Chapitre 11 : Retrouvailles
Une heure plus tard ils étaient tous de nouveau rassemblés devant la porte. Seulement cette fois ci, ils devraient la passer un par un, car selon l'évêque Lance chacun devrait affronter la part d'ombre qui se tapissait dans leur cœur. Cela inquiétait un peu Teito qui était rétissant à laisser Aria seule face à un nouveau danger. C'était aussi le cas d'Hakuren. Lorsque ce fut son tour, Aria était parfaitement consciente que tous les regards étaient fixés sur elle. Une fois la porte passée, elle se retrouva de nouveau dans le noir le plus total.
- Lumière ? tenta-t-elle.
Mais rien ne se passa, sa voix résonna comme si la pièce était immense. "Mouais, ça marche pas à tout les coups." Soudain, elle entendit des bruits de pas. Elle n'était pas seule.
- Qui est là ?
La personne ne lui répondit pas, mais les pas s'accélérèrent. Elle semblait courrir dans tous les sens comme si elle ne savait pas où aller. Puis de faibles sanglots se firent entendre. Aria reconnut des pleurs d'enfant, elle connaissait si bien ce son.
- Où es-tu ?
Les pas s'étaient arrêtés mais les pleurs redoublèrent à quelques mètres devant elle. Aria se rapprocha doucement et découvrit une petite fille à genoux au sol qui lui tournait le dos. Elle avait de longs cheveux blonds et sa tenue laissait penser qu'elle faisait partie d'une famille aisée. Aria s'accroupit près d'elle et posa sa main sur son épaule afin de voir son visage. Son contact fit sursauter la petite fille. Lorsqu'elle se retourna vers elle, Aria eu un mouvement de recul, poussant un cri où se mêlaient surprise et effroi. La petite était couverte de sang. Mais ce qui l'avait le plus frappé, c'était son regard. Ces yeux bleus... ce regard qui la poursuivait jusque dans ses cauchemars. Lorsqu'Aria baissa les yeux, elle vit que la petite tenait dans ses mains une petite boite d'argent ouvragée. Pas de doute, c'était elle. Cela remontait au temps où elle était esclave, obligée de tuer pour le compte de l'empire. Elle était allée rendre visite à une famille de nobles soupçonnée de complot envers la famille impériale.
Lorsqu'Aria entra dans le salon, un homme et une femme se tenaient fièrement devant elle. Ils devaient avoir été avertis par le tapage qu'avaient fait leurs serviteurs pour tenter de l'empêcher d'entrer. Vu la décoration de la pièce, ils étaient en train de célébrer quelque chose. Aria vit l'homme jeter un regard au tour de cou en métal qui enserrait sa gorge, l'empêchant d'agir contre la volonté de ses maîtres.
- Ma pauvre enfant... c'est donc vous qu'ils envoient pour faire le malheur de ma famille.
Aria savait qu'il était inutile de répondre. Si elle leur parlait cela ne rendrait les choses que plus difficiles. Alors elle s'élança vers l'homme et lui trancha la gorge. Elle avait été si rapide que sa femme mit quelques secondes avant de se rendre compte de ce qui était arrivé à son mari. Elle poussa un cri d'horreur et tenta de s'enfuir, mais Aria la rattrapa lorsqu'elle fut près du vaisselier devant lequel elle s'effondra, inerte. Aria allait sortir de cette maison lorsqu'elle entendit le bruit d'une tasse qui se brise. Elle se retourna vers la femme près du vaisselier, se demandant si elle avait survécu. Mais elle n'avait pas bougé d'un pouce. Son regard se porta alors sur le vaisselier lui-même. Il était entrebâillé. A travers la petite ouverture, Aria put apercevoir deux grands yeux bleus terrorisés la fixer. "Un enfant !". Elle se rendit de nouveau devant le vaisselier et posa sa main sur la porte entre-ouverte. Elle eut le temps de voir briller une lueur argentée avant de refermer vivement le placard en entendant quelqu'un entrer dans la pièce.
- Vous avez terminé ? lui demanda la voix du soldat qui l'avait accompagnée jusqu'ici.
- Oui... C'est fini, souffla-t-elle.
Comment aurait-elle pu oublier ? C'était la dernière fois qu'elle avait prit la vie d'innocents. L'armée l'avait prise dans ses rangs le lendemain. D'ailleurs, elle n'avait plus tué personne depuis.
- Où sont-ils ? Lui demanda la fillette, la sortant ainsi de ses souvenirs.
- Quoi ?
- Où sont papa et maman ? Aujourd'hui c'est mon anniversaire. Maman m'a offert une jolie boite à couture. Elle m'a dit de me cacher mais ils ne sont pas venus me chercher. Peut-être que eux aussi se sont cachés... mais je n'arrive pas à les trouver !
La petite lança un regard désespéré à Aria. Soudain, elle sembla reconnaître son visage.
- Toi aussi tu es venue fêter mon anniversaire. Tu étais là... alors tu dois savoir où ils se sont cachés ! Aide-moi à les retrouver.
- Je...
- Tu ne veux pas m'aider ? Je me sens si seule, j'ai peur toute seule dans le noir !
Elle fut de nouveau prise d'une vague de sanglots. Aria n'y tint plus. Elle prit la fillette dans ses bras pour la bercer.
- Je suis désolée... tellement désolée. Tes parents ne reviendront pas.
- Tu sais où ils sont ? C'est toi qui les as cachés ? Amène moi là où ils sont, s'il te plaît.
- Je ne peux pas.
- Tu ne veux pas me les rendre ! s'écria la petite fille en se dégageant de son étreinte.
- Si seulement je pouvais...
- Rends-les moi ! Rends-les moi !
- Je ne peux pas ! dit désespérément Aria dont les larmes coulaient sans s'arrêter.
- Tu es une méchante !
La petite ouvrit brusquement sa boite à couture et en sortit une paire de ciseaux en argent. Elle les brandit au dessus de sa tête avant de les abattre sur le cœur d'Aria. Celle-ci réussit à stopper les ciseaux, s'entaillant profondément les mains.
- Je suis désolée, dit-elle de nouveau. Je donnerais tout pour pouvoir revenir en arrière. Mais c'est impossible. Ils ne reviendront plus jamais. Je porterai le fardeau de mes erreurs toute ma vie. Mais cette vie je ne peux pas te laisser la prendre. Je ne veux pas que tu deviennes comme moi. Je ne veux pas que tu aies à souffrir encore plus. J'ai juré de consacrer ma vie aux autres.
Aria lui prit doucement les ciseaux des mains. Ils étaient devenus complètement rouges de son sang. Puis elle prit de nouveau la fillette dans ses bras. La serrant contre elle aussi fort qu'elle le pu.
- Je ne veux pas que tu me pardonnes. Tu ne dois surtout pas me pardonner. Mais n'ai plus peur. Tu ne seras plus très longtemps dans le noir. Si tes parents ne peuvent pas le faire, je te jure de venir te chercher. Si tu es toujours en vie quelque part... je viendrai te chercher. Tu n'es plus seule.
Elle sentit la petite se détendre et lui rendre son étreinte, s'accrochant à elle de toutes ses forces. Puis tout redevint noir et Aria se sentit tomber dans le vide. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle était de retour dans la salle de la porte, alongée au sol. Elle mit un moment avant de se rendre compte qu'Hakuren était en train de l'appeler.
- Aria ! Tu m'entends ?
- Oui...
- Tu m'as fait peur, dit-il en soupirant. On a réussit l'examen. C'est terminé maintenant. Tu es sûre que...
- Je vais bien, le coupa-t-elle.
Elle tenta de se relever mais lorsqu'elle prit appuis sur ses mains, une douleur lancinante l'arrêta dans son geste.
- Aria, tes mains ! Elles sont pleines de sang.
- Aria-chan ? Dit Labrador inquiet en se rapprochant d'eux.
Il fut surprit de voir les profondes entailles.
- Comment est-ce possible ? Vous n'étiez pas censés pouvoir être blessés. Ce n'était qu'une illusion...
- On peut parfois ressentir une douleur physique même lorsqu'on rêve, dit Bastien en s'approchant. Ce qu'elle a vu devait être quelque chose de très fort pour elle.
- Je vais te soigner, dit Labrador en tendant la main vers elle.
- Non ! S'il vous plaît... ne les faites pas disparaître. Elles guériront d'elles-même.
- Mais enfin Aria... protesta Hakuren.
- Je ne veux pas les effacer.
- Dans ce cas tu devrais aller voir les sœurs à l'infirmerie pour qu'elles te fassent un bandage, suggéra Bastien.
- On y va tout de suite, répondit Hakuren à la place d'Aria.
Il l'aida à se relever et ils se dirigèrent vers la sortie. A l'extérieur, ils croisèrent les autres garçons. Ils furent heureux de voir que chacun d'eux avait réussit.
- C'est génial ! s'exclama Teito. Je savais que tu y arriverais Aria. Mais... qu'est-ce que tu caches derrière ton dos ?
- Rien.
- Montre-moi.
Elle soupira avant de tendre ses mains ensanglantées.
- Mais qu'est-ce qui t'es encore arrivé ?
- Ce n'est pas très grave, je vais aller me faire soigner à l'infirmerie.
- Je viens avec toi, dit-il aussitôt.
- Non. J'y vais seule.
- Mais...
- A tout à l'heure ! dit-elle avant de s'éclipser.
- Elle m'énerve ! Mais je finirai bien par savoir ce qui lui est arrivé pendant l'examen.
Soudain il se retourna vers Hakuren qui était déjà en train de filer discrètement.
- Hé ! Reviens ici Oak !
Il s'élança à sa poursuite, suivit par Mikage qui s'était excusé auprès des autres garçons. Teito réussit à rattraper Hakuren dans une des cours de l'église. Il lui attrapa le bras pour le retourner et le prit par le col.
- Maintenant tu vas tout m'avouer, lui dit-il menaçant.
- Écoute Teito, Aria ne veux pas que tu t'inquiètes trop pour elle.
- C'est stupide ! Je m'en fait constamment pour elle. Je ne veux plus qu'il lui arrive quoi que ce soit. Elle veut toujours tout porter sur ses épaules. Elle ne sait pas partager ses souffrances, elle ne le veux pas ! Protéger les autres au péril de sa santé, c'est comme ça qu'elle réfléchit.
Hakuren savait que Teito avait raison. Il se souvenait du fait qu'Aria avait faillit se laisser gifler par Kyle parce qu'elle ne voulait pas lui faire de mal en se défendant. Toujours à se mettre en danger, comme elle s'était tenue sur le rebord du pont pour chanter. Il leva les yeux en l'air et aperçut alors une silhouette debout sur le rebord d'un balcon. Il eut peur que ce ne soit de nouveau Aria.
- Regarde ! dit-il à Teito en tendant le bras vers le ciel.
- Tu ne m'auras pas comme ça.
- Là-haut ! Est-ce que c'est Aria ?
En entendant le nom d'Aria, Teito lâcha Hakuren. Se rendant compte qu'il y avait bien quelqu'un au-dessus du vide, il plissa les yeux.
- Ce n'est pas elle, dit Mikage. Cette fille a les cheveux blanc. Et regardez en face.
En effet de l'autre côté, une deuxième jeune fille se tenait sur le rebord d'un deuxième balcon, elle avait les bras tendus, écartés comme prête à recevoir l'autre fille dans ses bras.
- Vas-y ! l'entendirent-ils lui dire.
La fille au cheveux blanc recula.
- Elle ne va quand même pas...
Teito n'eut pas le temps de finir sa phrase que la fille s'était élancée pour sauter les quinze mètres qui la séparait de son amie. A mi-chemin, elle fit apparaître une plaque de zaiphon comme l'avait fait Aria pour passer par dessus le kor qui avait attaqué Liam. Elle rebondit dessus et finit sa chute dans les bras de son amie. Mais elle avait dû mal calculer sa vitesse car elles furent emportées par son élan et retombèrent sur le balcon. Les garçons s'élancèrent pour les rejoindre, craignant qu'elles se soient blessées. Ils furent surpris de les retrouver allongées toutes les deux au sol en train de rire.
- Désolée Kana.
- Tu es bien trop empressée. Tu prends trop d'élan à chaque fois. Franchement Kira, va falloir faire quelque chose pour ton tempérament.
- Vous allez bien ? Leur demanda Mikage.
Elles cessèrent de rire avant de se redresser. Celle qui avait sauté avait bien des cheveux blancs relevés en queue de cheval et à son oreille droite pendait une petite croix d'argent. Mais le plus surprenant était la couleur de ses yeux. Ils étaient rouge-orangés. La deuxième avait de très longs cheveux bleus pales et des yeux d'un bleu profond.
- Hum, les ramena à la réalité celle aux cheveux blancs. C'est bon, vous nous avez assez regardé ?
Son regard se portait en particulier sur Teito qui la dévisageait bizarrement comme si elle était une bête curieuse. "Elle a les cheveux blanc ! Et des yeux rouges ! J'ai jamais vu une chose pareille. Je me demande quel âge elle peut avoir".
- Kira..., la tempéra la deuxième.
- Excusez-nous, dit Mikage en lui tendant la main. Nous ne voulions pas être impolis.
- Ce n'est rien, dit-elle en prenant sa main pour qu'il l'aide à se relever. Je m'appelle Kana et voici Kira.
Teito qui était le plus proche d'elle tendit sa main à la jeune fille toujours assise au sol. Elle poussa un soupir dédaigneux avant de se relever par elle-même, l'ignorant royalement.
- Kira ! Ne sois pas désagréable.
- Je n'aime pas sa façon de me regarder, lui répondit Kira en lançant un regard noir vers Teito.
- Quoi ? Mais je...
- Ne lui en veuillez pas, dit aussitôt Kana. Son physique atypique attire souvent les mauvais regards. Elle pense que tout le monde la méprise pour ça.
- C'est le cas la plupart du temps, lui fit remarquer Kira.
- Ce jeune homme ne t'a rien fait. Excuse-toi gentiment.
- Pas question.
Kana soupira de désespoir. "Elle n'apprendra jamais les bonnes manières". Hakuren était resté silencieux, leurs noms lui disaient quelque chose. Il avait remarqué qu'elles portaient les mêmes genres de vêtements noirs qu'Aria. Sauf que Kana portait une longue jupe et qu'il s'agissait d'une jupe courte pour Kira. Mais ce qui lui permit de comprendre qui elles étaient, ce furent leurs pendentifs en forme de croix sertis d'une pierre bleu pour Kana et rouge pour Kira.
- Excusez-moi... Dit-il. Est-ce que vous seriez...
- Qu'est-ce que vous faites là-haut les garçons ? L'interrompit la voix d'Aria.
A peine Kira eut-elle entendu le son de sa voix qu'elle abandonna son visage boudeur pour l'illuminer d'un immense sourire.
- Aria ! s'écria-t-elle en lui sautant au cou.
Aria était restée figée entre la surprise et le bonheur. Elle se demandait si elle ne rêvait pas.
- Tu m'as tellement manquée, dit Kira les larmes aux yeux.
- Aria... Dit Kana en allant l'enlacer à son tour. Enfin on te retrouve. On t'a cherché partout.
- Ah... vous êtes là. Vous allez bien, dit Aria soulagée. Je me sens plus légère tout à coup. Mais... Où est Sayu ?
Ses deux amies se dégagèrent surprises.
- Elle n'est pas ici ? Demanda Kana.
- Non ! Je ne l'ai pas revue depuis que nous nous sommes toutes quittées.
- Nous l'avons croisé il y a quelques semaines, lui dit Kira. Elle nous a dit qu'elle se rendait ici parce qu'elle était sûre de t'y trouver. Elle avait déjà obtenu son badge d'évêque.
- Elle aurait déjà dû arriver il y a longtemps.
- Elle n'est pas là, dit Aria. Et j'ai un très mauvais pressentiment depuis quelques jours. Il a dû lui arriver quelque chose.
- Tu en es sûre ? Demanda Kana.
- Oui...
- Alors là c'est mauvais, dit Kira. Si Aria a ressentit un danger pour Sayu...
- Il y a fort à parier que notre Sayu est dans de beaux draps, compléta Kana.
- Il faut qu'on aille la chercher, dit Aria.
- Attendez un peu, les interrompit Teito. Vous ne savez même pas où chercher. Elle pourrait être n'importe où.
- On ne la laissera pas tomber ! lui dit Kira en lui lançant de nouveau un regard noir.
- Aria tu es une déserteuse, lui fit-il remarquer en ignorant Kira. L'armée est à ta recherche. Je ne veux pas que tu retombes dans leurs mains. Tu sais ce qu'il t'arrivera si jamais...
- Je sais... Mais je...
- Non, interrompit Kana. C'est lui qui a raison. Tu ne veux pas que ça recommence, n'est-ce pas ? Et puis Sayu est la plus forte de nous quatre. Si elle est vraiment en danger, je suis sûre qu'elle trouvera un moyen de nous faire parvenir un message. Et si il lui arrive malheur, nous le saurons.
- Je ne veux pas rester ici à attendre, dit Kira.
- C'est pourtant ce qu'il y a de plus sage à faire. Il va falloir t'habituer à faire ce genre de choix.
Kira serra les dents et les poings. C'était vraiment quelque chose de difficile à faire pour elle. Et Kana savait que demander à Kira d'être patiente était comme lui demander l'impossible. Elle passa son bras autour des épaules de son amie pour la calmer.
- ça ira, dit Aria. Je suis sûre que nous serons bientôt de nouveau réunies toutes les quatre.
