-Où est le dossier du 312 ?

-Ici Monsieur.

-Ah, bien. Merci. Le traitement a réussi sur celui-ci, n'est-ce pas ?

-On ne peut mieux Monsieur.

-Oui, je ne peux pas ne pas me souvenir de ce patient, Mathieu Sommet. Très réticent au début. Finalement il s'est laissé faire. Nous avons obtenus de très bons résultats. Incroyable parcours, vraiment.

-Je n'en doute pas.

-Vous avez raison Monsieur, c'est extraordinaire.

-Encore une de mes belles réussites… !

-Mes félicitations Monsieur !

-De même…

-Merci. C'est naturel, il fallait que je fasse quelque chose pour ce jeune homme. Que voulez-vous à propos du 312 ?

-Le voir.

Le médecin et son assistant se regardent, un sourire moqueur aux lèvres.

-La rencontre ne risque pas d'être très animée vous savez…

Ils rient sans retenu, se jetant des regards complices. L'homme qui leur fait face les observe froidement.

-Pourquoi ?

-C'est un légume !

Explosions de rire. Lui reste stoïque, quoique blessé.

-Un légume ! Il ne ressemble plus à rien le pauvre.

Les deux membres du personnel sont à présent totalement hilares, sous son œil dégoûté. Il les trouve détestables.

-Venez quand même ! (le médecin sèche difficilement quelques larmes) On va vous ouvrir un parloir. Vous allez le voir votre 312.

Il ne répond rien, se contente de suivre un homme qui l'escorte jusqu'à la petite salle à l'odeur lourde de renfermé qui l'accueille une nouvelle fois. Il s'assoit. Attend.


Il est là, face à lui. Il n'a pas fière allure avec ses yeux vitreux et la bave qui constelle le coin de ses lèvres entrouvertes. Il arbore également deux fines brûlures encore rougeâtre, une sur chaque tempe de son crâne rasé. Il a posé sagement ses mains sur la table, paume contre le plateau métallique. Il attend. Non pas qu'il parle mais que le temps passe. « Dans quel état ils t'ont mis mon pauvre Mathieu… »

-Je… Je sais pas si tu me reconnais… Je suppose que non, toujours pas.

Antoine joint ses mains en un poing serré et tremblant.

-Je sais pas ce qu'ils t'ont fait. Mais quand je te vois comme ça, je m'en veux. Je t'avais dit que je reviendrais, tu te souviens ? Je t'avais aussi dit que je te sortirai de là. Je voulais empêcher… (il tend un doigt hésitant sur Mathieu qui regarde dans le vague) Ca. Mais j'arrive trop tard, encore une fois.

Il soupire et regarde Mathieu qui sourit béatement, déconnecté de la réalité. Il rit amèrement.

-En fait, je sais même pas si tu m'entends. J'espère que oui évidemment. Je m'en veux tellement ! J't'avais fait une promesse ! Et j'ai l'impression que je ne pourrais jamais te récupérer, te revoir comme tu étais avant. Ca m'rend fou.

Il s'arrête, coupé en deux par un sanglot sans larmes qui fond sur lui tel un rapace pour lui tordre ses entrailles.

Un raclement contre la table lui fait baisser les yeux. Mathieu a simplement retourné ses mains. Au creux de ses paumes sont logés deux fragments de quelque chose qui doit être un morceau de papier, vu de là où il est. Les mains glissent de nouveau pour se réunir. Les bouts se complètent. Le cœur d'Antoine rate un battement. Une photo. Il hoquète. Cette photo. Délicatement, il la prend des mains de Mathieu, la détaille avec émotion en prenant garde de bien laisser les morceaux ensemble, comparant les deux versions de de son ami qu'il a sous les yeux, choqué par la différence.

-Je ne suis pas un nabot.

Un chuchotement, pas plus. Antoine sursaute. Cette voix. Même éraillée il la reconnaît. Ses yeux rencontrent ceux de Mathieu. Ils brillent avec malice.

-Antoine.

Sa gorge se serre douloureusement tandis qu'un sourire se diffuse sur son visage.

Mathieu désigne d'un coup de tête l'homme qui se tient derrière la porte et qu'ils distinguent par transparence, un sourire déterminé aux lèvres, en faisant craquer sèchement ses jointures.

-On y va ?

Antoine marque une pause, sous le choc. Il ne veut pas chercher à comprendre malgré tout. Juste vivre. Avec lui.

-Ensemble ?

-Evidemment.

Leurs chaises se renversent sur le sol.


Et dire qu'on s'approche déjà de la fin. ): Review?