je t'explose.

- C'est vrai que l'occasion sera parfaite, répliquai-je amusé. On sera seuls tous les deux, je m'avancerai doucement vers lui, le prendrais par le col pour l'attirer vers moi et là...

- Ta gueule, me coupa-t-il, la mine sombre.

Je souris.

- Je croyais t'avoir dit que je ne voulais pas utiliser ce genre de méthode.

Il me jeta un regard incrédule.

- Tu me prends pour un idiot, Double-face. J'ai bien remarqué que tu n'attendais qu'une occasion pour lui sauter dessus.

Il était très observateur.

- C'est pas parce que j'en ai envie que je vais le faire, fis-je remarquer. Je ne suis pas comme toi.

- Tu es exactement comme moi, répliqua-t-il. C'est pour ça que je te mets en garde, ne le touche pas.

J'avais envie de faire le contraire, par esprit de contradiction. C'était plus fort que moi : J'aimais le provoquer, le faire sortir de ses gonds.

- J'essaierai de bien me tenir, dis-je en levant la main droite.

Il m'observa quelques secondes, se demandant si oui ou non, il devait me faire confiance et finit par se lever pour débarrasser la table.

Cette nuit-là, mon désir de Deku, sans doute parce que nous allions être seuls, fut plus fort que jamais. Je ne voulais pas attendre, je voulais le prendre tout de suite.

Je ne faisais plus de cauchemars depuis quelques semaines, remplacé par cette chose incontrôlable qui m'envahissait quasiment toutes les nuits.

J'étais devenu un monstre.

Tu l'étais déjà avant. Ton père t'a créé ainsi. La présence de Deku de façon permanente à tes cotés a fait en sorte que tu t'en aperçoive.

Au fond, tu l'as su dès le premier soir où il est venu à ton secours.

Tu peux le cacher derrière l'excuse de vouloir le protéger mais tu le sais, tu connais la vérité

Maintenant ce désir grandit et tu ne pourras bientôt plus lui résister.

Libère-le avant de commettre l'irréparable.

Non.

Discrètement, je me glissai hors de ma chambre pour me diriger vers le salon.

La lune l'éclairait complètement.

Positionné en chien de fusil, il dormait paisiblement, souriant légèrement.

Je sentis mon cœur fondre, il était tout simplement adorable.

Je l'aime. Je l'aime vraiment...

L'observant ainsi à la dérobée, le désir en moi se rendormit, assommé par la douceur qui émanait de lui. A cet instant, il m'apparaissait insaisissable et intouchable. J'avais peur de le salir si je le faisais.

Pourtant, ma main alla d'elle-même à la rencontre de sa tête. Elle avait presque atteint son but, quand...

- Stop.

Ma main se figea et je me retournai sur la gauche pour voir Katchan qui m'observait, bras et jambes croisés.

- On peut pas te faire confiance, alors... Constata-t-il entres ses dents serrées.

Pour une raison que j'ignorai, je tentai de me justifier.

- C'était innocent...

Une pensée me traversa, aussitôt énoncée par mon vis-à-vis.

- Vraiment ?

Je baissai les yeux, me sentant affreusement coupable. Mais de quoi au juste ? Deku m'appartenait, je ne faisais rien de mal !

- Si tu veux calmer tes pulsions, il y a un remède contre ça.

Je saisis tout de suite l'allusion.

Je contournais le canapé pour me rapprocher de lui et murmurer en souriant.

- Déjà essayé mais inefficace.

Il me rendit mon sourire.

- Trouve-toi un autre jouet.

- C'est une proposition ? Ironisai-je

A cet instant, je fus certain que si nous ne convoitions pas la même personne, nous aurions pu nous entendre à merveille, lui et moi.

- J'appartiens déjà à quelqu'un.

Mon regard vola vers Deku.

- Je ne te le laisserai pas tu sais...

- Moi non plus. Mais au final, la décision lui reviendra. Et tu n'auras pas le choix que de le libérer, peu importe qui il aime.

La cohabitation m'avait aidée à voir autre chose en lui que ce gamin colérique qu'il emmenait avec lui au lycée. Il était sans doute le plus mature et réfléchi de nous trois.

- D'ici là, il sera amoureux de moi, dis-je, sûr de moi.

Il secoua la tête.

- C'est pas aussi simple...

La semaine précédant Noël, nous achetâmes un sapin que Deku et moi décorâmes. L'atmosphère sombre de l'appartement avait changée depuis leur arrivées. Le noir avait été chassé par une lumière douce et chaleureuse, animée par des éclats de voix de différentes humeurs, selon les jours.

J'adorais ça.

J'hésitai à leur acheter des cadeaux. Ils avaient fait beaucoup pour moi, consciemment ou non. Chassant mes cauchemars, m'apprenant à rire et à m'ouvrir doucement aux autres... Je leur étais infiniment reconnaissant, malgré tout mais ne savais pas si j'avais le droit de l'exprimer si ouvertement...

Un soir où je faisais la vaisselle avec Deku, je lui demandai discrètement :

- Tu veux te balader avec moi ?

Il failli faire tomber l'assiette qu'il tenait.

- J'avais dans l'idée de faire les magasins pour acheter quelques bricoles, ajoutai-je mais je ne me sens pas encore prêt à y aller tout seul, ça te dit de m'accompagner ?

Ses mains tremblèrent.

- Tu crois que ça ira ? S'enquit-il

Je hochai la tête. J'en étais convaincu.

Le lendemain, après le départ de Katchan chez ses parents, nous partîmes à notre tour.

Le sol était recouvert par une fine couche verglacé, il ne neigeait pas mais l'air était froid. Équipés de manteaux, gants, écharpes et bonnets, nous passâmes toute l'après-midi à faire le tour des magasins. Deku voulait acheter des plantes pour égayer l'appartement tandis que je cherchai quoi leur acheter.

Rien ne me plaisait et la cohue autour de moi ne me rassurait pas vraiment. Les magasins étaient tous bondés, des voix s'élevaient dans tous les sens... Tout se mit à tourner autour de moi en fin d'après-midi.

A un moment, Deku me prit la main et nous quittâmes la galerie où nous étions. Une fois dehors, je respirai profondément et accueilli le vent froid sur mon visage avec un sourire bienvenue.

Lorsque je me sentis mieux, je me tournai vers mon compagnon d'escapade.

- Je suis désolé... Je pensais que ça irai...

Son éternel sourire était là.

- Ne t'excuse pas...C'est déjà énorme ce que tu as fait, me félicita-t-il, sincère.

Je souris à mon tour.

J'ajoutai, un brin moqueur.

- J'aimerai retourner dans ce café...

Il grimaça, puis capitula.

- Si c'est ce que tu veux...

J'éclatai de rire.

- Rentrons à la maison... On a pas encore terminé de décorer le sapin.

C'était des paroles toutes simples qui gonflaient mon cœur qui n'avait jamais connu ça, d'une joie incommensurable : Se promener avec la personne aimé, faire les magasins, rire, rentrer ensemble dans cette maison si froide pendant longtemps, maintenant accueillante, où j'aimais leur présence autour de moi...

Tel des cadeaux inestimables.

- Regarde Shōto ! Il neige !

Je le regardai, pensant à quel point je détesterais revenir à ma vie avant notre rencontre. Nous étions liés par le SCM, mais je sentais autre chose aussi. Je ne savais pas quoi exactement, cette certitude se renforçait néanmoins chaque que je posais les yeux sur lui et qu'il me souriait.

Je fis le souhait un peu fou de toujours le garder près de moi...

Cette nuit-là, mon portable se mit à vibrer.

J'écarquillai des yeux en voyant le nom de l'expéditeur.

Interdiction de quitter la chambre ! J'ai mis une boite de mouchoir sur ta table de nuit, t'as qu'à t'en servir !

Son message m'arracha un sourire et je ne pus m'empêcher de répondre :

Plutôt que ma main, je vais demander à Deku de me prêter la sienne...

La réponse ne se fit pas attendre :

JE VAIS TE BUTER, DOUBLE-FACE !

Je pouvais voir sa tête, rouge de colère, les traits durcis et la fumée lui sortir des oreilles...

Cette image provoqua un fou rire.

Je l'aimais bien dans le fond, ce Katsuki Bakugo...

[]

- Katchan ?! S'exclama Deku surpris de le voir dans le salon, à une heure très matinale le lendemain.

Derrière lui, je secouai la tête, amusé.

- Tu n'as rien ? Demanda-t-il à son ami d'enfance.

- Euh... Non, tout va bien...

Les traits tirés, de petites cernes sous les yeux... Le blond n'avait visiblement pas dormi de la nuit.

Il tira une chaise et s'assit dessus, soulagé.

- On s'apprêtait à petit-déjeuner, je te sers un bol ?

Katchan hocha vaguement la tête.

Deku se leva.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Il me jeta un regard noir, pour me signifier qu'il ne fallait pas que je lui adresse la parole.

- Qu'est-ce que tu là ? Renchérit Deku, derrière nous.

- Je vais passer Noël ici, finalement.

J'étouffais un gloussement, la bouche cachée dans mon avant-bras. Je ne voulais pas qu'ils le remarque, c'était trop gênant. Les contractures de mon abdomen et de mes lèvres en décidèrent autrement cela dit. Je commençais à avoir mal à force de le contenir. Il voulait sortir, suppliait la délivrance du tréfonds de mon corps...

Il fut finalement déclaré vainqueur du duel, impossible de le retenir plus longtemps. J'éclatais de rire si bruyamment que Deku faillit faire tomber le bol de riz qu'il allait poser sur la table.

Je riais pendant de longues secondes, à en avoir les larmes aux yeux. J'eus du mal à maintenir une position assise sur ma chaise, plié en deux, mes bras à hauteur du ventre pour tenter de calmer mes crampes. Cela ne m'était jamais arrivé, faisait un bien fou ; comme si le poids porté toutes ces années devenait plus léger, le temps de sa durée.

Tu es jaloux à ce point ?

Je finis par me calmer, me disant que j'aurais probablement réagi de la même façon, à sa place.

Je recueilli une larme qui perlait du coin de l'œil et la regardait en souriant.

- Maman avait raison... Murmurai-je. On peut vraiment pleurer de rire, alors...

Encore quelque chose d'inestimable...

Mes colocataires me regardaient, avec la même expression effarée sur le visage.

Noël cette année fut le plus beau de ma vie.

La joie de Deku fut tellement communicative que nous nous laissâmes portés et abdiquâmes à la moindre requête : Porter des chapeaux ridicules, chanter à tue-tête, jouer à des jeux de sociétés...

Vint la distribution de cadeau. Je tendis une boite à chacun en déclarant :

- Je sais que la situation est compliquée entre nous mais j'apprécie de vous avoir ici. C'est sincère.

Ils ouvrirent les contenants pour découvrir des écharpes de couleur bleue ciel soigneusement rangées.

- C'est fait main, précisai-je, un peu gêné, alors qu'ils dépliaient les vêtements. C'est pas de la grande couture mais je me débrouille, alors...

- Elle est magnifique ! S'écria Deku admiratif en l'enroulant autour de son cou.

- Pas mal, consentit Katchan en contemplant la sienne.

Je libérais un discret soupir de soulagement.

Plus tard, l'explosif m'offrira une boite de mouchoir, triple épaisseur qu'il partira chercher dans sa chambre et je recevrai de la part de Deku une paire de basket.

Ce dernier donnera à Katchan une montre, en revanche, lui n'aura rien en retour.

La soirée de Noël et notre première année au lycée Yuei s'acheva dans les sourires, les cadeaux de toute sorte, et le rire innocent de notre si précieux ébouriffé...

Que nous réservait notre deuxième année ?