Bonsoir tout le monde !

Ok, je suis impardonnable. J'avoue. Je confesse. Mais voila, une Azalan débordée, une correctrice débordée. Ca donne un retard énorme. Je m'en excuse. Je déteste ca. Parce que j'avais dit en publiant cette fic instaurer des délais correct. Bah voilé. C'est râpé.

Que dire, sinon. Que cette année va me rendre folle. Entre les cours, les transports, les partiels, mon projet d'étude, la recherche d'un stage. Mama. Et même pas moyen de trouer un moyen d'écrire. De quoi rendre folle n'importe quelle personne saine d'esprit (ce qui à la base, n'est pas forcement non plus mon cas…)

Quoi de neuf ? Hormis les cours ? Humm. Je suis allée voir Muse en concert. Voui Voui. Pour de vrai. Je ne vais pas partir en extrapolation douteuse. Je dirais Magique. Je dirais que je retourne au Stade de France au Juin. Et je dirais que ca suffit.

Et sinon ? Encore une fois, un grand merci à vous, lecteurs attentifs. Toujours au rendez-vous. Merci à Caella, Hachiko06, Atchoum16, Tik4tak, Tarika, Lil's M, Nutellah, Basmoka, LizoOn, Oceanna, Hopeness, Harone, Endless77, LadyAlienor.

Pour les musiques, on va faire tir groupé. Merci à Interpol & Archive.

La musique du tourne disque de GinnyBridge Over Troubled Water de Simon & garfunekl (et si j'ai un conseil, préférez la version live…)



Disclaimer: Tout est à JKR. Rien n'est à moi.

Titre: Beau Jouet trop compliqué

Résumé: Le murmure de la mécanique. Le rouage impeccablement huilé. Jusqu'à ce que tout se grippe. « On a tous notre lot Malefoy. Après...Le Lord ou l'Ordre. Quelle différence, si j'ai réussis à t'aimer... » DMHG


Acte 11

Lupin était venu me trouver dans mon bureau.

- Je peux te parler ?

J'hochai distraitement la tête, les yeux perdus à travers les pages d'un dossier revenu tout droit du Ministère.

- C'est important.

J'avais relevé les yeux. Il avait encore maigri. Ses pommettes saillaient, lui donnant un air sinistre. Je refermai le dossier, posant les deux mains sur la table.

- La pleine lune débute demain soir. Et je n'ai pas, cette fois ci, obtenu l'autorisation de transplaner.

Il m'observait, l'air grave, continuant.

- Il existe des salles, dans les sous-sols du Ministère. On vous entrave les jambes, les mains et le buste. On vous maintient la tête et on vous observe. On observe la transformation. On annote votre mutation, vos réactions. On enregistre tout cela dans des comptes-rendus que personne ne lira de toute façon jamais. Voilà le traitement qu'on subit des siècles durant les Loups-Garous d'Angleterre.

Et à travers ces mots. Cette froideur. Cette précision et cette rigueur de nommer, j'aperçus un Lupin plus jeune. Découvrant les pratiques que l'on affligeait aux Sorciers comme lui. Cette terreur enfantine du grand méchant loup. Cette terreur qui sommeillait au fond de lui.

- Pourquoi me racontez-vous tout cela ?

Il sembla réfléchir un moment.

- Deux personnes doivent m'accompagner. Par sécurité. Et je n'ai pas envie que deux inconnus me voient comme ça.

J'ouvris la bouche, la refermant brusquement.

- Moi ? Vous voulez que moi… ?

- Toi et Hermione.

- Prenez plutôt Potter.

- Je ne peux pas, Malefoy. Je ne peux pas infliger cela à Harry. C'est trop tôt. Et Hermione est forte. Et toi, tu n'as pas assez d'admiration pour moi. Tu sais que je ne vaux pas mieux que toi, pas mieux que les autres. Cette nuit sera une longue agonie. Les fers qui vont me taillader la chair. Cette liberté qui va m'appeler et me projeter contre les chaines. Cette violence que je vais déployer en vain. Et si je veux pouvoir commander des hommes, il ne faut pas que l'on puisse me voir ainsi. Jamais.

- Très bien…

Il sembla lui-même étonné d'arracher un accord si facilement. Il se releva, repoussant la chaise devant lui.

Il quitta la pièce, et ses épaules tremblaient.

OoOoOoO

Elle avait couché avec Malefoy. Elle laissa le constat s'insinuer lentement en elle. Et alors qu'elle faisait rouler une mie de pain sur la table de la cuisine, elle se mit à le murmurer, tout doucement, presque comme une confidence.

J'ai couché avec Malefoy. Et c'était doux contre son oreille, comme un aveu un peu honteux.

J'ai… Elle. Hermione Granger. Fille de Moldue, amie du Survivant et combattante émérite. Ennemie intime de Draco Malefoy, et aujourd'hui, bien plus intime encore.

J'ai couché… Elle n'aimait pas cette idée.

J'ai fait l'amour avec Draco. Et cette fois, c'était franchement incongru. Il y avait trop de douceur. Et Merlin seul savait qu'il n'y en avait pas la place. C'était trop doucereux. Ça écorchait ses lèvres et son palais.

J'ai fait l'amour avec Malefoy. Et elle se surprit à sourire. C'était ça. Ni plus, ni moins.

OoOoOoO

Ginny fit irruption dans la pièce, un imposant fardeau serré tout contre elle.

- Ron, Ron, regarde ça…

Le jeune homme leva doucement la tête. L'excitation dans la voix de sa cadette lui fit froncer le nez. Elle s'était déjà avachie sur le sol et déchirait, fébrile, la délicate enveloppe de kraft beige.

- Tu ne devineras jamais ce que j'ai pu trouver dans le grenier…

Son frère passa une main sur sa tempe. Amusé.

- La question serait plutôt : qu'est-ce que tu faisais dans le grenier ?

La jeune fille laissa échapper un hoquet et découvrit tout à fait l'imposant objet. Cette fois, son impatience eut raison de son frère qui s'était accroupi à ses côtés.

- Attends, Gin'… C'est… Un tourne-disque ?

Ses yeux étaient fiévreux et elle hocha la tête avec vigueur, se mordillant la lèvre. Devant le regard indécis de son frère, elle repoussa l'imposant objet moldu et dévoila un disque à la pochette un peu terne, passée de temps.

- J'étais sûre que Papa l'avait encore. Tu t'en souviens ?

Cette fois, il ne put s'empêcher de tendre la main et de caresser l'écrin de papier du bout des doigts. Son père et ses passions moldues. Et ce disque. Cette berceuse, une fois bordés dans leur lit et, plus tard, les soirs d'hiver. La légèreté du piano, et la douleur lumineuse de la voix… Bien sûr qu'il s'en souvenait. Comment oublier ?

Ginny souffla doucement, débarrassant le disque de son écrin et, délicatement, avec une infinie douceur, le déposa sur son socle. Elle sembla hésiter un moment, la baguette en suspens. Le bras se souleva souplement et vint se déposer sur le vinyle qui se mit à tourner.

Ginny s'était relevée, le rouge au joue et ça avait un délicieux parfum d'antan. Le grésillement léger et les premières notes.

When you're weary, feeling small…

La jeune fille s'était adossée contre la chaise tout proche et fermait les yeux.

- When you're down and out, When you're on the street…

Sa voix était légère et mal ajustée. Tremblante en fin de phrase. Et Ron se mit à sourire. Ginny avait ouvert les bras et dansait doucement.

- Allez, Ron…

L'inflexion se voulait cajoleuse, mais il secoua la tête en riant.

- C'est hors de question ! Je chante plus faux que toute la famille réunie et je…

- Mais on s'en fiche.

Elle s'était arrêtée brusquement et il lui fit un sourire un peu confus.

Et sa petite voix fragile lui apparut alors plus juste que jamais. Il avait cinq ans, elle quatre. Le verre de lait du goûter et Arthur qui était rentré plus tôt, improvisant un pas de danse au milieu de la cuisine. L'anniversaire de Molly et le gâteau qu'ils avaient fait, Ginny et lui, avec l'aide de Charlie, le glaçage qui coulait lamentablement et Arthur, complice, qui avait enclenché la musique quand les lumières s'étaient éteintes.

- Sail on silver girl, Sail on by.

Elle rouvrit les yeux et ils brillaient. Il avait conscience de chanter terriblement faux et bien trop bas, mais elle éclata de rire. Délicatement, avec la spontanéité des deux enfants qu'ils avaient été, elle lui avait saisi la main, l'entrainant dans sa danse bien trop maladroite. Une valse incongrue au milieu d'un salon bien trop confiné et élégant pour eux, dans leur cape trop noire et trop sale.

Harry s'était immobilisé, dans le demi-couloir, à l'orée du salon, retenant son souffle. La chanson allait prendre fin maintenant. Et il fallait qu'elle comprenne, cette fille à qui le chanteur écrivait qu'il serait toujours là. Et, bien sûr, la chanson allait se finir. Et, bien sûr, elle ne comprendrait pas. Alors la voix s'élevait, gravant la détresse devant l'éternel. Et Ron et Ginny chantaient encore, terriblement mal. Si mal. Harry fit demi-tour. Avec une rage sourde, il essuya la larme au coin de ses yeux.

OoOoO

Pov Draco

- Vous êtes en retard.

Je jetai un regard polaire à l'homme face à moi, tendant sans un mot le sachet en papier frappé du H majuscule de Honeydukes.

- Ravitaillement, sifflai-je en passant devant lui.

Il plissa le nez en reprenant les devants. Le front large et les yeux profondément enfoncés, il avait enfoui ses deux poings massifs dans ses poches. D'un mouvement brusque, il découvrit une porte dérobée dans l'un des murs et m'invita d'un geste sec du menton à le suivre. Le passage étroit et sinueux menait à un escalier escarpé comme on n'en faisait plus.

Les sous-sols du Ministère… Les coulisses, l'arrière-scène.

L'escalier débouchait sur un couloir large et sombre, seulement éclairé de torches poussives. Le garde s'était arrêté, droit, grondant seulement.

- Deuxième porte.

Granger était déjà là. Assise sur l'une des chaises.

Je laissai le sachet tomber sur la table. C'est à peine si elle cilla. J'avais déjà repoussé la chaise, croisant mes deux jambes sur la table. Le nez froncé, elle me jaugea un instant du regard.

- Qu'est-ce que tu fiches ici ?

- Granger, Granger, Granger… Tu es toute crispée.

Elle avait resserré ses mains sur le carnet pressé contre son ventre.

- … Pas toi…

- Un bâton de réglisse ? proposai-je en repoussant le sachet volumineux vers elle.

Elle secoua la tête et passa une main dans ses cheveux.

- Qu'on m'explique. Pourquoi Lupin t'aurait demandé à toi, de… veiller sur lui ?

- Tu penses trop. Lupin m'a demandé de venir. Je suis là. Point. Fin de l'histoire.

Elle m'observait du coin de l'œil, le visage peu amène.

- C'est quand même dingue quand on y pense, c'est à peine si on arrive à trouver du pain et de la viande, mais on a envoyé une pleine caisse venue tout droit de Pré-au-Lard. Il parait que Honeydukes veut participer à l'effort de guerre. A coup de Chocogrenouilles…

Un léger sourire vint réchauffer ses traits et elle pencha la tête.

La porte donnant sur la chambre s'ouvrit brusquement. Shakelbolt sortit en premier, suivi de Remus Lupin. L'ancien Maraudeur semblait passablement fatigué et amaigri. Il portait une chemise trop ample relevé au-dessus des coudes et ses bras maigres et blancs renforçaient son aspect malingre.

Shakelbolt s'était arrêté sur le seuil de la porte, me toisant sans manière.

- Monsieur Malefoy, Miss.

Il salua le lycanthrope d'un signe de tête et passa la porte vers le couloir. Lupin s'était positionné derrière ma chaise, la tirant en arrière d'un coup sec, manquant de me faire tomber à la renverse.

- Tiens-toi correctement, souffla-t-il sans ambages.

Je pestai, ébouriffant mes cheveux.

- Vous n'êtes qu'un sombre crétin, Lupin.

- Il parait…

Il s'était assis à la table, piochant dans le paquet de bonbons face à lui.

- …Maintenant, il faut attendre. Le lot quotidien du soldat, c'est l'attente, n'est-ce pas ?

Et avec la gravité qui le caractérisait, il sortit un jeu de carte de sa poche qu'il se mit à battre sans un mot.

OoOoO

- … Et tu m'attaches comme ceci… Voilà. Sers bien. Ensuite, tu verrouilles l'harnachement magiquement. Tu quittes la pièce et tu verrouilles une nouvelle fois… C'est bien clair ? …

Granger avait hoché la tête tandis que j'observais la scène, une jambe repliée contre l'appui du mur.

- … Surtout, vous n'entrez dans cette pièce sous aucun prétexte. Absolument aucun. Et si ces chaines venaient à lâcher, je tenterais de fuir. N'oublie pas de renforcer la protection magique. Compris ?

- Quoi qu'il se passe, on ne fait rien. Limpides. On sert à quoi, au juste ? cinglai-je dans un souffle.

- A respecter les obligations ministérielles. Je sais que, dans ta famille, on s'est toujours cru bien au-dessus de tout ça. Mais figure-toi que j'ai encore un peu foi en cette institution.

Je lui répondis d'un sourire suffisant et il serra le bras d'Hermione, doucement, la sommant de retourner dans l'antichambre.

A moi le privilège de l'attacher. Je m'approchai de lui, m'agenouillant à ses pieds. Par Merlin, je détestai ça… L'étau était trop étroit pour un être humain normalement constitué et je le senti se tendre lorsque je refermais le fer gris sur sa chair. Il ne prononça cependant pas un mot.

- Tu comprends que je ne pouvais pas laisser Hermione faire ça… Ou Harry.

- Mais l'ancien Serpentard immoral, ça ne pose pas problème, avais je soufflé en me relevant.

- Ça m'en pose moins, en effet…

Il esquissa un sourire douloureux, et je refermai la poigne de fer autour de ses poignets graciles. Étrangement, je comprenais.

OoOoOo

La porte était refermée et seule la mince fente de l'imposante porte de fer nous laissait encore distinguer l'intérieur de la cellule. Lupin tentait de rester droit. Mais ses épaules s'affaissaient peu à peu. Par mesure de sécurité, il fallait l'attacher dès lors que le soleil déclinait. Ce qui lui imposait de longues heures courbaturés entre l'enchevêtrement de chaines. Granger n'approuvait pas. Elle l'avait vertement fait savoir à l'Auror qui était venu dispenser les ordres. Il l'avait toisée froidement. Si elle n'avait pas été la meilleure amie du Survivant, quelque chose me disait qu'il n'aurait pas pris de gants pour la remettre à sa place. Il s'était contenté de grincer des dents et de siffler que c'étaient les ordres.

- Les ordres… Si vous saviez ce que je pense de vos ordres…

Son ton était cinglant. L'autre haussa les épaules et déclara d'un ton sec qu'il reviendrait dans une heure. Histoire de vérifier que les ordres avaient été appliqués. Il avait vrillé Granger de son regard noir en prononçant ses mots et il avait fait demi-tour en claquant ses bottes sur le sol noir et sale.

Bien sûr, une heure plus tard, Lupin était attaché. L'Auror avait placé ses yeux devant la fente et émis un sifflement satisfait. Il s'était encore inquiété de savoir si on l'avait nourri et hydraté. Granger avait été exemplaire. Le corps en appui sur le mur, les bras croisés, elle avait répondu à ses questions avec toute la nonchalance dont elle était capable. Je n'aimais pas ce type. Son air borné et ses œillades sombres ne me trompaient pas. Il la regardait avec cet air appréciateur et sournois que je connaissais bien. Que je devienne Cracmol si ce type n'avait pas d'autres ambitions que de chastes joutes verbales.

Il avait encore fait un habile jeu de cape et de jambes en passant la porte et Granger l'avait suivi du regard, une moue au coin des lèvres.

- Ça ne va plus tarder, hein ?

Je ne savais pas. Et Lupin avait fait preuve de bon sens. Il suffisait d'attendre.

OoOoO

- Malefoy !

J'ouvris un œil, soulevant mes jambes de la table pour les reposer à terre. Granger avait reculé, très pâle.

- Je crois que ça commence…

Elle avait tendu un doigt tremblant vers la fente de la porte et je m'étais rapproché en deux enjambées. Lupin avait la tête baissée, mais respirait anormalement fort. Son torse se soulevait rapidement, les poings serrés.

Une seconde, deux secondes, trois secondes, …

Le hurlement la fit reculer, glacée. Lupin avait rejeté sa tête en arrière et son torse se cambrait violement contre la prison des chaines. Ses mains s'étendaient et de longues griffes labouraient la toile de son pantalon. Son corps devenait plus massif. Sa musculature se développait. Des muscles impressionnants jaillirent sous la peau de son cou et de ses épaules. Une épaisse toison grise recouvrait peu à peu les moindres parcelles de son corps. Déjà, il n'avait plus face humaine. Dans un dernier spasme, il rejeta son visage en arrière, nous offrant la vue d'impressionnantes canines. Ses oreilles bougeait – sensibles, et bientôt ses yeux s'étrécirent en deux fentes ocres.

Vingt-huit secondes, vingt-neuf secondes, trente…

Il poussa un glapissement sourd et s'ébroua, se débarrassant des derniers lambeaux de ses vêtements.

Bien sûr, Lupin m'avait parlé de la violence et de la force qu'il déploierait. Et lorsqu'il se rua contre les chaines, je serrais les mâchoires. Il n'y avait plus rien de Lupin dans cette créature là. Ses yeux brillaient furieusement, et ses muscles bandés tentaient convulsivement de se défaire de l'étau de fer. Il rua de nouveau, s'assommant à demi contre le mur, poussant un hurlement lugubre.

Granger avait étouffé un hoquet. Trois pas en arrière, encore.

- Granger ?

Elle s'était déjà ressaisie. Elle arqua les sourcils et pinça les lèvres.

- Rien. Ca va.

Impressionnante dans sa maitrise. Elle était de nouveau à ma hauteur, sans quitter Lupin des yeux. Le cliquetis des chaines et ses hurlements sourds ne lui arrachèrent plus un rictus. La nuit ne faisait que commencer.

OoOoOoO

J'étais repassé le lendemain au QG. Histoire de prendre une douche et de passer des vêtements propres.

Lupin s'était écroulé, au petit matin. Granger s'était précipitée pour prévenir un des Aurors en faction plus haut tandis que j'avais défait les liens de l'Ancien Professeur. J'avais maladroitement passé une cape sur son corps nu. Il avait poussé un gémissement faible quand je l'avais poussé à se relever.

- C'rien… La première nuit…Toujours la plus dure…

On avait conduit Lupin dans une petite chambre dépouillée et austère, et il s'était endormi aussitôt.

- C'est normal, avait soupiré Granger, j'ai lu que les lycanthropes ressortaient toujours particulièrement affaibli de leurs transformations. Cela peut même entrainer un état dépressif, souvent… Il suffit qu'il dorme, qu'il se nourrisse et qu'il s'hydrate.

- Comme tu es adorable, les cheveux défaits…

La voix me fit sursauter, interrompant mes réflexions. Ouria. Bien sûr.

- La notion de « privé », tu connais ?

- J'ai frappé, m'informa-t-elle en désignant la porte de menton.

J'avais saisi une serviette propre, essuyant mes cheveux humides.

- Qu'est-ce que tu fiches ici ?

J'étais trop agressif. Ce n'était pas la manière la plus intelligente d'affronter Ouria, mais il était déjà trop tard.

- Je passais, comme ça. J'ai un peu parlé avec Ronald Weasley… Charmant ce garçon.

Un sourire. Weasley n'avait aucune chance. Il allait se faire bouffer tout cru.

- Qu'importe, et ta Granger ?

- Quoi, ma Granger ? Tu me fatigues de plus en plus vite, tu le sais ça ?

Réponse trop hâtive. Trop rapide.

- Non !

Elle s'était immobilisée, en appui contre le dossier de la chaise. Eberluée. Ses yeux me fixèrent un moment et l'éclat furtif qui les traversa les firent briller, avant d'éclater de rire.

- Tu l'as sautée ? C'est ça ? La prude petite Grang…

- Arrête ! sifflai-je froidement.

Son rire redoubla et elle secoua ses lourdes boucles brunes, s'avançant doucement.

- Tu crois que notre petit face à face dans la cuisine a joué pour quelque chose ? La jalousie, ça l'excite, ta Granger ?

J'avais envie de la gifler. Furieusement. Mes poings se contractèrent doucement, je ne lui ferais pas ce plaisir. Elle était dangereuse. Vénéneuse. J'avais fait une grossière erreur en la sous-estimant. Et ça n'arriverait plus.

- … Je dois te féliciter, je crois, souffla-t-elle.

Et ses lèvres s'apposèrent sur la veine de mon cou. Tentatrice.

Elle me testait… Je n'avais pas le choix. Je déliais la ceinture de sa taille, la basculant sur le lit.

OoOoOoO

Hermione n'avait pas desserré les lèvres. La dernière « nuit » avait été particulièrement éprouvante. Pour Lupin. Pour elle.

Elle ne se sentait plus la force. Elle se fichait de savoir de quelle dorure Harry et Ron avaient pu recouvrir sa sordide mission. Elle se fichait de savoir comment avançait les « affaires ». Elle avait la nausée. Elle voulait dormir. Et elle sentit, insidieusement que des bras lui manquaient. Ses bras.

Sa présence durant ses trois nuits. Elle ne sait pas ce qu'elle s'était imaginée. Il était raide, froid. Il avait pris l'habitude de se poster derrière elle, pour observer la pièce. Elle s'était maudite de trembler. Dans l'attente. Dans l'espoir de ses mains, qui se seraient posé sur elle. Pour la rassurer. Juste.

Elle en serait presque venue à vouloir que l'Auror vienne plus souvent. Simplement pour sentir son regard lourd se poser sur ce type qui lui tournait autour. Lourd de menace. Elle s'accrochait à la moindre illusion… Et Lupin qui crevait, qui ruait. Ce traitement allait le tuer. Shakelbolt le savait. Draco le savait. Lupin le savait. Et ils se croisaient en se faisant des courbettes. Abject.

Elle enfonça son visage dans l'oreiller.

OoOoOoO

Ça s'était répandu comme une trainée de poudre. Comme pour prouver qu'il n'y avait jamais de répit. Jamais.

La putain du Mangemort.

C'était fourbe. Au détour des couloirs. Les chuchotements qui amplifiaient. Grondaient. Jusqu'à ce que le brouhaha crache ces quelques mots.

La putain du Mangemort.

Et c'était pire qu'une sentence.

- C'est de ma faute…

Hermione n'avait pas relevé la tête.

- Harry… Tout n'est pas toujours de ta faute…

Le trait d'humour fit poindre un sourire sur le visage chiffonné de Ronald Weasley.

- Ce que je veux dire, Hermione, c'est qu'on a trop trainé. On a pris le parti de ne rien dire sur votre mission. Rien. Nada. Sauf que les gars observent. On s'est crus plus malins et ça nous a éclaté à la gueule. Malefoy et Granger disparus. Pas de mission aux ordres…

- On n'aurait jamais dû prendre l'habitude de signifier les missions… Je sais ce que tu vas dire, Harry, que les Gradés ont le droit de savoir…, souffla Ron.

Harry secoua la tête, et reprit tristement.

- Quand la rumeur a commencé à poindre… On a inventé un truc. C'était trop tard, c'était même pire que tout. C'était suspect… Trois nuits loin du QG, deux nuits avant de réagir. Deux nuits de trop…

Elle s'étira. Elle avait connu Rita Skeeter, autrefois. Elle savait les méfaits d'une rumeur… Et il n'avait pas besoin de ça. Pas en temps de guerre.

- J'aimerais juste comprendre une chose. Malefoy n'est pas surnommé « Le Mangemort » que je sache. Ron ne cesse de dire que les gradés le respectent… Alors, pourquoi ?

Elle avait posé la question du bout des lèvres. Pas très sûre de vouloir la réponse.

- Pourquoi ? Un rire échappa au Survivant. Parce que c'est trop beau, Hermione. Malefoy ne cessera jamais d'être un Mangemort et moi le Survivant. A la moindre occasion, on ressort les vieilles étiquettes. Ça a tellement plus de poids… Il y a tant de tragédie là dedans… L'amante de Malefoy… C'est si fade. La putain du Mangemort… C'est un pavé. C'est ma meilleure amie qui me trahit. C'est la prude qui se fait putain. C'est le chemin tracé que l'on quitte. C'est la bassesse de l'homme…

Et Harry semblait plus faible après la fin de sa tirade. Ron se passa la main dans les cheveux. Hermione ne dit rien. Parce qu'elle ne pouvait pas.

OoOoOoO

Pov Draco

C'était bien sur la première chose qu'Aslov m'avait dit. Cette rumeur. Impassible. Pour la première fois, ce type m'impressionnait. Impossible de deviner ce qui se cachait derrière le pli soucieux de son front. Je l'avais laissé parler sans écouter un traitre mot et l'avait autorisé à se retirer.

J'aurais voulu pouvoir en rire. Ça aurait été tellement plus simple…

Mais rien n'était simple, jamais. Les règles du jeu le stipulaient.

Impossible de me concentrer. J'observai d'un œil torve le dossier entre mes mains. Les prostituées. Cette affaire semblait tenir à cœur le jumeau Weasley. Et parce que ces trois poupées cernées de noir, l'autre soir, m'avait troublé, j'avais accepté d'aider à faire passer l'affaire au Ministère. Un certain Joaquim Leaster, fonctionnaire de la haute administration, m'avait froidement signifié qu'en ces temps agités « le Ministère n'avait ni le temps, ni les moyens de s'occuper des dommages collatéraux ».

Weasley allait être déçu. Pas que je m'en soucie véritablement. Mais j'imaginai assez bien les heures qu'il avait passé à se torturer l'esprit, pour oser venir m'en parler. Je n'étais pas fou. Et ces filles ne manquaient pas de charme. Mais, bien sûr, ça, il ne pouvait pas en parler à Potter. Ni à Lupin. Il y avait dans toutes ces hypothèses bien trop de risques que cela revienne aux oreilles de la matrone de la fratrie. Alors le si peu scrupuleux Serpentard…

- Malefoy ?

Je ne sais pas ce qu'elle était venue foutre ici. C'était presque suicidaire. Se balader aux sus et à la vue de tous les colporteurs de ragots des sous-sols pour venir frapper à mon bourreau. Elle avait les traits tirés, et les cheveux défaits, mais j'avais envie d'elle. Furieusement. Davantage encore que durant ces trois longues nuit de veille. Ce désir fugace que j'avais de la saisir par les hanches. Entêtant.

J'avais fait l'amour à Ouria, le lendemain, en ne rêvant que de Granger. Cette fille ignorait ce qu'elle me faisait, et c'était là encore mon unique pouvoir.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Mon ton passablement distant ne sembla pas l'émouvoir outre mesure. Elle s'était installée face à moi, raide sur sa chaise.

- J'espère pour toi que tu n'as rien dit.

Il y avait eu une sorte de fêlure sur sa voix. Fugace…

- Je te demande pardon ?

- Ne me prends pas pour une conne, Malefoy… Pas ça…

Agressive. A fleur de peau.

- A toi de me le dire, tu penses que c'est moi ?

- Je n'en sais rien, Malefoy, je me suis dit que ce n'était pas possible. Et puis, en fait, c'est tout à fait ton genre. Les rumeurs, les calomnies, les mensonges… Dans le fond, tu adores ça.

Elle avait craché ça, avec l'envie furieuse de me blesser.

- Alors tu as ta réponse, Granger. J'aime les mensonges, et il n'y a que du vrai dans cette rumeur.

- Ne joue pas à ça !

Elle s'était levée, bondissant de sa chaise. Elle s'était rapprochée à quelques centimètres de moi. Ses doigts agrippaient convulsivement le manche de sa baguette. Elle roulait des yeux, effarée, comme un animal pris au piège… Et elle chuchotait presque, à me glacer le sang.

- Si tu as osé me faire ça, Malefoy. Alors, je n'aurais aucun scrupule à te tuer. Tu n'as pas le droit ! Il y a Harry, Ron et moi. Et je ne te laisserai jamais remettre ça en question. Jamais…

Elle m'avait enfoncé la baguette dans les côtes, la mâchoire crispée.

- Regarde-moi.

Elle continuait d'observer l'extrémité de sa baguette, sans daigner relever la tête.

- Regarde-moi, Granger. Je n'y suis pour rien. Ok ? Pas le moindre mot. Si tu crois que cette rumeur m'arrange. Regarde-moi, bordel…

J'avais saisi son menton, la forçant à lever le regard. Ses yeux rougis rencontrèrent les miens et sa lèvre trembla.

- Je n'ai rien dit.

Il y eut un moment infime de flottement. Et elle abaissa brusquement sa baguette, se blottissant dans mes bras. Un sanglot vint s'étouffer dans sa gorge et elle enfouit le nez dans les plis de ma cape. Je la serrai maladroitement contre moi, avant d'oser passer une main dans ses boucles. Elle était frigorifiée.

Elle hoqueta encore et lâcha un « c'est ignoble », qui se perdit dans des sanglots sourds.

- J'ai chargé Aslov de trouver le responsable… On va très vite savoir d'où ça vient…Tu ne dois pas t'en faire. D'accord ?

Doucement, je l'avais repoussée, la tenant par les épaules, l'observant. Elle avait essuyé les larmes maculant ses joues et avait reniflé, piteuse.

- C'est trop dur… Je n'ai jamais menti à Harry et Ron… Je ne sais pas comment faire… J'ai peur. Tellement.

- Eh bien, tu vas apprendre, Granger.

Elle releva la tête.

- … Tu t'y feras. Tu verras. Bien sûr, tu pourrais leur dire…

- Non. Ils ne doivent jamais savoir. Jamais.

Elle ne pleurait plus. Soudainement. Elle avait retrouvé son impassibilité coutumière. Granger allait cacher. Elle allait mentir. Peut-être que dans le fond, elle allait seulement grandir.

OoOoO

Remus Lupin avait réintégré le Quartier Général dans la journée.

En pénétrant dans la cuisine, il surprit une jeune femme rêveuse attablée devant son bol de café noir. Dans un élan d'affection, il lui ébouriffa les cheveux en passant derrière elle.

Hermione releva la tête. Légèrement surprise. Ce n'était pas dans ses habitudes. Lupin était l'homme sur la réserve. Celui qui marche doucement et qui parle avec retenue. C'était Sirius qui prenait dans les bras. Lupin, lui, n'avait jamais su.

Elle lui fit un drôle de sourire et il s'assit face à elle. Il vieillissait si rapidement. Chaque pleine lune le ramenait plus faible que la fois précédente. Pourtant, il ne se plaignait pas. Ça n'aurait pas été convenable.

- Pourquoi Draco ? Pourquoi lui et moi pour veiller sur vous ?

Il releva la tête et elle lui répondit d'un haussement de sourcil.

- Et pourquoi pas ?

Il traça un cercle avec la farine accumulée sur la table et y dessina lentement une croix.

- Vous l'aimez bien, n'est-ce pas ?

Le sourire du vieux Professeur vint tracer quelques petites rides au coin de ses yeux.

- Ce serait si terrible ?

Elle lui opposa un regard buté, avant de souffler.

- Non…

- Il est acerbe, franc et un peu trop lâche pour être un héros. Et c'est un Malefoy, ce qui n'arrange rien. Mais…

Elle l'arrêta d'un geste de la main. Elle savait.

Lui avait oublié. Oublié depuis quand il s'était pris d'affection pour ces deux gosses. Deux mômes. Le jour où il avait réalisé que Harry n'était pas James, peut-être. Et qu'il ne le serait jamais.

Frêle Hermione. La foi chevillée au corps, la conviction et les utopies en bandoulière. Elle lui ressemblait. Il le savait. Et lui. Son exact contraire. Si prompt à haïr et à mépriser.

Ils étaient trop entiers. Trop lucides. Ils n'étaient pas taillés pour la demi-mesure. Ils avaient été comme eux…

Un poids enserra sa poitrine et il ferma ses paupières. Résolu. A ne plus y penser.

OoOoO

Pov Draco

- Joli travail !

Elle avait relevé la tête. Ses collègues l'observaient, hésitantes. Ses sourcils s'étaient froncés et elle s'était approchée de moi, me saisissant par le bras et me repoussant dans l'arrière-garde.

- Qu'est ce que tu fiches ici ?

Elle avait sifflé, les lèvres serrées.

- A toi de me le dire, Ouria.

Elle avait refermé la tenture de toile grossière et le rouge lui était monté aux joues. Furieuse.

- Venir pendant que je suis en service. A quoi tu joues ? Si quelqu'un vient à être au courant de…

- De quoi ? Et puis quoi, surtout ? Tu vas me menacer ? …

Je lui avais serré violement le bras et son visage s'était tordu en une grimace.

- … Ne me sous-estime pas. Si tu crois que je suis dupe. Tu es la seule à avoir quelque chose à gagner d'une pareille rumeur… Mais dis-moi, Weasley… Il parait qu'il y a des rencontres tardives le soir entre vous deux… Ouria, ma douce, Aslov observe. Il sait tout. Tu crois qu'il réagirait comment, ton rouquin, en sachant que je te saute au détour des couloirs ? Hein ?

- Tu n'oseras pas.

- Je te laisse le loisir de t'en apercevoir.

Je l'avais rejetée brusquement en arrière. Ouria était une joueuse. Une profiteuse. Mais elle espérait plus que tout se sortir de sa petite vie minable. Elle voulait Weasley pour l'or qu'il lui rapporterait. Et c'était là ma seule carte à abattre.

OoOoO

Elle n'avait rien dit quand j'avais passé le pas de la porte. Elle était assise en tailleur sur son lit, des parchemins épars autour d'elle. Elle ressemblait à un oiseau tombé du nid, avec son pull immense qui lui retombait sur les cuisses.

Je m'étais posé contre le rebord du bureau, passant une main sur ma tempe.

- Je voulais te dire que je l'ai retrouvé… Tout est réglé.

Elle avait passé ses bras autour de ses genoux et avait secoué la tête.

- Qui est-ce ?

- Tu ne gagneras rien à le savoir.

- Je ne gagnerais rien à l'ignorer…

Un sourire. Je m'étais approché, attiré… Mais prudent. Elle s'était hissée sur ses genoux et avait avancé jusqu'au bord du lit.

- S'il te plait…

- N'y compte pas.

J'avais effleuré sa joue du plat de la main. Bordel… Je détestai ça. Cette putain de faiblesse qui m'arrachait à mes plus solides résolutions. Ne me regarde pas comme ça Granger. Oublie ça.

Elle avait saisi le bout de ma cravate, et délicatement, sans me lâcher du regard, elle m'attira jusqu'à elle. Ses lèvres se saisirent des miennes, exigeantes et possessives.

Je ne pouvais pas abdiquer. J'étais trop faible. Tellement.

Ma main alla fourrager dans ses cheveux tandis que l'autre glissa sur sa cuisse. Elle soupira d'aise alors que je basculais sur elle. Je n'étais pas rassasié. Je m'étais menti. Et j'avais fait taire la rumeur pour pouvoir la réattaquer le soir même. La mettre en pièce. Qu'ils aillent tous au diable, eux et leur morale. Eux et leur guerre de possédés. De toute façon, nous allions tous en crever. Et c'était ce qu'elle me disait, ce que son corps me hurlait.

La peau pâle de son cou, sa main dans mes cheveux, ses ongles sur mon dos. Cette manière qu'elle avait de retracer du doigt le sillon pâle de ma cicatrice à l'épaule. Cette manière de se mordre les lèvres avant de me toucher, comme une bravade à l'interdit. Ses yeux plantés dans les miens, alors que je la caressais. Ses halètements sourds, nos corps en sueur et ses cris étouffés contre mes lèvres. L'extase folle, à l'état pur, brut. Qui nous laissa abrutis de sommeil et ivres de nous deux

OoOoO

Le ciel était rouge. Comme une trainée sanguinolente sur la ville, s'étendant paresseusement au-dessus de la Tamise.

Nous étions le 2 septembre. Et je caressais ses cheveux du bout des doigts.

Alors encore, j'ignorais…


Et voila.

Sadique? Cruelle? Moi? Allons, si peu.

Le prochain chapitre arrivera bientôt. Promis !

Mais en attendant. Review ? Critiques, conseils, re-critiques. J'écoute, je note, et je tente d'assimiler.

A votre bon cœur, donc ;)