On entendait la sirène qui hurlait au loin. L'ambulance n'allait pas tarder à arriver. Todd enfila une paire de gants stériles et partit en courant rejoindre l'entrée des urgences, ordonnant au passage à son interne de le suivre.

Tous deux se tenaient devant les portes, prêts à prendre en charge leur nouveau patient, quand le véhicule déboula du coin de la rue à vive allure. Il s'arrêta à quelques mètres des médecins et les portes du haillon arrière s'ouvrirent sans plus attendre. Deux secouristes descendirent de l'ambulance avant d'en extraire un brancard.

- Fillette, trois ans et demi, accident domestique, trauma crânien avec perte momentanée de connaissance, reprise à l'arrivée des secours, pas de vomissements, trauma cheville droite, probablement entorse aggravée, annonça le plus âgé des deux.

Todd s'approcha et se pencha au-dessus de la fillette dont il examina rapidement les yeux à l'aide d'un petit stylet lumineux. Il ne détecta rien d'alarmant mais il se figea soudainement et son visage se liquéfia.

- Qu'est-ce qui y a ? demanda le secouriste en remarquant son trouble.

- C'est la gamine de Tancredi, souffla Todd d'une voix à peine audible. Emmenez-la à l'intérieur, ordonna-t-il ensuite. Scanner, indiqua-t-il enfin à son interne en tapotant un doigt sur son crâne.

Le jeune interne hocha la tête pour dire qu'il avait compris puis il suivit le brancard à l'intérieur de l'hôpital. Todd s'approcha des deux jeunes filles restées près de l'ambulance.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? interrogea-t-il d'un ton qui se révéla plus froid et réprobateur qu'il ne l'aurait voulu.

Le teint livide, les yeux embués de larmes, Rebecca fixait les portes derrière lesquelles Neena venait de disparaître avec les médecins. Elle avait ramené ses mains agitées de tremblements contre sa poitrine. Elle ouvrit la bouche mais aucun son ne parvint à en sortir.

- La petite jouait sur le portique, expliqua alors Natalie qui semblait faire preuve d'un meilleur sang froid que son amie. Et elle est tombée du haut du toboggan.

- Elle bougeait plus, murmura Rebecca, le regard perdu dans le vide alors qu'elle se repassait la scène. Et elle… elle saignait…

- On s'occupe d'elle maintenant, ça va aller, déclara Todd pour essayer de la rassurer. Vous pouvez aller vous asseoir en salle d'attente si vous voulez. On vous tiendra au courant.

Rebecca hocha la tête puis Todd pivota pour partir retrouver son interne et Neena. Natalie posa ses mains sur les épaules de son amie et l'entraîna doucement vers l'entrée des urgences. Elles se dirigèrent ensuite vers un petit hall où elles prirent place sur un petit canapé cubique en cuir noir.

- Mon Dieu, Nat', qu'est-ce que j'ai fait ? souffla Rebecca, plus anéantie que jamais.

Natalie lui passa une main réconfortante dans le dos.

- Arrête, c'est un accident, c'est pas de ta faute.

- Mais si, j'aurais dû être en train de la surveiller… Je l'aime bien cette gamine, tu sais. Elle est vraiment adorable.

- T'inquiète pas, le médecin a dit que ça irait. À mon avis y a eu plus de peur que de mal.

oOo

Lizzie était assise à son bureau, occupée à mettre à jour quelques dossiers, lorsque son biper, attaché à la ceinture de son pantalon, s'agita contre sa hanche. Elle l'attrapa pour voir qu'il s'agissait de Todd qui réclamait sa présence aux urgences. Elle poussa un soupir, referma le dossier sur lequel elle travaillait et se leva de sa chaise pour quitter son bureau.

- Qu'est-ce qui y a ? demanda-t-elle en arrivant auprès de Todd.

- Écoute… euh… Neena vient d'être admise suite à une mauvaise chute là et… euh… j'ai bipé Sara pour la prévenir mais je me suis dit que ce serait peut-être pas plus mal que tu sois là aussi.

- Mais… pourquoi ? Y a quelque chose de grave ? s'inquiéta Lizzie.

- Non, la petite va relativement bien, ça aurait pu être pire mais… enfin tu sais comment est Sara avec sa gamine, elle va…

Todd s'interrompit brusquement en voyant Sara qui arrivait au loin. Il baissa les yeux et eut un imperceptible mouvement de recul, comme s'il avait voulu se cacher derrière Lizzie.

- Qu'est-ce qui se passe ? interrogea Sara.

Todd et Lizzie échangèrent un regard crispé.

- Sara, surtout ne t'énerve pas, ne panique pas, commença Todd ce qui eut finalement pour effet de l'alarmer. Elle va bien.

Sara redouta de comprendre et écarquilla les yeux dans un mélange d'effroi et de colère.

- Qui ça « elle » ? demanda-t-elle en fixant son collègue d'un regard menaçant, comme si elle le mettait au défi d'oser le lui dire.

- Ta fille est là, dut annoncer Todd.

Sara fut prise de suffocations alors qu'une vague d'angoisse lui déchirait douloureusement la poitrine. Dans un réflexe de survie elle s'agrippa au bras de Lizzie.

- Elle va bien, lui répéta cette dernière.

- Qu'est-ce que… Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a ? balbutia Sara qui, les yeux brillants de larmes, semblait lutter férocement pour prendre sur elle et ne pas céder à la panique.

- Apparemment elle a chuté du portique sur lequel elle jouait, rapporta Todd. Et sa tête a dû heurter un caillou. Elle a perdu connaissance quelques minutes mais elle a juste dû être sonnée parce qu'elle n'est blessée que superficiellement, y a pas de lésions osseuses et le scanner est normal. Par contre elle a une vilaine entorse à la cheville. Cela dit j'ai vu avec l'orthopédiste et y a pas besoin d'opérer, elle va juste être plâtrée pendant trois semaines.

Sara hocha doucement la tête, résignée.

- Où est-ce qu'elle est ? demanda-t-elle d'une petite voix.

- Avec Doris, elle s'occupe de lui faire quelques points pour que la blessure cicatrise proprement.

- Quelle salle ?

- La 3...

Sara tourna aussitôt les talons pour s'y rendre.

- … les secouristes lui ont donné un puissant antidouleur, elle est un peu dans les vapes, lui indiqua Todd alors qu'elle s'éloignait en courant presque.

- Je vais rester avec elle, déclara Lizzie.

Todd opina et elle partit à son tour pour suivre Sara à distance.

Neena était allongée à plat ventre sur la table d'examen. Assise auprès d'elle, Doris était en train de suturer la plaie située à l'arrière de son crâne lorsque Sara entra dans la pièce. En découvrant le petit corps de sa fille étendu sur la table, elle pinça ses lèvres pour tenter d'en maîtriser le tremblement mais ne put retenir deux larmes qui dévalèrent alors ses joues. Elle les essuya d'un rapide revers de la main, s'avança et vint s'accroupir près de la table pour mettre son visage au même niveau que celui de Neena. Elle lui caressa doucement les cheveux et saisit sa petite main sur laquelle elle déposa un long bisou. Sa fille la regardait d'un œil vide, comme si elle ne la reconnaissait pas.

- Je suis là mon bébé, maman est là, ça va aller, souffla Sara.

- J'ai bientôt fini, indiqua Doris. Elle n'a pas bougé une seule fois, elle n'a rien dit, elle est très courageuse.

- Elle est surtout complètement amorphe, déplora Sara en câlinant le front de Neena. Ils lui ont donné une dose d'anesthésiant pour cheval, c'est pas possible !

Doris esquissa un sourire. Elle termina son soin, rassembla son matériel sur son petit plateau et se leva de son tabouret pour quitter la salle.

- Je vais dire à Todd qu'il peut venir pour s'occuper de lui plâtrer la cheville, déclara-t-elle avant de passer la porte.

Après le départ de Doris, Sara se redressa, déposa ses lèvres sur la joue froide de Neena et glissa une main sous son petit tee-shirt pour lui caresser tendrement le dos. C'est un contact qui avait toujours eu le don de la rassurer depuis qu'elle était bébé et Sara ne le rompit pas quand bien même elle entendit Todd entrer dans la pièce. Il s'approcha doucement.

- Il va falloir que je la plâtre, déclara-t-il.

- Ouais, souffla Sara avant de se résigner à lâcher sa fille.

- Tu devrais peut-être… enfin y a les deux jeunes filles qui sont arrivées avec Neena qui attendent dans le hall…

- Les deux ? Elles sont deux ? s'étonna Sara.

- Oui…

Sara fronça les sourcils avec interrogation puis elle se pencha à l'oreille de Neena.

- Je reviens tout de suite mon bébé, murmura-t-elle.

Elle quitta la salle et prit le chemin du hall d'attente. Son pas trahissait une colère difficilement contenue et Lizzie décida de la suivre.

Rebecca se leva d'un bond lorsqu'elle vit Sara arriver vers elle.

- Je suis désolée vous savez, lança-t-elle aussitôt, sincèrement navrée.

- Pas autant que moi, j'en ai peur. Qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

- Euh… je… elle est tombée du portique… Je sais pas comment…

- Comment ça vous savez pas comment ? l'interrompit Sara avec indignation. Vous n'étiez pas avec elle ?

- Si mais… je l'avais laissée… quelques minutes…

- Le temps d'aller ouvrir à votre amie peut-être ? devina Sara en désignant brièvement Natalie du regard. Il me semble pourtant pas vous avoir donné l'autorisation d'introduire des inconnus chez moi. Ça fait beaucoup de faux-pas en peu de temps je trouve ! Parce que madame Freeman m'avait aussi mise au courant de vos retards, à trois reprises, la semaine dernière. Alors je sais pas ce que vous fabriquiez, et je m'en fiche, mais une chose est sûre, avec ou sans l'accident d'aujourd'hui votre contrat aurait pris fin ce soir. Maintenant rendez-moi la clef de ma maison et fichez le camp ! ordonna-t-elle en tendant une main pour réclamer son bien.

- Comment elle va ? demanda Rebecca tout en retirant la clef de son trousseau.

- Ça, ça ne vous concerne plus. Elle irait bien si vous aviez fait votre travail correctement. Donnez-moi la clef et allez-vous en !

- Je veux savoir comment elle va ! insista Rebecca en gardant la clef en otage.

Mais d'un geste vif, Sara la lui arracha de la main.

- Et moi j'ai dit que je voulais que vous partiez d'ici ! réitéra-t-elle d'un ton menaçant, la mâchoire crispée de fureur, en tendant son doigt pour indiquer la sortie à Rebecca.

- Je quitterai pas cet hôpital sans savoir comment elle va ! hurla cette dernière, les yeux embués de larmes.

Sara refusa de répondre et tourna les talons pour repartir. Mais Rebecca agrippa la manche de sa blouse pour la retenir. Sara se retourna, l'assassina du regard, et Lizzie intervint précipitamment pour obliger Rebecca à lâcher prise.

- Elle va bien, lui indiqua-t-elle tout en repoussant doucement Sara d'une main afin de calmer le jeu. Elle a une entorse à la cheville et une légère commotion cérébrale dont elle va parfaitement se remettre, vous n'avez pas à vous inquiéter. Vous avez eu le bon réflexe en appelant les secours et on vous en remercie. Rentrez chez vous maintenant.

Rebecca lança un dernier coup d'œil à Sara qui la fixait d'un regard noir avant de se laisser entraîner vers la sortie par Natalie. Lizzie regarda les deux jeunes filles s'éloigner jusqu'à ce qu'elle sente la main de Sara s'accrocher à son épaule. Elle se retourna et constata que toute couleur avait déserté le visage de son amie.

- Je me sens pas bien, souffla Sara, tanguante.

Lizzie se plaça aussitôt sous son bras pour la soutenir et l'accompagna jusqu'au canapé le plus proche.

- Évidemment ! T'as vu dans quel état tu te mets ! déplora-t-elle. Assis-toi et respire bien… Allez me chercher un verre d'eau s'il vous plaît, ordonna-t-elle à l'homme qui patientait sur le fauteuil d'à côté.

Tandis qu'il se levait pour se diriger vers la fontaine, Lizzie s'installa à côté de Sara et attendit qu'il revienne avec un gobelet en plastique rempli d'eau fraîche.

- Merci, apprécia-t-elle en s'emparant du gobelet qu'elle donna ensuite à Sara. Bois un coup, ça va te faire du bien.

Sara s'exécuta.

- Tu sais, reprit Lizzie, t'étais sûrement trop aveuglée par la colère pour t'en rendre compte mais je t'assure que cette gamine était vraiment peinée et réellement inquiète de savoir comment Neena allait.

- Mais à cause d'elle… mon bébé s'est retrouvé aux urgences, lui rappela Sara, la voix étouffée par les sanglots qu'elle contenait.

- Non, c'est pas à cause d'elle. C'est un accident. Elle a peut-être fait preuve d'une certaine négligence mais en aucun cas elle n'a pas voulu ce qui s'est passé… Sara, t'as bien conscience que ça aurait aussi pu se produire en ta présence. Me dis pas que quand Neena joue dehors tu la gardes à l'œil en permanence ?

- … Non, admit Sara dans un souffle.

- L'important maintenant c'est qu'elle aille bien. Je sais que c'est insupportable pour des parents quand il arrive quelque chose à leurs enfants mais c'est la vie. On peut pas les protéger de tout, tout le temps. Et je te signale que si on était capable d'éviter les drames et les accidents, les urgences ne serviraient à rien et toi tu serais au chômage !

Sara laissa échapper un petit rire puis elle fixa son amie avec un amusement affectueux, celui qu'elle lui inspirait à chaque fois qu'elle faisait preuve de cette philosophie purement Lizzienne.

oOo

Neena devait rester sous surveillance médicale pour la nuit. Une fois plâtrée, elle avait été installée dans une chambre du service pédiatrique. Et tandis que les effets du puissant antidouleur qui l'avait assommée se dissipaient doucement, elle avait commencé à retrouver ses esprits et sa vigueur.

Sara l'avait abandonnée quelques minutes le temps d'aller se changer et lorsqu'elle fut enfin de retour dans la chambre, elle s'étonna de découvrir pas moins de six infirmières regroupées autour du lit de Neena.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda-t-elle en plantant un poing réprobateur sur sa hanche. C'est le grand meeting des infirmières gâteuses ? suspecta-t-elle en relevant un sourcil moqueur.

- On apportait juste son goûter à Neena, indiqua l'une d'entre elles.

- Oui, et vous avez évidemment besoin d'être six pour faire ça, ironisa Sara. Allez ! Oust ! Y a d'autres enfants qui attendent leur goûter. Et je vous rappelle que le petit Peter Winston qui vient de se faire retirer les amygdales est le petit-fils d'Henry Winston, anciennement chef de cet hôpital pour celles qui ne le sauraient pas. Alors allez donc plutôt lui cirer les bottes à lui !

- C'est peut-être le petit-fils de l'ex-big boss mais il est sacrément mal élevé, grommela la plus âgée des infirmières tandis que toutes ses collègues sortaient de la chambre en adressant des petits signes d'au revoir à Neena.

Une fois que le régiment des tuniques roses eut quitté la pièce, Sara vint se rasseoir à côté de sa fille sur le lit qui paraissait bien grand pour sa petite occupante.

- Elles sont gentilles, commenta Neena. Elles m'ont donné deux glaces. Tu veux la deuxième ? demanda-t-elle avant d'enfourner dans sa bouche une petite cuillerée de crème glacée parfumée au chocolat.

- Tu vas pas la manger ?

- Non. Alors faut que tu la manges sinon elle va être tout fondue.

- D'accord, rigola Sara en saisissant le petit pot en carton coloré.

Elle retira l'opercule et commença à piocher dedans avec la minuscule cuillère en plastique rouge qui l'accompagnait.

- Il arrive quand papa ? demanda Neena.

- Il devrait pas tarder mais il était sur le chantier de Freeport quand je l'ai appelé, alors il lui faut le temps de faire la route.

- Les autres y vont se demander qu'est-ce qui s'est passé quand y ont voir mon plâtre demain.

- Oh non chérie, tu vas pas aller à l'école demain.

- Pourquoi ? demanda aussitôt Neena avec une déception évidente.

- Parce que c'est pas rien ce qui t'est arrivé, alors tu vas te reposer quelques jours. C'est mamie Laura qui va te garder jusqu'au week-end, indiqua Sara en lui caressant la joue d'une main.

- C'est pas Rebecca ? s'étonna Neena.

- Euh… non. Elle a fini son travail Rebecca, déclara simplement Sara avant de reprendre une mini cuillerée de glace.

oOo

Sara et Neena étaient en train de regarder les dessins animés proposés par la chaîne jeunesse quand quelqu'un frappa à la porte de la chambre.

- C'est papa, devina Neena. Tu peux entrer ! cria-t-elle tandis que Sara attrapait la télécommande pour couper le son de la télévision.

Michael apparut à l'entrée de la chambre, prit le temps de refermer la porte derrière lui puis s'approcha rapidement de Neena et saisit son visage entre ses mains pour la couvrir de bisous.

- Alors ma princesse ! On joue les cascadeuses ?

- Non, rigola Neena.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demanda plus sérieusement Michael en s'asseyant en face d'elle sur le lit.

- Ben j'étais en haut du toboggan, expliqua Neena. Et j'ai vu une 'tite cocinelle qui montait sur le bord. Je me suis penchée parce que je voulais la prendre et j'ai tombé. Après je me rappelle plus trop. Mais j'ai fait mal à ma cheville, rapporta-t-elle en désignant son plâtre du doigt, et j'ai aussi un bobo à la tête et j'aurai une cicatrice mais ça se verra pas parce que c'est dans les cheveux.

- Et tout ça pour une coccinelle ?

- Elle était mignonne, se justifia Neena dans un haussement d'épaules.

- Ouais, s'amusa Michael. Moi j'ai une cicatrice au genou que je m'étais faite aussi quand j'étais petit. Tu veux savoir comment ?

Neena hocha la tête.

- Je faisais du vélo avec tonton Linc et tout à coup sur la route j'ai vu une petite grenouille qui traversait. J'ai voulu l'éviter, j'ai perdu le contrôle et je suis tombé.

- Mais tu l'avais pas écrasée la grenouille ?

- Non, mais du coup je m'étais bien ramassé moi, se souvint Michael en regardant Sara avec une mine dépitée.

Un sourire au bord des lèvres, elle passa une main tendre sur sa joue comme pour le réconforter. Elle reprit ensuite la télécommande et la dirigea vers la télé pour remettre le son.

- On te laisse regarder les dessins animés toute seule, indiqua-t-elle à sa fille. On sort juste dans le couloir quelques minutes, il faut que je discute avec papa, d'accord ?

- Oui.

Sara déposa un bisou sur le front de Neena avant de se lever du lit. Michael la suivit jusque dans le couloir.

- Ça va ? demanda-t-il aussitôt la porte de la chambre rabattue sur eux.

- Ouais, souffla Sara. J'ai été un peu éprouvée mais ça va mieux. Écoute, elle va devoir passer la nuit ici en observation alors je vais rester avec elle.

- Tu veux que je reste aussi ?

- Non, non, ça servirait à rien. Je voulais te dire aussi… euh… pour Rebecca t'as plus à la virer, je m'en suis chargée.

- Tu t'en es chargée ? répéta Michael en écarquillant les yeux.

- Oui.

- Bon. Mais j'imagine qu'avec l'état dans lequel tu devais être ça s'est pas fait dans la douceur et la courtoisie ?

- Non, confirma Sara en baissant les yeux. C'est vrai que j'ai été un peu dure. Je me demande d'ailleurs si je devrais pas aller la voir pour… pas m'excuser mais au moins lui expliquer ma réaction et qu'on puisse discuter en gens civilisés, qu'on se sépare en meilleurs termes parce que… elle habite dans la même rue que nous, on va forcément être amenés à la croiser alors je voudrais pas que ce soit invivable.

- Si tu veux aller lui parler tu le fais pas toute seule. J'irai avec toi.

- T'as peur qu'elle s'en prenne à moi ? suspecta Sara en relevant un sourcil.

- Je vais pas te mentir : oui. Je me méfie des réactions qu'elle pourrait avoir. Toi tu la sentais pas depuis le début, moi j'ai mis un peu de temps à m'en rendre compte mais en effet, je lui trouve aussi une attitude dérangeante. C'est pour ça que j'étais d'accord quand tu m'as dit hier que tu voulais pas la garder, même s'il ne restait que trois jours.

- Bon… On ira demain soir alors.

- Non, j'ai une réunion de prévue et je risque de pas rentrer de bonne heure. On ira plutôt jeudi.

- Ok, approuva Sara.

Elle pivota en vue de rentrer dans la chambre mais se retourna brusquement vers Michael.

- Elle a une attitude dérangeante, d'accord, mais tu crois quand même pas qu'elle serait capable de faire du mal à quelqu'un ? demanda-t-elle dans un murmure. Me dis pas qu'on avait mis notre fille entre les mains de quelqu'un de dangereux ? supplia-t-elle de ses yeux brillants, les sourcils froncés de remords.

- Non, non. Je pense pas qu'elle s'en prendrait physiquement à quelqu'un, et surtout pas à un enfant. Je crois plutôt que c'est une affabulatrice. Et je veux pas que tu te retrouves seule avec elle parce que je voudrais pas qu'elle t'accuse de t'en être prise à elle pour se venger et que ce ne puisse ensuite être que ta parole contre la sienne, lui expliqua Michael en caressant sa joue pour la rassurer.

Sara hocha la tête puis retourna auprès de sa fille en s'efforçant de sourire pour tenter de gommer toute trace d'inquiétude de son visage.