Un chapitre court, pour respirer un peu avant des moments plus rythmés.

Comment-ça j'ai tué le suspens ?

Chap. 10 : Il y a les vivants…

Pendant les jours qui suivirent, chaque membre de l'équipe du capitaine Olaf insistait pour qu'Hermione utilise leur baguette. Dès qu'elle croisait quelqu'un, la jeune fille se voyait contrainte de prendre une baguette qu'elle ne connaissait pas, ou peu, pour effectuer un sort quelconque. Ce qui devenait pénible quand elle venait à croiser trois ou quatre personnes d'affilé dans un couloir. Elle soupçonnait certains de faire sciemment la queue pour la croiser à la file. Néanmoins, cette pratique avait un bénéfice notable pour la jeune fille. Elle s'entrainait à contrôler des baguettes qui naturellement ne tenaient pas à se soumettre à elle.

Le capitaine Olaf qui avait des connaissances sur de nombreux domaines, ce qui était souvent désagréable, en avait parlé le soir du 28 octobre. Selon lui, et il faudrait en demander la confirmation à Ollivander, certaines baguettes peuvent se relier selon les sorts qu'elles ont amplifié ou qu'elles soient constituées des mêmes éléments. Hermione confirma le fait. Bien qu'elle ne puisse raconter le combat entre Voldemort ressuscité et Harry, elle raconta qu'elle avait entendu parler de deux baguettes jumelles qui ne parvenaient pas à s'opposer l'une à l'autre.

La discussion glissa vers la propriété d'une baguette. Ce fut au tour de John de se montrer savant. Les aurors devaient parfois s'attaquer à des conglomérats de trafiquants vraiment écœurants. Les pires étant ceux qui volaient des baguettes magiques. Les malheureux qui étaient dépouillés retrouvaient sans peine une nouvelle baguette, et là n'était pas le problème. La difficulté résidait dans le fait qu'il est impossible de transmettre une baguette de gré à gré. Une baguette neuve choisit son propriétaire, une baguette ancienne change selon les victoires et les défaites.

- C'est pourquoi il est difficile de maitriser une baguette qui n'est pas à vous. conclu-t-il.

- Il faut gagner son adhésion lors d'un combat ? demanda Albert.

- Il n'est pas nécessaire de tuer au moins ? interrogea Hermione, moins subjuguée par le sujet. Des réactions autour d'elle lui indiquèrent qu'elle n'était pas la seule à trouver la solution un peu extrême.

- Non. Un simple combat permet à la baguette de changer de maitre. Attrapez la baguette de votre adversaire ainsi elle sera passe sous votre contrôle et obéira aussi bien que la votre.

- Bon à savoir. Commenta Jack sur le ton du connaisseur.

- Assommer son adversaire à grand coups de poings, ça ne marche pas, Jack. Remarqua, amusé, l'ancien auror. Les convives trinquèrent et rirent ensemble un moment.

« §§§ »

Décidemment, Hermione avait hâte que sa baguette lui revienne. Elle se sentait totalement désarmée. Malgré l'entrainement quotidien que représentait l'échange des baguettes, elle n'avait pas avancé dans sa recherche de Voldemort. Le seigneur des ténèbres se cachait probablement déjà en Albanie. Son capitaine ne jugeait pas qu'elle soit prête pour partir si loin et seule.

Du mois de septembre, où elle avait perdu sa baguette en ramenant la tablette runique, jusqu'au mois de novembre, elle avait attendu un paquet d'Ollivander. Certains membres du groupe allaient parfois le questionner sur la baguette. Immuablement, ils revenaient avec l'assurance que le fabricant faisait de son mieux. Cependant, l'os de sirène s'opposait à la plupart des tentatives d'introduction dans une baguette.

En attendant, Hermione procédait à des missions de surveillance ou s'entrainait à divers sortilèges. Sans le savoir, elle subissait les bases de l'entrainement des aurors. Étrangement, le capitaine Olaf avait désigné John Vangard comme professeur, Hermione et Albert comme élèves. Ceux-ci avaient inutilement protesté qu'ils ne ressentaient pas la nécessité d'une telle formation. Ensuite, ils avaient tenté de faire partager leur sort à Jack qui était mystérieusement exclu de cette formation. On leur avait répondu que Jack avait déjà subi cette formation et d'autres qu'il ne valait mieux pas évoquer devant lui.

- Les moldus rapprocheraient son entrainement de celui des commandos. expliqua leur professeur. Même moi, je ne suis pas certain de venir à bout de cette montagne de muscle.

- De toute façon, il est de notre côté. glissa Albert ironique. Enfin, surtout celui d'Hermione. Pour sa peine il reçut un coup de coude vigoureux dans les côtes. John ne sembla pas remarquer que l'un de ses élèves se tordait de douleur.

- Quand vous aurez fini de faire le pitre, nous aurons des choses à faire.

Á des pratiques magiques, leur formateur adjoignit des obligations d'entrainement physique. Hermione n'avait jamais fait autant de sport que depuis son arrivée à Heuton-Pagnell. Les rondeurs de l'adolescence n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Si l'aiguille de sa balance magique ne cessait de lui indiquer une prise de poids, la part de muscle devenait proprement ahurissante. La plupart des femmes seraient jalouses de sa ligne. Néanmoins la jeune fille pensait que si l'entrainement durait un peu longtemps, elle ressemblerait bientôt à une bodybuildeuse. Il est des corpulences plus glamour.

Entre ses missions et les entrainements, Hermione n'avait guère le temps de s'amuser ou de s'ennuyer. Néanmoins, elle continuait de correspondre avec Molly Weasley. Après l'incident dû à l'état de manque magique elle avait repensé à Sirius. Lorsqu'il était à Azkaban il avait été privé de baguette à son tour. Elle se demanda comment il avait vécu la chose et comment cela l'avait affecté. Une réflexion en induisant une autre, elle pensa qu'elle pouvait demander à Molly de veiller sur son ami.

'"Chère Molly,
Lors d'une visite que j'ai faite à Londres l'an passé, j'ai fait la rencontre d'un jeune garçon très charmant et sympathique. J'ai dû partir précipitamment sans pouvoir le remercier des attentions adorables qu'il avait eues à mon égard.
Il s'appelle Sirius Black et habite parfois au "chaudron baveur". Je l'y ai encore aperçu la dernière fois que je suis monté au chemin de traverse.
Je crois qu'il est malheureux. Mais je ne veux pas qu'il courre me retrouver ici. J'ai déjà assez de Jack à me couvrir de son regard énamouré. Je voudrais seulement qu'il soit apaisé et reprenne une vie normale.

Merci d'avance,
Hermione.

P.S. Il me connait sous le nom de Pansy Parkinson. Surtout ne lui donne pas mon vrai prénom."

La réponse ne se fit pas attendre. Moins d'une semaine après cet envoi, Molly Weasley lui racontait dans le détail ce qu'elle avait prévu et obtenu.

"Ma très chère Hermione,
J'ai pris contact avec ton amoureux. Il est en effet plutôt attaché à la jeune fille qu'il a rencontrée l'an passé. Je lui ai transmis les amitiés de son amie et nous avons sympathisés. Je dois reconnaitre qu'il est charmant.
J'ai eu un peu de travail pour le rendre présentable, mais à présent c'est un beau jeune homme. Je ne suis pas intéressée, mais je peux te dire que tu rates quelque chose.
En plus, c'est un ami de Dumbledore, il est même le parrain du survivant.
Nous avons projeté de l'inviter avec son filleul pour que l'enfant soit intégré au monde sorcier en jouant de temps en temps avec mes Ron, Fred et George.

A bientôt
Molly"

Au moins, la parfaite femme d'intérieur ne perdait pas le nord. On lui laissait un homme désespéré et elle en faisait un gentleman avisé et présentable. Contraste saisissant lorsque l'on considérait l'échec patent que représentait Ronald. Cette espèce de rustre mal ficelé, hermétique à toute forme de galanterie, et aussi bon danseur qu'un babouin tétraplégique. Un garçon craquant en somme.

"Chère Molly,
Je te remercie de tout cœur de l'effort que tu fournis pour aider mon ami.
Il mérite de l'attention et de l'affection. Je sais que je ne saurais pas lui donner ce dont il a besoin. Il a perdu ses meilleurs amis, l'un d'eux est même un traitre. Il a toujours été rejeté par sa famille qui lui préférait son frère. Malgré cela il a un cœur d'or et il mérite d'avoir quelqu'un de fiable et de sincère à ses côtés.
Peux-tu lui demander de traiter son elfe de maison avec un peu plus de respect. Il y gagnera !

Embrasse bien fort, Arthur, Charly, Bill, Percy, Fred, George, Ron et Ginny pour moi,
ton amie,
Hermione."

Hermione avait laissé dans ses courriers nombres d'indices montrant qu'elle connaissait rudement bien Sirius. Elle espérait que cela ne se remarquerait pas trop. D'un autre côté, une fois qu'elle sera rentrée à son époque, cela n'aura plus d'importance. Hermione-Pansy-Seagull aura cessé d'exister dès que Voldemort… non, que Tom Jedusor… sera rayé de la surface.

Insensiblement, la jeune femme avait pris l'habitude d'appeler le seigneur des ténèbres par son vrai nom et non celui qu'il s'était donné. Auparavant elle ne connaissait qu'Albus Dumbledore qui fit la même chose. Á cette époque elle avait une telle crainte du mage noir que de prononcer son pseudonyme était suffisant pour faire hérisser la totalité de sa pilosité naturelle. Pourtant, à force de fréquenter Olaf Thorsthon, c'est son vrai nom qui apparaissait le plus souvent dans les conversations. D'une certaine manière c'était montrer du respect pour le brillant jeune homme qui avait tant impressionné le monde magique. D'un autre côté, c'était placer le seigneur des ténèbres devant ce qu'il haïssait le plus. Définitivement, cette approche convenait à Hermione. Tom Jedusor n'était qu'un homme parmi les autres avec ses forces et ses faiblesses, devenu Voldemort il exhibait surtout sa force. Pourtant ses faiblesses demeuraient enfouies en lui. Utiliser son nom montrait que l'on était conscient de cela. Indirectement, de cette façon Hermione rappelait qu'elle aussi avait ses failles.

« §§§ »

Enfin, début novembre, deux messages parvinrent au "sleepin' chess". Le premier venait de Molly Weasley. Hermione n'avait pas besoin de lire le nom de l'expéditeur pour s'en rendre compte. Avec le temps elle avait appris à reconnaitre les mouvements de son poignet. La seconde lettre était plus énigmatique.

L'enveloppe était banale mais pas vulgaire. Il n'y avait pas de cachet pour la sceller, ce qui n'était pas anormal. Curieuse plutôt qu'inquiète, la jeune fille finit par ouvrir l'enveloppe. Quelques mots d'une écriture élégante, particulièrement soignée invitait Hermione à se rendre au chemin de traverse pour y prendre possession de sa nouvelle baguette. Elle retint avec peine un cri de joie. Enfin le moment qu'elle attendait tant arrivait. Le courrier du célèbre fabricant n'indiquait qu'une heure, pas le type de baguette. La jeune fille était un peu déçue de devoir attendre le lendemain pour prendre en main son nouvel outil. Elle ignorait encore quel bois avait réussi à supporter l'os de sirène.

C'est avec une émotion un peu ternie qu'elle se rabattît sur la lettre de son amie.

"Chère Hermione,
Nous avons, avec Sirius, eut de longues conversations à propos d'une certaine Pansy. Il n'est pas dupe, il a parfaitement deviné que je sais où tu te trouves. Jusqu'à présent j'ai réussi à éviter la gaffe. Je crains seulement que l'un de mes aînés ne lui avoue tout sans le vouloir.
Avec Arthur nous avons pensé à une solution.
"

Hermione interrompit sa lecture en retenant un rire. Si le pauvre Arthur Weasley savait dans quelle situation sa femme le plongeait parfois, il serait atterré. Heureusement leur couple était solide et ce genre de manœuvres ne changerait rien.

"Pourquoi ne viendrez-vous pas au Terrier pour la noël ?
De son côté, Sirius a proposé gentiment sa maison qui est vide. Mais j'ai peur de ne pas trouver une maison digne d'un séjour festif. D'ailleurs il te remercie de tes conseils à propos de son elfe. Il parait que leurs relations se sont améliorées et que "Kreatur" cesse de grommeler constamment.
Je n'ai pas bien compris. Il parait que l'elfe parle à la mère de Sirius. Mais si j'ai suivi, sa mère est morte depuis longtemps. Tu me raconteras.
Nous avons largement la place de vous recevoir à la maison.
Avec un peu de chance, une seule chambre pourra suffire."

Décidemment, Molly ne s'arrangeait pas. En la rencontrant plus jeune, Hermione ne pensait pas apprendre à connaitre une jeune femme nettement moins embarrassée par les questions de morale et plus compréhensive vis-à-vis des comportements licencieux. Cependant, elle se demandait si elle ne préférait pas la Molly-mère-de-Ron. Celle-là ne cherchait pas à la mettre dans le lit d'un homme au moins. D'autant qu'Hermione se laisserait faire bien plus facilement s'il était question de Ron.

"Nous avons rencontré Albus Dumbledore en personne. C'est un homme impressionnant !
Il m'a demandé pourquoi nous nous intéressions à Sirius. Ne m'en veux pas, j'ai dû lui raconter qu'une de mes amies l'avait aidé contre Pettigrew.
Ce qui est étonnant c'est que Dumbledore a marmonné ton prénom tout contre mon oreille avant de m'adresser un grand sourire entendu.
Il te connait ?
Tu ne m'en avais pas parlé !"

Hermione se demandait comment son directeur d'école pouvait avoir fait le rapprochement entre Pansy Parkinson et Hermione Parkinson. A priori, le rapport est évident. La jeune fille se serait donné des gifles tant ses pseudonymes étaient transparent. Qui plus est, Olaf et Albus étaient très proches. Le premier avait probablement dû raconter au second sa rencontre et ses objectifs. La question serait de savoir comment Dumbledore se comporterait à son propos dans l'avenir. Elle nota que depuis toujours, autant qu'Harry, elle bénéficiait d'un régime de faveur de la part de Dumbledore. Les origines de ce comportement provenaient peut-être des événements qu'elle était en train de vivre.

"Les enfants demandent souvent quand leur tata Hermione viendra les voir. Comme il reste un peu de temps avant la noël et que je ne suis pas surchargée de travail, je pensais venir avec les enfants au cours de la prochaine semaine.
Dis-moi quel jour serait le plus commode,
Molly".

La lettre de Molly Weasley inquiéta un peu Hermione. La probabilité de rencontrer Sirius à l'une ou l'autre de leurs rencontres n'était pas nulle. Pour le moment, la jeune fille ne souhaitait pas se trouver en face de lui. Par contre, les enfants lui manquaient souvent. Jack et Albert lui plaisantaient souvent son "instinct maternel" lorsqu'elle évoquait avec eux la fratrie Weasley. Ils ignoraient évidemment que des sentiments plus profonds la liaient à l'un des garçons de la famille aux cheveux roux. Malgré tout, elle finit par accepter de voir Molly et ses enfants la semaine suivante. Par souci de simplicité, elle transplanerait directement au Terrier après avoir récupéré sa baguette le jeudi qui venait.

« §§§ »

Le jeudi matin, Jack, Albert et Hermione transplanèrent très tôt dans le Londres moldu. La jeune fille était parvenue à convaincre les deux hommes à flâner un peu dans la ville qu'ils connaissaient si mal étant l'un et l'autre des sang-purs.

Sans qu'elle accepta de l'admettre, Hermione appréciait de promener ses amis dans ce monde qui leur était mal connu car cela la mettait en valeur. Depuis qu'elle résidait à Heuton-Pagnell, elle n'était plus la miss-je-sais-tout, Albert étant encore plus cultivé qu'elle, et Jack la surpassait dans l'exécution de la plupart des sorts. C'étaient là deux situations qu'elle ne connaissait pas. Sortie de son cocon protecteur de l'école, la jeune fille brillantissime avait perdu un peu de son lustre. Au départ, elle l'avait assez mal vécu. Ses entrainements lui permettaient de reprendre un peu sur ses coéquipiers mais c'était surtout au travers du monde moldu qu'elle pouvait montrer sa supériorité. Donc, elle tenait à en profiter.

Rapidement, elle transforma les tenues sorcières de ses compagnons en vêtements moldus. Depuis un moment elle-même ne portait plus que des tenues civiles qu'elles trouvaient un peu plus flatteuses à l'œil et plus commodes à l'usage. Seuls ses cheveux broussailleux restaient pleinement libres de leurs mouvements. Au grand désespoir de Molly Weasley, Hermione ne prenait jamais la peine de les discipliner.

Cette fois, les trois promeneurs ne provoquaient aucune curiosité de la part des passants. Ils s'arrêtaient souvent, sous la pression de l'un ou l'autre des garçons, devant la vitrine des magasins moldus. Derrière les grands panneaux de verre se tassaient des objets ou des vêtements qui amusaient, inquiétaient ou surprenaient les sorciers. Loin d'être agacée par ces hésitations, ces revirements, ces changements de direction, ces exclamations admiratives ou moqueuses, Hermione trouvait leur générosité vraiment rafraichissante. Ils étaient comme deux enfants perdus dans un immense magasin de jouets. Tout ou presque les intriguait, Hermione passait son temps à expliquer à quoi servait ceci ou cela, comment utiliser un presse-purée ou une voiture. Elle avait l'impression de se voir à postériori lorsqu'elle était venue la première fois au chemin de traverse.

Pour achever leur matinée, Hermione leur proposa de diner dans un restaurant moldu. La proposition ne reçut pas un accueil des plus extatique. Le premier, Jack s'opposa fermement à l'idée de s'installer à une table non magique. Il doutait de trouver des produits à son goût. Pour tout dire, il s'était déjà fait son opinion et refusait tout net d'essayer des produits transformés par les moldus. De son côté, Albert était moins délicat. Ayant souvent eu affaires avec des moldus dans son travail, il lui était arrivé de partager une table avec eux. Néanmoins, il rappela que pour ces occasions il s'agissait toujours de grands restaurants. Hermione consentit à reconnaitre que ses finances ne permettraient pas de consommer quoi que ce soit dans un quatre étoiles. Mais elle insista sur le plaisir que des sorciers trouveraient à manger normalement des plats simples. Les palabres durèrent jusqu'à midi, n'ayant cessé de marcher, ils durent se rabattre sur un restaurant italien proche.

Ils s'installèrent dans une pizzeria apparemment très soignée. La clientèle nombreuse tendait à prouver que le menu était bon. Le serveur les guida dans une arrière salle située sous un dôme de verre, ce qui donnait une clarté particulière à la pièce. Le décor était passablement minimaliste, et Hermione jugea que c'était mieux ainsi. Quelques photos passées couvraient des murs blancs crème. Il n'y avait aucune de ces décorations de mauvais goût que certains restaurateurs affectionnent, tels les représentations en plâtres des scènes de la vie quotidienne, les trompe-l'œil divers et variés.

- Et c'est quoi ça, un Asti ? demanda Jack.

- Un vin italien. répondit Hermione sans même lever la tête de son menu. Attention, c'est fort ! intervint-elle, prenant conscience que les sorciers buvaient fort peu d'alcool.

- Je prendrais une salade variée, une quatre-saisons et un capuccino, et vous me mettrez du chianti Abruzzio en boisson. Merci. Et vous ? demanda Albert, finissant sa propre commande.

- Une carbonara à la place de la pizza. confirma Hermione.

- De tout, c'est possible ? interrogea le géant. Mais, devant les dénégations de la jeune fille, il se contenta d'une pizza Santa Regina avec une entrée de charcuteries locales et un plateau de fromage avant son tiramisu. Il avait faim s'excusa-t-il.

En voyant le géant blond se bâfrer littéralement, Hermione pensa avec émotion à Ron. Ils avaient le même comportement face à de la nourriture. Cela l'agaçait parfois, mais elle devait reconnaitre que l'énergie déployée pour avaler si vite une si grande quantité de nourriture méritait le respect. Les dénominations des plats avaient un peu perturbé Jack. Cependant, dès que les assiettes furent remplies, il comprit parfaitement que le tout pouvait se manger. Il ne s'en priva pas, finissant les plats de ses compagnons.

Après avoir avalé un café corsé et payé l'addition, les jeunes gens furent raccompagnés par le patron du restaurant affable et satisfait de voir un client commander trois pizzas d'affilées. Une fois sur le trottoir, alors que le restaurateur se rentrait enfin, les mains brulantes à force de les avoir serrés avec l'italien, Hermione rompit le silence digestif.

- Pour quelqu'un qui n'aime pas la nourriture moldue, je trouve que tu désavoue rapidement tes principes.

- Des principes, on en a, ou pas. Fit Jack. A priori, j'en ai plus. Et il partit d'un rire tonitruant, au grand désespoir de ses compagnons. L'humour n'était pas sa spécialité.

- Arrête Jack, tu te ridiculise. trancha Albert. Je dois reconnaitre que ce restaurant ne démérite pas. La pizza était bien cuite et le vin servi à bonne température.

- Je ne suis pas critique culinaire, mais je dois reconnaitre que ça m'a plut. reprit Jack.

- On l'avait remarqué. scandèrent ses équipiers ensembles. Les rires furent alors partagés.

Leur repas avait été un moment agréable. Jack et Hermione avaient profité des plats, l'un pour les découvrir, l'autre pour se souvenir. Albert, lui avait ouvertement tenté de séduire le serveur. Un échange de papiers, autres que l'addition, laissa entrevoir à Hermione qu'il était parvenu à ses fins. Elle n'eut pas le loisir de lui en parler, mais se promit d'y penser.

Ils parvinrent au "chaudron baveur" près de deux heures avant le rendez-vous fixer par Ollivander. Devant l'insistance de Jack, ils se firent servir chacun une bière au comptoir. Hermione scruta les visages des clients pour s'assurer que Sirius n'était pas déjà là. Elle était persuadée qu'il ne saurait pas la reconnaitre, mais le risque existait malgré tout. Heureusement, le jeune homme ne se trouvait pas dans l'établissement. Néanmoins, Hermione insista pour ne pas trainer trop longtemps.

Le trajet jusqu'à la boutique d'Ollivander fut bien plus tranquille que la fois précédente. Ils croisèrent quelques uns des garçons qu'ils avaient déjà rencontrés. Étrangement, ils ne cherchèrent pas à se moquer du géant ou de ses compagnons. En les croisant, Jack avait un sourire narquois qui se dessinait. Les deux autres préférant les ignorer.

Le fabricant de baguettes magiques les accueillis avec ses manières affables habituelles. Il dévisagea les deux compagnons de la jeune fille, cherchant visiblement à se souvenir de leurs baguettes respectives. Quand les souvenirs souhaités furent retrouvés, ces traits se détendirent un peu et il hocha la tête d'un air entendu. Hermione observa les petites manières d'Ollivander en se demandant combien de temps encore il allait la faire attendre.

- Mademoiselle, fit-il soudain, j'ai connu quelques difficultés pour soumettre le cœur de votre baguette. Mais j'y suis parvenu.

- Merci. se lança Hermione. Le silence qui avait suivi l'affirmation du commerçant semblant indiquer qu'il attendait quelque chose en retour.

- Vous n'ignorez pas que la science des baguettes est très précise. Les contraintes qu'elle doit respecter sont incontournables. Le travail que vous m'avez demandé était aux limites du possible.

- Mais vous avez réussi. coupa le géant.

- En effet. L'os de sirène refusait tout traitement. Finalement je l'ai laissé choisir l'essence qu'il attendait. Je dois reconnaitre que le résultat est pour le moins étonnant. Les effets du fabricant commençaient doucement à venir à bout de la patience de la jeune fille.

- Alors, qu'avez-vous réussi ?

- Du bois de séquoia. Je n'en utilise jamais. Mais, assez parlé, tenez.

Enfin, Hermione recevait sa nouvelle baguette. L'objet était particulièrement inhabituel. Son cœur était constitué d'un ossement qui avait sauvé la vie de la jeune fille. Le bois était choisi dans une essence peu représentée. Le fabricant de baguette lui présenta l'objet posé sur un écrin de velours bleu roi. Elle était superbe, plus longue que l'ancienne mais plus fine. Un peu à l'image de sa propriétaire qui avait subit le même genre de changements.

Hermione avança lentement sa main vers la baguette qui émit quelques étincelles avant même le contact. Observateur avide, Ollivander paru particulièrement satisfait de cette réaction. Il leur affirma que cette manifestation était la preuve de l'existence d'une connexion particulière entre la jeune fille et sa baguette. Il ajouta que c'était la première fois qu'il faisait une baguette de commande dans ces conditions. La baguette existant déjà avant qu'il ne la fabrique.

Ollivander prophétisa de grandes choses à la jeune femme et lui serra très chaleureusement la main. Hermione comprit que le fabricant passait à autre chose et qu'il la remerciait poliment. Á présent, elle tenait fermement sa baguette, de nouvelles étincelles s'échappaient de son extrémité, comme pour marquer son contentement d'être enfin dans la main de sa propriétaire officielle. Tous les petits sorts que la sorcière tenta pour s'essayer étaient parfaitement réussis. Albert glissa à la jeune fille qu'elle ne devait pas se croire trop puissante. Sa dextérité devant bien plus à leurs entrainements et au fait qu'elle s'était habituée à des baguettes qui ne se soumettaient pas à elle. Sa propre baguette concentrait évidemment bien mieux sa magie.

Le trajet du retour jusqu'au "chaudron baveur" fut émaillé de jets colorés. Toute à son plaisir, Hermione abusait clairement du privilège d'user librement de la magie. Tous les sorts qu'elle connaissait, du moins ceux qui ne présentaient aucun danger, furent lancés sans discernement. Des étals manquèrent de s'envoler, d'autres rétrécirent avant de grossir démesurément. En un mot, Hermione propagea un vent de panique dans tout le chemin de traverse avant que des agents du ministère lui demandent de se calmer. L'air penaud que la jeune fille adopta pour la fin du trajet réjouit ses compagnons jusqu'à l'hilarité. Hermione qui se vexait pour nombre de chose parfois futiles préféra rire de concert.

Elle les embrassa sur les deux joues lorsqu'ils débouchèrent du "chaudron baveur" sur la rue moldue, et leur souhaita une bonne fin de journée. Elle était attendue chez une amie très chère. Albert esquissa un sourire et lui fit signe de la main, Jack resta interloqué, se demandant visiblement si "l'ami" était un homme ou une femme.

« §§§ »

Un craquement caractéristique signala à Molly Weasley que quelqu'un venait de transplaner à proximité du jardin du Terrier. Elle laissa Charly et Bill s'occuper de leurs frères cadets et prit Ginny dans les bras avant de se diriger vers l'origine du bruit. Bientôt les deux femmes se serraient dans leurs bras. Elles ne s'étaient plus vues depuis le mois d'août précédent. Les enfants avaient déjà beaucoup changés. Molly avait assuré que six mois sont d'une grande importance quand il s'agissait d'enfants. La petite Ginny avait maintenant dix-huit mois et marchait, beaucoup et vite.

L'après-midi s'écoula doucement. Les enfants étaient un peu durs, mais cela venait surtout du fait qu'ils devaient rester enfermer une grande partie de leurs journées. En novembre, il faisait trop froid dehors pour les y laisser jouer. La présence de "tata" Hermione avait aussi accru leurs potentiels. Contrairement a ce que craignait la jeune fille, tous les roux se précipitèrent pour avoir le droit à qui un câlin, qui un bisou. Pour arranger les choses, Hermione s'était arrêté pour acheter quelques menus présents moldus aux enfants. Elle se disait que cela leur permettrait d'être plus sensibles au monde non-sorcier, une fois plus grands. Elle espérait surtout que Ron aurait moins de défiance vis-à-vis d'elle dans leur futur commun s'il était habitué à son univers à elle.

Les enfants ne se préoccupèrent nullement de l'origine des jouets qu'on leur offrait. Ils parurent totalement satisfaits de voir, en les déballant, des modèles réduits, des cubes en bois, un ensemble de petit chimiste pour les jumeaux, des poupées destinées les unes aux garçons, l'autre à la seule fille de la fratrie. Pourtant, il paraissait évident que la cadette lorgnait les biens de ses frères.

L'ambiance était aimable, comme toujours. Hermione se sentait bien dans cet univers familial. Elle attendait de pouvoir y reprendre sa place véritable, aux côtés de Ron, d'Harry et de Ginny. Cela attendrait néanmoins qu'elle ait accomplie sa mission.

Les heures s'écoulèrent avec une désagréable malice. La jeune fille cru n'être arrivée que quelques instants auparavant lorsque Arthur Weasley transplana depuis le ministère. En entendant ce bruit Hermione eut très peur. Que craignait-elle ? Elle ne savait pas l'exprimer. Des angoisses s'insinuaient régulièrement sans qu'elle puisse expliquer leurs origines. Il était temps qu'elle agisse à nouveau. Depuis septembre elle restait confinée au "sleepin' chess" et cela ne convenait pas tellement à son tempérament. Détail étonnant si l'on considère l'affection particulière qu'elle avait pour la bibliothèque de Poudlard où elle restait des heures entières.

En passant, elle embrassa amicalement le père de famille, prit congé des enfants et étreignit longuement Molly. Il était temps de bouger. Elle expliqua à ses amis qu'elle ne pourrait probablement pas venir pour la noël. Qu'elle ne savait pas quand elle pourrait à nouveau les rencontrer.

En partant, Hermione pleurait.

Elle l'ignorait, mais Molly aussi, comprenant qu'elles ne se reverraient probablement jamais.