Chapitre 11- Un jour, ça ira mieux
Prompt « Orchidées »

Trois mois sont passés depuis le premier appel. Carnaval fut un succès, Tonio entrainant Pansy dans tous les bons coins, cette dernière prenant un nombre infini de clichés et de souvenirs. Les couleurs flamboient encore dans ses rétines jusqu'à aujourd'hui, tandis que la musique résonne de temps à autres dans ses tympans cette semaine de fête la marqua totalement, en bien. Pansy a le rire facile depuis, tout à fait ébahie par ce pays, cette culture, qui chaque jour la ravit davantage. Blaise lui dit souvent que le Brésil lui a redonné gout à la vie et, loin de démentir, Pansy s'extasie davantage en lui affirmant que jamais elle n'avait vu de pays aussi magique que celui-ci.

Blaise et elle ne parlent pas souvent, son ami étant affreusement occupé avec sa faculté, les devoirs à rendre lui prenant un temps fou, mais ils gardent néanmoins contact. Pansy lui raconte avec plaisir ses semaines, ses amours et sa vie, comme avant. Elle sait autant que lui qu'il y a quelque chose de différent, mais elle se satisfait de ce qu'elle possède ainsi, n'étant toujours pas prête de retourner à Londres. Elle parle plus fréquemment à Daphné, cette dernière étant toujours chez elle, ce qui inquiète un peu Pansy. Elle lui raconte sa vie, à elle aussi, gardant cette façade amicale, bien que tout son être meurt d'envie de se rapprocher d'elle, de lui murmurer des mots d'amour et de lui dire combien elle lui fait du mal, à être si belle et à ne pas l'apprécier autant qu'elle. Cependant, Pansy pense de moins en moins à Daphné, à l'amour qu'elle lui porte. Elle sait qu'il est toujours là, et qu'il ne la quittera probablement jamais, mais elle essaie de l'oublier, au moins un peu.

Son histoire avec Louna s'est éternisée. Leur soirée était supposée être unique mais Pansy s'est attachée à la brésilienne et, si elle est loin d'être amoureuse, son contact et sa présence lui font du bien. C'est comme si elle se prouvait que Daphné n'était qu'un petit souvenir dans son cœur et qu'elle ne l'empêchait pas d'aimer et de vivre. Pourtant, souvent, Pansy se sent coupable envers Louna, qu'elle sait en train de tomber amoureuse d'elle. Elle maudit sa faiblesse qui l'empêche de rompre avec elle ainsi que sa stupidité, qui ne la laisse pas s'avouer qu'elle aime toujours Daphné et que sortir avec d'autres filles n'y fera rien.

Elle a remarqué que Louna perçoit parfois des moments d'égarements, lorsqu'elle la tient dans ses bras, et elle sait qu'elle murmure le prénom de Daphné dans son sommeil. Cela ne fait que renforcer sa culpabilité mais Louna ne la quitte pas et reste près d'elle, essayant d'effacer les souffrances que laisse Daphné en elle tentant tant bien que mal de se créer sa place dans le cœur de Pansy. Cette dernière admire profondément sa petite amie pour cela, pour sa force et son amour qui l'empêchent de la laisser vulgairement tomber, alors qu'elle le mériterait. Souvent, Pansy éclate en sanglots dans ses bras et la supplie de lui pardonner, lui jurant qu'elle ne fait pas exprès et qu'elle aimerait pouvoir se donner toute entière. Louna ne fait que la prendre contre elle, dans ces cas-là, en lui murmurant qu'elle n'y est pour rien, qu'elle est simplement tombée dans le cycle infernal de l'amour, et qu'un jour cela irait mieux. Et que, ce jour-là, il n'y aura plus qu'elles, qui s'aimeront profondément. Pansy ne sait pas vraiment si Louna y croit, à ce jour utopique, digne des contes de fées, mais à force de le lui répéter, elle se met elle-même à espérer qu'il se réalise.

Des fois, blottie sous sa couette, observant le soleil à travers les nuages de Rio, Pansy se dit qu'elle devrait haïr Daphné de la faire souffrir ainsi, sans même s'en rendre compte. Elle suppose que ça serait plus simple si c'était le cas, que la détester sans s'en vouloir lui rendrait la vie plus facile. Seulement, elle sait que c'est impossible, que son amour pour elle est trop fort pour qu'il soit remplacé par quelque chose d'aussi puissant et malsain que la haine. Parfois, pourtant, elle vient à espérer que Daphné lui dise une parole ignoble, le lendemain, pour que sa colère se déchaine et que le dégout remplace l'attirance. Ces jours-là, elle fait férocement l'amour à Louna et, le jour d'après, s'en veut atrocement. Sa relation dépend de Daphné, de ce qu'elle dit, de ce que Pansy pense d'elle, car tout influence ses humeurs, et cela lui donne envie de vomir. Elle aimerait jeter au loin son cœur, avec Daphné dedans, l'oublier totalement, et vivre une vie simple et tranquille avec Louna, Tonio et Natália, ici, loin de Londres.

Seulement, elle continue de discuter avec Daphné. Elle pourrait arrêter, lui dire que cela lui fait trop de mal, mais Pansy sait comment cela finira. Le même cercle se recommencera Daphné lui manquera et elle s'en voudra de ne pas lui avoir parlé pendant autant de temps. Daphné fait partie de sa vie, qu'elle le veuille ou non elle lui est rattachée. Peut-être que cette histoire de signe marche vraiment, finalement. Elles sont liées pour toujours. Parfois, Pansy se dit que tout aurait été bien plus simple si elles ne s'étaient jamais rencontrées. Et, évidemment, aussitôt, une pensée contraire lui souffle que sa vie aurait été bien morne durant ses années Poudlard et avant si il n'y avait pas eu Daphné, mais aussi Blaise et Drago.

C'est avec Drago qu'elle parle le plus souvent, sans avoir le moindre mal. Ils se racontent leur vie amoureuse, professionnelle. Se moquent l'un de l'autre. Se taquinent, s'humilient, se disputent et se réconcilient. Avec lui, elle vit la même chose que lorsqu'elle était à Londres. Après tout, Drago n'est pas directement lié à l'histoire de Blaise et Daphné il ne fait pas parti de leur triangle amoureux. Ce n'est pas douloureux, de lui parler. Pourquoi leur lien changerait-il ? Une fois, il lui a dit regretter les anciennes années, où ils pouvaient tous se parler sans distance et retenue. Puis, voyant l'air désolé de Pansy, il a ajouté que c'est la vie, et qu'on ne peut rien y faire. Que l'amour vient comme il veut et entraine les emmerdes avec lui, que c'est le schéma normal des choses. Que ça ne rend pas ça plus agréable, mais qu'on ne peut pas se battre contre le destin. Alors Pansy a sourit et lui a dit qu'elle l'avait rarement entendu si sérieux, et la discussion a suivi. Pourtant, ses paroles ont résonné longuement en Pansy. Aujourd'hui encore, elle se le répète et se dit que ce n'est la faute de personne. Pas celle de Daphné, qui est trop belle. Pas celle de Blaise, qui l'a épousée. Pas la sienne, qui l'aime. Pas celle de Louna, ni même celle de Drago ou de Cupidon. C'est juste la vie, et il faut s'y faire.

Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance de David Zabini, né le 6 mai 20.., à 4h56.

Elles se sont disputées, hier soir. Des verres ont volé, des larmes ont coulé et, aujourd'hui, prostrée dans son lit, Pansy s'en veut atrocement. Sa réaction était stupide, celle de Louna logique. Pourtant, Pansy n'a pas pu s'en empêcher. Elle avait reçu un télégramme lui annonçant une naissance. David Zabini. Le fils de Blaise et Daphné. Ils ne lui avaient rien dit. Ils le cachaient depuis des mois, l'informant comme une vulgaire connaissance, avec un simple tract. La déception l'avait envahie, brutalement, et ses yeux s'étaient humidifiés. Elle déteste pleurer. Alors elle était sortie, s'était enfuie de la maison, alors qu'elle devait se promener avec Louna, passer la soirée avec elle. Elle s'était échappée et s'était réfugiée sur la plage, l'acte de naissance écrabouillé entre ses mains.

Le plus douloureux, vraiment, n'est pas réellement le fait qu'elle soit avertie ainsi. C'est plutôt le fait qu'elle tienne cet acte de naissance entre ses mains. Cette preuve concrète que l'amour entre Blaise et Daphné est véridique, qu'ils sont mari et femme. C'est leur enfant, un mélange de leurs deux êtres. C'est un gamin qui réduit à néant tout espoir de se faire un jour aimer par Daphné. C'est un monstre qui vient écraser son cœur et sauter dessus comme un tyran.

Alors, blessée, haineuse, elle avait passé la soirée sur la plage, à ruminer sa colère, son amour impossible, oubliant Louna qui l'attendait comme une idiote, se rongeant les ongles d'inquiétude. La vie n'est pas paisible au Brésil, un meurtre ou un kidnapping est rapidement arrivé, et Louna priait pour la vie de la femme qu'elle aime. Vers une heure du matin, Pansy était rentrée, les yeux rouges d'avoir trop pleuré, le visage effrayant et la gorge sèche d'avoir trop bu. Titubant, elle s'était glissée dans le lit, près de Louna qui priait les yeux fermés. Cette dernière s'était relevée et, en la voyant dans cet état, s'était laisser-aller à la colère. Elle lui avait crié dessus, hurlé qu'elle n'était qu'une conne et qu'elle ne méritait pas son amour. Pansy n'avait fait que hausser les épaules en lui disant qu'elle ne l'avait jamais obligé à rester, trop défoncée par l'alcool ingurgité pour réaliser l'importance de ce qui se disait. Louna était partie en claquant la porte, laissant Pansy se débrouiller seule avec son cœur brisé et cet acte de naissance froissé entre ses mains.

Maintenant que ses pensées sont plus claires, Pansy se donne envie de vomir. Les mots que Louna lui a lancés hier, et qui n'ont fait que la traverser sans réel impact, lui reviennent brutalement à l'esprit aujourd'hui. Elle se dit qu'elle n'est qu'une idiote et que Louna avait raison de partir, qu'elle ne lui ferait jamais aucun bien. Elle se dit qu'elle déteste Daphné, et que tout est de sa faute. Elle se dit qu'elle est une conne, et qu'elle ferait mieux de crever tout de suite.

« Pourquoi tu es revenue ? »

Louna ne répond rien, passe simplement un coton trempé sur le visage de Pansy. Cette dernière l'observe, le regard vide, les traits usés. Elle a passé trois jours enfermée dans sa chambre, refusant de voir quiconque. Trois jours à pleurer sur sa vie gâchée, à râler de cet enfant qui lui brise le cœur, à hurler contre Daphné et son amour désespéré. Trois jours passés à regretter d'être aussi conne, d'aimer, et d'avoir été si ignoble avec Louna. Louna, qui est revenue, qui est là, devant elle, à s'occuper de son visage. Pansy a honte, ne comprend pas comment elle a pu revenir vers elle, alors qu'elle est atroce et qu'elle ne lui fait que du mal.

Louna passe lentement une main sur la joue de Pansy et sourit doucement. Dans ses yeux brillent le regret de s'être lâchée alors que Pansy avait besoin d'elle, d'avoir craqué le jour où il ne fallait pas. Pourtant, elle sait que ses paroles avaient besoin d'être dites et, aujourd'hui, en se tenant devant Pansy, elle se sent un peu mieux. Elle sait que Pansy regrette, qu'elle s'en veut, et qu'elle l'aime vraiment. C'est juste cette Daphné qui gâche tout, qui l'empêche de profiter de sa vie. Louna ne connait pas cette fille et pourtant, elle la hait profondément. C'est un peu sa rivale : celle, qui malgré tout ce qu'elle pourra faire, la surpassera. C'est surtout celle qui, malgré la distance, marche sur le cœur de Pansy, sans vraiment s'en rendre compte, et cette ignorance écœure Louna plus que tout, parce que c'est ce qui empêche Pansy de la détester. Ce qui l'empêche de l'aimer, elle, pleinement.

« Je suis là parce que je t'aime, Pansy. »

Les paupières de Pansy se ferment et, lentement, des larmes glissent sur ses joues. Louna sent son cœur se serrer et s'approche d'elle, la prenant tout contre son cœur. Elle maudit Daphné, maudit cette femme qui empêche Pansy d'être heureuse et d'être aimée sans qu'elle ne culpabilise. Louna dépose ses lèvres contre la tempe de Pansy, l'embrasse doucement et lui murmure des mots d'amour. Ne t'en fais pas, Pansy. Un jour, ça ira mieux.

« Tu vas les féliciter ? »

Pansy lève le regard vers Louna. Elles sont allongées dans son lit, blotties l'une contre l'autre. Les doigts de Louna jouent avec ses longs cheveux noirs, les caressant doucement, procurant un sentiment de satisfaction à la jeune femme. Elle soupire et repose la tête contre sa poitrine, fermant les yeux.

« Je ne sais pas. Je pensais leur envoyer des orchidées. »

Louna hausse les sourcils et sa main s'immobilise quelques secondes dans les cheveux de Pansy avant de reprendre leur mouvement. Ce n'est pas dans la coutume d'envoyer des orchidées pour une naissance, du moins pas ici. Peut-être qu'à Londres, si ? Leurs cultures sont si différentes. Elle sent que Pansy a compris ses pensées et rougit en l'entendant pouffer.

« On envoie plutôt des vêtements, des bijoux, des peluches ou des cadeaux pour la mère, aux naissances. Mais je déteste les orchidées, et je déteste leur enfant. N'est-ce pas une association parfaite ? »

Louna rit doucement, tandis qu'elle murmure une énième question :

« Ils savent que tu n'aimes pas ces fleurs ? »

Pansy sourit, la tête cachée contre le corps de Louna. Elle dépose ses lèvres sur son cou, sur la naissance de ses seins, faisant gémir son amante. Ses mains glissent le long de son corps, effleurent la courbe de ses fesses et sa colonne vertébrale. Elle suçote la peau de la jeune femme, laissant des marques rouges et humides le long de sa poitrine, avant d'arriver à son sein, dressé, qu'elle embrasse lentement. Puis, brusquement, elle relève la tête et chuchote :

« Oui, ils le savent. »

Son amante gémit de mécontentement, pose sa bouche sur les lèvres de Pansy et lèche sa lèvre supérieure, grognant un petit « tu es horrible, Pansy », avant de s'abandonner totalement aux caresses de la londonienne. Elle est horrible, oui. Tant pis.