N/A: Vu que ce chapitre est fichtrement long, je vous épargne la longue note d'auteur. Vous le savez déjà, j'apprécie tous les commentaires. Merci CherryBlossomAddict, Alexia, et Angie-Tenshi. Cela m'a vraiment fait chaud au cœur de savoir que j'avais encore des lecteurs et je me suis posé à nouveau devant l'ordi pour tout recommencer. Je n'ai pas arrêté d'écrire depuis. Dites-moi ce que vous pensez du résultat!

-11-

Change of Plan


Shinji Hirako

Ancien Capitaine de la cinquième division

Fondateur du Seiretei News

Ancien recruteur et leader des Vizards

Un vizard changeait de masques tous les matins.


Shinji aurait honnêtement préféré ne plus jamais avoir à sortir de cette chambre. S'il avait su comment se déroulerait sa journée, il aurait sans doute réfléchi à deux fois avant de poser le pied hors du lit. Il se serait sans doute enterrer sous sa couette après avoir absorbé une dose massive et mortelle d'ourson en gelée et il aurait laissé une note, les derniers mots d'un condamné, sur un post-it rose auréolé de stickers en forme de cœurs, comme quoi le monde ne valait pas de vivre sans Hiyori Sarugaki. Il se serait donné ce genre de fin tragique et émouvante, rivalisant avec la fin du quatrième tome du navet de Gin (sans doute son meilleur ouvrage). Cependant, il n'était pas exactement « vivant » à proprement parler et si l'absorption d'ourson en gelée avait été « mortelle »pour les shinigamis, cela se serait su depuis longtemps. Et puis la mort honnêtement, c'était une vaste blague. C'était la plus vieille arnaque du monde. Le mec qui l'avait inventé, en rigolait encore !

Beggin' – Madcon

Il jeta un coup d'œil au gigai abandonné dans un coin avant de pousser le volume de la chaîne hi-fi à fond. Il esquissa quelques pas de danse funk dès les premières notes de musique pour se dégourdir les jambes. Il glissa avec expertise sur le parquet vernis et attrapa son trench accroché derrière la porte de la chambre. Avec une pirouette acrobatique, il l'enfila. Shinji s'admira dans le miroir tout en faisant le moonwalk. Avec un sourire ravageur, il enfila sa casquette fétiche.

Il tourbillonna sur lui-même et frappa le sol du talon. Une des planches du parquet se désolidarisa des autres et son sabre fut aussitôt projeté dans les airs. Il le rattrapa au vol et d'un geste fluide tailla sa frange asymétrique. Ses cheveux blonds glissèrent sur le sol aussi légèrement que du duvet d'oie.

Shinji s'immobilisa devant son miroir, l'air grave. Oui, c'était un début prometteur pour une journée des plus pourris ! Mais ces temps-ci, ses journées ne faisaient aucune différence.

- Je sais que t'es là, parasite !

Silence.

- Tu ne perds rien pour attendre, enfoiré.

Aussitôt dit, il disparut dans un shunpo.

Derrière la porte de la chambre de Shinji, un ancien condamné à mort, un exilé, un type qui avait déjà vécu plusieurs vies, un type dont les frasques n'étonnait plus personne, avait passé les dernières minutes à observer la porte en bois comme s'il pouvait voir à travers les murs. Alors que les paroles de Shinji filtraient à travers les cloisons, Gin esquissa un déroutant sourire avant de continuer son chemin en sifflotant.

Tout était à sa place dans le monde de Gin. Le chaos s'installait peu à peu autour de lui. Gin Ichimaru n'était alors plus en terrain hostile. Il était de retour sur le champ de bataille, il menait ses troupes, bougeait ses pions sur le grand échiquier, et il prenait son pied.

Shinji accéléra sa course sur les toits des maisons de Karakura. L'air grésillait régulièrement autour de lui. Plusieurs flux de reiatsu de moyenne intensité traversaient la ville de part en part sans qu'il ne puisse vraiment en déterminer les propriétaires. Il ralentit, marchant doucement sur un fil invisible, admirant la ville en contrebas. La ville semblait tranquille et paisible, chaque habitant vaquait à ses occupations. Cette sensation était familière pourtant. Cela avait un air de déjà-vu. Quand Ichigo avait obtenu ses pouvoirs la première fois, il avait laissé son empreinte de la même manière sur la ville. Il avait déversé son reiatsu un peu partout. Shinji devait vraiment avoir un long tête à tête avec Urahara. Mais avant ça...

Il fit un arrêt au « cimetière ».

Shinji observa le hangar sans rien dire. L'immeuble était resté à l'abandon si longtemps que le lierre courrait sur tous les murs et des touffes de verdure garnissaient la cour en béton. Appuyé sur le grillage, il croqua sans ménagement dans un gâteau de riz.

Il resta un temps indéfini à observer la façade de la bâtisse.

Les shinigamis ne pouvaient se permettre de croire en Dieu ou en des Dieux quand ils étaient eux-mêmes sensé représenté le droit divin. Pour la plupart, ils ne croyaient même pas en Lui... en le Roi des Esprits. La spiritualité était un sujet extrêmement tabou à la Soul Society. S'il y avait bien des sujets extrêmement sensible, la spiritualité, ex-aequo avec la sexualité et la reproduction devait bien figurer au sommet de la grande chaîne d'hypocrisie. La vérité c'était que la justice n'existait pas. Il n'y avait pas de logique. Autrefois, il avait cru naïvement que le rôle du Gotei 13 était de faire appliquer des règles précises et justes pour le bien du plus grand nombre... pour le maintien de l'Équilibre... et puis cette machine-là l'avait aspiré dans son engrenage... Shinji s'était laissé bouffer par elle... Sacrifié...sur l'autel d'une loi ancienne hypothétiquement juste. Ils étaient innocents. Ils n'avaient pas voulu devenir ces choses... Ils n'avaient pas décidé d'eux-mêmes d'enfiler ce masque. Il était né à la Soul Society, le fils de sa mère et le fils de son père. Il était dans une bonne famille. Il avait fait l'académie. Il était entré dans la garde royale et avait servi pendant des décennies les intérêts de sa Majesté et de la Soul Society. Il n'avait pas décidé de devenir le cobaye d'une expérience scientifique pour un boutonneux sociopathe. Cela n'avait pas compté. Une bande de vieux parlementaires les avait lui et ses amis, condamné à la peine de mort sans le moindre remord. Puis, après la guerre, d'autres parlementaires encore plus vieux et bornés, leur avait accordé leur réhabilitation en échange de certaines sacrifices (de leur part, bien entendu). Oui, après tout ce qui s'était passé avec Aizen, le central 46 a jugé opportun de demander à tous les vizards le sacrifice de leurs pouvoirs et l'abandon de leur titre en échange de leur libertés. Seul Rose avait coopéré. Mais il avait une fille qu'il n'avait jamais vu grandir. Alors sa décision avait été vite prise. De son côté, il n'y avait rien qui attendait Shinji à la Soul Society.

Il pouvait compatir sans peine avec Ichigo. Quand ils avaient eu besoin de ses pouvoirs, il lui avait déroulé le tapis rouge et on avait accueilli sa différence avec admiration et respect. Quelles conneries ! Si l'âme moyenne savait sur quels types de fondations hypocrites ce monde était fondé. Il n'était pas sûr qu'ils continuent à bien sagement jouer le jeu. Ce n'était surtout pas un hypothétique vieux cinglé enfermé dans sa tour qui allait rétablir l'équilibre et la justice. Le Roi des Esprits, c'était juste un mythe.

Sarugaki était partie. Il ne savait pas où. Le problème quand un shinigami décédait, c'était qu'on ne savait jamais où il allait atterrir. Personne ne savait non plus ce qui arrivait au vizard après la mort. Tombaient-ils dans la catégorie hollow ? Quelles portes s'ouvraient pour eux ? Ce n'était pas dans les manuels. Ce n'était écrit nulle part. Il savait juste qu'elle était parti et qu'elle n'avait rien laissé derrière elle... comme si...

Elle n'avait jamais été qu'un fragment de son imagination.

Ça, c'était la sordide réalité.

- C'est vrai ce que j'ai entendu, tête d'œuf ? Tu vas te marier ?!

Shinji ne prit même pas la peine de se tourner. Il n'y avait qu'une seule personne pour oser l'interpeller avec aussi peu de déférence. Même son vice-capitaine aux tendances sociopathes choisissait ses mots avec plus de soin quand il s'adressait à lui. Sa voix nasillarde en plus était reconnaissable entre tous. Il n'avait même pas besoin de se tourner pour savoir qu'elle avait les bras croisés contre son buste de garçonnet et sa mine des mauvais jours.

Il connaissait cette sale gosse depuis le berceau. Il avait quoi ? Une décennie ou deux... Peut-être plus... Quand une bonne âme avait eu la merveilleuse idée de déposer Hiyori Sarugaki, étiqueté, encore bien emmailloté, enveloppé sous vide, dans son emballage d'origine, dans un panier d'osier sous le porche de sa famille... Sa mère, une âme encore plus charmante avait décidé sur le champ d'accueillir ce nouveau nourrisson dans leur maison. Après tout, une tête blonde de plus ou de moins, qu'est-ce que cela pouvait bien faire ? Cela aurait posé beaucoup plus de problèmes si la famille de Shinji avaient été composé de rouquins. Hiyori aurait été le grain de blé au milieu des plants de carottes. Mais vraiment, Hiyori passait inaperçu au milieu de ce troupeau de têtes blondes. Oui, Linda Hirako avait le pragmatisme d'une poule fermière et puis quoi ?! Les parents d'Hiyori n'était jamais venu la chercher. Elle n'avait jamais demandé de leur nouvelles non plus. Elle avait eu sa propre chambre tout près de la sienne. De dire qu'il la connaissait, c'était un doux euphémisme. « Sale gosse » était collé à ses basques depuis qu'elle avait appris à marcher. Il lui avait appris à marcher et bien mal lui en avait pris ! Il était loin le temps où « Chipie » l'appelait affectueusement Onii-chan.

- C'est Capitaine Tête d'œuf pour toi, Nain de jardin allumé. Et ça fait quoi que je me marie ?! Fut sa seule réponse.

Il pivota enfin pour lui faire face. Mais à peine s'était-il tourné qu'Hiyori lui avait assené un super coup de pied retourné et tandis qu'il penchait vers la droite sous l'impact violent, elle avait délivré le coup de grâce en se déchaussant et en le giflant avec sa sandale droite. Il retomba donc comme une masse en plein milieu du couloir de la cinquième division. Il resta à terre et Hiyori en bonne sadique continua de lui filer des coups de pieds en visant vicieusement ses parties les plus sensibles.

- Ne sois pas si nonchalant ! Grogna-t-elle.

Shinji poussa un soupir. Il ne fit aucune tentative pour se défendre. Il se contenta de regarder le plafond. La sale môme s'épuisait toujours très rapidement. C'était là le secret avec Hiyori Sarugaki. Endurance. Persévérance. Bam ! Une nouvelle gifle ! L'enjambant à moitié, Hiyori attrapa Shinji par le col de son haori et le souleva du sol avec une poigne de fer.

- Qu'est-ce que t'es en train de murmurer dans ta barbe, pauvre demeuré ?!

Bam ! Une nouvelle gifle bien sentie. Tolérance. Il la regarda droit dans les yeux.

- Ce n'est pas comme si je pouvais faire marche arrière. C'est la dernière chose que mes parents ont arrangé pour moi avant leur mort.

Cela avait figé la sandale à quelques centimètres de son visage. Diplomatie.

- Mais... Tu ne l'aimes pas ?

- Je ne l'aime pas ?! Je ne la connais même pas !

Hiyori lâcha prise. Il retomba comme un mollusque avec un plop sur le sol. Comme une bombe désamorcée, Hiyori se laissa glisser plus près du sol.

- Tu es un idiot.

- Je sais.

Elle resta accroupie à quelques centimètres de lui. Il resta allongé dans la même position.

- Tu es entré à l'académie pour tes parents. Tu t'es même élevé par je ne sais quel miracle au rang de capitaine. Je suis sûr que tes parents sont fiers de toi, Shinji. C'était des gens simples.

Shinji ignora les compliments comme les sarcasmes. Il savait tout ça. Cela ne l'empêchait pas d'avoir un devoir à accomplir. Bien sûr, que pour Linda Hirako, cela n'aurait fait aucune différence qu'il passe son temps à se curer le nez en regardant passer la mousson ou qu'il prenne la place de Yamamoto comme général des armées de sa Majesté. Linda était le genre de mère que le bonheur seule de ses enfants contentait pleinement. Elle avait le même sourire que Shinji lui offre un bol en poterie déformé ou le plus beau des foulards de soie pour sa fête. Elle était définitivement ce genre de mère. Et quand son idiot de musicien de frère, à la santé déjà fragile, était mort accidentellement piétinés par ses propres fans à la sortie d'un concert, Linda avaient été la première à s'écrier, soulagée : « Au moins, il est partie en faisant ce qu'il aimait faire, aussi inutile soit-il à la société. Je suis très fier de mon fils. Viens m'aider à plier le linge, Shinji. Ta pauvre mère a trop de chagrin pour faire le ménage toute seule aujourd'hui. » Elle était une bonne mère qui aimait ses enfants. Mais Shinji ne pouvait pas se contenter de se laisser juste vivre dans la vie. Il ne se laissait jamais juste vivre malgré la tentation que cela représentait.

- Cela ne sert à rien si tu n'as personne pour partager ta réussite. Bla Bla Bla... Fonder une famille est le dernier accomplissement d'un homme...Bla Bla Bla... C'est le dernier devoir d'un homme envers ses parents. Tu sais comment était okaa-san, Hiyori.

Elle savait bien. Hiyori dissimula son visage entre ses genoux. Néanmoins, elle avait envie d'hurler qu'elle était là, elle. Avait-il vraiment besoin de quelqu'un d'autre dans sa vie quand il avait Hiyori? Mais elle se refusa à sortir des mots aussi inconsidérés. Oui, elle savait comment était Linda-sama. Elle l'idolâtrait de son vivant. Entêté, excentrique, empêtrée dans les traditions, envahissante, mais tellement aimante, vraiment, la mère de Shinji avait été une sorte de force de la nature de son vivant. Une de celle qui savait toujours ce qu'elle voulait et qui l'obtenait en faisant preuve d'une subtile détermination. Elle l'avait aussi élevé, elle, une petite orpheline, dont personne ne voulait. Elle l'avait accueilli dans sa famille et l'avait aimé et chéri comme sa propre fille. Elle savait parfaitement ce qu'elle dirait à cet instant. « Laisse onii-chan tranquille, Yori-chan ! Ce sera bientôt ton tour de te marier et d'avoir des enfants. Okaa-san veut une grande et large famille ! »

- Tu es décidé, larve ?

- Yup, peste. J'ai entendu dire que ma future femme était vraiment très jolie. Dit-il, un doigt fouillant ses crottes de nez.

- Ah ouais ?! Et elle est ok, cette cruche, pour s'enchaîner à vie avec un troll difforme dans ton genre ? Cela fait cinq minutes que je te regarde et j'ai mal à la tête. J'ai envie de me servir de la paille de crin qui te pousse sur la tête pour me crever les yeux.

Il vit rouge immédiatement. Ses narines boursouflées et les yeux qui lui sortaient des orbites lui donnèrent immédiatement un air psychotique. Il se redressa sur le champ. Il y avait des limites à sa tolérance. Même en restant assis, Hiyori accroupie arrivait à peine à sa hauteur. Shinji se baissa donc pour être nez à nez avec cette vile créature. Il grogna. Personne ne pouvait dire du mal de la Toison d'or ! Toison d'or était particulièrement en beauté aujourd'hui parce qu'il avait essayé un nouveau shampoing lissant à l'huile d'argan. Il avait aussi donné 103 coups de brosse à sa crinière hérité des anges. Quand le vent jouait dans ses cheveux, en particulier quand il se trouvait à proximité d'un cerisier en fleur, ou d'un pont traversant un ruisseau, il avait la prestance d'un samurai.

- Tu parles sans savoir, Tamagoyaki[1]-chan ! Hurla-t-il.

Le coup de poing qu'il attendit en retour ne vint pas, au lieu de ça la petite sorcière emprisonna son visage entre ses deux mains et plaqua ses lèvres contre les siennes. Une avalanche d'insulte resta coincée dans sa gorge tandis que la langue d'Hiyori vint chatouiller sa lèvre inférieure. Il ferma les yeux, vaincu. Mais c'était trop tard, elle s'éloigna tout aussi vite usant du shunpo pour mettre cinq mètres de distance entre eux en quelques secondes.

- Si tu racontes ça à qui que ce soit, chèvre puante, je te pendrais par les bourses au-dessus de la falaise du Sōkyoku. Et puis si tu t'avise de faire du mal à cette pauvre fille, un peu simplette, qui te fait la grâce de ne pas terminer ta vie puceau, espèce de grand malade, je te casserais la gueule afin de lui offrir en mosaïque ! Hurla-t-elle avant de se sauver.

Shinji resta prostré dans la même position, la bouche ouverte. Que venait-il de se passer ? Il ne put s'empêcher de sourire béatement.

Shinji termina bruyamment sa brique de jus de fruit. Ses souvenirs de cette nuit-là étaient restés très flou. Il ne pouvait reconstituer que des bribes d'évènements et c'était sans doute mieux ainsi. S'il se souvenait ce qui s'était passé, s'il songeait vraiment aux évènements qui l'avaient amenés là, il n'aurait sans doute pas pu avancer à partir de ce point-là.

- Tu sais qu'on doit le relâcher, non ?

Hiyori lui tourna le dos.

- Nous devrions au moins prévenir le Gotei 13.

Elle s'empara de son katana abandonné sur la table et continua vers le fond du hangar.

- Le Gotei 13 ? Huh ? Ricana-t-elle. Elle fendit l'air avec son katana. Pas le temps ! C'est l'heure de notre séance quotidienne à l'affreux et moi. Si tu veux bien m'excuser, crétin !

Que ferait le Gotei 13 ? C'était le même Gotei 13 qui avait relâché ce criminel dans la nature. C'était un monstre et, Hiyori était d'avis qu'on ne pouvait faire qu'une seule chose avec un monstre. Shinji l'agrippa par le bras.

- C'est en train d'aller trop loin. Je ne te reconnais plus.

- Très bien, Tête d'œuf et tu sais pourquoi ?! Rétorqua-t-elle en le repoussant d'un geste et en le menaçant de la pointe de son sabre.

Hiyori souleva son t-shirt pour dévoiler une longue cicatrice horizontale le long de son ventre.

- Voilà pourquoi ! Je suis devenue difficilement reconnaissable depuis que j'ai croisé la route de Gin Ichimaru. Donc, je vais prendre mon temps avec lui... Je vais bien m'occuper de sa personne. Je vais lui accorder la même attention particulière qu'il m'a accordée. Parce que je dois bien ça à Gin Ichimaru. Car, Shinji, je suis convaincu qu'il y a une raison pour laquelle cet ange-là a été éjecté du paradis pour atterrir juste devant notre paillasson. Cela s'appelle « rétribution ».

- Cela fait trois semaines.

- Et alors ?

- A-t-il seulement dit quelques choses ? A-t-il expliqué comment il a perdu son bras par exemple ? A-t-il dit ce qu'il faisait là ?

Elle haussa les épaules. En vérité, Gin n'avait pas eu trop le loisir de lui faire la conversation tant il était occupé à hurler sa douleur.

- Gin est un monstre, oui. Il était un monstre sur le champ de bataille et jamais je ne pourrais lui pardonner... Ce qu'il t'a fait est impardonnable ! Mais Hiyori nous étions en guerre et la guerre c'est...sale et injuste. Cette guerre est terminée. Nous avons pris notre revanche. On a gagné.

- La guerre est sale et injuste ?! La guerre est terminée ? Tu ne réalises pas, Shinji ? Ça doit être ça ?! Ils ont bousillé notre vie ! Tu sais qu'il y a des jours où j'ai tellement mal je ne peux plus bouger mes jambes !

- Je sais...

- Non, tu ne sais pas. Tu ne sais absolument pas.

- Nous étions dans des camps opposés et...

- Nous étions dans le camp des gentils... Ce monstre a ruiné notre existence par deux fois.

- Mais tu deviens exactement comme lui !

Elle lui tourna le dos.

- Si je dois devenir un monstre pour en détruire un. Qu'il en soit ainsi.

- Je m'en irais alors. Je rentrerais à la Soul Society. Ils ont levé notre sanction. Hiyori, je partirais pour toujours.

Elle hésita quelques secondes.

- Qu'il en soit ainsi. Va retrouver ta tendre petite femme, Shinji. Moi, je vais m'amuser encore un peu.

Avec une grimace de douleur, Shinji dissimula son visage dans une main. Il ne pouvait pas oublier. Il ne pouvait vraiment pas. Le pire était qu'il ne trouvait pas de responsable. Il n'y avait absolument personne à blâmer. Son ennemi n'avait pas de visage. Ils étaient simplement venu un beau jour et lui avait tout pris. Des fois, il pensait que tout ceci n'était qu'un cauchemar. Il pensait qu'il finirait par se réveiller et reprendrait le cours de sa vie avec Hiyori. Déjà qu'il passait toutes ses nuits à refaire le monde pour se réveiller en sueur et réaliser qu'elle était toujours aussi absente. Cela aurait été si simple de pouvoir blâmer Ichimaru. Mais il pensait que ce serait trop facile parce que les vrais responsables étaient quelques parts, tapies dans l'ombre. Haletant, il tenta de retrouver son souffle avant de reprendre sa route. Il froissa la brique de jus avant de la lancer dans une benne à ordure proche. Il n'avait pas fait cent mètres qu'il disparut dans les airs.

Gin ne quitta pas son sourire tandis qu'il se versait une nouvelle tasse de café. Il chercha la bouteille de saké des yeux et réalisa qu'elle était vide. Il fronça les sourcils avant de saisir la bouteille par son goulot et de la jeter dans la poubelle sous l'évier. Il ouvrit le placard au-dessus de sa tête. Une vingtaine de bouteille était rangé les unes à côté des autres sur les deux étages en bois. Il en saisit une et ôta le plastique avec ses dents. Il se versa lentement une bonne rasade dans la tasse. Le curieux mélange déborda sur l'évier. Il observa le déluge les yeux mi-clos. Son bras resta inerte le long de son corps.

Putain d'Enkeikuroryū ! Putain de gigai ! Putain de vie de merde !

Il pivota sur lui-même et balaya la pièce du regard. Il porta la bouteille de saké à ses lèvres. En quelques secondes, Gin vida le contenu et reposa sèchement la bouteille vide sur le comptoir. Il grimaça devant l'ardeur brûlant de l'alcool avant de retrouver le sourire. Il attrapa une autre bouteille dans le placard avant d'aller s'assoir dans le canapé. Il leva les yeux vers la télévision et écarta les paupières surpris devant son propre reflet.

Un vieux quadragénaire barbu le fixait d'un sourire narquois... Le visage de Shinzo Maru... L'encre noire colora ses pupilles... Ses cheveux étaient soudain plus long, sa peau diaphane... Puis ses pupilles tournèrent à nouveau aussi clair que le cristal et il redevint Gin... Ayant retrouvé ses traits rajeunies, Gin poussa un soupir de soulagement, et s'empressa de vider la bouteille d'un seul trait. Il n'avait plus beaucoup de temps à attendre. Il y avait une date d'expiration sur chaque chose sauf peut-être le bon saké. Il était aussi effrayé qu'excité à cette idée. Il y avait une loi universelle qui voulait que l'harmonie n'existe que par le biais du chaos. Il y avait bien quelqu'un pour mettre le feu ici-bas, s'il vous plaît petit bon dieu ?

Shinji poussa le petit portail de la cour stérile qui entourait la maison d'Urahara. Il s'arrêta poliment sur le porche de la maison.

- Y a quelqu'un ? Tessai-san ? Kisuke ?

Il ne reçut aucune réponse à ses appels.

- Yoruichi ? Kisuke ?

C'était étrange. Il avait rarement trouvé la maison déserte. Il y avait en général toujours quelqu'un pour servir les clients aussi rare soient-ils. En même temps, cela faisait un bail qu'il n'était pas venu. Qui était-il pour savoir si la maison avait changé ses habitudes ? Il pénétra dans le lobby dont les portes étaient ouvertes. Mais Shinji ne put s'empêcher de rester méfiant. Urahara était assez imprévisible dans son genre et il possédait un humour tout particulier.

- Hey ! C'est moi ! Shinji ! Je suis venu parler très sérieusement d'Ichigo... et de Gin... Surtout de Gin. Je crois qu'il va falloir prévenir le Gotei 13 !

Il poussa la porte coulissante. Il n'y avait personne dans le salon. Personne non plus dans le couloir qui menait aux chambres. Une photo déroutante d'Urahara en caleçon serrant dans ses bras Yoruichi dans sa forme féline avec l'océan en arrière-plan ornait un des murs. Il se concentra. Il ne pouvait sentir ni le reiatsu d'Urahara ni celui de Yoruichi à proximité. La maison était vraiment déserte.

Shinji baissa la tête. Ce serait le moment idéal pour... Il n'aurait pas de deuxième chance. Non, clairement, il n'avait pas à se mêler de ça. En même temps, était-ce vraiment son problème ? C'était le problème d'Ichigo après tout ? C'était sa décision ? Oui, c'était ça. Il allait appeler Ichigo. Il chercha son téléphone dans son trench et composa le numéro.

À l'autre bout de la ville, la sonnerie d'un téléphone résonnait dans la poche d'un sac au dos tandis qu'une certaine peluche, en habit de ninja - c'était peut-être beaucoup dire puisque les habits ne semblait formé que par des bribes de guêtres de chirurgien-, se frayait un chemin en territoire ennemi, au milieu des seringues, scalpels, brancards et menottes et quenottes enfantines.

Pas de réponse. Bien sûr ! Typique ! Shinji fit une nouvelle grimace et fouilla les crottes de nez dans ses narines. Toute cette histoire commençait vraiment à le gonfler. Ce n'était pas à lui de s'en mêler. Il rangea le téléphone dans sa poche et sentit sous ses doigts le froissement irrégulier du papier. Il brandit une enveloppe du fond de sa poche les yeux écarquillés. Il la décacheta, un sourcil levé en signe de méfiance.

« Cher Boucle d'or,

Je suis heureux de revoir des couleurs sur ton teint pâle et boutonneux. Puisqu'Ichigo a eu la bonté d'âme de te charger de la sale besogne, ma jolie fleur sauvage, je veux accompagner chacun de tes pas avec mes prières. Je veux aussi te dire que Shinso se trouve dans le laboratoire sous-terrain, sous la salle d'entrainement, juste à côté du bocal à souvenir de l'espada n°4. Le nom du projet est Shikeishū. Le mot de passe administrateur d'Urahara est 5547113514474185225469. Attention ! Kaikoroku possède un détecteur de reiatsu ainsi qu'un détecteur vocal intégré. Immédiatement après avoir entré le mot de passe admin, tape une demande dans le journal des tâches pour que kaikoroku passe en mode manuelle avec ce code ldh5hChiSa4Batsu2522. J'ai juste pensé que tu aurais besoin d'un petit coup de pouce, Boucle d'or. Ne me déçois pas, je compte sur toi, et après on me trouve sans cœur, je ne comprends toujours pas.

Ton dévoué,

Gin Ichimaru.

PS : Ta crinière, ô merveilleuse toison d'or, est resplendissante aujourd'hui ! »

Le visage déformé par la colère, Shinji froissa le papier à lettre et le laissa tomber. Cette espèce de renard à neuf queues ! Ce serpent venimeux ! Il ramassa aussitôt le papier et relut le post-scriptum avec quelques étoiles dans les yeux. Il savait bien qu'il avait bien fait de changer de shampooing... Toison d'or était vraiment soyeuse aujourd'hui. Mais ça c'était hors sujet !

Il secoua la tête pour se débarrasser de son air attendri. Il froissa à nouveau le papier dans une main. Il se dirigea vers la porte avant de s'arrêter. Il devait sérieusement avoir une discussion avec Urahara sur comment renvoyer cet enfoiré à la Soul Society. Il fit demi-tour et se dirigea vers la trappe menant au sous-sol. Il resta figé la main sur la poignée. A la base de sa nuque, il ressentit un frisson. Il dégaina Sakanade. Trop tard, une main ferme emprisonna son visage dans un étau. Avec la force d'un train à grande vitesse Shinji traversa les murs de la maison avant d'aller finir sa course contre le muret en ciment du jardin.

- Tu as changé, Shinji. Tu ne t'es pas un peu laissé aller sur les confiseries ?

Cette voix.

Shinji se redressa tant bien que mal. Son arcade sourcilière saignait à profusion. Il était partiellement aveugle. Mais cette voix ! Il tituba pour faire face à son opposant. Ce faisant, il s'effondra une première fois avant de rassembler à nouveau ses forces. Il se redressa à genoux. La vue trouble, il fixa un point pour se stabiliser. Frémissante, une tâche se détacha du paysage.

L'ombre se rapprocha. C'était un point noir au milieu de tout le beige que représentait le jardin stérile d'Urahara. L'ombre devint une silhouette. Il se rapprocha encore. Shinji secoua la tête pour se sortir de sa propre torpeur. Pour la première fois depuis dix ans, il se sentit perdre conscience et le hollow prendre le dessus. Autrefois, il ne se manifestait pratiquement jamais sans son initiative. Cependant, il n'avait guère trouvé le temps d'échanger avec son hollow en dix ans. Il était trop occupé à faire son deuil.

Il leva la tête, la bouche ouverte. Love ? Non... Impossible ! Il était mort avec...elle... Hiyori... Hiyori... Ils étaient morts sous ses yeux.

Les premières notes de Twisted Nerve s'élevèrent dans les airs. Son adversaire se rapprocha en sifflotant. Shinji laissa les larmes obscurcirent son regard.

Tête d'œuf, tu vas bouger ou tu comptes crever là comme un chien ? Susurra une voix nasillarde.

Il aurait voulu suivre les conseils de son instinct mais pas un muscle de son corps ne répondait présentement. Il y avait juste quelques choses dans l'atmosphère... L'air grésillait furieusement. Une perle de sueur coula le long de la nuque de Shinji. Quelques choses appelaient la part la plus primale de lui-même. C'était quoi ce foutu reiatsu de dingue ! Le sol tremblait sous lui. Il n'avait jamais senti un reiatsu comme celui-là. Il plaqua violemment son poing sur son cœur et ses poumons comme pour se forcer à respirer. Il n'était plus qu'à quelques mètres. Il se donna un autre coup. Bouge... Bouge Shinji ! Je t'interdis de crever ici ! Il tenta de reprendre son souffle en vain. Il devait bouger. Il sentit le sol trembler sous lui. Un filet dégoulina le long de sa joue jusqu'à son cou.

Dans un flash coloré, il se remémora les fous rires d'Hiyori et Lisa devant Kill Bill. Lui, il avait été furieux. Ces sales rats avaient commencé le film sans lui alors qu'il était celui qui avait eu le premier l'idée d'une soirée cinéma. Twisted Nerve. Sachant que cet air lui filait sérieusement les chocottes, Love s'était amusé à siffler cet air pendant des mois.

- Tu te rappelles de ça, mon frère ? Uma Thurman et Lucy Liu ? Inoubliable quand même ?

Shinji serra la mâchoire. La silhouette commença à prendre un visage sous les rayons puissants du soleil. Ce n'était pas les rayons du soleil. Cette chaleur. Le sol trembla à nouveau. Il garda les yeux sur sa cible. Elle se rapprochait à nouveau. Une première explosion retentit. Shinji se protégea avec son avant-bras, ses cheveux soufflés sur son visage. Il écarta les paupières. Karakura était en flamme. Il leva les yeux vers le ciel. Les boules de feux cisaillaient le ciel. Le pavillon d'Urahara fut soufflé par une nouvelle explosion. Il fut projeté en arrière. Il se redressa et jeta un rapide coup d'œil à ses alentours. Ici autrefois n'y avait-il pas eu un mur et une autre maison ? Shinji était allongé sur un tas de débris. Un nuage de fumée s'éleva dans les airs et recouvrit les cieux d'un manteau gris presque noirâtre. Shinji sentit une vague de nausée le submerger. Il referma le poing sur la garde de Sakanade.

- Tu n'as pas changé au final, Shinji.

La voix résonnait dans tout son être. Maintenant qu'il pouvait l'entendre plus clairement... Il mit une main devant lui pour appeler le hollow. Son masque se reconstitua. Puis, Shinji prit appui sur ses chevilles puis sur une main. Il effectua un saut périlleux avant de prendre son ennemi à revers pour contrer son attaque. Dans un clash de métal incandescent, Sakanade rentra en collision avec un katana familier. Shinji toisa son ancien allié du regard. Il ne sut ce que le râle profond qu'il laissa échapper voulait signifier, si c'était de la tristesse ou un profond dégoût. La créature devant lui avait peut-être le visage de Love mais c'était tout. Il n'avait qu'à regarder ses yeux aux pupilles obsidienne. Il n'y avait pas la moindre trace d'humanité dans ses yeux là. Ce monstre-là n'était point Love. Il faisait face à une sorte d'hybride avancé d'arrancar s'il ne devait se fier qu'à cette odeur de soufre et à ce reiatsu indescriptible. Il y avait juste quelques choses de primal dans l'air.

- Tu n'es pas Love.

- Tu aurais pu dire quelques choses comme tu m'as manqué, mais tu as choisi d'être désagréable. Typique ! Grogna Love, sa voix de plus en plus enrayé, révélant la présence du hollow si proche sous la surface. Tu ne préfères pas qu'on continue à se raconter des anecdotes du bons vieux temps.

- Tu siffles toujours aussi mal. Point. Pourquoi tu n'es pas mort ?

Shinji laissa échapper un cri de rage et frappa à nouveau. Love arrêta Sakanade du bout d'un majeur griffu avant d'éclater de rire. Puis toute trace d'amusement sembla le quitter.

- Je t'emmerde mon pote. Question, je cherche Ichigo Kurosaki ? Saurais-tu où je peux le trouver ?

Il repoussa Shinji avec une pichenette du doigt l'envoyant s'écraser dans un nouveau tas de débris. Le corps de Shinji fut parcouru de spasme tandis qu'il sentit toute ses terminaisons s'enflammer. Bouge ! Shinji, tu fous quoi là ? Il se redressa. Putain ! Son trench était en lambeaux. Il essuya d'un revers de main son nez en sang.

- Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

Love pencha la tête sur le côté.

- Cela ne se voit pas ? Je t'ai posé une question.

Shinji se redressa péniblement.

- C'était toi ? Tu l'as tué ?

- Tu veux dire Hiyori-chan ? Nous nous accorderons juste à dire que ses tripes étaient du plus belle effet sur le mur.

Shinji prit une profonde inspiration. Les dents serrés, il toisa Love du regard.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- J'ai dit que je n'ai pas tué la pute mais que je connais l'artiste qui lui a arrangé le portrait et je lui tire mon chapeau ! Tu es sourd en plus d'être devenu faible?

Les battements de son cœur s'intensifièrent. Son visage s'était assombri. Dans un mouvement nonchalant, Shinji appuya la garde de son katana contre sa nuque. Ses pupilles s'obscurcirent et son masque se reconstitua entièrement.

- J'aime mieux ça. Abrégeons. Il est clair que tu ne m'apporteras pas l'information dont j'ai besoin. Je n'ai pas de temps à perdre.

- Finissons-en !

Shinji poussa un rugissement avant d'abattre à nouveau Sakanade contre sa cible. Love repoussa l'attaque avec aise. Shinji tenta de reprendre son souffle. Maintenant qu'il retrouvait peu à peu son acuité visuelle grâce à ses facultés de régénération, il aurait aimé pouvoir rester quelques secondes de plus dans le noir.

- Je nesais pas ce qui t'es arrivé, mon frère, pour que tu laisses le hollow te bouffer. Mais tu connais la règle. Le moment où tu laisses le hollow te dominer, tu as signé ton arrêt de mort ! Rugit Shinji.

Love partit dans un fou rire. Il écarta les bras. Une décharge de reiatsu ébranla la terre. Plusieurs rochers furent projetés dans le ciel.

- Regarde autour de toi, mec ! Tu ne vois toujours rien ?! Tu es comme tout le reste du troupeau totalement égaré. Rassure-toi, je suis du côté des gentils. Nous allons corriger les erreurs du passé et faire de ce monde, un monde meilleur.

Shinji plissa les yeux, l'air grésilla de plus belle.

- Tu ferais mieux de prendre le train en marche sinon... tu finiras comme la garce tapissé sur un mur.

- Ton hollow t'a grillé le cerveau !

Shinji n'eut pas le temps de cligner des yeux. Love avait disparu. Il écarquilla les yeux, une goutte sueur glacé glissa le long de sa tempe. Il leva sa garde à la dernière seconde. Sans qu'il ne l'ai vu bougé, Love l'avait pris à revers et il eut tout juste le temps de contrer la charge de son poing avec Sakanade. Propulsé en arrière par l'impact, Shinji resta suspendu dans les airs une seconde entière avant que Love n'achève sa course d'un coup de poing dans le thorax. Shinji en eut le souffle coupé et le sang jaillit de sa bouche. Et tandis qu'il entrait en collision directe avec un morceau de mur, son corps formant le plus parfait des cratères dans le sol. Un pied à la base de sa nuque, prêt à briser ses vertèbres cervicales, Love se frotta les mains nonchalamment. Shinji poussa un long gémissement.

- Est-ce que là ça deviens plus clair ?

Clair ? Voulait-il parler de leur différence de pouvoir ou de la mort d'Hiyori ? Parce que non certaines choses n'étaient pas claires du tout.

- Je vais te tuer. Je vais te tuer pour ce que tu as fait à Hiyori. T'es mort ! Tu t'es laissé bouffer ! T'es juste mort, Love ! Hurla Shinji, en serrant les dents.

Il goûta l'amertume et l'acidité du sang dans sa bouche. Sa respiration était saccadée, sifflante par moment, le résultat de trois côtes brisés.

- Tu ne veux pas pigé ?

- Que t'es un traître ! Non, je ne pige pas ! Le Love que je connaissais n'avait rien d'un enfoiré de vendu !

Love accentua la pression sur sa nuque. Les yeux rouge sang, Shinji poussa un nouveau râle de douleur.

- Un vendu ? J'ai accepté la vérité voilà tout. En conséquence, j'ai évolué. Tu devrais en faire autant. Tu crois que je fais quoi là ? Il y a une place pour toi au paradis, mec. Dis-moi où se trouve Kurosaki.

- Jamais...

Shinji agrippa le sol à pleine main.

- Tu préfères rester avec le troupeau ? Au lieu d'accéder à la récompense ultime ? Tu préfères rester avec les perdants ? Regarde-moi, j'ai progressé pour aller toucher le pallier des vrais dieux, mec. Ils existent, mon frère. Ils étaient là bien avant nous... bien avant les shinigamis et bien avant la division zéro. Il était là au tout début... Ils étaient là aux temps des deux Royaumes. Je te parle de la Royal Shadow Squad, l'élite. J'ai accepté la Vérité. Je te donne une chance d'en faire autant. Shinji, réfléchis bien.

Avec une grimace de douleur, Shinji se redressa à la force des bras repoussant la gravité et surtout la force brute qui voulait le maintenir au sol.

- Et ton escadron d'élite, il veut quoi ?

- Je ne peux pas tout te raconter. Cette terre a été trop longtemps abandonnée. Il est temps que le maître revienne sur ces terres. Si tu m'aides à retrouver Ichigo Kurosaki, j'épargnerais ta vie.

- C'est le rôle de ta shadow squad ? Me fait pas rire ! Je ne sais pas pourquoi t'es là ? Pourquoi vous avez choisi ce jour pour faire toi et tes potes de cette ville un immense feu d'artifice géant ? J'en ai rien à branler. Je n'ai qu'une seule question pour toi car il n'y a vraiment qu'une seule choses qui m'importe ? J'ai moi aussi un conseil à te donner. Réfléchis bien à ta réponse. Tu es avec ceux qui ont tué Hiyori, oui ou non ?

- Tu feras quoi si je dis oui.

Love se mit à ricaner.

- Je ferais ça.

Une décharge de reiatsu souffla sur la place et surpris par sa puissance, Love recula. Shinji se redressa d'un bond, libérant Sakanade par la pensée. Il fit tournoyer son zanpakutō d'une main avant de frapper Love sans se retourner. Sakanade trouva sa cible. Elle entailla la poitrine de Love facilement. De bourreau, il se retrouva victime alors que la plaie arrosait le sol de bile noir. D'une main, Love empoigna la lame du sabre et la serra dans sa main.

- Tu n'aurais vraiment pas dû faire ça, Shinji.

Shinji grimaça. Son poignée trembla. Il se sentit vaciller.

- Je vois sur ton visage que cela commence à rentrer.

Son masque se morcela lentement. Shinji serra Sakanade avec toute la force qu'il avait en lui.

- Tu ne peux pas gagner ce combat et encore moins cette guerre. Tu n'as même pas à te donner toute cette peine. Regarde autour de toi... Cette ville n'est plus. Je te propose de mettre fin à tout ça... Aide-moi et je te présenterais à mon leader.

Shinji sentit l'articulation de son poignée se briser d'un coup sec. Il laissa échapper un faible gémissement. Son regard fut soudain obscurcit par des larmes. Ils avaient massacré Hiyori. C'était tout ce qu'il entendait.

- Pourquoi tu lui as fait ça ? Pourquoi elle ?

- Je suppose qu'elle était juste sur leur chemin ? Je n'en ai pas la moindre idée, mec. Elle était insignifiante.

Love accentua la pression sur Sakanade. L'articulation de son coude céda et avec lui son épaule. Shinji hurla de douleur. Love éclata de rire avant se dissoudre dans un nuage de fumée noirâtre devant lui. Sakanade retomba sur le sol avec un cliquetis métallique. Shinji écarquilla les yeux de surprise.

Love se matérialisa à nouveau devant lui. Lentement et surement son corps se reconstitua et il ne resta pas la moindre trace du passage de Sakanade.

- Qu'est-ce que tu es ?

- Je te l'ai dit. J'ai évolué. Je ne suis ni la mort ni la vie. Je suis ce qui est et ce qui n'est plus. Je ne sers qu'un seul maître, sa Majesté divine, le Roi des ombres, le Roi rouge, Shinkōshokuō. Je suis un Shadow Reaper[2].

- Shadow Reaper... C'est eux qui ont fait ça à Hiyori.

Comment expliquer le sentiment de soulagement, de colère, de confusion, de haine, qui le traversa à cet instant ? Il pouvait mettre un nom sur les assassins de Hiyori. Il pouvait reporter sa colère sur quelqu'un. Mais elle... elle restait toujours absente. Il y avait des tonnes de choses qu'il avait oublié de lui dire. Il aurait voulu lui dire qu'il adorait ses cheveux. Il adorait aussi ses taches de rousseur. Il adorait le petit signe coincé entre les deux orteils de son pied droit.

- Shinji, t'es trop con. Tu sais.

Appuyé sur la tête de lit aux ornements orientaux, Shinji, était confortablement installé sur une montagne de coussins fleuris. Son yukata vert à moitié entrouvert dévoilait une partie de son torse imberbe. Hiyori, qui n'était revêtu que d'un simple débardeur blanc grande taille, avait la tête posé sur ses jambes et ses minuscules petits pieds remuaient près du visage de Shinji tandis qu'il limait ses ongles avec soins.

- Je préférais quand tu m'appelais Onii-chan.

- Je ne t'ai jamais appelé, Onii-chan, Moule à tarte.

- Si. Quand tu étais minuscule, encore plus minuscule qu'aujourd'hui, tu te souviens ? Tu tenais dans ma poche. Tu m'appelais « Onii-chan », « Onii-chan, fais mois un câlin », « Onii-chan, Hiyori-tan t'as fait un joli dessin. Tu étais trop adorable à l'époque.

Avec une grimace de dégout, Hiyori dégagea son pied droit pour violemment piétiner le visage d'Onii-chan. Shinji la laissa s'amuser avec sa joue pendant une minute entière avant de rattraper sa cheville d'une main ferme.

- Je dis juste que tu pourrais peut-être être un chouia plus aimable avec Kisuke. Tu sais y aller mollo. Ce n'est pas un mauvais bougre. C'est ton capitaine, maintenant.

Elle sauta du lit à pieds joints et attrapa un élastique sur la coiffeuse en bois vernis du capitaine de la cinquième division. Elle refit ses deux queues de cheval, s'admira dans la glace, et défit le tout avec une grimace.

- Je m'en fous de ce type. C'est un demeuré. Il a néanmoins des testicules d'acier, je lui accorde. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot.

- Je sais que Kirio te manque. Tu devrais laisser tes cheveux libres.

- Pfft...

Elle jeta un nouveau coup d'œil dans le miroir avant de rougir violemment.

- C'est tout toi ! Tu as développé ce qu'on appelle la peur de l'abandon.

- Tu devrais arrêter de lire tous ses livres, crétin. Tu ne comprends pas la moitié de ce que tu lis. Je me demande comment t'as fait pour te hisser au rang de capitaine. C'est comme Urahara ! Je ne pige pas la logique des recruteurs ! Ils doivent avoir de graves problèmes pour recruter au Gotei 13. Sérieux, c'est de pire en pire !

- Tu étais pareil quand maman est morte...

Elle resta immobile devant le miroir sans un mot. Shinji joua avec une de ses interminables mèches de cheveux blonds.

- Et quand je me suis marié... aussi.

- Tu me fais chier.

- Tu es venu de ton propre chef.

- Ouais et je réalise que je perds mon temps. Je retourne dans ma chambre.

- Très bien.

Elle ramassa ses sandales. Elle chercha ses vêtements.

- J'ai donné tes vêtements à nettoyer. J'ai des vêtements de rechange dans l'armoire.

-Tu fais chier. Tes fringues sont dix fois trop grandes pour moi.

- Ok, tu peux sortir comme ça et taré à lunettes va se faire trois romans à l'eau de rose en te voyant et faire un saignement de nez mortel. J'aurais la mort d'un subordonné sur les bras et la difficile tâche de lui trouver un remplacement. Comme tu dis, ce n'est pas facile de recruter ! En gros, ce sera un paquet de boulot pour ma pomme !

- Qui lui a demandé de mater tous les faits et gestes d'une personne aussi inintéressante que toi ? Il devrait se trouver d'autres hobbies.

- Il n'en a pas d'autre. Il n'a que moi dans sa triste vie merdique. Mais pendant qu'il me surveille, je sais au moins qu'il n'est pas ailleurs.

- T'es dix fois trop chiant pour que je perde mon temps à te mater, « onii-chan » ?

- Dommage pour toi... J'allais te proposer de passer la nuit-là.

Elle se tourna vers lui brusquement.

- Et Aizen ?

- Dis que tu aimes ton onii-chan ? Dis-le ! Allez fais-moi plaisir !

Elle sauta sur le lit à genoux.

- Je hais ta tronche de cake, espèce de macaque.

- Où est passé ma si jolie petite sœur ?

- Je l'ai tué.

- Ah ouais...

- Ouais...

- Pourquoi t'aurais fait un truc pareil ?

Hiyori laissa échapper un petit ricanement sarcastique. Shinji se redressa sur les coudes.

- Je n'ai jamais voulu être ta petite sœur, Shinji Hirako. J'en ai rien à faire d'être la petite sœur d'un mec comme toi.

Shinji la considéra longuement. Elle ne bougea pas, le sourcil levé en signe de défi.

- Je t'aime aussi.

- T'es con ou quoi ? Hurla-t-elle en lui donnant un coup de poing dans les côtes.

Il rattrapa facilement son poing.

- Je ne t'abandonnerais jamais. Je ne te laisserais jamais. J'irais où tu iras. Si tu tombes, je t'aiderais à te relever. Toujours.

De grosses larmes limpides glissèrent le long des joues de la blondinette.

- Je ne veux pas être ta sœur, Shinji. Sanglota-t-elle.

- Je ne veux pas être aussi joli garçon et athlétique. On a tous nos croix à porter, Tamagoyaki.

Elle se pencha pour enfouir son visage dans son cou et laissa pleinement éclater son chagrin.

- Je sais que c'est la raison pour laquelle tu as repris le nom que tes parents biologiques t'ont donné en rentrant à l'académie.

- Shinji, je voudrais disparaître...

- Bien sûr que non, tu ne vas pas disparaitre pour un type comme moi comme tu le dis si bien.

Elle se redressa.

- T'es qu'un salaud ! Il a fallu que tu te marries et que tu gâches tout !

Il esquissa un sourire.

- À cette allure, je sens que vais devoir te raccompagner dans tes quartiers, vice-capitaine.

- Non !

Elle resta figée et se mordilla les lèvres nerveusement.

- Aizen doit être caché dans un fourrée comme une mante religieuse.

Elle baissa la tête et se redressa à genoux. Il avait peut-être raison. Bon, elle n'avait que très peu de rapport avec le vice-capitaine Aizen en dehors du travail. Sur sa personnalité, elle faisait juste confiance à Shinji. Il était meilleur juge de caractère qu'elle. Peut-être qu'elle donnerait même sa chance à Urahara Kisuke. Oui, il était sans doute mieux qu'elle s'en aille. Avant qu'elle n'ait terminé de débattre intérieurement, Shinji emprisonna ses hanches de garçonnet dans ses mains.

- Je rigole. J'ai trop envie que tu restes.

- Shinji...

- Hey, je ne suis pas le frère le plus parfait du monde. Dit-il en se blottissant contre elle.

- Je te déteste !

Avec un sourire, Love poussa Sakanade vers les pieds de Shinji, le sortant de sa rêverie.

- Tu veux encore essayer ?

Shinji roula des épaules nonchalamment comme s'il n'avait pas l'épaule démise, et le bras fracturé en plusieurs endroits, comme s'il ne souffrait pas le martyr présentement.

- Je t'explique Shinji. Tu as deux options. Option n°1, tu me dit où je peux trouver Ichigo et je te fais découvrir ce monde comme jamais tu...

- Option n°2. Je choisis la deux.

Hiyori aurait choisi la deux. Elle aurait ri aussi. Elle aurait adoré la 2.

- Je n'avais pas fini. Tu te montres impoli.

- Allons à l'essentiel. Ce n'est pas tout ça mais j'ai des choses à faire. La deux me semble bien. Je prends la deux.

- La deux donc ? C'est définitif ?

- Plus définitif, tu meurs.

- Tu as au moins gardé le sens de l'humour. Bien, je te ferais l'honneur d'exécuter la deuxième option à la manière des vizards. Je t'en prie, mon ami, ramasse ton sabre.

Shinji leva les yeux une dernière fois vers son ancien allié avant de se baisser et de ramasser le sabre avec sa main gauche. J'irais où tu iras. Toujours.

L'atmosphère s'embrasa soudain tout autour de lui et une vague de cero balaya le terrain vague. La dernière chose qu'un certain blondinet distingua vant que tout ne devienne noir c'était la crinière férocement rousse d'un certain ex-shinigami. Quand on parlait du loup ! La détonation résonna jusque dans le sol. Un rideau de flammes semblait vouloir toucher les cieux.


Dr Kurosaki Ichigo

Fils d'Isshin et Masaki Kurosaki

Frère de Yuzu et Karin Kurosaki

Ancien shinigami suppléant

Ex-petit ami d'Orihime Inoue

Colocataire de Shinji Hirako et « Shinzo Maru »

Il commençait à comprendre ce qu'Ichimaru voulait dire par « l'univers n'accommode jamais les abrutis sans pouvoirs ».


- Tu m'as manqué aussi, Orihime.

Il était étonné combien ses mots étaient sortie naturellement de sa bouche. Il avait envie de lui dire qu'il était désolé. Il avait envie de lui dire qu'il se sentait responsable. Il avait envie de lui dire qu'il avait tout gâché. Il avait envie de lui dire... pas mal de choses. Et finalement, comme à son habitude, il décida de ne rien dire.

- Cette fois-là, je n'étais pas contente du tout, Kurosaki-kun. J'étais horriblement jalouse. J'avais même honte d'être si jalouse. J'ai souhaité ne plus jamais avoir à la revoir et aujourd'hui, elle aussi me manque plus que tout. Je voudrais revenir en arrière.

Il l'écouta d'une oreille distraite. Il l'observa sans un mot. Il l'admira vraiment comme un bijou qu'on avait retrouvé après l'avoir laissé longtemps dans un tiroir. Il la regarda comme si elle était un des éléments manquant du puzzle de sa vie.

- Orihime...

Orihime n'était plus la jeune femme timide qu'il avait laissée derrière lui au lycée. Elle était radieuse et plein de vie. Difficile de croire qu'elle vivait avec l'espada, elle avait tellement heureuse. Elle avait gardé la même innocence. Il n'y avait qu'à voir la manière dont elle s'excusait pour des choses insignifiantes, incapable de placer le blâme sur le vrai fautif. Oui, il l'avait rejeté. Il était même tenté de recommencer. Il n'avait rien envie de lui dire de peur d'assombrir l'expression de son visage. Elle ferait tout pour le comprendre. Il le savait. Orihime avait été son amie. Elle était comme sa famille. Avec elle, il avait vécu des tas d'aventures. À ses côtés, il avait sauvé le monde.

- J'avais juste envie que tu le saches. Je n'ai plus envie qu'on se mente.

- Ce n'est pas si grave. Je crois que je l'étais un peu aussi. Jaloux. Je crois que je suis un peu jaloux d'Ulquiorra. Il a de la chance de t'avoir à ses côtés. Honnêtement, je ne sais pas comment tu peux le supporter mais je veux respecter ton choix.

C'était peut-être mieux ainsi. C'était peut-être mieux qu'elle le choisisse lui. Il avait le pouvoir de la protéger au moins. Ichigo n'avait jamais cru une seconde pouvoir rendre Orihime heureuse. Il ne pouvait pas lui rendre ce qu'elle donnait aux autres. Il n'était pas ce genre de prince. Il n'avait jamais été digne de l'admiration qu'Orihime lui portait. Vraiment, Orihime Inoue était comme Rukia. Elle était juste dix fois trop bien pour lui. Sauf que pour une raison qu'il ignorait, avec Rukia, c'était facile d'oublier. Avec Rukia, la raison le désertait souvent. Avec Rukia, cela ne comptait pas vraiment. Il vit le visage de la rouquine s'embraser. Leurs regards se croisèrent. Elle sentait délicieusement bon même s'il n'aurait pu sur l'instant décrire son parfum. Ses doigts se figèrent sur son briquet. Il s'était rapproché d'elle sans vraiment le réaliser, en partie intrigué par son parfum, en partie chatouillé par la caresse de ses cheveux flamboyants contre son cou. Je suis toujours là. Il cligna des yeux de surprise. Il se laissa aller à détailler du regard sa silhouette couverte de tâche de rousseur. Leurs visages étaient si proche l'un de l'autre... et il aurait suffi qu'il tende le cou pour goûter à ses lèvres couleur pêche. Mais il ne le ferait pas parce qu'il aimait Rukia.

Il aimait Rukia. Rukia lui manquait. Il n'arrivait pas à respirer sans elle. Je suis encore là. Il se pencha encore... Orihime sentait... le soleil et la vie... Il vit l'hésitation naître dans les yeux d'Orihime. Il ferma le poing autour du briquet. Elle sentait...la nourriture.

- Tu ne lui as toujours pas dit ce que tu faisais là, Kurosaki Ichigo ?

Cette voix ? Putain d'Espada de merde ! Ulquiorra Schiffer avait-il jamais eu l'idée de rester mort pour changer ?! Ichigo laissa échapper un grognement sourd, le regard incandescent. Orihime sortit brutalement de sa transe. Ichigo n'eut pas le temps de protester l'intrusion de son pire ennemi qu'il se sentit soulevé en arrière. Il alla percuter le cerisier décoratif derrière lui. Avec un craquement effrayant et un bruit sourd, l'arbre retomba sur lui, soulevant un nuage de pétales de fleurs dans les airs.

Il remua sous les branchages touffus avant de retrouver l'usage de ses jambes. Il devait rajouter à la liste de choses insolites lui étant tombé dessus, un cerisier géant. Il n'en était pas mort. Mais bon dieu, c'était quoi ça ? Depuis quand Orihime avait la force d'un bataillon d'hommes ? Orihime avait toujours été puissante avec ses Shun Shun Rikka mais là il ne l'avait même pas vu les utiliser.

Il était sur le point de lui demander une explication mais Orihime semblait encore plus surpris que lui. La seule personne qui ne semblait pas du tout surprise par ce qui venait de se passer était Ulquiorra. Il dévisagea son ancien ennemi des pieds à la tête. Il avait changé. Déjà, il portait un gigai. Il ne pouvait en être autrement puisque son masque était absent et Ichigo pouvait le voir. Il portait une chemise froissé et sa cravate pendouillait lamentablement sur ses épaules.

Orihime jeta fébrilement un coup d'œil par-dessus son épaule, vers Ulquiorra. C'était comme si elle lui demandait la permission. Enfin, elle s'approcha d'Ichigo et l'aida à se lever et à épousseter les débris de ses vêtements.

- Ichigo, est-ce que ça va ? Je suis désolé. Je ne sais pas comment... J'ai été surprise. J'ai sursauté.

- Je suis en un seul morceau. Ce n'est rien, Orihime. Mais comment tu as réussi à faire ça... sans utiliser tes pouvoirs ?

Le rouge embrasa les joues de la rouquine de plus belle.

- Je... Je n'en ai aucune idée. Je crois vraiment que j'étais surprise. Je suis désolé.

Il secoua la tête pour se débarrasser des pétales et des feuilles restées prisonnier de sa crinière de fauve. Orihime le palpa nerveusement à la recherche de blessures. Les mains d'Orihime s'immobilisèrent timidement sur ses abdominaux. Le visage cramoisi, elle s'éloigna d'Ichigo puis jeta un coup d'œil par-dessus son épaule vers Ulquiorra.

Ulquiorra n'avait pas bougé, les mains toujours dans ses poches. Ichigo et lui se jaugèrent du regard avec hostilité. Un frisson parcourut Orihime.

- Ichigo est venu pour...

- Te demander une faveur. J'ai entendu.

Ichigo fronça les sourcils. Il n'avait rien dit de tel. Et même si c'était le but de sa visite ? En quoi cela le concernait ? Pour qui se prenait l'espada ? Il voulait peut-être son poing dans la figure. Et puis de quel droit, interrompait-il son tête à tête avec Orihime pour en plus lui demander des comptes ? Ce n'était pas comme si lui, Ichigo, avait des comptes à lui rendre. Orihime était son ami. Il pouvait la voir et lui parler comme il le voulait.

- Je pensais que tu étais allé au travail, Ulquiorra ? demanda timidement Orihime.

Ichigo fronça les sourcils. Quel était vraiment leur relation ? Était-il plus que des colocataires ? Surement, Orihime ne voulait pas dire qu'elle et Ulquiorra avait... Il ne pouvait même pas aller jusqu'au bout de l'idée tellement elle le répugnait et le révoltait. Non, impossible, elle ne se serait pas donné à ce monstre. Je vis avec Ulquiorra. Non c'était impossible, vraiment.

- Qu'est-ce que tu veux, Kurosaki Ichigo ? Répéta Ulquiorra sur le même ton morne.

-Tu veux savoir ce que je veux, Ulquiorra ? Répliqua Ichigo, laissant transparaître l'agacement dans sa voix.

- Je ne pose jamais de questions dont je n'attends pas de réponse. Cela représente à mes yeux une perte de temps considérable.

- Ulquiorra... Supplia Orihime du regard.

- Ma réponse était rhétorique. Toi, tu représentes pour moi une perte de temps.

- Ichigo, s'il te plaît... Intervint Orihime, nerveusement.

- Essaierais-tu de me provoquer dans l'extrême état de faiblesse dans laquelle tu te trouves, Kurosaki ? Je dois dire que cela fonctionne !

Ulquiorra ôta une main de sa poche. Orihime bondit entre les deux hommes de sa vie, les bras écartés.

- Ok ! Ulquiorra, sois gentil s'il te plaît ! Ichigo... C'est valable pour toi aussi. Les garçons, s'il vous plaît ! On se calme. Nous sommes entre « amis ». Je veux dire entre personnes civilisés... Nous sommes dans le même camp.

Ulquiorra pencha la tête sur le côté. Il n'était dans aucun camp. Ichigo grimaça. Il n'était pas en guerre aux dernières nouvelles. Il n'avait strictement pas besoin d'un espada dans son camp.

- Réponds à ma question, Kurosaki.

- Je suis là parce je veux retrouver mes pouvoirs pour pouvoir faire la peau à des bâtards dans ton genre et les renvoyer en Enfer parce que je considère qu'ils n'auraient pas dû s'en éloigner.

Ulquiorra fit un pas en avant, l'air toujours aussi neutre. Mais la tension dans l'air augmenta net.

- Je croyais que les pouvoirs d'Orihime Inoue ne suffisaient pas à restaurer ce que tu as perdu, shinigami.

- J'ai trouvé un moyen. J'ai trouvé quelqu'un pour m'aider. J'ai juste besoin...

Ichigo hésita. Les larmes s'amoncelaient déjà dans les yeux d'Orihime. Merde ! Il s'était laissé piéger. Il s'était vautré comme un grand.

- Tu es vraiment venu pour... ça.

Il pouvait lire la déception dans sa voix.

- Orihime, ce n'est pas ce que tu crois. C'est... Je suis désolé. Je voulais venir plus tôt. Je voulais venir depuis des lustres et... Mais...

- Tu es venu parce que t'avais besoin de moi.

Ichigo baissa la tête. Dit comme ça, il avait l'air d'un bel enfoiré égoïste, n'est-ce pas ?

- Oui.

Orihime se mordit les lèvres et renifla. Elle essuya ses larmes d'un revers de mains. Il était un bel enfoiré égoïste.

- Orihime, jamais je ne te forcerais à faire quoi que ce soit. T'es même pas obligé de m'aider. J'ai juste... J'ai tout essayé. J'ai vraiment tout essayé. J'ai juste besoin que tu ailles le voir. Je serais dans la pièce et...

Orihime joignit les mains contre son cœur.

- Qui ? demanda-t-elle, la voix chevrotante.

- C'est Gin.

- Gin?

- Gin Ichimaru. Il veut te voir... Il veut que je te fasse venir... en échange, il m'apprendra une technique interdite, l'Enkeikuroryū.

Il n'avait rien préparé. Il aurait dû préparer un discours. Il devait y avoir une manière d'énoncer les faits sans que la vérité semble aussi sale et méprisable. Orihime chancela devant lui et Ichigo la rattrapa par le poignet tandis qu'Ulquiorra enroula son bras intimement autour de sa taille stoppant nette sa chute. Ichigo croisa le regard d'Ulquiorra. Sans que l'expression de ce dernier n'ait changé, ses pupilles étaient devenus d'un vert bouteille presque opaque. L'ocre et l'ambre colorèrent les pupilles d'Ichigo en réponse. Ulquiorra fronça les sourcils et afficha pour la première fois un air perplexe. Chacun lâcha un peu prise sur sa proie respective.

Prise en sandwich entre les deux hommes, Orihime ferma les yeux avant de poser une main sur le torse tiède d'Ulquiorra puis une autre main sur le torse d'Ichigo. Elle les repoussa doucement.

- Ona...

- Je sais pourquoi tu es là. Tu étais inquiet.

Ulquiorra baissa la tête comme un aveu. Ichigo fut étonné de lire de l'inquiétude dans les yeux habituellement neutre de l'espada. Orihime caressait sa joue du bout des doigts. Ichigo observa leur interaction curieusement. Il n'avait jamais vu Orihime ainsi. Elle avait l'air si mature tout à coup.

La rouquine esquissa un sourire timide mais elle continua de soutenir le regard de l'espada. Elle n'avait rien dit de plus. Il semblait qu'elle n'ait pas besoin de dire plus. Ulquiorra détourna son regard et recula sans un mot.

Orihime se tourna à nouveau vers Ichigo. Il baissa la tête, mal à l'aise. Deux petites mains s'emparèrent de son visage avec force. Elle plongea son regard dans le sien avec détermination.

- Je comprends aussi tes raisons, Kurosaki-kun. Ichigo, si c'est la seule chose que je puisse faire pour que tu retrouves tes pouvoirs, j'irais voir Gin Ichimaru. Je t'aiderais.

Ichigo poussa un soupir de soulagement.

- Ulquiorra, je voudrais que tu m'accompagnes. Je n'ai pas vraiment de très bons souvenirs avec Gin Ichimaru alors... j'aurais besoin que tu sois là.

Il pivota immédiatement pour leur faire face. Ichigo et Ulquiorra se dévisagèrent à nouveau avec méfiance.

- Je serais là, Ona.

Orihime poussa à son tour un audible soupir de soulagement et esquissa un large sourire qu'aucun de ses deux compagnons ne lui rendit.

- Alors, où se trouve Gin ? Demanda Orihime, les bras croisés derrière le dos.

Le sol trembla presque imperceptiblement. Le ciel s'assombrît rapidement. Ichigo leva ses yeux vers le ciel. Allait-il pleuvoir juste parce qu'il avait décidé de laisser à Ulquiorra Schiffer le bénéfice du doute ? Il tressaillit en obtenant la réponse à sa question.

- S'il savait combien... Reprit Orihime.

Soudain, Ichigo se précipita vers la rouquine. Mais Ulquiorra fut plus rapide, il encercla la taille d'Orihime, la souleva dans ses bras et la lança dans les airs. Il se tourna vers Ichigo pour lui lancer un dernier regard. Ichigo sentit vibrer le sol sous ses pieds. Une première explosion résonna derrière lui, soufflant tous les pavillons résidentiels sur plusieurs centaines de mètres carrés. Dans un éclair aveuglant, il assista à la destruction complète du gigai d'Ulquiorra Schiffer. Ulquiorra avait disparu. Ichigo fit la seule chose qui lui parût sensé à ce moment-là. Il commença à courir. Une nouvelle explosion détruisit le terrain de jeu. Il rattrapa Orihime au vol et la transporta en dehors du parc. Il protégea le visage de la jeune femme quand le magasin où elle travaillait disparut derrière un nuage de flammes et les cris d'Orihime couvrirent l'ampleur des détonations.

- Nana ! Nana ! Oh ! Mon dieu ! Non ! Nana !

Un objet non identifié percuta le sol à grande vitesse et souleva un nuage de débris. Orihime se retourna aussitôt.

- Ulquiorra ! Ulquiorra ! On doit l'aider ! Kensei... Pourquoi il fait ça à Ulquiorra ?! Ichigo !

Ichigo balaya la place du regard, concentré. Il ne pouvait rien voir. Il distinguait à peine une ombre... deux ombres... Il se concentra encore. La sueur perla sur son front. Il prit une profonde inspiration. Il distingua la silhouette d'Ulquiorra alors qu'il était soulevé manu militari par une force invisible.

- Orihime, faut qu'on bouge !

- Non, je ne peux pas. Je dois aller l'aider.

Un nouvel impact ébranla le sol. Ulquiorra était en train de perdre du terrain. Il ne pouvait toujours rien voir de la bataille. Mais un à un, les derniers arbres du parc tombèrent l'un après l'autre en proie aux flammes. Il n'avait point besoin de ses cinq sens ici pour savoir que s'il ne voulait pas partager le même sort, il fallait partir. Son instinct exigeait qu'il agisse. Ichigo attrapa le poignet d'Orihime et la tira de force vers sa moto, allongée sur son flanc au milieu de la route. Elle se débattit, le regard luisant.

- Ichigo... Qu'est-ce que tu fais ? On ne peut pas le laisser comme ça. Lâche-moi ! Qu'est-ce que tu fais ?

- Je fais ce qu'il m'a demandé de faire... Il veut que tu sois à l'abri.

- Qu'est-ce que tu racontes ? C'est Ulquiorra ! Il n'aurait jamais dit un truc pareil de toute manière. Lâche-moi tout de suite !

Il ne l'avait pas dit c'est vrai. Mais Ichigo, traitez-le de cinglé, l'avait lu dans le dernier regard d'Ulquiorra. C'était primal. Il n'y avait pas de mot pour décrire cette non-conversation. Il avait juste su ce qu'il avait à faire. Ichigo enjamba la moto, son bras autour de la hanche d'Orihime. Il la hissa devant lui. Orihime lui assena une gifle retentissante et se dégagea de son emprise avec force. Elle se mordit aussitôt les lèvres anxieusement.

La jeune femme ne pouvait pas croire qu'elle venait de gifler Kurosaki-kun. L'empreinte de sa main se dessina doucement sur la joue du jeune homme.

- Je sais qu'il est important pour toi ! Tu crois que je ne suis pas inquiet ?! Ma ville est attaquée. On est attaqué, je n'ai pas de pouvoirs et mes petites sœurs sont encore là-bas ! Mais je lui ai fait une promesse et je te protégerais que tu le veuilles ou non. Monte sur cette moto ou...

Le visage larmoyant, Orihime essuya les larmes et la suie sur son visage. Elle remonta en selle derrière Ichigo à la simple mention de ses petites sœurs.

- Démarre ! murmura-t-elle à son oreille.

Ichigo s'exécuta. Dérapant sur l'asphalte, la moto se dirigea vers l'avenue, fuyant les scènes de destructions et de désolation derrière elle.

- Orihime, tu as parlé de Kensei ? Kensei Mugumura ? Tu es sûre ?

- Oui, il se battait avec Ulquiorra !

- Il... avait disparu...à la mort d'Hiyori et Lisa. Je le vois mal détruire la ville. Je pige que dalle de ce qui se passe ici!

Une nouvelle explosion ébranla le sol et déséquilibra la Ninja. Ils zigzaguèrent pendant quelques secondes évitant de justesse des obstacles en feux.

- Ichigo, tu as un plan ?

Ichigo haussa les épaules et accéléra.

- Tu me connais ?!

- C'est un non.

- On va improviser, Orihime.

- Tes sœurs ?

- Elles sont débrouillardes. Et puis il y a Isshin...

- Ichigo...

- Je te protégerais Orihime. Tout ira bien !

Orihime serra sa taille avec force car même au milieu de l'apocalypse, il lui donnait l'impression d'être en sécurité.

- Allons voir ce qu'Urahara a en dire ! Accroche-toi !

Orihime ne se le fit pas répéter deux fois. Ichigo accéléra et changea de voie. Il se servit d'un parapet de ciment comme tremplin. La moto s'envola dans les airs, traversa la glissière de sécurité, avant d'atterrir sur le toit d'une Mercédès. Orihime poussa un cri sans pouvoir s'arrêter. Le pare-brise céda sous le poids de la Ninja. Avec un nouveau bond, ils retrouvèrent l'asphalte. Cependant, ils se retrouvèrent immédiatement à contre-sens de la circulation et un poids-lourds arriva à contre-sens.

- Orihime ! Accroche-toi ! Répéta Ichigo.

- Non ! Non ! Ichigo ! Ce n'est pas une bonne idée !

Orihime ferma les yeux.

Ichigo accéléra et pencha la Kawasaki pour la faire changer de direction. Il se dirigea à contresens vers la sortie de l'autoroute et droit vers le camion. Il se colla au plus près de la glissière de sécurité. Orihime se raidit derrière lui.

- Tiens bon !

- On ne passera pas ! Ichigo, on ne passera pas !

- On va passer !

Il accéléra encore. Une nouvelle explosion ébranla le sol de Karakura. Le camion dérapa, sa trajectoire vacillante. Soudain, le poids-lourd cogna la glissière de sécurité gauche et sa remorque s'encastra dans celle de droite. Dans un vacarme assourdissant, le poids lourd dévala en diagonale la sortie. Ichigo vit le chauffeur faire des gestes désespérées pour reprendre le contrôle de son véhicule.

- Oh mon dieu ! Oh non ! Ichigo ! On ne va pas y arriver.

- Merde ! Ferme les yeux, Orihime et accroche-toi.

Ichigo pencha la moto à nouveau, freina brusquement et changea de vitesse. Ils dérapèrent sur l'asphalte en marche arrière. D'une main, il rattrapa celle d'Orihime. Il accéléra de l'autre. Marche arrière. Nouveau dérapage.

- Orihime, tu me fais confiance, n'est-ce pas ?

Elle se blottit contre lui comme si sa vie en dépendait, les yeux fermés.

- Bien sûr.

Il pencha la moto sur sa droite frôlant le sol. Ils dérapèrent sous les roues de la remorque dans un crissement de pneus. Le camion termina sa course lorsque sa remorque cogna un pylône électrique, l'immobilisant au travers de la route. L'obstacle passé, Ichigo mit pied à terre pour stabiliser la moto, il reprit son souffle avant de repartir. Il slaloma entre les voitures et emprunta le périphérique surélevé qui ceinturait la ville. Il changea à nouveau de voie pour une plus dégagé. Une main repoussant ses cheveux balayés par le vent, Orihime resta sans voix. Un peu partout dans la ville, des champignons de fumée s'élevaient vers le ciel.

- Ichigo ?

- J'ai vu, Inoue.

- Qui a pu faire une chose pareille ?!

- Je n'en sais rien. Mais il va le payer cher, je te l'assure.

Quelques minutes plus tard, ils tournèrent à l'angle de la rue de la boutique d'Urahaha Kisuke. Orihime sentit une vague de nausée monter. Il n'y avait plus de maisons, le long de trottoirs, juste des débris... des débris partout.

- Ichigo...

- Je sais...

Ichigo mit pied à terre. Le muret entourant le pavillon d'Urahara avait disparu. Il n'y avait plus rien, hormis un monticule de débris là où se trouvait sa maison. Orihime s'écria soudain :

- Shinji...Love...Oh mon dieu ! Non !

Il rattrapa son poignet avant qu'elle n'ait pu s'élancer pour lui porter secours.

- Décris-moi ce qui se passe Orihime ?

Orihime se prit subitement la tête entre ses mains.

- Je... Je ne me sens pas bien. Leur reiatsu...Il est...

Orihime avait pâli. Elle plissa les yeux. Ichigo prit son visage dans ses mains.

- Orihime... J'ai besoin que tu sois mes yeux.

La rouquine hocha la tête avec plus de détermination. Elle pointa du doigt la scène.

- Shinji est à genoux. Love a la main au-dessus de sa tête. Il va utiliser son Cero. Oh ! Non ! Shinji !

- Descends.

- Quoi ?

- Descends, Orihime. Vite.

Elle s'exécuta. Ichigo démarra. Il retourna sur ses pas pour prendre son élan avant d'accélérer encore. Dieu savait combien il aimait cette moto dont il n'avait pas fini de payer le crédit. Mais c'était le genre de détails qui ne comptait pas vraiment quand une bande de vizards mettait votre ville à feu et à sang. Oui, il était sérieusement en train d'augmenter son crédit et par conséquent le solde débiteur de son compte. Mais c'était le genre de détail qui ne comptait pas non plus quand l'apocalypse frappait à vos portes. Le poing serrant l'accélérateur, Ichigo fonça droit vers Love.

- Ichigo !

Bon dieu ! Il n'avait pas changé ! Orihime se mordit les lèvres et secoua la tête. Pris soudain d'un sursaut de révolte, Orihime fulmina intérieurement. Comment tout cela avait pu arriver ? Comment était-elle passée de sa surprise de trouver Ichigo sur le pas de sa porte à essayer de survivre à une apocalypse en moins d'une heure ? Qui sur cette terre était responsable d'un tel fiasco ? Il y avait-il quelqu'un là-haut pour se soucier que rien de tout ceci n'avait un sens. Et puis Ichigo faisait toujours ça, il était toujours prêt à se sacrifier ou à faire son malin. Enfin, elle fulmina devant sa propre lâcheté.

- Hey, Love, laisse Shinji tranquille ! Hurla-t-elle avec force.

Orihime accourut vers la scène. Love resta figé, une boule de cero d'une dimension honorable accroché au bout de son index.

- Va-t'en, Inoue ! Cria Shinji, les lèvres ensanglanté.

- Non ! Toi là, attaque-toi à quelqu'un de ta taille ?

Love se tourna vers elle avec un sourire.

- Tu veux peut-être parler de toi, fillette. Tu tiens à peine debout.

- Parfaitement ! Tu sais ce que je fais aux affreux dans ton genre ?

- Je me rappelle de toi ! Tu es la copine de Kurosaki ! Je tremble !

Love partit dans un fou rire. Mais très vite, ses traits se resserrèrent. Il fronça les sourcils et tourna la tête. Il ne l'avait pas entendu venir le petit prodige. Sans reiatsu, il ne l'avait pas senti non plus. Ichigo esquissa un sourire et accéléra une dernière fois. Les yeux grands ouverts, il fonça vers un rempart de mur délabré. L'adrénaline courant dans ses veines, il eut la satisfaction de commencer à pouvoir distinguer l'ennemi. La silhouette familière de Love se détacha du paysage. Love se tourna vers lui d'abord perplexe puis l'amusement dans les yeux. Un frisson le traversa. Love se dissipa dans un épais nuage de fumée noire. Ichigo appuya sur les freins mais c'était trop tard. Il devait sauter.

Une nouvelle secousse fit tanguer l'engin. La ninja glissa sur le côté et sa jambe gauche racla le sol aride. Il fut aussitôt submergé par la douleur. Il lâcha prise sur les commandes et la Ninja alla s'encastrer dans un bout de muraille puis un pilier puis termina sa course contre la colonne d'une cheminée. Le réservoir à essence explosa sous l'impact. Ichigo fut projeté dans les airs.

- Ichigo !

Orihime leva les mains devant elle d'instinct. Elle avait arrêté sa chute tout aussi subitement. Suspendu à plus de dix mètres du sol, Ichigo ouvrit les yeux mollement. Il tenta de se redresser mais la bulle d'énergie autour de lui le maintenait comme un cocon.

- Orihime ? murmura-t-il avant d'être pris d'une quinte de toux.

- Je te tiens. Murmura-t-elle d'une voix hésitante.

Orihime sentit les larmes obscurcir sa joue. Oh non ! Elle n'avait pas la moindre idée comment présentement elle avait pu accomplir un tel miracle sans l'aide de ses shun Shun Rikka. Il fallait qu'elle fasse redescendre Ichigo immédiatement. Elle pouvait le faire. Elle devait juste se concentrer. Elle devait faire taire ses peurs. Ichigo irait bien. Ulquiorra aussi. Tout finirait par s'arranger. Elle inspira une bonne fois. Ichigo commença à descendre vers le sol doucement. Elle poussa un soupir de soulagement. C'était tellement nouveau. Avec ses Shun Shun rikka, elle donnait un ordre de commande et les manifestations de son esprit s'exécutait. Il y avait quelques choses de rassurant dans ses Shun Shun Rikka. Là, la sensation était autre. Ce pouvoir était brute et ses limites inconnues. C'était tellement... Tellement effrayant. Ichigo retrouva le sol.

- Ichigo ? Ça va ?

- Super ! Donne-moi quelques minutes et je serais prêt à repartir.

Orihime se laissa aller à esquisser un sourire. Ichigo n'en menait pas vraiment large. Il avait la cheville brisé et plusieurs côtes cassées. Il avait besoin d'un peu plus que quelques minutes pour se lever. Mais Shinji devait rester la priorité d'Orihime.

- Shinji est okay ? Demanda-t-il.

Elle pivota aussitôt pour s'en assurer et ce faisant se retrouva face à Love. Elle baissa les yeux vers Shinji, toujours inconscient. Elle leva à nouveau les yeux vers Love.

- Surprise fillette ?

Bien sûr, cela ne pouvait pas être aussi simple. La rouquine recula prudemment.

- Orihime ?

Ichigo se redressa avec une grimace de douleur sur le coude et ce qu'il vit le tétanisa.

- Tout va bien, Kurosaki-kun. Murmura Orihime, les larmes aux yeux.

Love acquiesça de la tête.

- Oui, tout ira pour le mieux, Ichigo. Je m'occupe de toi dans un instant.

Love pointa sa petite tête du doigt. Orihime frémit au contact de son doigt sur sa peau. Elle laissa échapper un gémissement. Il ne l'effleura quelques secondes... et... Orihime fut instantanément secoué par une violente migraine. Son visage prit une teinte sanguine. Orihime regarda, les yeux exorbités d'horreur, sa peau ondulé comme si elle se liquéfiait. Elle voulut courir. Elle n'arrivait pas à émettre un son.

- Sais-tu que tu sens délicieusement bon, petit fille ?

- Orihime ! S'écria Ichigo.

Ichigo tenta désespérément de se lever. Il devait intervenir. Il devait la sauver. Il devait la protéger.

Love pencha la tête sur le côté. Orihime prit une profonde inspiration alors qu'il plongea une main griffue dans sa poitrine et écartela sa frêle enveloppe pour accommoder son poing. Le Shadow Reaper lécha ses lèvres avec un sourire avant d'ouvrir la gueule. Il allait faire banquet ce soir.

- Ulq... murmura-t-elle les lèvres entrouvertes

Le cœur d'Orihime Inoue pompa le sang dans ses veines une dernière fois avant de rester figé.

Ichigo resta immobile, le poing serré. Elle n'avait pas crié son nom. Il était un moins que rien sans pouvoir. Elle n'avait pas crié son nom. Il frappa le sol du poing avec tout ce qu'il avait. Orihime était en train de mourir sous ses yeux et il ne pouvait rien y faire.

Le sol trembla sous l'impact d'un corps ensanglanté. Le corps non identifié percuta le jardin à une telle vitesse qu'il creusa une fosse depuis l'emplacement de la maison voisine jusqu'à quelques centimètres d'Ichigo. Ichigo leva la tête. Ulquiorra posa une première patte noire et velue sur le sol. Il y eut une nouvelle secousse. Il posa sa deuxième patte. Le sol vibra à nouveau non-stop.

- Et puis quoi encore ! Hurla le jeune rouquin, excédé.

Sans préavis, le sol s'affaissa sous lui et Ichigo fut aspiré à l'intérieur de la faille creusé dans le calcaire.

Sans un regard vers Ichigo, Ulquiorra contempla une de ses griffes ensanglantées. Ses yeux dénué d'émotions, dénué même d'humanité, brillait avait une étrange aura fluorescence. Le Néant bête secoua la tête frénétiquement, soulevant des nuages de poussières.

Love jeta un rapide coup d'œil vers le sol. Face contre terre, une partie de son visage méconnaissable, Kensei Mugumura n'avait pas bougé.

- Comment ?

Le Shadow Reaper lâcha prise et Orihime exhala bruyamment avant de s'effondrer sur le sol. Elle ouvrit mollement les yeux, la bouche striée de rouge.

- Ulquiorra... Murmura-t-elle avant de fermer les yeux. Un filet de sang dessina une ligne imaginaire de ses lèvres à sa joue, suivant la gravité.

Murcielago, l'ultime visage d'Ulquiorra Schiffer déploya ses ailes noires et se mit à rugir. Les grondements puissants de la bête résonnèrent à travers la ville en flamme. Le ciel se fractura de part et d'autres. Çà et là, les portails hollow se multiplièrent dans le ciel. Il semblait que la guerre avait commencé à ce moment précis sous les rugissements de la forme finale d'Ulquiorra Schiffer.

Il y avait autant de camps adverses qu'il y aurait de perdants au finale


[1] Recette d'omelette nippone.

[2] Shadow Reaper , en japonais phonétique, Shadōrīpā, membre de la garde royale Shadow squad.