Chapitre 11: Guerre civile ou guerre intrer-maisons ?
Les jours passèrent. Sans nouvelle des préfets de Gryffondor. Ils chuchotaient toujours dans leur coin, parfois avec les Serdaigles, mais aucune annonce n'avait encore été faite. Tous les jours, ils se faisaient poursuivre pas un ou deux première année qui tentait, en vain, d'en savoir plus. On racontait même que Timothy s'était une fois retourné dans le couloir, en colère, pour demander à Marc s'il comptait le suivre jusqu'aux toilettes ou s'il pouvait y aller tranquille.
« Je voulais juste savoir... » se justifia, penaud, le garçon à ses amis qui riaient.
Grâce à ça, même si ça n'était pas prévu, ils avaient appris plein de choses sur les deux préfets. Et les soupçons de Leonore étaient justifiés. Le jeune homme cherchait bien à sortir avec sa collègue préfète, Jill. Sans y parvenir pour autant. D'ailleurs, il s'appelait Timothy, Timothy Benson, et non pas Tim. Et il adorait jouer aux Bavboules. Information sans aucune importance on était bien d'accord, mais Duncan avait entendu deux filles de troisième année en parler. Car l'agitation avait gagné toute la maison et pas seulement les première années. Tous étaient au courant et guettaient les faits et gestes des préfets. Certaines en profitaient pour recueillir des idées de cadeaux de Noël. Autant utiliser le temps passé à les espionner de manière efficace.
Les Poufsouffles aussi avaient fini par avoir vent de l'affaire qui agitait tout le château. Il était difficile de passer à côté. D'autant que les filles ne s'étaient pas tellement fait priées pour en parler à Teddy et ses amis. Ceux-ci avaient réagi de manière... assez violente. Ils n'avaient pas vraiment apprécié d'être traités de cette façon par les vert et argent. Ils avaient beau réprouver totalement leur idée, en être exclu était l'action de trop de la part de l'autre maison. Surtout pour des prétextes pareils. Victoire avait bien cru que Teddy allait étouffer n'importe quel Serpentard passant à ce moment-là dans le hall. Ses cheveux avaient viré au jaune vif montrant de manière on ne peut plus claire à quelle maison il appartenait. Spencer avait dû le retenir de casser la figure aux préfets de Salazar. Pendant que Neal et Maxime partaient prévenir ceux de leur maison. Et que Jimmy promettait une belle bagarre.
Leur maison n'allait sans doute pas laisser passer ça. Et rejoindre les plans de Gryffondor et Serdaigle. Pour cette cause, ils seraient aussi combattifs que n'importe quels autres élèves. Ils n'étaient pas des chiffes molles et entendaient qu'on le comprenne. Parce qu'ils étaient fiers de leur maison. Fiers de ce qu'ils étaient. Et ils ne permettraient à personne qu'on en doute. Ils n'étaient pas les élèves qui n'étaient pas capables d'aller ailleurs. Ils n'étaient pas les élèves médiocres dont personne ne voulait. Et si Teddy restait discret, tout le monde dans sa maison connaissait tout de même l'histoire de ses parents. Et Nymphadora Tonks, auror, morte au champ d'honneur, était une Poufsouffle. Et personne ne l'oubliait.
On était déjà vendredi matin et ils ne savaient toujours pas ce qui allait se passer dans l'école. Ce qui était sûr était que ça allait secouer le château entier et que tout le monde devrait prendre partie. Pour un camp ou l'autre. Car il semblait qu'il n'y en aurait encore que deux. Et que le conflit des fondateurs se perpétuait à chaque génération.
En allant en cours de défense contre les forces du mal, resté au programme malgré la paix, Victoire se fit plaquer contre un mur. Violemment. Et quelque chose lui disait que ça n'était pas Leonore qui revenait des toilettes. Elle se retourna. Vraiment, elle devait être maudite.
« Alors, contente de nous revoir ? »
Elles étaient toutes là. Ses cauchemars. Celles à qui elle devait ses jolies couleurs enfin disparues pour la plupart. Celles qui avaient fichu en l'air le week-end qui devait être le meilleur depuis sa rentrée. Elles se pavanaient comme les pétasses qu'elles étaient. Sa mère la reprendrait sûrement à ce vocabulaire mais là, en tout honnêteté, la blonde s'en fichait bien. Ces filles ne pouvaient pas être appelées autrement. Et elles allaient finir par regretter ce qu'elles avaient osé lui faire.
« Pas vraiment non. Étrange, n'est-ce pas ? »
« Fais pas la maligne avec nous, Weasley. T'es pas en bonne posture. »
« Weasley-Delacour. » répondit-elle.
« Quoi ? » grogna une autre.
« Mon nom. C'est Weasley-Delacour, pas Weasley tout court. Mais bon, ça n'a pas encore dû imprimer dans ce qui te sert de cerveau. À ce propos, le professeur Cauldroy n'a pas remarqué que tu avais piqué dans ses réserves ? »
« Comment ça ? C'est quoi cette embrouille ? »
« Ben ton cerveau, il a bien fallu le trouver quelque part, puisqu'il était pas fourni avec la fille. T'as bien dû piquer dans les réserves de véracrasse... »
« Je sais pas ce qui me retiens de te... » fit la jeune fille, menaçante, le poing près de sa figure.
« Moi. » fit une voix grave.
Sauvée. Pensa Victoire. Pas qu'elle avait peur de ces filles mais elle ne tenait pas à recommencer leur séance de lutte de la dernière fois. Elle avait suffisamment passé de journées à l'infirmerie comme ça. Et le professeur Tempel venait de lui sauver le teint.
Plutôt grand, maigre, une robe noire toute simple, il ne payait pas forcément de mine. On n'aurait sans doute pas parier sa baguette sur lui dans un combat. Pourtant, celle-ci était déjà sortie, en un instant, et son corps entier était tendu. Il n'était pas arrivé à cette place de professeur contre les défenses du mal pour rien. Il était là depuis plusieurs années à présent. Depuis la fin de la Guerre, à vrai dire. Il avait mis fin à la sorte de malédiction qui pesait sur ce poste. Pour l'instant, la seule force du mal à combattre était cinq gamines de deuxième année qui, même en étant dans la maison des lions, ne constituaient pas une incroyable menace. Il rangea sa baguette et demanda:
« Pouvez-vous m'expliquer ce que vous faisiez ? Mademoiselle Weaskey-Delacour, vous ne devriez pas être dans ma salle de classe à attendre que j'arrive ? »
« Si, bien sûr Professeur, c'est juste que... nous avions un problème à régler. Mais ça n'est rien, j'arrive tout de suite, je serai à l'heure à votre cours. » répondit-elle.
« Bien. Je vous attends donc. Le cours commence dans deux minutes. Ne vous avisez pas d'avoir ne serait-ce qu'une seconde de retard, ou même un orteil en dehors de ma salle de classe, quand la sonnerie retentira. » dit-il calmement, sans s'énerver. Comme s'il prononçait des menaces qui n'en étaient pas.
Il continua son chemin, dépassant ce petit groupe et rejoignit sa salle de cours.
« Alors on fait la brave ? On raconte pas à son petit professeur ce qui ne va pas ? On ne va pas pleurnicher dans ses bras ? Tu te surestimes Weasley, tu ne fais pas le poids face à nous. Et un jour, on t'aura. »
« Mais qu'est-ce que vous me voulez à la fin ? Je n'ai rien fait ! Et je n'approche même plus Kay ! »
Elle se retint de dire que c'était autant à cause de leur menace que du fait qu'elle n'avait pas eu le temps de la voir. Et parce qu'elle se sentait honteuse de son attitude lors de leur dernière rencontre, à l'infirmerie.
« Ta simple présence nous exaspère. Miss parfaite. Célèbre, si jolie que c'en est désespérant, un air de poupée innocente sur le visage. La petite cruche qui cherche à être digne de sa maison en se rebellant contre ses méchantes aînées. »
« Tu n'as rien à faire ici. On s'en fiche de ton ascendance, tu n'es qu'une gamine juste assez jolie pour attirer l'œil des garçons. Tu n'as rien à voir avec la maison Gryffondor. »
« Tu ferais mieux de partir à Serpentard. S'ils t'acceptent. »
« Ils n'ont pas d'honneur, ces serpents, ils seront bien contents de débaucher une minette comme ça, avec une telle famille. » siffla une autre.
« En parlant de serpents, vous ne trouvez pas que vous faîtes langues de vipères comme ça ? Je suis désolée, je dois y aller, je n'ai pas plus de temps à vous accorder, le professeur m'attend. » répondit Victoire, sans se démonter.
Elle les poussa, des bras et des coudes, pour enfin se dégager de ce coin de mur où elles l'avaient assignée. Après quelques minutes de marche, elle put enfin entrer dans la salle et s'installer tout au fond, ses amis s'étant déjà mis deux par deux.
« On ne croyait plus que tu allais venir. » chuchota Lyra en se retournant avec un sourire d'excuse.
« Ce n'est rien, j'ai été retardée mais je suis... » commença-t-elle à repondre.
« Tout juste à l'heure, Mademoiselle, je vous en félicite. » répondit à sa place le Professeur. « Vous viendrez tout de même me voir à la fin du cours, s'il vous plaît. Et pas de discussion sur ce point. » rajouta-t-il.
La jeune file grogna. Elle se demandait ce qu'il pouvait bien lui vouloir et s'il avait l'air gentil, elle n'était pas sûre que ça ne soit pas pour lui enlever des points à cause du chahut dans le couloir. Comme si on pouvait appeler ces menaces du chahut. Elle tenta de se replonger dans le cours qu'ils étudiaient mais les paroles de ces pestes tournaient en boucle dans sa tête. Ainsi, tout le monde l'observait. Et ne la voyait que comme une écervelée. Encore une fois à cause de ce foutu sang de vélane qui coulait dans ces veines.
Les gens étaient vraiment des imbéciles parfois. Pourquoi ne lui laissaient-ils pas une chance de montrer qui elle était vraiment ? Pourquoi ne comprenaient-ils pas ? Et surtout, pourquoi étaient-ils obsédés par elle ? Elle n'avait rien de spécial, rien pour la différencier. Juste son nom. Mais elle n'était pas la seule ! Il y avait bien Maxime dont le père avait été préfet à Poufsouffle, Teddy dont les parents étaient aussi connus, et elle était sûre qu'il y en avait encore d'autres dont elle ne connaissait pas encore l'existence mais qui eux aussi avaient un nom célèbre. Et de toute façon, elle ne voyait pas en quoi ça les mettait dans des cases.
Quand la sonnerie retentit, elle attendit donc devant le bureau du professeur que tous les autres élèves sortent. Les filles lui firent signe qu'elles l'attendaient à la sortie pour aller déjeuner.
« Bien, je ne vous ai pas convoquée pour vous gronder ou vous enlever des points, alors relevez donc la tête, Mademoiselle ! » sourit le professeur.
« Pour quoi, alors ? » osa-t-elle.
« C'est à propos de tout à l'heure dans le couloir. Je sais qu'en ce moment, c'est agité entre les maisons, et même juste au sein de l'école. Ça va ? »
« Oh, oui oui, ça va... »
« Si vous avez besoin d'en parler, je suis là vous savez, et les autres enseignants également. Nous sommes aussi là pour ça. »
« D'accord, merci. Au revoir Professeur ! » fit-elle avant de partir.
Comme si elle allait se faire aider par les professeurs. Elle n'était plus un bébé. Elle savait régler ses soucis seule.
« Il te voulait quoi ? » demanda Lyra.
« Oh rien, des broutilles. »
Et elles allèrent déjeuner. Sans que les filles posent plus de questions à Victoire, sentant que ça n'était pas la chose à faire. Soudain, Spencer apparut à leur table.
« Dis, Victoire, tu pourrais parler à Teddy tout à l'heure, là on doit aller en cours mais par exemple à la pause ? Il ne va pas très bien depuis ce matin et je ne sais pas ce qu'il a, il ne veut rien me dire. Il a les cheveux bruns et je ne suis pas expert capillaire, mais à mon avis, ça n'est pas bon signe. Tu veux bien ? Tu pourras ? Peut-être qu'à toi, il te dirait... »
« Oh, oui bien sûr ! Je viendrais après mon cours de sortilèges. J'ai histoire de la magie après, je peux me permettre de rater le début du cours. Vous aurez quoi ? »
« Potions, aux cachots. Et merci beaucoup ! » dit-il avant de filer.
À l'heure convenue, Victoire se posta à la sortie des cachots, vers l'escalier le plus fréquenté, pour être sûre de ne pas le rater. Elle fit semblant de chercher quelque chose dans son sac, comme si elle se trouvait là par hasard. Elle n'était pas sûre que Teddy apprécie qu'on parle de son moral à tout le monde. Même si elle n'était pas vraiment tout le monde.
« Vicky ? Qu'est-ce que tu fiches là ? »
« Oh, j'avais un truc à chercher dans les cachots, je crois que je l'ai perdu ce matin en y allant en cours, mais ça va, je viens de le retrouver... Tu vas bien ? » dit-elle, les amis du jeune homme ayant mystérieusement disparu.
« Oui, oui, ça va. »
« Ne me mens pas, je peux presque voir ton nez qui s'allonge, comme dans cette histoire moldue... »
« Ah oui, Pinocchio non ? »
« Oui, c'est ça. Et ne change pas de sujet ! » fit-elle, les poings sur les hanches, le regardant fixement, déterminée.
« On ne peut vraiment rien te cacher. Redoutable. Tu devines toujours. Et non, ça ne va pas très bien... »
« Raconte-moi alors, je suis là... »
Ils s'installèrent à même le sol, dans un couloir vide du troisième étage. Et ils parlèrent. D'abord de tout et de rien, comme si le jeune homme ne voulait pas se confier tout de suite. Ils plaisantèrent un peu aussi. C'était leur façon d'entrer en matière. Leur façon de faire. Leur façon de se mettre à l'aise. Il appuyait son dos contre les pierres rugueuses du mur mais il était presque collé à elle, épaule contre épaule. Prêt à se blottir contre sa sœur de cœur en cas de chagrin. Et enfin, il parla.
Il parla de Chloé. Alors que la Victoire croyait que tout allait bien entre eux, il n'en était rien. Ils se disputaient de temps en temps. Enfin, c'était surtout la jeune fille qui s'énervait contre lui apparemment. Il passait trop de temps avec ses amis, il l'empêchait de travailler, il aurait dû faire du quidditch, il était enfantin à changer tout le temps de couleur ses cheveux et à afficher ce rose chewing-gum. Bref, rien n'allait et Teddy se demandait s'il devait changer pour elle ou laisser tomber. Il était un peu perdu, le moral dans les chaussettes. Ils venaient d'avoir une énième dispute le matin même et la Serdaigle avait presque dit que c'était fini entre eux. Quand lui était encore bien mordu d'elle. Si on pouvait dire ça comme ça.
Victoire s'offusqua. Cette fille n'était vraiment qu'une pimbêche qui ne se rendait pas compte de sa chance, lui dit-elle, tout en l'injuriant un peu, en français cette fois-ci. Ce qui lui valut un petit sourire de al part du jeune homme. Quand elle était énervée, elle changeait parfois de langue et ça devenait plus dur de la suivre. Cela avait au moins eu le mérite de dérider son presque cousin à qui elle assura de ne pas changer ce qu'il était au plus profond de lui, de peur de le regretter plus tard. Tout en soupirant, concluant que vraiment, les histoires d'amour, c'était bien compliqué. Et que ça n'était pas de son âge. Il rit et l'aida à se relever pour partir en cours.
Elle arriva un peu en retard mais le Professeur Binns la laissa entrer sans même interrompre son discours ni changer de ton. Aussi monocorde qu'habituellement. Quoi qui puisse changer à Poudlard, ce cours-là serait toujours aussi ennuyeux, pour des générations et des générations d'élèves. Les jeunes filles sortirent de cours aussi endormies les unes que les autres. À elles quatre, elles avaient à peu près la totalité du cours, se relayant pour prendre des notes. Elles filèrent dîner à la Grande Salle et Victoire leur donna des nouvelles très succinctes de son cousin, juste pour qu'elles sachent qu'il allait un peu mieux et qu'elle continuerait de le surveiller.
Alors qu'elles dînaient tranquillement, une dispute éclata. Quand elles se levèrent un peu pour voir ce qui se passait, comme à peu près les trois quarts des élèves, elles aperçurent les préfets des quatre maisons. Et ça n'avait pas l'air de bien se passer. Ils étaient près de la table des vert et argent. Et la voix de celui qui devait être le préfet de cette table résonna, plus forte que les autres:
« Pourquoi ne pas refaire une répartition alors ? Puisque tant d'élèves ne sont pas contents de leur maison et que Serpentard a encore une fois été lésée ! »
