Onzième partie
Les jours qui suivent défilent à une vitesse folle. L'euphorie qui règne suite à l'annonce officielle de la découverte de la mine pousse toute l'équipe à travailler trois fois plus vite. Élisabeth capture des images sans arrêt et les développe au fur et à mesure. Sonyia passe de nombreuses heures en compagnie d'Élisabeth, discutant de magie, d'enchantements et se faisant des confidences. Élisabeth avoue à l'africaine qu'elle est éperdument amoureuse du professeur, mais qu'elle ne ferait jamais les premiers pas. Sans compter qu'elle ne voulait surtout pas que le fait qu'elle porte son enfant pèse dans la balance. La froideur que William manifeste envers la jeune photographe depuis la fin des travaux contribue également à refroidir les ardeurs d'Élisabeth.
Une semaine plus tard, un premier groupe peut enfin envisager quitter le campement et il est prévu qu'Élisabeth en fasse partie. La plus large part de son travail étant déjà réalisée, le reste, c'est chez elle, dans son studio qu'elle pourra le terminer. Sans compter qu'elle doit aussi attendre que Jane finisse d'écrire son récit d'aventure. Il est alors convenu que Jane vienne la rejoindre deux semaines plus tard alors que le reste de l'équipe rentrerait. Jane avait bien essayé de convaincre Élisabeth de rester avec elle, mais celle-ci avait insisté pour rentrer à Chicago. Voyant William sortir de sa tente pour venir saluer ses collaborateurs avant leur départ, Élisabeth s'approche de lui, son sac à dos à l'épaule.
-Professeur Darcy?
-Ah, Élisabeth! Vous êtes prête à partir?
-Le véhicule m'attend, oui…
-J'espère que vous ferez un bon voyage…
-Merci de m'avoir autorisé à rester finalement…
-De rien! De toute façon, nous nous reverrons certainement!
-Pour les photos! Oui, bien entendu. Je vous ferai parvenir le tout avec le texte de Jane.
-Encore désolé pour l'accueil qui vous a été fait! En plus de ces douleurs au ventre qui me tiraillaient! J'ai mauvais caractère!
-J'ai beaucoup apprécié cette rencontre professeur Darcy.
Le professeur lui prend alors la main et la porte à sa bouche pour lui donner la bise.
-Moi aussi, j'ai apprécié, je vous assure. Je vous ferai signe un de ces jours!
-Vous serez trop pris, assurément! C'est ça la célébrité.
Une fois qu'elle a salué Jane, Charles et Sonyia également, Élisabeth monte à bord du véhicule où John l'attend. Elle envoie une dernière fois la main aux membres de l'expédition rassemblés pour l'occasion puis se retourne vers John plaquant sur son visage un sourire résigné.
Durant le voyage de retour, elle prend quelques photos supplémentaires et garde un silence absolu. Elle repense à Ibens et surtout au plan élaboré par Sonyia et William pour en venir à bout. Grâce à la lettre qu'Élisabeth avait écrite et remise à Sonyia le jour où l'africaine était venue la voir au camp, celle-ci avait compris que le fameux Benis ou Ibens entendait tout ce que la photographe disait, mais qu'il ne pouvait pas lire ce qu'elle écrivait. À partir de cette précieuse information, Sonyia avait donc mis sur pied le piège efficace dans lequel elle voulait faire tomber le fameux africain. Sonyia était allée trouver le professeur, lui avait fait part de ce qu'elle savait et avait tendu son piège avec lui. C'est pour ça que William avait confié les coordonnées de la fausse mine à Élisabeth en s'assurant qu'elle allait les énoncer verbalement pour qu'Ibens les entende. Voilà pourquoi l'africain s'y était rendu dès le lendemain, bien avant que John et son équipe de militaires arrivent eux même. De plus, c'est également Sonyia qui avait compris que pour libérer William, il fallait que le professeur se rende à l'endroit même où Mathias avait été assassiné, c'est à dire près de la rivière.
Le deuxième sujet de réflexion qui préoccupe Élisabeth et sur lequel elle se penche sérieusement pendant le voyage au lieu de converser avec les autres, concerne sa grossesse. Sonyia avait semé le doute dans son esprit. Élisabeth ne remet pas en doute le fait que William puisse en être le père, mais comme celui-ci était possédé par Mathias au moment de la conception, puisque c'est l'africain qui guidait le corps de William à ce moment-là, l'enfant serait-il le sien ou celui de Mathias? Sonyia avait examiné Élisabeth et l'enfant en long et en large et semblait convaincue que ceux-ci ne risquaient rien, mais puisque la paternité était partagée par deux hommes, qui peut savoir ce qui va arriver?
Sans être en mesure de répondre à ses nombreuses questions, Élisabeth est fière d'avoir pensé à parler de son enlèvement et d'avoir faire croire à Jane que son enfant pouvait être le fruit d'un viol qu'elle aurait subi à ce moment-là.
Après une courte escale à Londres, Élisabeth arrive enfin à Chicago où elle prend rendez-vous avec son médecin. Celui-ci lui confirme qu'elle est bel et bien enceinte et lui fait passer plusieurs tests lorsqu'il apprend qu'elle a séjourné en Afrique pendant quelques mois.
C'est en se rendant à l'hôpital pour aller rencontrer une infirmière qu'Élisabeth sent une douleur anormale lui déchirer le ventre. Pliée en deux en attendant les transports en commun, elle crie à qui veut l'entendre d'appeler une ambulance. Elle perd connaissance à l'instant même où elle entend un homme lui dire que les secours arrivent. Lorsqu'elle ouvre les yeux, quelques heures plus tard, Élisabeth réalise qu'elle est allongée dans un lit d'hôpital et que sa mère est auprès d'elle, soucieuse.
-Maman! Se souvenant tout à coup de la raison de sa présence à l'hôpital : mon bébé?
-Tu l'as perdu ma chérie! Je suis désolée! Ils disent que c'est à cause d'une maladie que tu aurais attrapée pendant que tu étais en Afrique.
-Je peux le voir?
-Non! Ce n'était qu'un fœtus! Il n'y a rien à voir!
-C'est sans doute la meilleure chose… que je l'ai perdu je veux dire.
-Tu veux qu'on en parle… qu'on parle du père, je veux dire?
-Je te raconterai plus tard, mais ce n'est pas une histoire très romantique…
-Jane m'a dit que tu avais été prisonnière… pendant que tu étais là-bas!
-Prisonnière, oui c'est ça! Et bien d'autre chose encore!
Lorsqu'elle peut enfin retourner chez elle, Élisabeth reste encore pendant deux jours chez elle pour se remettre de sa fausse couche. Tout en étant allongée, elle prend des notes et relis le journal qu'elle avait tenu fidèlement pendant son séjour en Afrique. C'est alors qu'elle tombe sur une note inscrite par Sonyia juste avant son départ. Sonyia avait probablement profité de l'occasion où Élisabeth lui avait fait lire son journal voulant ainsi offrir à l'africaine l'occasion de renouer avec ce qu'avait vécu sa mère. Sonyia avait donc deviné qu'Élisabeth ferait une fausse couche. Elle avait écrit cette information noir sur blanc avant de lui remettre son journal entre les mains et avant de l'étreindre affectueusement pour lui dire adieu. Le second paragraphe laissé par Sonyia fait sourire Élisabeth. Que Sonyia soit convaincue qu'elle devrait écrire son histoire est une chose, mais qu'Élisabeth soit réellement capable de le faire, en est une autre chose. Toutefois, jour après jour, semaine après semaine, l'idée semée par Sonyia commence à pousser dans l'esprit d'Élisabeth au point de prendre tout la place. D'autant plus qu'Élisabeth est toujours bouleversée par la tragédie qu'ont connue Mathias et Sara.
-Écrire leur histoire ne serait-ce pas leur permettre enfin de vivre leur histoire d'amour?
Mais un autre travail restait prioritaire et c'est sur celui-là qu'elle devait se concentrer afin de le terminer le plus tôt possible.
Lorsque Jane revient d'Afrique à son tour, Élisabeth lui raconte les derniers événements parlant très brièvement de sa fausse couche préférant aborder avec elle le sujet de l'expédition. Bien qu'ayant beaucoup de peine pour sa sœur, Jane est tout à fait d'accord avec Élisabeth pour dire que c'était sans doute la meilleure chose qui pouvait arriver.
Dès le lendemain de son retour, Jane se lance dans son récit d'aventure à partir de ses notes personnelles, de celles de William, de même que celles de Charles et de Caroline. Au bout de deux semaines, sa première version est terminée. Elle la remet à Élisabeth afin qu'elle lui dise ce qu'elle en pense. Élisabeth est impressionnée par la rigueur scientifique dont sa sœur a su faire preuve dans son document. Elle prend plusieurs jours pour choisir les meilleures photos pour accompagner le texte de sa sœur. Une fois qu'elle a réalisé cette tâche complexe, elle rédige un court message s'adressant à William afin qu'il se sente libre de changer l'ordre des photos.
Elle lui ajoute une cinquantaine d'images supplémentaires dans une pochette en lui disant qu'il peut les utiliser compte tenu qu'il s'agit du restant des photos qu'il avait lui-même sélectionnées sur place. Le jour convenu pour la rencontre avec les trois professeurs, Jane est la seule à se rendre au rendez-vous. Élisabeth préférant rester derrière.
-Je n'ai pas été engagée officiellement, je n'ai donc rien à faire là.
Jane accepte donc de partir seule non sans avoir sermonné sa sœur et l'avoir traitée de tous les noms. Bien qu'il n'en donne pas l'impression, William est très déçu lorsqu'il réalise qu'Élisabeth n'est pas là. Jane a beau lui expliquer que c'est parce qu'elle est très occupée, William est certain que la vérité est toute autre et qu'elle cherche plutôt à le fuir lui. Une fois le texte survolé par les trois scientifiques, ceux-ci applaudissent Jane spontanément. William est vraiment plus que satisfait du récit et est vraiment impressionné par la couverture photographique. Il remercie Jane et lui fait promettre de transmettre ses remerciements à sa sœur. Jane lui demande des nouvelles de sa santé. William lui apprend que depuis que Sonyia l'a séparé de Mathias et de l'emprise d'Ibens, tout est résorbé. Plus d'ulcères ni même de brûlements d'estomac.
Charles et William prennent ensuite quelques minutes pour raconter à Jane ce que seront leurs prochaines activités toujours en lien avec le rapport de recherche qu'ils vont déposer. Puisqu'ils ont réussi à prouver que leur hypothèse de départ était bonne, les débouchés sont très nombreux pour la gemmologie comme pour la botanique. Les trois chercheurs sont euphoriques et prévoient être occupés pour le restant de l'année soit en effectuant de nouvelles recherches ou en donnant des conférences. Jane comprend qu'elle ne reverra pas Charles aussi souvent qu'elle le désire. Celui-ci lui promet de lui faire signe dès qu'il reviendra de leur voyage à New-York où ils doivent aller présenter leur rapport. William et Caroline se retirent pour les laisser quelques minutes seuls puis reviennent pour prendre congé de la jeune journaliste.
-Veuillez remercier votre sœur pour moi. Dites-lui… Il vient pour dire quelque chose, mais s'arrête soudain gêné.
-Quoi!
-Non… ça va… dites-lui simplement à quel point nous sommes satisfaits de son travail…
De son côté, Élisabeth continue à travailler sans relâche. Tout en bossant au restaurant pour arriver à payer sa part du loyer, elle commence à écrire un compte rendu de son séjour dans le village de Sonyia et de sa découverte du monde de la sorcellerie. Sans entrer dans les détails, elle y parle en toute simplicité des rites et coutumes des villageois lorsqu'ils font appel aux sorciers pour régler leurs problèmes. Elle insère des photos prises au même moment. Une fois ce travail terminé, elle se rend au bureau du National Geographic afin de leur proposer son article sans trop de faire d'illusions. Quatre jours plus tard, elle reçoit un appel du rédacteur en chef qui lui apprend qu'ils vont le publier. Monsieur Jacob lui confirme que son équipe est très impressionnée par son texte et lui demande si elle veut écrire un autre article.
Le même jour, par courrier recommandé, elle reçoit un exemplaire de la revue scientifique dans laquelle l'article de Jane sur la découverte des trois scientifiques. Une lettre accompagne le paquet. Élisabeth ouvre celle-ci les mains tremblantes.
Chère Élisabeth,
Voici le résultat de notre excellent travail à tous. Je tenais à ce que vous le voyiez avant qu'il ne soit distribué un peu partout. J'ai été déçu de ne pas vous voir lorsque Jane est venue nous remettre son texte. J'aurais bien aimé avoir la chance de discuter avec vous encore une fois. J'imagine que vous n'aurez plus de difficulté à vous trouver du travail comme photographe après la parution de cette revue. Ils vont tous vous appeler en même temps. Si vous passez par l'université de Chicago un de ces jours, n'hésitez pas à venir me rendre visite. Je serai très heureux de vous voir. Je vous souhaite bonne chance dans vos prochains contrats. Merci encore pour tout.
William Darcy.
La lettre était en tout point semblable à ce qu'elle s'attendait. Depuis que William n'était plus sous l'emprise de Mathias, il n'avait plus manifesté le moindre signe d'affection à son égard. Il était redevenu distant et professionnel. Alors qu'elle se languissait de lui et rêvait encore souvent qu'ils faisaient l'amour. Un peu comme si les sentiments que nourrissait Sara pour Mathias s'étaient transférés définitivement en elle. Une fois séparée de Sara, les sentiments et l'attirance que la jeune fille éprouvait pour William ne s'étaient pas évanouis. Élisabeth a beau comprendre qu'ils avaient été tous deux manipulés par Ibens lorsqu'il avait déclaré qu'ils étaient deux âmes sœurs, il y a quand même une marge énorme entre la passion qui consume tout sur son passage et l'indifférence que William affiche à son égard. Ayant souffert de son absence et de son silence depuis son retour au pays, Élisabeth ne peut que se résoudre à l'éviter désormais et de tout faire pour ne pas le revoir - dans la mesure du possible - pour se protéger surtout et pour éviter de souffrir.
Dans les semaines qui suivent, Élisabeth réalise deux choses importantes, elle est officiellement engagée par le National Geographic où son article sur la magie est publié, puis elle commence à écrire un roman s'inspirant de ce qui est arrivé à Sara et Mathias. Depuis qu'elle en a commencé la rédaction, elle oublie de manger et de sortir de chez elle. Jane commence à lui en faire la remarque.
Un mois plus tard, Jane quitte Chicago pour s'installer avec Charles à New York où il demeurait depuis la présentation de ses travaux. Jane laisse alors tout simplement son appartement à Élisabeth, Celle-ci est tellement prise par son roman qu'elle ne souhaite pas prendre de nouveau colocataire. Lorsqu'elle réalise qu'il lui manque certaines informations majeures pour continuer à écrire son livre et s'assurer de sa crédibilité, Élisabeth prend le temps de rédiger une longue lettre à Sonyia afin d'obtenir son aide. La réponse de celle-ci lui provient rapidement sous forme de volumes. Jetant un œil sur le premier, Élisabeth n'en revient pas lorsqu'elle constate qu'il s'agit du journal personnel d'Ibens. Dans son bref message, Sonyia lui raconte qu'elle est allée lui rendre visite en prison. Elle dit qu'une discussion a fini par s'engager entre eux et qu'avant de mourir, il lui aurait légué son journal personnel. Le deuxième document est tout aussi intéressant puisqu'il s'agit du livre de magie qui avait appartenu au sorcier. Émue et heureuse, Élisabeth se remet au travail et redouble d'ardeur dans son apprentissage du swahili. Lorsque Jane lui annonce qu'elle va se marier avec Charles, Élisabeth est rendue à la fin de son roman. Le mariage étant prévu pour le 6 janvier, Élisabeth accepte de se rendre y assister en autant qu'elle peut arriver le 5 au soir et repartir le 7 au matin. Elle propose à sa sœur de prendre en charge les photos du mariage. Elle se doute bien qu'elle reverra William et Caroline, mais elle est tellement absorbée par son écriture qu'elle croit être capable de supporter la rencontre. Elle a compris beaucoup de chose en lisant le journal d'Ibens qui avait été aussi l'associé de Mathias (il se faisait appeler Benis alors). Elle a compris que l'un des facteurs qui est responsable de son attachement plus profond envers William est le fait qu'il a été son premier amant. Comme son corps avait subi une transformation à cause du bris de son hymen, il est donc normal qu'elle ait été marquée psychologiquement aussi. Forte de toutes ces nouvelles certitudes, Élisabeth se croit capable de le revoir tout en affichant certain un détachement. S'il la traitait comme il l'avait traité une fois leur aventure terminée, elle arriverait facilement à garder le contrôle de ses sentiments.
De son côté, Charles réussi à s'assurer de la présence de William. Celui-ci arrivera le jour même du mariage et repartira le soir même avec sa petite amie du moment. Le jour du mariage, Élisabeth est l'une des premières à entrer dans l'église. Le prêtre lui indique où elle peut mettre son matériel. Elle commence à installer son trépied et ses lampes pour l'éclairage lorsque les premiers invités arrivent. Sa jeune sœur Lydia joue son rôle d'hôtesse à la perfection et place les invités. Lorsque ses parents et les parents de Charles entrent enfin, Élisabeth est installée et prend des photos sur le vif. Lorsqu'elle aperçoit Caroline qui escorte une jeune femme très élégante, Élisabeth devine qu'il s'agit de la petite amie du professeur Darcy. Les deux jeunes femmes vont s'asseoir devant du côté où William doit venir s'asseoir à son tour lorsqu'il aura terminé de jouer le rôle que lui a confié son meilleur ami. Il est garçon d'honneur. Élisabeth envoie la main à Caroline et retourne derrière son appareil pour éviter de lui adresser la parole. Deux minutes plus tard, c'est Charles qui entre accompagné de son ami. Les deux hommes avancent vers l'avant tout en discutant à voix basse. William va serrer la main de Caroline puis déposer un baiser furtif sur les lèvres de sa jeune compagne avant de retourner vers Charles. Il pose sa main sur la poche avant droite de son veston comme pour s'assurer que les bagues sont bien en sa possession. Une fois que les deux hommes sont bien en place l'un à côté de l'autre à l'avant de l'église, Élisabeth les prend en photo. Le «flash» les ayant éblouis, les deux hommes se tournent vers elle la dévisageant avec deux expressions différentes. L'un avec un sourire approbateur, l'autre avec colère. Aux deux, elle répond en haussant les épaules. La reconnaissant, William la salue en abaissant légèrement la tête. Sans répondre, Élisabeth dirige son objectif vers les grandes portes sachant que sa sœur et son père feront bientôt leur entrée. Lorsque Jane et monsieur Bennet marchent au pas alors que l'air de la marche nuptiale s'élève clairement, Élisabeth sent ses yeux qui se remplissent de larmes. La robe de mariée de sa sœur est éblouissante et son père est d'une élégance rare.
Arrivé devant, monsieur Bennet place la main de sa fille sur le bras de son futur époux. Les paroles du prêtre s'élèvent invitant le couple à venir prendre place devant lui. Élisabeth prend autant d'images qu'elle le peut saisissant plusieurs personnes avec les larmes aux yeux. Lorsque vient le moment où Jane et Charles vont marcher ensemble vers la sortie, Élisabeth commence à déplacer son équipement. Elle referme son trépied et se dirige vers la sortie en passant par la porte de côté. Une fois dehors, elle place son appareil à l'endroit où elle et Jane ont convenus de prendre les photos et elle laisse sa sœur Lydia donner les instructions d'usage pour la photo officielle de mariage.
Les cloches retentissent et les invités prennent place autour des mariés. Le jeune assistant qu'Élisabeth a réussi à trouver en utilisant ses contacts dans le monde de la photo, prend quelques prises permettant à Élisabeth d'aller se placer à côté des mariés. Puis, la jeune photographe revient pour prendre encore une bonne trentaine de photos. Lorsque tout est terminé, Lydia invite tous les invités à se rendre dans la salle louée pour l'occasion.
Pendant que les invités attendent le départ des nouveaux mariés, Élisabeth ramasse son équipement et range le tout dans la voiture de son père. Elle est si préoccupée par son matériel qu'elle ne réagit même pas lorsque William vient lui présenter sa copine Anne et que Caroline vient l'embrasser sur les deux joues. Ils sont déjà loin tous les trois lorsqu'elle réalise ce qui vient de se passer. William n'avait même pas osé la toucher, ni même lui faire la bise. Elle avait serré la main de la jeune Anne et avait embrassé Caroline sur les deux joues, mais lui s'était contenté de la dévisager comme s'il ne la reconnaissait pas.
Son père et sa mère arrivant près d'elle, ils s'installent tous à bord de la voiture et prennent la direction de la salle, pressés qu'ils sont d'arriver les premiers afin de s'assurer que tout est en place pour la soirée à venir. Une fois arrivée, Élisabeth et son assistant apportent son matériel et commencent à l'installer pour la soirée. Quelques photos doivent encore être prises. Des moments clés où les mariés seront en vedette. La danse traditionnelle, le repas et l'arrivée du gâteau. Les discours que feront quelques invités, le moment où Jane lancera son bouquet et le départ des mariés pour leur voyage de noce. Déjà fatiguée, Élisabeth laisse son assistant placer son attirail pour aller se refaire une beauté. Lorsqu'elle arrive aux toilettes, elle y croise Caroline.
-Élisabeth! C'était un beau mariage n'est-ce pas?
-Oui! Ils sont très heureux! Ils le méritent bien!
-Votre sœur a beaucoup de chance, il va s'en dire.
-Certainement au moins autant que votre frère en a d'être tombé sur une jeune fille comme elle.
-Et vous?
-Moi quoi?
-Pas de fiancé, de petit ami?
-Ne faites pas semblant de vous intéresser à moi, Caroline.
-Vous devez être déçue!
-Pourquoi?
-William n'est plus libre!
-Ce sont vos propres regrets que vous exprimez Caroline… pas les miens!
-William et Anne ne sont pas encore fiancés…
-Alors il vous reste une chance!
Rouge de colère et profondément confuse de s'être laissé entraîner sur une pente aussi dangereuse, Élisabeth regagne la salle de bal. Elle retourne rejoindre son assistant qui avait déjà commencé à prendre les photos. Celui-ci lui suggère de prendre sa place quelques instants pendant qu'elle irait parler avec les invités. Élisabeth accepte sachant qu'elle ne peut se soustraire à certaines obligations. Elle circule et s'arrête pour discuter avec plusieurs de ses parents et quelques amis. Lorsqu'elle arrive près de Jane et Charles, Élisabeth constate que la jeune amie de William, Anne est auprès d'eux. Ne pouvant rebrousser chemin, Élisabeth s'approche du groupe et va embrasser sa sœur et Charles pour les féliciter.
-Tu as intérêt à faire attention à ma sœur, autrement!
-Merci pour les photos Liza!
-Élisabeth, je ne crois pas que tu aies eu l'occasion de rencontrer Anne.
-Anne DeBourg! Lui dit la jeune femme en lui tendant la main. Et vous êtes Élisabeth Bennet, la sœur de Jane?
-En effet! Enchantée mademoiselle DeBourg!
-Je vous en prie, appelez-moi Anne!
-À la condition que vous m'appeliez Élisabeth!
-Encore en train de poser des conditions Élisabeth? L'agace William en arrivant derrière elle.
-Bonjour professeur! Vous avez l'air en forme!
-Vous avez rencontré Anne!
-Oui! Nous nous sommes présentées, l'une à l'autre.
-J'avais hâte de vous rencontrer! J'admire votre travail! Vos photos sont si extraordinaires!
-Merci!
-Pardonnez-moi, mais c'est l'heure de la danse des mariés. Jane, Charles! Vient les interrompre Lydia prenant son rôle d'hôtesse très au sérieux.
Se reculant aussitôt, Élisabeth regagne sa place. Elle regarde sa sœur et son mari danser amoureusement avec tendresse. Plusieurs couples viennent ensuite les rejoindre sur la piste dansant une valse aussi lente que gracieuse. Lorsqu'elle voit William et Anne tournoyer sur la piste les yeux dans les yeux, elle comprend que son corps ne peut pas oublier son premier amant et que son cœur est tout aussi mal souffrant.
Elle se camoufle derrière son appareil photo. Lorsque bien plus tard, Jane revient avec le bouquet et qu'elle le lance en direction des jeunes célibataires, Élisabeth prend une pose de la jeune chanceuse qui vient d'attraper le bouquet. Rouge comme une pivoine, la jeune fille va prendre place à côté de son cavalier et lui montre son bouquet. Lorsque William la serre dans ses bras et pose ses lèvres contre celles de la jeune femme, Élisabeth immortalise l'instant à l'aide de son appareil sachant très bien que cette photo fera maintenant partie de sa thérapie. Tout le monde encourage le couple, charmés par la réaction du jeune homme à la vue du bouquet que son amoureuse vient d'attraper. Lorsque Jane et son mari quittent enfin la fête pour monter à bord de leur voiture, Élisabeth est si lasse qu'elle refuse de prendre part à la fête qui continue de plus belle à l'intérieur. Elle demande à son assistant de ramasser son matériel tandis qu'elle va prendre l'air dehors. Au bout de quinze minutes, elle revient sur ses pas déterminée à ramasser ses choses et rentrer à l'appartement de Jane. Elle monte les marches lentement lorsqu'elle entend un rire qui la paralyse.
-Vous n'appréciez pas la danse?
-Non, c'est le bruit qui m'indispose!
-Sur quoi travaillez-vous en ce moment Élisabeth?
-J'écris un livre et je prends toujours des photos!
-Un livre? Vraiment? Quel genre de livres?
-Un roman!
-William? Tu viens! Viens danser avec moi! Lui demande Anne de l'intérieur.
-J'arrive dans un instant! Lui répond William.
-Votre petite amie est charmante!
-Anne est unique!
-C'est évident!
-Je dois y aller…
-Moi aussi!
-Au revoir Élisabeth!
-Au revoir et bonne chance.
Dès que le professeur est entré dans la salle, Élisabeth se rend auprès de ses parents pour leur dire qu'elle prend congé. Elle va saluer son assistant et passe saluer brièvement les autres amis de la famille. Une fois chez Jane, elle se couche, repue.
Dans les jours qui suivent, une fois de retour à Chicago, Élisabeth développe ses photos et commence à préparer un album à l'intention des nouveaux mariés. Elle ne peut se retenir d'éprouver de la peine lorsqu'elle voit les photos sur lesquelles William apparaît. Toutefois, elle n'a qu'à regarder la photo de William et Anne en train de s'embrasser pour se convaincre qu'il faut l'oublier.
Une fois Jane et Charles revenus de leur voyage de noce, ils envoient une longue et touchante lettre à Élisabeth pour la remercier. L'album est si bien fait que les deux jeunes gens ont du le faire copier à cinq reprises pour accommoder leurs parents et amis.
Durant les derniers mois de l'hiver, Élisabeth continue d'écrire. Lorsqu'elle a terminé la première version de son roman, elle l'envoie à son ami éditeur. Ce dernier la rappelle aussitôt pour lui dire qu'il veut qu'elle le termine au plus tôt. Celle-ci a beaucoup de difficulté à suivre le rythme. Ses contrats de photos continuent de se multiplier, son article sur la magie de lui offrir l'occasion de faire des conférences sur la sorcellerie et l'Afrique alors que son roman en est rendu à la phase de correction.
Lorsqu'elle est de passage à l'université de Chicago où elle doit donner une conférence, Élisabeth est tentée d'aller saluer William. Elle arrive devant la résidence des enseignants là où elle sait qu'il demeure pendant l'année scolaire. Elle vient pour entrer dans l'édifice lorsqu'elle voit un couple sortir de l'ascenseur à l'intérieur. Lorsqu'elle reconnaît ceux-ci, elle retire la main qu'elle avait posée sur la poignée de la porte, descend les marches et se cache sous l'escalier de pierre. William et Anne sortent dans l'immeuble en se tenant par la main. Élisabeth attend qu'ils se soient éloignés, pour rebrousser chemin et se rendre au pavillon principal de l'université où elle doit donner une conférence dans une heure. Arrivée sur les lieux, elle demande à voir le doyen. Celui-ci est très heureux de la recevoir et lui propose de la conduire dans une salle où elle pourra prendre un café et passer un coup de fil si elle le désire en attendant. Trois heures plus tard, elle commence à répondre aux nombreuses questions des étudiants et étudiantes qui ont écoutés sa présentation avec attention. Ceux-ci sont passionnés et infatigables. Finalement, c'est le recteur qui met fin à l'échange non sans avoir remercié chaleureusement Élisabeth. Les élèves commencent à quitter la salle. Plusieurs, plus audacieux tentent de rester derrière pour l'aborder directement, mais le recteur les repousse fermement. Sans savoir comment cela a pu se produire, ni à quel moment, Élisabeth remarque qu'une feuille a été insérée dans la revue qu'elle traînait toujours avec elle. Dépliant celle-ci, elle constate qu'il s'agit d'une invitation qu'une jeune étudiante à réussi à lui passer et dans laquelle elle l'invite à la rejoindre dans le café internet qui se trouve sur la rue située en face de l'université. La personne y mentionne simplement qu'elle serait très honorée de la rencontrer afin de parler d'un ami qu'elles auraient en commun. Un peu craintive, mais surtout curieuse, Élisabeth prend la peine de saluer le recteur et les responsables de l'événement avant de se diriger vers le lieu du rendez-vous.
Une jeune femme très souriante l'accueille dans le café, la remerciant chaleureusement d'être venue. Curieuse de savoir à qui elle a affaire, Élisabeth commande un café au lait et s'assied avec la jeune fille.
-Vous devez vous demander qui je suis?
-Bien entendu, vous avez piqué ma curiosité!
-Je suis la jeune sœur de William. Je me nomme Georgianna Darcy!
-Je ne savais même pas que William avait une sœur!
-J'ai beaucoup aimé votre conférence, nous l'avons tous aimée d'ailleurs!
-Vous étudiez ici?
-Oui! En anthropologie! Je rêve d'aller en Afrique un jour! Quelle chance vous avez eue!
-Hum! Votre frère ne doit pas approuver votre ambition! Non! Il ne doit pas aimer ça!
-Pas du tout! Pas moyen de le faire changer d'idée non plus! C'est pourquoi j'ai pensé que… enfin… je me suis dit que si vous lui en parliez…
-Oh! Non! Ça ne donnerait rien, croyez moi! Votre frère ne changera jamais d'idée!
Georgianna rigole lorsque la jeune femme lui raconte brièvement les circonstances qui ont fait en sorte qu'elle finisse dans le camp contre son gré. Élisabeth insiste sur la difficulté que William avait eu à accepter sa présence.
-Ouais! Je vois! Mais je veux tellement y aller…
- Alors parlez-en directement avec lui! Ne lâchez pas le morceau comme on dit! Ou bien, essayez avec Anne alors! Elle peut sans doute vous aider à le convaincre…
-Oh! J'ai déjà essayé avec elle! Elle ne veut jamais contrarier William.
-Moi non plus je ne suis jamais arrivée à le faire changer d'idée!
-Il faudra bien qu'il accepte mon désir d'aller là-bas! Ma maîtrise portera justement sur les peuples africains et sur la vie dans les villages de moins de cinquante habitants.
-Il serait sans doute plus sage que vous changiez de sujet!
Une heure plus tard, Élisabeth et Georgianna ont beaucoup de peine à prendre congé l'une de l'autre. Élisabeth éprouve beaucoup de sympathie pour cette jeune fille dont les ambitions sont si semblables aux siennes. Elle se revoit au même âge. Leurs difficultés ne sont pas pareilles toutefois. Autant la photographe avait souffert de ne pas avoir les moyens financiers de réaliser ses rêves au moment où elle aurait voulu le faire, autant Georgianna avait les moyens, mais aucune liberté.
Une part d'elle-même aurait bien voulu aller trouver William pour le convaincre de laisser sa sœur réaliser son rêve, mais l'autre partie savait très bien que cela aurait l'effet inverse et qu'il se resserrait davantage la cage dans laquelle il la tenait enfermée pour l'instant. Sachant qu'elle ne pouvait rien tenter personnellement, Élisabeth savait aussi qu'il y avait de forte chance pour que Georgianna finisse par faire quelque chose par elle-même en commettant quelques folies. Voilà pourquoi, elle propose à sa nouvelle amie de correspondre avec elle et lui fait promettre de la tenir au courant de ses projets.
-J'en serais très heureuse! Merci Élisabeth.
De retour chez elle, Élisabeth réalise une étape importante dans sa nouvelle carrière. Son roman est enfin publié. Elle avait envoyé une copie à Sonyia et ayant reçu ses commentaires, elle avait modifié certains passages et le tout était maintenant disponible en librairie. Jane lui envoie une lettre dans laquelle est la félicite pour son livre. Elle raconte que toutes ses amies sont folles de celui-ci et qu'elle même l'avait lu deux fois. Même Charles lui envoie ses impressions qui sont somme toutes excellentes.
Alors, êtes-vous capables d'imaginer la suite?
Des hypothèses?
Des suggestions?
Miriamme
