J'ai... absolument rien à dire. Bon... ben... bonne lecture !

Chapitre 11

Où... où suis-je ? Qu'est ce qu'il s'est passé ? Pourquoi n'ai-je pas l'impression d'être dans la grange ? C'est étrange... normalement je devrais entendre le souffle du Marimo qui dort à côté de moi, comme d'habitude... alors pourquoi ai-je la désagréable sensation d'être seul ? Et quel est ce liquide chaud que je sens couler sur mon front ? J... j'ai froid... j'ai mal à la tête... il fait noir... je... je veux ouvrir les yeux ! Je veux voir le Marimo, l'engueuler pour un truc inutile, et recommencer une journée comme d'habitude... alors... pourquoi est-ce que je n'arrive pas à ouvrir les yeux ?

Oh ? De la lumière ? Mes yeux ! Je vais les ouvrir, et je vais enfin le voir, allongé à quelques mètres de moi et tout ira bien, comme tous les jours ! Je... j'ai pas envie d'être seul...

Les paupières de Sanji s'ouvrirent lentement. Sa vue était floue, sa tête lui faisait horriblement mal, et ses jambes étaient engourdies. Il releva péniblement la tête et se frotta les yeux.

Je... ne suis vraiment pas dans la grange ?

Il s'assit et plissa les yeux. Il pouvait voir des couleurs, mais les contours étaient encore flous. Au bout d'une minute, il put percevoir l'herbe, le ciel, les arbres, les pierres, la montagne et les galeries.

Ah oui c'est vrai... on devait s'échapper et j'avais rejoint le Marimo à la mine. Je suis arrivé devant une galerie, j'ai senti de gros tremblement et j'ai vu...

Sanji écarquilla les yeux et releva vivement la tête. Il regarda autour de lui avec insistance et son regard finit par se poser sur une galerie complètement remplie de pierres.

Son coeur rata un battement.

Sur le seuil de la galerie, un bras couvert de plaies ressortait des décombres tel un chiffon sale qu'on aurait abandonné sur le sol.

Sanji ne bougea pas. Il resta figé, fixant le bras d'une personne qu'il connaissait si bien, mais que son cerveau refusait de reconnaître. Un spasme violent lui parcourut le corps. Un mélange de rage et de désespoir emplit son esprit. Il se précipita vers les décombres et commença à retirer les pierres avec colères. Dans son élan, les paroles sortirent toutes seules. Il hurlait le prénom du possesseur de ce membre mutilé comme une litanie qu'une personne en transe réciterait.

Soudain, une pierre tomba et dévoila une touffe sale de cheveux qui à l'origine avaient la même couleur que l'herbe fraîche qui danse dans un vent d'été. Sanji, dans un spasme d'espoir continua de retirer les roches avec acharnement jusqu'à ce qu'il puisse voir un visage noir de suie, couvert de blessures et creusé par la fatigue. Mais Sanji ne prit pas le temps d'observer son visage. Il dégagea encore le cou, puis les épaules et, en rassemblant toutes les forces que son désespoir avait accumulé, il tenta de tirer le corps hors de ce tombeau. Alors que le visage du cuisinier se tordait sous l'effort et la douleur, le visage du bretteur, lui, était définitivement éteint.

-..-

Huh ? Où suis-je ? C'est quoi cet endroit ?

Zoro ouvrit les yeux et se releva. Il était au milieu d'une pièce noir et blanche remplie d'objets si bien qu'il avait à peine la place pour tenir debout. Il leva les bras et observa son corps.

T... toutes mes blessures ont disparues ! Je m'en souvient très bien, j'étais en train de courir dans la mine avec le cook sur le dos et je me suis fait ensevelir après avoir pu le sauver... alors pourquoi ne suis-je même pas fatigué ?

Il se passa une main dans le dos. La marque des esclave n'y était pas. Même la cicatrice qu'un épéiste lui avait faite sur le torse il y a quelques années n'avait laissé aucune trace. Soudain, un doute lui traversa l'esprit.

Est-ce que je suis... mort ?

Un bruit derrière lui le tira de ses pensées. Il se retourna vivement et écarquilla les yeux.

-Raaah ! Stupides objets qui sont même pas capables de rester empilés !

Zoro recula. Devant lui, un homme ramassait quelques livres qui étaient tombés sur le sol. Le bretteur balbutia :

-A... Austin ?

L'homme se redressa et fit un grand sourire.

-Hello ! Ça fait longtemps hein ?

-Q... que...

-Hahaha ! Je me doutais que t'allais réagir comme ça. Bienvenue au portail ! Quand j'ai su que t'allais arriver, je me suis dit que je pourrais venir te saluer avant que tu prennes une décision !

-A... attends, tu vas trop vite ! Il se passe quoi là ? On est où ? Et comment ça se fait que tu sois là ?

Austin éclata de rire.

-Une question après l'autre si tu veux bien. Je sais que ça fait bizarre de retrouver une personne censée être morte, mais ce serait mieux si tu gardais ton calme pour que tout se passe bien.

-Morte... Tu... tu veux dire que je suis mort là ? Nous sommes dans l'autre monde ?

-hummm pas tout à fait. Cet endroit s'appelle le portail. Je ne t'en dis pas plus, je suis juste venu te dire bonjour. Une autre personne viendra sûrement te rendre visite. Mais suivant ce que tu décideras, nous nous retrouverons. Bye bye !

-Eh ! Attends ! C'est quoi le portail ?! Et c'est quoi cette histoire de décision ?!

Les paroles de Zoro tombèrent dans le vide. Austin était déjà partit comme il était venu, dans le silence le plus profond. Zoro soupira et observa les objets autour de lui. Étrangement, ils lui semblaient tous familiers. Une voix s'éleva à côté de lui.

-Que de souvenirs hein ?

Zoro sursauta et chercha la voix du regard. Au fond de la pièce, se tenait un homme noiraud avec un nez excessivement long.

-Usopp ?

-Salut !

-Il se passe quoi là ?! Et que...

-Ne t'inquiète pas. Je vais t'expliquer.

-...

-Comme ton ami a du te dire, cet endroit s'appelle le portail.

Usopp fit une pause et réfléchit.

-En gros c'est le passage entre la vie et la mort. Tout le monde passe par là, c'est un endroit essentiel.

-Pourquoi ?

-Tu vois tous les objets autour de toi ? Ce sont tous des objets qui ont eu une certaine importance dans ta vie. Chaque personne possède une pièce comme celle-ci. En faite, elle sert à purifier les gens.

-Purifier ?

-Au moment de sa mort, l'homme qui passe ici doit oublier tout ce qu'il a vécu pour mourir sans aucun regret. Ainsi, les objets disparaissent les un après les autres comme des souvenirs.

Usopp désigna le torse du bretteur.

-A commencer par ses blessures.

-Donc... maintenant que le processus a commencé, je n'ai plus qu'à attendre et mourir sans aucun regret ?

-Mauvaise réponse.

-Huh ?

-Pour la plupart des gens, oui. Mais pour certains, c'est différent. Et tu en fais partie.

-Comment ça se fait ?

-Tout simplement, tu n'es pas encore mort.

-?!

-Quand tous tes souvenirs auront disparus, cela signifiera que tout est fini. Mais pour l'instant, tu doit décider si tu va encore te battre pour vivre ou si tu vas te laisser porter par la mort.

-Je peux retourner sur terre ?

-Si tu as la volonté et que tu as encore des choses à accomplir, oui.

-...

-..-

Sanji tirait désespérément sur les bras de Zoro. Les pierres qui retenaient ses jambes étaient impossible à soulever pour une personne comme le cook, et ses forces semblaient refuser de revenir. Il s'arrêta pour reprendre son souffle et s'assit sur l'herbe aux côtés du vert. Le visage du bretteur ne montrait aucun signe de vie. Sanji soupira.

-T'as pas intérêt à mourir... Marimo.

-..-

-J'ai encore combien de temps ?

-Regarde le nombre de choses qui ont déjà disparues.

-J'ai pas vraiment l'impression de perdre mes souvenirs.

Usopp sourit au bretteur et prit un objet au hasard dans ses mains.

-Tu vois cette boussole ? A quel moment de ta vie se réfère-t-elle ?

-Humm... Je l'ai utilisée en Afrique pour retrouver mon chemin. Mais je me suis perdu juste après.

Usopp serra la boussole et elle disparut lentement. Il leva les yeux vers le bretteur.

-Maintenant, dis-moi quel objet je tenais dans mes mains à l'instant et répète-moi exactement son rôle.

-C... C'était un... une...

Zoro resta bouche bée. Il avait beau se creuser la tête, il n'arrivait plus à se souvenir de l'objet. Usopp soupira et reprit :

-Quand tout aura disparu, tu ne te souviendras même plus de ton nom et tu devras choisir la porte blanche.

-La porte blanche ?

-Oui. Quand la pièce sera vide, deux portes apparaîtront sur les murs opposés. La première, la noir, s'ouvre sur le chemin qui te ramènera à ton corps et te réveillera. La deuxième, la blanche, te permettra de rejoindre l'au-delà et signera ton arrêt de mort définitif.

-Ah.

-Je te le demande maintenant. Je sais que tu as de la volonté, mais as-tu encore quelque chose à accomplir en tant que « Roronoa Zoro » ?

-...

-..-

Sanji se concentra, soupira, empoigna le bras du bretteur à deux mains et tira dessus comme un animal enchaîné. Les pierres bougèrent. Le blond serra les dents et ferma les yeux. Soudain, un grand bruit de chute parvint jusqu'aux oreilles du cuisinier et il se sentit tomber en arrière. Il s'écrasa sur le sol et ouvrit les yeux. Le Marimo était étalé sur lui, les jambes mutilées et poussiéreuses mais délivrées de la roche. Sanji ferma les paupière et laissa retomber sa tête, essoufflé.

-J'ai... réussi.

-..-

-Alors ?

Zoro ne savait pas quoi dire. Pourtant avant de mourir, il pensait avoir encore des choses à faire, mais maintenant qu'il avait le choix, vivre ne lui semblait plus si important que ça.

Les objets autour de lui disparaissaient les uns après les autres lentement. Usopp fixait le bretteur en attendant une réponse. Le regard de Zoro fut attiré par des chaînes posées sur le sol.

Les chaînes des Tenyurbito...

Soudain, elles s'effacèrent. Zoro se mordit la lèvre. Usopp le remarqua.

-Tu sais ce que nous étions tous les deux avant de mourir ?

-...N... non.

Zoro soupira.

-Si je ne sais même plus ce que j'étais, c'est clair que je n'ai plus aucune raison de vivre.

-C'est une manière de penser...

La pièce était à présent presque vide. Zoro serra les poings.

-Puis-je vraiment avoir envie de me battre pour une chose que j'ai oubliée ?

-Ca, c'est à toi de me le dire.

Le bretteur gémit et tomba à genou.

-Je ne sais... même plus qui tu es...

-Zoro ?

Le vert ne réagit pas. Usopp ferma les yeux et soupira.

-C'était ton nom.

-Huh ?

-Tu t'appelais Zoro.

-Je... je ne m'en souvient pas...

-Je sais.

Usopp regarda autour de lui. Il n'y avait plus rien dans la pièce, à part trois Katanas soigneusement posés contre le mur.

-Ces Katanas, Qu'est ce qu'ils signifient pour toi ?

-C... c'était mes fidèles compagnons.

Shusui et Kitetsu disparurent. Il ne restait plus que Wado. Usopp le prit et le remit au bretteur.

-Et celui-là ? Il a l'air plus important que les autres.

-C'est une promesse. Je m'étais promis de toujours me battre pour ce que j'avais et de protéger ceux qui m'étaient chères avec lui. Mais je n'ai plus personne à protéger et je n'ai plus rien...

-..-

Sanji allongea le corps du bretteur dans l'herbe. Il le gifla, le secoua, lui hurla dans les oreilles mais il n'y eut aucune réaction en retour. Il prit son poignet et ferma les yeux. Quand il les rouvrit, des larmes se libérèrent et coulèrent silencieusement sur ses joues.

-Son pouls ne bat... plus...

Sanji se leva, se dirigea vers l'entrée de la galerie et revint avec une couverture dans les bras. Il s'assit à côté du corps et déballa trois Katanas du tissus. Il posa Kitetsu et Shusui et prit en main Wado.

-Je crois... que tu tenais particulièrement à celui-ci.

Il l'ouvrit et écarquilla les yeux.

-Qu'est-ce que...

Il observa la lame un moment, puis soupira et la remit dans son fourreau.

-Désolé Marimo... mais je ne suis pas digne d'hériter de ce qui t'appartient.

Puis il le déposa dans la main du bretteur et referma ses doigts froids sur lui.

-..-

-Tu n'as plus personne à protéger ?

-Non. J'ai fait mon choix.

Usopp soupira.

-Dégaine-le au moins une dernière fois avant qu'il ne disparaisse.

Zoro interrogea le noiraud du regard et reposa ses yeux sur l'objet qu'il tenait. Il prit la garde et retira le fourreau. Ses yeux s'écarquillèrent.

-C'est... quoi ?

Usopp rit doucement.

-Une chose importante il me semble...

-?

Zoro ne comprenait pas. Sur la lame du katana encore propre et solide avait été gravé un mot. Le bretteur ne savait pas ce qu'il signifiait. Il l'observa avec insistance et se mit à déchiffrer les lettres :

-S... A ... N... J... I.

-Un jour, tu m'avais dit que tu voulais que ce Katana permette à quelqu'un de se défendre si jamais tu venais à mourir.

-Et... ? Que veut dire ce mot ?

Usopp sourit légèrement.

-Ca veut dire « protège-moi ».

-..-

Sanji fixait le visage éteint du bretteur. Les Tenyurbito n'allaient pas tarder à arriver, et il fallait qu'il parte. Mais il n'avait plus envie. Il prit une cigarette et l'alluma.

-Tu sais, Marimo, je n'ai jamais eu l'intention de transformer « Notre évasion » en « mon évasion ».

Il s'allongea à côté du corps et leva les yeux au ciel.

-Finalement toi aussi, tu as réussi à t'échapper... mais à ta façon...

-..-

-J... j'ai encore quelqu'un à protéger ?

Usopp hocha la tête. Zoro hésita, puis se releva, le sabre à la main.

-Je ne sais pas de qui il s'agit... je ne sais pas pourquoi je dois le faire... je ne sais pas comment je m'y prendrais... Mais il semblerait que mon ancien « moi » sert encore à quelque chose.

-Tu as choisi ?

Zoro se retourna sur le noiraud.

-Oui.

Usopp soupira.

-On aurait pu se retrouver dans l'au-delà et « vivre » tranquillement notre mort les deux.

-Je sais. Mais moi, j'en suis toujours à l'étape « vivre » tout court. Et cela ne servirait à rien si je t'ai oublié.

-Je t'ai aussi oublié, mais j'ai pu récupérer mes souvenirs pour venir te rendre visite.

Zoro se retourna et se dirigea vers sa porte.

-J'y retourne.

Usopp l'arrêta.

-Zoro, la porte noir c'est celle qui est à gauche.

Le bretteur rougit et changea de direction.

-C'est bien toi ça. Prends soin d'apprendre à connaître ta droite et ta gauche une fois de retour sur terre.

Zoro se posta devant la porte noir et mit la main à l'intérieur. Avant de partir, il s'arrêta.

-Merci... Usopp.

Puis il se laissa aller dans le portail de la porte de la « vie ». Usopp, à nouveau seul dans la pièce vide, laissa une larme couler jusqu'au sourire qui s'était dessiné sur ses lèvres et disparut.

-..-

Sanji ouvrit les yeux. S'était-il endormi ? Sa tête lui semblait lourde et ses paupières gonflées. Il soupira et regarda autour de lui. Il sursauta. A côté de lui, le bretteur le regardait sereinement. Sanji se releva brusquement.

-Z... Z...

-Salut. Ça fait un bail.

Le visage de Sanji changea d'expression. Zoro sourit.

-T'as l'air en...

Il ne put pas finir sa phrase. Sanji se jeta sur lui et lui donna un coup de poing.

-ESPECE D'ENFOIRÉ !

Zoro se tint la joue et lança un regard interrogateur au blond.

-Euh...

Sanji le regarda avec colère et, sans un mot, il l'enlaça. Il ferma les yeux et serra le bretteur de toutes ses forces.

-C... Cook ?

-Ne t'avise plus jamais de mourir ok ?!

Zoro resta immobile, les yeux grands ouverts pendant une minute, puis il soupira et serra le blond contre lui.

Aux bout de quelques minutes, Zoro se leva et trancha les chaînes du cuisinier avec Wado. Ses blessures, sa douleur et sa fatigue étaient revenus, mais il n'y prêtait désormais plus attention. Il récupéra ses deux autres katanas et les attacha à ce qu'il restait de sa ceinture. Une fois prêt, il lança un regard au blond, qui répondit par un sourire narquois.

Ils rassemblèrent leurs forces, prirent une grande inspiration et partirent en courant. Zoro sourit et regarda Sanji.

-Y a pas à dire...

-Hum ?

-...Je préfère mille fois cette façon de s'évader.

Fin

Voilaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! C'est la fin de cette fic ! Merci beaucoup de l'avoir suivie ! J'ai dit fin ? Non ! Ne partez pas, Il y a encore un chapitre « épilogue » qui est prévu ! Sur ce, review ?