Chapitre 11 : Vacances
Le 23 décembre était la première journée du congé du temps des fêtes. Tom s'était levé ce matin-là avec un air maussade sur le visage. Il devait retourner chez lui cet après-midi là et Dougie devait en faire de même, ce qui signifiait qu'ils ne se verraient pas pendant un peu plus de deux semaines. Harry vint s'asseoir devant lui à la cafétéria et il planta violemment sa fourchette dans sa crêpe.
-Ça va Tom?
Tom hocha la tête et continua à mutiler son déjeuner d'un air tueur.
-Bien sûr que ça va Harry, comment ça pourrait ne pas aller? C'est les vacances après tout!
Harry leva un sourcil d'un air sceptique mais n'osa rien ajouter de peur que la fourchette dévie de sa trajectoire et vienne se planter entre ses deux yeux.
Danny et Dougie entrèrent ensuite et prirent place à côté de Harry et Tom respectivement. Danny ouvrit la bouche en voyant l'air ravageur de Tom mais Harry lui envoya un coup de coude dans les côtes et il opta pour se la fermer. Dougie se sentit plus brave et déposa un doux baiser sur la joue du blond.
-Qu'est-ce qui se passe Tommy?
Il lui enleva délicatement la fourchette des mains et le força à le regarder dans les yeux. Le regard noir se transforma en regard attristé quand les yeux bruns de Tom croisèrent les profondeurs bleues de Dougie. Tom soupira et s'accrocha à Doug, comme si sa vie en dépendait.
-J'ai pas envie de passer toutes les vacances sans toi, marmonna-t-il dans l'épaule de l'artiste.
Dougie esquissa un sourire et frotta affectueusement le dos de Tom.
-J'ai calculé ça tout à l'heure, grâce à la magie de Google Maps, et ça ne prend qu'une heure dix-sept minutes pour se rendre de chez moi à chez toi. Je n'ai qu'à voler l'auto de ma mère et venir te rendre visite.
Tom se redressa et Dougie lui fit un clin d'oeil.
-De toute manière ma mère reçoit son stupide fiancé pendant les vacances et j'avais l'intention d'être hors de la maison le plus souvent possible. Alors si ça ne dérange pas trop tes parents, je viendrai.
Tom l'embrassa spontanément et lui murmura une fois de plus ces trois petits mots qui faisaient battre le coeur de Dougie anormalement vite.
Heureusement pour la crêpe de Tom, le reste du déjeuner se passa dans la joie. Jazzie se présenta soudain à eux et elle n'avait pas nécessairement l'air très heureuse.
-Je déteste Rick, aboya-t-elle, le visage rougi.
Dougie hocha la tête et lui tapota le bras.
-Moi aussi. Maintenant qu'on a réglé ça, tu peux t'en aller.
Jazzie lui lança un regard tueur.
-Il est ici, espèce de grosse patate!
Harry et Danny éclatèrent de rire et Dougie resta bouche-bée.
-Qu'est-ce qu'il fait là?!
-Il est venu nous chercher parce que maman travaille, qu'est-ce que tu penses?!
Comme si ces paroles avaient été une formule magique, les portes de la salle s'ouvrirent sur un homme à moustache qui portait un chandail de laine illustrant un loup. Il regarda autour de la pièce plusieurs fois avant que son regard ne se pose sur les jumeaux Poynter. Il eut un immense sourire et s'avança d'un pas nonchalant vers la table occupée par les garçons et Jazzie.
-Bonjour les enfants!
Il parlait d'une voix trop enjouée et son regard pétillait anormalement quand il se posa sur Jazzie.
-Rick... Quelle belle surprise... Je croyais qu'on devait prendre le train jusqu'à la maison...
Rick lança un sourire radieux à Dougie qui lui avait parlé avec une voix monotone.
-J'ai décidé de vous épargner ce long voyage! Mais ne vous en faites pas, je vous laisse le temps de terminer de manger et de préparer vos choses! Après tout, votre train ne devait partir que cet après-midi, je suis un peu en avance!
-Ce n'est vraiment pas nécessaire Rick...
-Allons donc! Je suis ici maintenant, trop tard pour reculer! Alors, vous ne me présentez pas vos amis?
Il prit place à côté de Jazzie et lui lança un sourire rempli de dents trop blanches. Elle se leva en marmonnant quelque chose que personne ne comprit et quitta la cafétéria en vitesse.
-Mes compagnons de dortoir, Tom, Harry et Danny, dit Dougie d'un roulement d'yeux.
Rick serra énergiquement la main de chacun des garçons puis se mit à raconter plein de choses que personne ne comprit vraiment. Quelques minutes après son arrivée, Jaymee, Marie et Émilie arrivèrent enfin et lancèrent toutes trois un regard interrogateur en direction de l'homme moustachu qui occupait leur table. Dougie, qui semblait sur le point de pleurer, leur indiqua qu'il s'agissait de son beau-père, ce qui sembla rendre l'homme encore plus heureux qu'il ne l'avait été auparavant.
Dougie mangea anormalement lentement et refusa d'accorder le moindre mot à Rick qui, de toute manière, semblait être capable de se faire la conversation tout seul. Vers dix heures, il se résigna à admettre à son beau-père qu'il avait bel et bien terminé son repas. Il lui indiqua qu'il devait aller faire ses bagages. Il ordonna à Rick de l'attendre là et partit d'un pas rapide avec le bras de Tom fermement coincé entre ses doigts. Il ne le relâcha que lorsque la porte du dortoir fut refermée derrière eux.
-Tu comprends maintenant pourquoi je veux m'en aller? Il est toujours débile comme ça, ça me rend fou!
Tom lui lança un sourire désolé puis le prit contre lui.
-Tu viens chez moi quand tu veux et tu restes aussi longtemps que tu veux.
….. …..
Tom descendit de l'auto de ses parents vers quatre heures, après un long voyage de deux heures trente, et s'étira. Il sourit quand il aperçut sa maison. Il y pénétra et fut automatiquement attaqué par une petite tornade qui lui sauta dans les bras.
-Tom! Tu m'as manqué!
Tom sourit à Carrie et lui embrassa le front.
-Tu m'as manqué aussi petite soeur! En fait, toute la maison m'a manqué! J'avais oublié combien ça sentait bon ici!
Son père entra ses bagages et lui dit d'aller les porter dans sa chambre. Tom commença à monter l'escalier quand le téléphone sonna. Il se dit quelqu'un d'autre allait répondre et poursuivit sa route mais sa mère l'appela, lui signalant que c'était pour lui. Il redescendit les quelques marches qu'il avait gravies puis prit le combiné que sa mère lui tendait.
-Oui allô?
-Tom?
Il sourit en entendant la voix à l'autre bout du fil.
-Hé! Alors, le trajet n'a pas été trop pénible?
Dougie soupira et Tom l'entendit fermer une porte.
-Il nous a fait écouter des chansons débiles tout le long et il voulait qu'on chante avec lui... Quand je lui ai dit que ça me donnait mal à la tête, il a baissé le son et il s'est mis à répéter les mêmes trucs qu'il disait ce matin au déjeuner...
Tom pouffa de rire.
-Tu veux venir tout de suite?
-Tu es sûr que ça ne dérangera pas tes parents? Parce que c'est certain que je reste pas à la maison ce soir! Si je peux pas aller chez toi j'irai chez ma grand-mère...
-Attends un peu, je vais demander à ma mère.
Tom laissa le combiné sur la table et se dirigea vers la cuisine où étaient assis Deb et Bob. Ils le regardèrent et il s'éclaircit la gorge.
-Est-ce que je pourrais inviter un de mes amis de l'école pour quelques jours?
Les parents se regardèrent et sourirent à leur fils.
-Je n'y vois pas d'inconvénient, mais il faut que ses parents soient d'accord!
Tom sautilla vers sa mère, l'étreignit et courut jusqu'au téléphone.
-Doug?
-Hmm?
-C'est d'accord! Mes parents ont dit oui!
-Super! Je mets ma valise dans l'auto et j'arrive!
-Tu as besoin que je te donne les directions?
-Non ça va, j'ai imprimé le chemin sur Google pendant que tu parlais avec tes parents!
Tom sourit et s'assura qu'il était seul dans le couloir.
-Je t'aime Doug... Je m'ennuie déjà de toi.
-Moi aussi, on se voit dans une heure!
Ils se saluèrent et raccrochèrent. Tom flotta jusqu'à sa chambre où il entreprit de défaire sa valise.
….. …..
Tom déposa son assiette dans le lave-vaisselle et jeta un bref coup d'œil à travers la fenêtre qui donnait sur leur entrée de garage. Au même moment, une petite voiture sport verte s'y engagea. Tom sauta littéralement de joie et se précipita vers la porte d'entrée alors que Dougie tentait de faire sortir sa valise du coffre de la voiture.
-Tom! Ferme la porte, il neige! Et puis ne sors pas dehors sans manteau! Lança Debbie en passant derrière lui dans la cuisine.
Tom roula les yeux, attrapa son manteau et glissa ses pieds dans ses souliers. Il claqua la porte derrière lui et sortit en sautillant. Il se posta juste devant Dougie qui lui lança un sourire radieux.
-Il faisait plus beau à Essex mais je suis quand même tout à fait heureux d'être ici.
Tom éclata de rire et étreignit son amoureux.
-Tu ne trouves pas qu'on est ridicules? Demanda soudain Tom, alors qu'ils s'étaient remis en route vers la maison.
Dougie lui lança un regard interrogateur de biais.
-Pourquoi?
-Hé bien, on s'est quittés il y a à peine quatre heures et on agit déjà comme si on ne s'était pas vus depuis des semaines!
Dougie haussa les épaules en riant.
-M'en fous, les gens peuvent bien penser ce qu'ils veulent, moi je suis content juste quand tu es là.
Tom posa une main sur la poignée de porte et s'apprêta à l'ouvrir mais Dougie posa une main sur son épaule, le forçant à se retourner.
-Tes parents savent pour nous deux?
Tom secoua la tête et épousseta un flocon de neige qui s'était logé sur son nez.
-Non, pas encore...
-Tu crois qu'ils le prendraient mal?
-J'en sais rien... Mais j'ai pas envie qu'on se cacher...
Il ouvrit la porte d'un geste résolu et se retrouva en face de Deb, Bob et Carrie.
-Maman, papa, Carrie, je vous présente Dougie, il étudie la peinture et le dessin à l'académie. On est dans le même dortoir.
Il se tut pendant quelque secondes afin de lancer un regard vers Dougie. Le seul fait de l'avoir regardé sembla lui donner toute la force dont il avait besoin et il lui prit la main, devant les regards un peu confus de sa famille.
-Il est mon amoureux...
