11.

Unabara grognait et entendait le faire savoir !

- Ce Pirate a vraiment l'intention d'aller sur cette Jura ? Il va être bien accueilli puisque tout semble indiquer que c'est son fils qui a liquéfié la sœur de celle dont il attend de l'aide ! Et tu nous fais le suivre, aveuglément ?

Le vétéran déplaça son pion sur l'échiquier.

- Allez, essaie de te sortir de là, Warius ! se rengorgea-t-il.

- Tu m'as mis dans des situations pires, sourit Warius. Quant à ta question, je trouve hautement préférable d'avoir ce Pirate à l'œil ! Et puis, des Drakkars sont sortis de cette Ruche bien qu'ils se dirigent eux aussi vers Jura. Notre présence aux coordonnées de cette planète verte se justifie donc pleinement. Et puis, je me vois mal partir ailleurs avec Alérian au Centre Hospitalier de Machinar !

- C'est pourtant la meilleure configuration qui soit, remarqua Unabara en faisant quelques pas dans le salon du commandant du Karyu. Alérian est autant notre sauvegarde que celle de la bonne conduite d'Albator !

- Je n'utilise pas les enfants, siffla Warius avec un regard noir pour son ami. J'espère que tu ne l'as pas sincèrement pensé ? !

- Une guerre s'annonce, d'ici un an, voire deux, trois tout au plus. Tous les coups seront alors permis. Tu n'auras plus guère le luxe de faire étalage de ta grandeur d'âme !

- Je ne changerai pas, assura Warius.

- Bien que ça me déplairait que tu renonces à certaines de tes valeurs, on ne remporte pas des victoires en étant chevaleresque jusqu'au bout !

- J'aviserai. Pour le moment, j'ai toujours à effectuer l'observation des Drakkars, et il y a le gosse à sauver !

- Je doute qu'Albator ait la moindre chance de récupérer son fils, en état conscient en tout cas, commenta Unabara, lugubre. Qu'en penses-tu ?

Warius fit la grimace.

- Vu comment Marina l'a récupéré après chaque interrogatoire, les pouvoirs de cette Jurassienne semblent considérables, soupira-t-il. Et il est impossible de savoir comment tout cela s'est fini… Alors, oui, la solution, s'il y en a une, se trouve sur Jura !

Warius posa son pion sur la case de destination, prenant à son tour son ami au piège.

Il songea fugitivement que cela aurait été intéressant, voire révélateur de se mesurer à un certain Pirate borgne et balafré, puis la pensée le quitta aussi vite qu'elle était venue !


Soucieux, Toshiro n'était pas mécontent que son ami soit venu le trouver.

- Je suis désolé pour le petit, cliqueta le Grand Ordinateur de l'Arcadia.

- Si une Jurassienne lui a fait tant de mal, une autre aura intérêt à le défaire ! rugit Albator en martelant du poing la colonne abritant l'Âme de son ami.

- Tu seras bien reçu, vu ce qu'Alie a dû réaliser pour se défendre et ne pas être entièrement détruit !

- Ce n'était pas lui… Lumiane est venue me voir cette nuit. En mourant, Maya s'est éveillée à sa véritable nature, bien qu'elle soit isolée dans un autre monde. Mais je suis sûr qu'elle fait ce qu'elle peut pour notre fils. Le pendentif en est la preuve, me conduisant à lui… Il aurait d'ailleurs peut-être été mieux protégé s'il l'avait porté…

- Ne pars pas dans de telles suppositions, pria Toshiro. Lumiane et son Feu du Ciel ont prouvé qu'il existait des forces dépassant notre entendement, mais il ne faut pas les généraliser !

- Il ne me reste que ça, si je veux à nouveau voir briller les prunelles de mon garçon. Je l'ai à peine entrevu que je suis en train de le perdre !

- Tu l'as aussi presque mis hors de la planète de la Déesse Lumiane en l'invitant à y demeurer, rappela Toshiro.

- Ça va, ne remue donc pas le couteau dans la plaie ! siffla le grand Pirate balafré. J'ai simplement cru lui faire la meilleure proposition pour qu'il soit en sécurité face aux monstres qui s'annonçaient, d'où son voyage pour me retrouver… Il a préféré repartir avec ce Zéro au final ! Si j'avais su ce qui l'attendait, je l'aurais gardé auprès de moi, quitte à le ramener personnellement à son tuteur ! Toshy, pourquoi faut-il que je perde toujours ceux à qui je tiens le plus ?

- Il reste Jura, assura ce dernier, avec un illogisme certain après ses premiers propos ! Nous y serons dans quatre jours. Je t'ai rassemblé tout ce que j'ai trouvé sur cette planète et ses habitants, c'est-à-dire quasi rien en réalité ! J'ai tout envoyé sur ton ordinateur.

- Je vais lire cela, grommela Albator en quittant la salle pour rejoindre ses appartements dans le château arrière de son cuirassé.