Chapitre XI

« Il suffit de se souvenir d'allumer la lumière »


3018- C.C (T.Â.)- Palais du Gondor -


Depuis le début de la nuit, Aragorn avait fait tout son possible pour venir en aide aux blessés de guerre. Les pertes étaient alarmantes et sans l'intervention de Sáro, la cité ne serait plus à présent que flammes et désolation.

Le roi guérisseur s'attelait à la tâche sans prendre un seul moment de répit. Cela aurait du être son heure de gloire, le jour qu'il avait tant attendu. Mais il n'arrivait cependant pas à enlever de son esprit la vision du roi sorcier réduisant en poussière le héros de la terre du milieu. Et quel héros...Un dragon. Un animal sortie des ténèbres et qui s'était toujours évertué à satisfaire le moindre de leur désir. Une créature qui les avait sorti de la Moria puis guidé pour détruire l'anneau. Enfin, il avait vaillamment combattu sous les couleurs du Gondor et réduit à néant les forces armées de Sauron. Puis il avait disparu, sans que rien ne demeure de lui. S'évaporant en un nuage de fumée.

Aragorn avait pleuré sa perte comme on pleure la mort d'un frère d'arme. Son ami, le sauveur venu de l'ombre, n'était plus.

Les yeux rempli de larmes, il posa ses mains sur la poitrine d'un jeune homme. Son visage était barbouillé de crasse et il respirait à peine. Aragorn doutait de pouvoir faire quoi que ce soit pour lui. Sa blessure à l'épaule gauche était bien trop profonde. Les vêtements du garçon étaient trempés de sang et déchirés de toutes parts.

Le roi du Gondor se désola pour un aussi jeune homme, se mourant seul et dans l'anonymat le plus total.

Par empathie, il posa une main sur le front du mourant et prononça une prière pour l'accompagner dans son voyage. C'est alors que les yeux du garçon s'ouvrirent, remplis de fièvre mais scintillant comme deux émeraudes.

Aragorn se figea soudain. Ces yeux lui étaient beaucoup trop familiers pour qu'il y est le moindre doute sur leur propriétaire. Le guérisseur sentit un vertige l'envahir.

-"Sa...Sáro ?" Demanda l'homme, n'osant croire sa raison.

Le garçon ouvrit alors la bouche pour tenter de lui répondre mais pas un son n'en sortie, pas même un gémissement.

Aragorn crut comprendre que l'enfant tentait de prononcer son nom mais l'impression fut aussi fugace qu'imprécise.

L' émeraude perdit soudain de son éclat pour se voiler à nouveau sous de lourdes paupières

-"Sa...Non. Reste avec moi d'accord ? Je...Je vais m'occuper de toi. Tu verras, tu guériras vite et plus jamais tu n'auras à te battre. Tu seras heureux tu m'entends ? Sáro reste avec nous. Accroche toi espèce de sale gosse ! J'ai pas signé pour te voir flancher tu m'entends ?"

-"Aragorn !" L'appela Gandalf en l'empoignant par l'épaule. Allez-vous bien mon ami ?

-"Gandalf !" S'écria alors le maraudeur. "C'est Sáro ! J'ignore comment mais je suis persuadé que ce garçon est Sáro ! J'ai vu ses yeux Gandalf, et je les reconnaîtrais entre mille ! Par pitié aidez moi à le soigner !"

Le vieux magicien eut l'air de le croire sur parole car un instant plus tard, tout deux s'attelaient à maintenir l'enfant en vie.

Les gens s'attroupèrent autour d'eux, intrigués par tout le grabuge qu'avait fait le guérisseur du Gondor en s'occupant du blessé.

-"Il faut déplacer le garçon", intima Gandalf au traqueur. "Je ne pourrais user de ma magie dans un lieu si bondé."

Le dénommé Sáro fut donc mené dans les appartements d'Aragorn, où il fut soigné tant bien que mal. Aragorn se chargea aussi de le laver.

-"Que lui disais-tu avant que j'arrive ?" Demanda finalement le magicien, après qu'ils eurent estimés que le garçon vivrait.

-"Je...Je l'ignore..." Avoua Aragorn, soudain honteux."C'est comme si j'étais en train de perdre une personne chère à mon cœur ou...Ou plus précisément, précieuse à mon âme...Vous devez me prendre pour un fou."

-"Rassurez-vous mon roi", le rassura Gandalf. "J'ai eut le même sentiment lorsque j'ai vu le visage de ce garçon. J'ignore la raison d'une telle intuition, mais tout comme vous, je suis certain qu'il s'agit de Sáro."

-"Comment serait-ce possible ? Sáro était un dragon et il est mort. Comment ce jeune homme pourrait être la créature qui nous a souvé de la Moria ?"

-"Il existe des changeurs de forme et je suis pratiquement certain que ce garçon en est un. La magie pulse en lui avec une telle force que j'ai du mal à la quantifier. De plus, bien que nous ayons vu Sáro se faire attaquer, rien ne prouve qu'il est bel et bien mort. L'attaque qu'il a subit l'a peut-être forcé à reprendre forme humaine. Celle que nous avons à présent devant les yeux."

-"Ce garçon ? Un changeur de forme ?"

-"Je connais un homme qui peut se changer en un gigantesque ours noir. L'idée que Sáro puisse posséder un don similaire de métamorphose est envisageable."

La porte s'ouvrit soudain pour faire place au reste de leurs compagnons.

- "Le guérisseur Asor a dit que l'on vous trouverez ici." Annonça Fredon, craignant d'interrompre une conversation importante.

-"Entrez mes amis", les invita Arogorn avec empressement. "Cette conversation nous concerne tous."

Aragorn et Gandalf virent alors des mines sombres entrer dans la pièce. Les hobbits avaient tous perdus leur joie de vivre et Legolas était aussi pale que la mort. Tous avaient souffert plus qu'ils ne voulaient l'avouer de la disparition de Sáro.

-"Qui est ce garçon ? " Demanda l'elfe, l'air troublé et attiré comme un aimant vers le corps allongé au sol.

Gandalf et Aragorn se concertèrent du regard un moment avant de tout leur avouer.

-C'est Sáro. Répondit tout simplement Aragorn.

Seul le silence comblât cette annonce et ils durent attendre quelques minutes avant que tout ne parte en éclat.


Legolas avait l'impression de perdre l'esprit. Ses oreilles bourdonnaient et il était incapable d'avoir la moindre pensée cohérente.

La mortalité pour un elfe, était un concept très vague.

Son peuple avait toujours vécu loin des hommes par crainte de ne pouvoir supporter la mort.

Pourtant, Legolas était parti loin de tout ses repères, seul de son espèce à s'engager dans une guerre contre le mal.

Il s'était soustrait à toutes les supplications des siens, prenant la route vers un destin incertain. Sa famille avait pleuré son départ mais pas une seule fois il n'avait regretté sa décision. Du moins, pas jusqu'à ce jour fatidique où il avait vu la plus belle créature du monde réduite à néant par les ténèbres.

Jamais un elfe ne croirait à une telle histoire. Celle d'un dragon qui s'était opposé au Mordor jusqu'à donner sa vie pour que les peuples de la terre demeurent libres. Sáro avait disparu comme si il n'avait jamais existé, et cela rendait la douleur encore plus insupportable dans le cœur du prince de Mirkwood.

Puis, dans la brume opaque qu'était à présent son esprit, il le vit.

Le soleil levant laissait des traînées d'or sur sa peau pâle. Ses cheveux étaient d'ébène, courant sauvagement sur son visage. Sa bouche, à demi ouverte, nacrée par son souffle paisible faisait sur ta peau blanchâtre comme l'ourlet d'un coquillage fragile. Legolas savait que la créature à ses pieds n'avait rien d'humain.

-"C'est Sáro". Avait tout simplement dit Aragorn, attendant de voir leurs réactions pour continuer.

Personne n'avait pour autant oser bouger, perdu dans la contemplation des traits du garçon.

A la surprise de tous, se fut Gimli qui s'avança en premier en direction du corps.

Ses mains, avec une extrême précaution, vinrent se placer sur le front fiévreux du jeune homme. La respiration de l'enfant changea soudain et ses paupières papillonnèrent.

La fraternité frissonna alors à la vision de ce vert si peu commun, cerclés d'or et d'ocre. Ses yeux regardèrent la fraternité d'abord avec calme, puis une peur soudaine commença à s'emparer de leur propriétaire. Le garçon se tordit dans ses draps, comme prit d'une douleur intense.

Aragorn vint à son secours et tenta de calmer son agitation. Ce n'est que quand le garçon s'agrippa à lui qu'il se calma. Il observait avec incrédulité ses propres mains accrochées à la tunique du roi du Gondor, le souffle court. Puis ses yeux croisèrent ceux de Aragorn et s'embuèrent finalement de larmes. Aragorn ramena le garçon contre lui et le serra fort, comme si il s'agissait de son propre enfant.

- "Sáro est-ce bien toi ?" Demanda le roi du Gondor en s'éloignant légèrement de son protégé pour mieux le regarder.

Un sourir familier s'afficha sur le visage de cet inconnu, et le doute ne fut plus possible sur son identité.

Comme un seul homme, les membres de la communauté explosèrent de joie et s'élancèrent vers leur ami. La fraternité de l'anneau était de nouveau complète.

-"Comment un tel miracle a-t-il pu se produir ?" Demanda finalement Fredon à l'intention de l'étrange garçon.

A leur grande surprise, Sáro se contenta de faire d'étranges gestes avec les mains. Il semblait pressé et enthousiaste de leur expliquer qui il était. Cependant, pas un seul son ne sortie de sa bouche.

-"Encore un mystère résolu !" Nota Gandalf avec un sourire désolé. "Notre ami semble être muet. Je comprend mieux à présent pourquoi un si puissant dragon n'avait pas le don de la parole..."

Sáro lui lança un sourire contrit puis son regard sembla chercher une personne en particulier dans le groupe.

Legolas était resté en retrait, encore honteux du comportement qu'il avait eut à son égard des jours auparavant.

La fascination qu'avait l'elfe pour le jeune homme était cependant tel qu'il fini par s'approcher, le regard baissé.

Une main fine vint alors se poser sur sa joue et tout le corps de Legolas trembla à ce simple contact.

Toutefois, il était impossible à l'elfe de décrire les pensées qui l'assaillirent. Il se sentait à la fois fiévreux et vivant, comme si toute son existence n'avait pour but que de ce retrouver dans l'ici et maintenant.

-"Je voulez te présenter mes excuses Sáro", avoua-t-il la gorge serré. "J'ai été injuste et j'ai douté de toi. Je te demande pardon pour les paroles que j'ai prononcé lorsque Boromir est mort..."

Sáro plaça sa main devant le visage de l'elfe pour lui intimer de se taire. Legolas sentit alors la créature plonger dans ses bras. Sans qu'il ne puisse se l'expliquer, ce geste réveilla en lui des sentiments qu'ils n'avaient jamais eu envers personne.

Il rendit son étreinte au garçon et constata que ce dernier s'était endormi de fatigue.

A présent que Sáro était de nouveau parmi eux, il ne laisserait plus jamais rien lui arriver.


Petit raclement de gorge de l'auteur : Désirez-vous que la relation entre Legolas et Harry reste telle quelle, c'est à dire douce et pure ? Ou bien que je mette un peu plus de tiédeur dans leurs intentions?

Sérieusement j'hésite...

Je publierais certainement la suite ce weekend, mais en attendant, vos avis me seraient précieux.

A bientôt,

LDDW