Titre : Quand Je Joue Juliette
Auteur : Yuuki Momoru
Pairing : NaruSasu
Disclaimer : Ils ne sont pas à moi !
Merci à tous pour vos reviews ! Je m'excuse d'avance pour les fautes d'orthographe et de syntaxe et j'espère que cette suite vous plaira !
MERCUTIO : Bah ! La nuit tous les chats sont gris ! Si tu es en humeur noire, nous te tirerons, sauf respect, du bourbier de cet amour où tu patauges jusqu'aux oreilles […] (extrait de Roméo et Juliette de Shakespeare)
Chapitre 10 : Juliette s'amuse
Une semaine bien étrange s'est écoulée depuis que j'ai serré la main de Naruto. A vrai dire, il ne s'est rien passé de particulier. Mais j'ai eu le sentiment que le temps se suspendait, un peu comme si j'étais en sursis. Je ris de moi. Je crois que je deviens paranoïaque à cause des films bizarres que me montrent Itachi. L'autre soir, j'ai eu le droit à un snuff movie, celui avec le canadien qui découpe son colocataire. Plus le temps passe, plus les références cinématographiques – si on peut appeler ça comme ça – de mon grand frère empirent. Je pose mon stylo et fouille dans ma trousse pour trouver un effaceur. Je fais disparaître la lettre mal écrite et la réécris donc avec minutie. Le plus étrange était sans aucun doute l'attitude de Naruto. Parfois il semblait très distant envers moi et d'autres fois beaucoup plus proche. Un peu comme une écrevisse qui fait quelques pas en avant, puis recule subitement pour mieux revenir. Dans la marge de mon cahier, j'écris « écrevisse = Naruto », l'entoure et dessine des ronds et des arabesques autour. Je souris. Ma comparaison est loin d'être flatteuse. En même temps, ce garçon est tellement imprévisible qu'il m'est difficile de savoir à quoi il peut bien penser, comme si j'étais face à un animal dont l'espèce m'est inconnue. Hier soir, donc mardi (jour des répétitions du club de théâtre), il s'est contenté de me regarder de loin. De nombreuses fois, je croisais ses yeux céruléens. Mais très vite, il les détournait et agissait comme si de rien n'était. J'esquisse un œil en haut de la page de mon cahier de français et coloris l'iris avec de l'encre bleue. Je n'aime pas quand Naruto m'évite. J'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, quelque chose qui l'a rendu furieux contre moi. J'inscris lentement son prénom en dessous de l'œil et l'enjolive avec des courbes. Ce crétin sait en plus qu'il peut venir me parler si il a un problème. Je le lui ai dis dans le car lors de ce fameux soir où j'ai pris sa main. A croire qu'il est sourd ou qu'il se fiche complètement de moi. D'autant plus que si ça me concerne directement, j'aimerais qu'il me le dise tout de suite. J'ai beau en rire, son comportement m'agace énormément.
Un coup de coude de mon voisin me sors de mes songes. Suigestu montre mes gribouillis du menton et me pose une question muette en voyant que j'ai écris plusieurs fois le prénom de Naruto : « qu'est-ce qu'il y a ? ». Je fais un geste vague de la main, pour lui faire comprendre que ce n'est rien. Bizarrement, il n'insiste pas et se replonge dans le cour. Suigestu aussi est dans la lune en ce moment. Et cette fois-ci, je suis certain que ce n'est pas de ma faute. Hier après-midi, il m'a proposé de sécher les répétitions. J'avoue ne pas avoir compris pourquoi. Il stresse de plus en plus quand il est question du club de théâtre. Je fronce les sourcils. Puis je décide de l'interroger. Je vais à la fin de mon cahier, déchire la dernière page le plus discrètement possible et écris : « Il s'est passé quelque chose avec les membres du club ? ». Je lui tends ensuite la feuille et attends sa réponse tout en fixant la coiffure excentrique de Monsieur Hatake. Quelques secondes plus tard, la page glisse sous mon bras et je lis : « C'est compliqué. Et Naruto ? Qu'est-ce qu'il a ? ». Visiblement, je n'étais pas le seul à avoir remarqué le petit jeu de ce crétin blond. Mais ce n'était pas cette réponse que je voulais, je griffonne : « Ne réponds pas par une question ! Dis-moi ce que t'as ! ». Il saisit la feuille des deux mains et fronce le nez. Soudain, au moment même où Suigestu prenait son stylo, Neji lui arrache la feuille. Nous nous retournons de concert et lui lançons chacun un regard noir. Il lève les yeux au ciel et nous murmure d'un ton plaintif :
- J'veux savoir moi !
Je n'ai pas le temps de lui rétorquer que ça ne le concerne pas le moins du monde, que déjà la sonnerie annonce la fin du cours. Kakashi Hatake balaye son bureau d'un bras et fourre le tout dans son sac grand ouvert. Ce professeur est un véritable courant d'air. Je range tranquillement mes affaires. Neji se dépêche tout en passant une longue mèche de cheveux derrière son oreille droite. Et Suigestu s'est déjà adossé au mur du couloir en nous attendant.
Nous rejoignons Shikamaru et Shinta près d'un des bancs qui se trouvent dans la cour bitumée. Le long du trajet, j'ai longuement fixé Suigestu juste pour l'énerver et l'amener à me dire ce qui le tracasse. Évidemment, je perds mon temps. Quand nous arrivons enfin, ils sont déjà là en train de discuter. Shinta me regarde droit dans les yeux et me souris. Je me sens rougir et enfonce mon nez dans mon écharpe. Lui aussi n'agis pas comme d'habitude ces derniers temps. En fait, le seul qui me paraît le plus normal est sans aucun doute Shikamaru. Ce dernier sort son paquet de biscuits et nous en propose comme à toutes les récréations. Neji se sert sans ménagement et, la bouche déjà pleine, lui dis un : « merchi ! » accompagné de petites miettes qui volent vers lui. En réponse, Shikamaru en fourre quatre dans sa bouche et hurle un : « De rien ! » étouffé et tout aussi explosif. Je ris devant tant de conneries. Suigestu, avec cinq biscuits, se lance dans une conversation totalement incompréhensible avec les deux rigolos. Shinta et moi restons en retrait, assis sur le banc. Je me sens un peu mal à l'aise quand je suis tout seul avec lui. Il est attentionné et gentil envers moi, si bien que j'ai sans cesse l'impression de lui devoir quelque chose. Quelque part, ça m'angoisse un peu. Je le vois joindre ses deux mains. Puis soudain il me demande :
- Tu te rappelles quand je t'ai parlé des tournois inter-lycées de taekwondo ?
J'opine de la tête.
- Ça commence samedi après-midi, tu veux venir ?
Lentement, j'écarquille les yeux. C'est la deuxième fois de ma vie que je suis invité à passer du temps avec un ami. Franchement, je ne sais pas si je m'y habituerais un jour. J'entrouvre la bouche pour répondre. Quand soudain Suigestu s'assied entre nous :
- Qu'est-ce qu'il se passe samedi ? Je peux venir moi aussi ?
- Hein ? ...euh...si tu veux, mais..., bredouille Shinta embarrassé.
Neji s'incruste à son tour et lève la main avec un enthousiasme que je ne lui ai vu que le vendredi soir au moment de monter dans le bus.
- Moi aussi ! Invitez-moi !
- Et puis quoi encore ? Fais-je d'un ton narquois.
Il ne dit pas un mot, me lance un regard mesquin et vient s'avachir sur mes genoux. Il m'écrase de tout son poids. Je peine à respirer et tente de le repousser tout en l'insultant de tous les noms d'oiseaux que je connaisse. Neji n'a pas tellement changé depuis le jour où nous l'avons recueillis. Je ricane intérieurement. Dis comme ça, on dirait que notre groupe a adopté un petit chiot abandonné au bord d'une route, dans un carton mollis par la pluie. Malheureusement pour moi, ce chiot aime mordre. Je commence à le trouver un peu trop lourd et lui ordonne de déguerpir de mes jambes. C'était sans compter le fait que Suigestu est un idiot et qu'il aime bien m'embêter aussi. Il s'assoit sur les genoux de Neji qui proteste bruyamment. Shikamaru l'imite et s'installe à son tour sur les cuisses de Suigestu. Ce dernier fait signe à Shinta de nous rejoindre. Il nous montre ses belles dents blanches dans un sourire immense et prend place sur Shikamaru qui se plaint immédiatement en hurlant un : « Va t-en ! Gros tas de muscles ! » d'un ton traînant. Je ne vois rien, j'entends tout et je commence à ne plus sentir mes jambes. C'est comme si un énorme bloc de pierre consumait mes forces et m'immobilisait totalement. J'entends Shinta crier un : « Ouaih ! La bande des quatre S ! Ah...non, y a Neji, c'est vrai... », auquel ce dernier répond : « Je t'emmerde... ». J'allais appeler à l'aide quand Suigestu propose :
- Et si on organisait une soirée pyjama vendredi soir ! Comme ça, on irait tous ensemble voir le tournois de Shinta. Vous en pensez quoi ?
- « Soirée pyjama », non mais t'as quel âge ? Se moque Neji, dont je manque de bouffer les cheveux.
- Quoi ? Ce serait marrant, non ? Ajoute Suigestu.
- ...pourquoi pas ? Mais on dormirait chez qui ? Demande Shikamaru.
- Huum..., fait Suigestu plongé dans une intense réflexion, chez Neji ! J'ai toujours voulu voir à quoi ressemblait le domaine Hyuuga.
- QUOI ? Attendez ! Proteste vivement ce dernier.
- C'est décidé alors, soupire Shinta, apparemment déçu pour une raison que j'ignore.
Je crois qu'ils m'ont complètement oublié. Je mets mes bras contre le dos de Neji pour le dégager de mes genoux. Si ça continue je vais réellement me faire écrabouiller par cette belle bande d'imbéciles.
- Tiens ? Mais où est passé Sasuke ? Demande soudainement Suigestu, étonné.
- JE SUIS LA, CONNARD !
Soudain, ils s'écroulent tous sur le goudron gelé et éclatent de rire. Sauf moi, évidemment, qui me demande ce que je fais encore avec ces idiots insensibles. Je suis tout rouge à cause de l'effort surhumain que j'ai dû fournir. A la sonnerie, je les snobe et me dirige directement vers l'entrée du bâtiment.
- Non, reviens, Sasuke ! On t'aime ! S'époumone Suigestu en me rattrapant.
- Pas moi. Moi, je ne t'aime pas, le corrige Neji.
Je me frappe le front avec ma paume. Je remarque que je marche d'une manière un peu bizarre. Mes pauvres jambes ne se sont pas encore remises du choc. Je lève les yeux au ciel. Les supporter pendant deux jours va m'être très difficile, surtout s'il y a Neji avec nous. Il faut que je trouve une excuse pour ne pas venir, sinon je crois que la mort va m'emporter plus tôt que prévu. Mais au moins, je ne me suis pas inquiété une seule seconde au sujet de Naruto. Je souris. Être avec des idiots possède aussi ses avantages, finalement.
Nous nous postons devant mon car et celui de Neji, bagages en mains et sacs de cours sur le dos. Une certaine excitation s'empare de moi à l'idée de passer deux jours avec mes amis. C'est la toute première fois que je découche. Comme à son habitude, Maman m'a donné un énorme billet avant que je m'en aille ce matin. Et Itachi a voulu me prêter un de ses films interdits au moins de dix-huit ans – pas au sens érotique du terme – pour nous assurer une : « bonne et joyeuse soirée ». Quant à mon père, il est partit hier matin à la capitale pour affaire. Il avait l'air de meilleure humeur à son départ. Ça m'a un peu rassuré. Je souris dans le vide et reporte mon attention sur Suigestu qui continue de blablater pour ne rien dire. Shinta et Shikamaru sont silencieux à côté de moi, tandis que Neji nous explique avec le plus sérieux du monde :
- Surtout ne faites pas de bordel, compris ? Ne fouillez pas. Ne cassez rien. Tenez-vous bien en présence de mon oncle et de ma tante. Ce sont des personnes qui sont très à cheval sur les bonnes manières, d'accord ?
Nous nous jetons quelques regards complices qui inquiètent Neji au plus haut point. Il agite nerveusement les mains en nous suppliant :
- S'il vous plaît ! Pas de connerie !
- Mais oui, dit Shikamaru en posant une main compatissante sur son épaule, compte sur nous.
Je me demande à quoi ressemble la famille de Neji. Il parle sans arrêt de son oncle et de sa tante, mais jamais de ses parents. Est-ce que ça veut dire qu'il n'en a pas ? Je n'ose pas poser la question. Ce serait vraiment trop indélicat. Et puis, nous nous fréquentons depuis trop peu de temps. Je baisse alors la tête, en proie à un étrange malaise. Quand soudain, Hinata, accompagnée de toute la bande, arrive avec un magnifique sourire. Elle doit être très heureuse de voir que Neji ait pu intégrer un groupe. Pendant tout ce temps, elle le voyait évoluer seul au lycée sans personne avec qui parler et rire. J'imagine que nous voir tous ensemble ne pouvait pas plus la soulager. Elle me fait beaucoup penser à Itachi dans sa façon de toujours s'impliquer dans la vie de son cousin. Je me pince les lèvres en me souvenant des nombreuses fois où mon grand frère intervenait quand mon père me sermonnait.
Le cours de mes pensées s'arrête lorsque j'entends la voix de Naruto. Je me tourne timidement vers lui et le vois faire des yeux ronds. Mais il reste indéchiffrable et je ne parviens pas à deviner s'il est surpris ou agacé. Il toise Shinta avec une froideur qui me fait frémir. Ce dernier soutient son regard avec la même animosité. Je fronce les sourcils en apercevant leur échange. Naruto détourne subitement la tête et écoute distraitement Suigestu qui lui explique que nous allons voir un tournois de taekwondo demain. Tout d'un coup, mon ami se fige quand Gaara nous apprend qu'il connaît quelqu'un qui viendra aussi, mais qui pratique dans un autre lycée :
- Il s'appelle Sasori, dit-il en s'adressant à Shinta, tu sais qui c'est ?
- Oui, je vois. Un rouquin du lycée public ? Je l'ai vu affronté un de mes aînés, l'année dernière, répond t-il.
- Ah et qui ça ?
- Juugo.
- Il est dans ma classe, dit Kiba, un type très...spécial.
Je me sens un peu perdu et étranger à leur discussion. Je fixe Suigestu qui s'est tu d'un coup tout à l'heure. Il a la tête baissée vers le sol et les poings serrés. Juste au moment où Gaara a ouvert la bouche, il n'a plus dit un seul mot. Je tente de faire le lien. Mais je crois que ça dépasse mes compétences. Je sursaute lorsque le car redémarre dans un bruit tonitruant. Je saisis mon sac qui gisait à mes pieds et tire sur la manche de Shikamaru pour lui faire comprendre qu'il est temps de partir. Je jette un dernier coup d'œil vers Naruto. L'expression de son visage m'alerte de suite. Il est sombre et semble ruminer quelque chose. Mon cœur et ma gorge se serrent à cette vue. J'ai envie de prendre à nouveau sa main pour le réconforter, de l'enlacer tendrement. Je veux lui communiquer ma chaleur, sentir sa peau contre la mienne. Je ferme à demi mes paupières. Finalement, je me rends compte que lui serrer la main est loin d'être suffisant. Et un désir très fort de le toucher compresse mon corps alors qu'il est à quelques pas de moi. Mais je ne peux pas l'approcher. Son visage fermé m'en empêche, car je sais que cette fois-ci, il ne voudra pas de mon étreinte. C'est comme être assoiffé en plein désert et de voir le mirage d'un oasis par delà les dunes de sables.
Mon ventre me fait souffrir et je résiste à l'envie de me plier en deux pour soulager la douleur. Je ne savais pas que ça faisait aussi mal de voir la personne que l'on aime dans cet état et de se dire que l'on est impuissant, que l'on est incapable de faire quoique ce soit pour elle. Durant cette longue semaine où il ne m'a plus dit un seul mot, j'ai souvent eu quelques douleurs à l'estomac. C'est sans doute dû à l'angoisse. Je ne veux pas que Naruto s'éloigne de moi. Et j'ai surtout peur que ce soit de ma faute. De la sueur froide coule le long de mon échine. Et s'il savait ? Est-ce que cela expliquerait son attitude envers moi ? Non, c'est impossible, Naruto n'est pas comme ça. Il est beaucoup trop gentil. Il aurait plutôt cherché à crever l'abcès et à arranger les choses. Et puis, en plusieurs mois, il n'a jamais compris que je l'aimais. Comment aurait-il pu savoir ? Si seulement il venait de lui-même pour en discuter ! Pourquoi s'entête t-il à se taire et à m'ignorer ? Pourquoi me fait-il ça ? Je fais un pas vers lui, quand Shinta me prend par les épaules et me pousse dans le bus. Les mains dans les poches, Naruto entre aussi, suivit de Hinata qui lance des « à demain ! » aux autres membres du club de théâtre. Je ne quitte pas Naruto une seule seconde des yeux. Je me place sur un des sièges au milieu du car. Je me lève pour lui faire signe de venir. Mais il est déjà hors de vue, assis tout devant. Et Suigestu me rejoint avec un air sérieux.
- Tu as remarqué, hein ? Dit-il.
J'acquiesce mollement. Mes lèvres et mon menton tremblent. Une énorme boule bloque ma gorge et rend ma respiration difficile. Je suis comme un enfant qui s'est fait taper dessus et qui ne sait pas s'il doit éclater en sanglot ou se relever et riposter.
- Qu'est-ce qu'il a ? Pourquoi il est comme ça ? Je lui demande en serrant les dents.
- Je crois savoir, me répond t-il avec un petit sourire, mais je ne vais rien te dire.
Je fronce les sourcils et irrité comme jamais, me détourne brusquement de lui. Ça ne servait à rien de lui poser la question. Le car démarre et s'engage sur la route. Les pensées se bousculent dans ma tête tandis que les yeux sombres de Naruto s'imposent en moi. Mes tripes, mon estomac, mon corps entier est tordu. Des piques métalliques transpercent mon dos et ma nuque. Il m'a ignoré toute la semaine. Il a fait comme si je n'existais pas. Non, ce n'est pas ça. Je serre le bas de mon manteau avec force. Nous nous sommes regardés. Pourtant, il n'est pas venu une seule fois vers moi. Est-ce que c'est à moi de faire le premier pas ? Je sens une main chaude passée dans mon dos. C'est Suigestu qui essaye de me consoler. Mais la tristesse et l'angoisse se sont peu à peu envolés au fil du trajet. Et je me suis juré de ne plus pleurer. Au contraire, je suis très contrarié. J'en ai assez de subir sans savoir ce qu'il se passe autour de moi. Et qu'est-ce que c'était ce regard plein de haine qu'il a lancé à Shinta ? Qu'est-ce que mon ami a bien pu lui faire ? J'avoue ne plus rien comprendre du tout. Plus le temps défile, plus Naruto devient une véritable énigme. Un peu comme un problème de mathématique où il n'y a que des inconnus.
La chambre de Neji est plus grande que la mienne. Je promène mes yeux curieux dans tous les recoins de la pièce. Le lit est un futon très fin, à une place seulement. Une lourde couette bleue le recouvre tandis que des mangas en tout genre gisent dessus. A l'opposé se trouve le bureau où est posé un ordinateur portable fermé et quelques livres d'Histoire et de philosophie. Je souris en remarquant le petit contraste. Neji possède aussi une télévision et une console de jeux placés sur un meuble classique face à la fenêtre. Des étagères bordent cette dernière et sont remplis d'ouvrages et de disques de musique. Suigestu est déjà en train d'y jeter un coup d'œil et s'exclame parfois : « Tiens ! Je l'ai aussi celui-là ! ». Je pose mes sacs dans un coin de la pièce et vois Neji marcher sur son lit pour aller fermer ses volets. Des mangas glissent sur les tatamis et Shikamaru les ramasse lentement tout en lisant les couvertures. Leur propriétaire s'éclaircit la gorge et dit enfin :
- Vous me l'avez promis, hein ! Pas de bêtises !
- C'est qu'elle insiste la bestiole..., marmonne Shinta en ricanant.
- Et si on allait faire le tour du domaine ? Propose Suigestu, visiblement très excité par cette idée.
Je hausse les épaules et le suis d'un pas nonchalant. Neji essaye de nous retenir, mais en vain. Nous faisons à nouveau coulisser la porte en papier et pénétrons, chaussons aux pieds, dans un long couloir. De longues lattes en bois font office de plancher et en face de nous, derrière une large vitre, se trouve un jardin déjà plongé dans l'obscurité. Neji le décris pour nous et nous dit qu'il y a un petit bassin et trois grands cerisiers. Mais qu'il fait évidemment trop froid pour s'y aventurer. Puis il nous guide vers l'immense salle de bain tout en nous informant qu'il a la sienne (juste à côté de sa chambre) et que nous n'aurons pas à y aller. Suigestu bougonne et croise les bras : « Autant avoir une grande baignoire, non ? ». Neji ne répond rien et lève ses yeux gris vers le ciel. Ensuite, il nous emmène vers la salle à manger et le salon. Je suis éblouis par tant de richesse et de raffinement. Je crois que c'est la même chose pour les autres qui m'accompagnent. Nous avons tous la bouche et les yeux ouverts en voyant la boiserie impeccablement vernis, les calligraphies à l'encre noire qui pendent avec élégance le long des murs blancs, les miroirs encadrés et les magnifiques décorations florales qui reposent dans des vases d'argiles ou de porcelaines aux motifs anciens et finement peints. Nous sommes dans une maison au style traditionnel où chaque chose à sa place propre, si bien que j'ai même peur de faire du bruit en marchant sur les tatamis. Nous croisons quelques domestiques qui nous saluent en se penchant en avant avec un profond respect. Je regarde Suigestu, Shinta et Shikamaru et d'un commun accord, nous nous inclinons en nous excusant pour le dérangement. Neji ricane en nous voyant faire.
En attendant l'heure du dîner, nous décidons de retourner dans la chambre de Neji. Ce dernier a l'air assez étonné de nous voir capituler aussi vite – surtout Suigestu – mais ce domaine est trop impressionnant pour nous. Et je commence à comprendre pourquoi Neji était si terrifié à l'idée de nous inviter chez lui. Nous nous asseyons sur les tatamis, sauf Shikamaru qui s'allonge de tout son long et se met à contempler le plafond avec un air pensif. Il marmonne un : « Putain de baraque... » avec lequel tout le monde est d'accord. Pour détendre l'atmosphère, Neji nous propose de faire un tournois de jeux de combats. Il prend une console, me tend l'autre et met le jeu en route. J'appuie sur tous les boutons en riant comme un gosse de cinq ans, tandis que Neji hurle à l'injustice :
- Tu ne me laisses pas jouer là !
- M'en fous, dis-je sur un ton amusé.
Au final, je gagne deux duels sur trois. Je tire la langue à mon adversaire qui donne sa manette à Shinta. Je fais les yeux ronds.
- Heureusement que je ne t'affronte pas dans la vraie vie, déclaré-je très soulagé.
- Je n'aurais fait qu'une bouchée de toi, répond t-il en s'esclaffant.
Je ris aussi et nous commençons la partie. Puis, après avoir perdu un duel, je repense à ce qu'il s'est produit il y a quelques heures. Ce regard chargé de haine. Sans m'en rendre compte, je fixe le profil de Shinta en quête d'une réponse. Je n'ose pas lui poser la question. Pourtant elle me brûle les lèvres. Si je pouvais au moins comprendre les sentiments de Shinta vis-à-vis de Naruto, peut-être que j'arriverais à connaître le mal qui ronge ce dernier. Je ne joue plus, laisse mon personnage en plan et attends sagement qu'il réagisse. Je le vois froncer des sourcils et se tourner vers moi :
- Qu'est-ce que t'as ? Tu ne veux plus jouer ?
- Tu n'aimes pas Naruto ? Je demande d'emblée.
Le temps s'arrête quelques secondes, comme pris dans une toile d'araignée. Je déglutis. Son regard noisette devient aussi froid que de la glace.
- Et toi, tu l'aimes ?
- Oui, dis-je sans une once d'hésitation.
Mon cœur bat vite. C'est toujours le cas quand j'énonce à voix haute ce que j'éprouve pour Naruto. A chaque fois, j'ai l'impression de sauter dans le vide sans avoir la certitude qu'il y aura un filet pour me rattraper. Les pupilles de Shinta s'étrécissent. L'atmosphère jusqu'ici légère s'est tendue d'un seul coup comme un élastique. Shinta se tait et ne répond pas non plus à ma question. Il baisse la tête, quand soudain Suigestu l'enlace par derrière en entourant ses épaules de ses bras.
- Tout le monde sait ici que Sasuke est amoureux de Naruto, dit-il avec un large sourire pour briser la tension, allez on joue maintenant !
Shinta reste silencieux. Soudain, il se lève et quitte la pièce. Je le suis des yeux, un peu inquiet. Le silence se prolonge encore un petit moment, tandis que je me demande ce que j'ai bien pu dire de mal pour qu'il s'énerve ainsi.
- Alors c'était sérieux ? M'interroge Neji en se redressant.
- Pourquoi ? Tu vas encore me traiter de pédé ?
La musique du jeu est le seul son qui habite la chambre. Elle est entêtante. A mes oreilles, elle est extrêmement forte et me fais presque mal aux tympans alors qu'en réalité le volume est très faible. J'ai l'impression d'être plongé dans un espace où mes sens sont décuplés.
- Non, dit-il avec sincérité, je n'ai rien contre les mecs qui aiment les autres mecs. Les dernières fois, je voulais juste te pousser à bout, c'est tout.
Ses paroles sonnent comme des excuses. Je lui souris. Lui et moi sommes vraiment semblables. Nous sommes beaucoup trop fiers pour avouer nos torts. Soudain, il vient vers moi, me pince les joues et les tire avec force. Je proteste vivement et le repousse en riant. Quand soudain, j'entends des pas venir du couloir.
- Les garçons ? Je peux entrer ? Fais une petite voix derrière la porte de papier.
Je devine sans difficulté qu'il s'agit de Hinata grâce à sa silhouette. Neji se fige une petite seconde et cligne des yeux. Je suis obligé de le secouer pour qu'il se bouge enfin et lui ouvre la porte. Avec un sourire, Hinata nous annonce que le dîner est servit. Quand nous arrivons dans la salle à manger, une longue table basse est dressée. Je remarque alors qu'il n'y a que six places.
- Mes parents ne se joindront pas à nous ce soir, explique Hinata, ils sont à un dîner important.
- Personnellement, ça m'arrange, dit Suigestu en se détendant.
Neji soupire de soulagement et s'installe. Nous l'imitons. J'essaye de bien me tenir et de ne pas faire de geste brusque. Shinta nous rejoint quelques minutes plus tard. Il m'adresse un petit regard soucieux. Puis il se met à fixer ses baguettes en inox comme s'il cherchait à les faire disparaître. J'aimerais bien lui parler en tête à tête pour voir ce qu'il en est. Cette histoire me travaille, maintenant que je suis certain que Shinta et Naruto se détestent. Mais peut-être que je ne devrais pas m'en mêler. Après tout, ça ne me concerne sûrement pas. J'inspire et me recule sur le dossier de ma petite chaise quand une domestique vient me servir. Hinata nous souhaite un bon appétit et très gracieusement, elle plonge ses baguettes dans son riz. Suigestu anime le dîner et parle du club de théâtre pour la faire participer. Elle nous apprend que comme il ne reste qu'une semaine avant les vacances de Noël, Sakura est débordée. Et que mardi prochain, nous devrons commencer à penser aux costumes et aux décors. Et tout en me regardant droit dans les yeux, elle me conseille de répéter mon texte. Je lui avoue n'avoir toujours pas lu le manuscrit (sauf pour savoir dans quelles scènes je devrais embrasser Naruto, mais ça je préfère le garder pour moi). Elle lâche un petit soupire. Pour le moment, Sakura n'a fait jouer que les scènes où apparaissent les membres des deux familles ennemies. Alors j'ai été relativement laissé de côté pendant les répétitions. Je plonge mon nez dans mon repas afin de clore le sujet.
Après le repas, Hinata nous invite gentiment à passer le temps dans le salon. Elle nous assure que tous les domestiques sont déjà partit et prend elle-même congé. Je m'allonge sur le sol impeccable. Suigestu fait de même et colle son front contre mon épaule. Shikamaru et Shinta s'en vont prendre leurs bains dans cette grande baignoire que Neji nous a montré au début de la soirée. Ce dernier pose sa tête sur mon ventre que je contracte par pur réflexe en sentant le poids de son crâne.
- Ton cerveau doit être très petit parce que je ne sens rien, lui dis-je sur le ton de la plaisanterie.
Il se contente de rire. Un petit silence plane au dessus de nous.
- Hinata est jolie aujourd'hui, dit-il subitement.
Je réponds un : « Hn » pour confirmer. C'est vrai qu'elle était très jolie avec ce chemisier blanc et ce slim bleu foncé. Elle avait aussi un très long collier au bout duquel pendait une petite montre à gousset. C'est une jeune fille qui, contrairement à moi, ne dénote pas du tout dans cette maison où règnent à la fois la richesse et la simplicité.
- Les gars ? Fait Suigestu en se tortillant pour nous regarder.
- ...oui ?
- Que penseriez-vous d'une mission d'infiltration ?
- Hein ?
Neji et moi le fixons, décontenancés. Fier d'avoir attiré notre attention, il sourit tout en plissant les yeux. Il me fait vaguement penser au chat de Cheshire dans Alice au Pays des Merveilles, avec des dents tout aussi pointues.
- Et si on allait fouiner dans la chambre de la princesse Hinata ?
Neji se lève d'un bond et fronce les sourcils. Je devine aisément qu'il est furieux à cause des veines qui ressortent de ses tempes.
- Hors de question !
- Ne t'inquiète pas, elle est partit se laver. On n'a rien à craindre, dit Suigestu en haussant les épaules.
- Non, non et non !
- Et pourquoi ?
- Ça ne se fait pas d'aller dans la chambre d'une fille ! Et surtout celle de Hinata ! Alors abandonne.
Suigestu fait la grimace, visiblement déçu.
- Tu t'ennuies ? Je lui demande, amusé.
- On ne peut rien te cacher.
Il se rallonge et nous l'imitons. Je fixe le plafond, pensif. Je n'y trouve aucune fissure, mais je m'y attendais un peu. Je songe à Naruto, au comportement étrange de Shinta, à l'amour ambigu que ressent Neji pour sa cousine, à Suigestu qui devient muet quand Gaara est dans les parages. Oui, je pense à beaucoup de choses. Et j'aimerais vraiment les comprendre. Car ces derniers temps, j'ai le sentiment d'être au centre d'une scène où les personnages jouent malgré moi et d'attendre sagement que l'un d'eux me donne la réplique pour que je puisse me joindre à eux. Je tourne lentement la tête vers mes amis. Peut-être devrais-je leur faire part de mes interrogations ? Je ferme un instant les yeux, pris d'un doute. Finalement, je ne crois pas que ce soit le bon moment. Nous sommes seuls dans une pièce vide et la nuit, tout comme les aiguilles de la lourde pendule derrière nous, avance inexorablement. Pourtant je ne me sens pas le courage de parler. Les mots se bloquent dans ma gorge. Je ne veux pas briser le silence. Soudain j'entends des bruits de pas. C'est sans doute Shikamaru et Shinta qui reviennent. Le sommeil me gagne. Je suis bercé par le rythme régulier de leurs pieds qui tapent le plancher. « Nous verrons de quoi demain sera fait, disait sans arrêt Papa en parlant de l'entreprise Uchiha, car parfois il suffit simplement d'attendre et de vivre le résultat de nos actes. » J'étais trop petit pour comprendre à l'époque. Mais maintenant je crois que je sais ce que ces mots voulaient dire : attends et tu verras.
Bien que le tournois ne commence que dans une heure, Shinta est déjà dans son kimono blanc, une ceinture noire solidement attachée à la taille. Suigestu prend des photos avec son appareil numérique. Je ne savais même pas qu'il l'avait apporté. Soudain il se retourne et me photographie. « Je t'ai eu ! Fait-il en me montrant l'image ». Je lève les yeux au ciel. Avec Itachi, j'ai l'habitude d'être assaillis par les flash, alors ce n'est pas quelque chose qui me pose problème. J'espère juste que Suigestu ne sera pas aussi collant que mon frère. Je souris et observe un peu autour de moi. Nous sommes dans une grande salle de dojo. Shinta nous a expliqué qu'elle a été rénové il y a quelques années. Et c'est vrai que les installations sont très modernes. Des tapis bleus font office de périmètre et entourent d'autres tapis qui sont de couleur blanche. Des gradins bordent deux murs opposés et sont déjà presque pleins. Je propose aux autres de réserver nos places en attendant le début du tournois.
Tout d'un coup, une tête blonde apparaît de nulle part. Je me fige en croisant ses yeux bleus. Il entrouvre ses lèvres, sur le point de dire quelque chose. Quand Shinta m'attrape à nouveau et me pousse vers les gradins. Il me chuchote à l'oreille tout en ayant le regard tourné vers Naruto :
- Tu avais raison hier soir. Je n'aime pas Naruto. Mais je ne te dirais pas encore pourquoi.
Je me raidis à ces mots. Il place une de mes longues mèches derrière mon oreille et m'embrasse sur la joue comme la dernière fois devant le car. Sauf que cette fois-ci, je peux voir son visage. Il est sérieux et dans ses prunelles noisettes brillent une petite lueur dont j'ignore la nature. Pourtant mon cœur se serre. Au côté de Shinta, j'avais sans arrêt l'impression qu'il attendait quelque chose de moi. Ce sentiment devient plus grand et m'oppresse. Je baisse les yeux. Il n'est pas la personne à qui je veux tout donner. Il n'est pas Naruto. Il n'est pas celui qui m'a sortit de la solitude, celui qui a continué de me sourire malgré mes réticences, celui qui m'a tendu une main chaude et m'a offert l'opportunité de vivre comme les autres. Ces autres qui ont des amis, font des sorties, s'amusent ensemble. Shinta n'est pas tout ça. J'écarquille lentement les yeux tandis que je prends conscience des sentiments que voulait me transmettre mon ami depuis le début et pourquoi il détestait tant Naruto.
Mais je n'ai pas le temps de le rattraper que déjà ce dernier prend place à côté de moi. Gaara le suit nonchalamment et semble saluer un autre rouquin qui se trouve devant nous. Je sens Suigestu se crisper à ma droite. Je n'y prête pas plus attention et me focalise entièrement sur Naruto. Celui-ci est de profil. Mon ventre se tord. Même si près de moi, je peux sentir un mur invisible qui nous sépare. Je crois qu'il serre des dents. Puis il ferme les yeux et tente de se détendre avant de m'adresser la parole. Une première depuis plus d'une semaine.
- Sasuke, tu...euh, bafouille t-il, ça...s'est bien passé hier soir ? Chez Hinata ?
Il se mord les lèvres.
- Oui, très bien. Le domaine Hyuuga est très beau, dis-je, et toi ça va ?
Il acquiesce et n'ouvre plus la bouche. Je me voûte un peu, rentrant la tête dans mes épaules et continue :
- J'ai cru que tu m'évitais ces derniers jours. Je me demandais si j'avais fait quelque chose de mal...
Je sais, peut-être que je vais un peu trop vite. Mais je ne peux pas le lâcher maintenant qu'il me parle enfin. Il passe rageusement une main dans ses cheveux blonds. Je vois Gaara se pencher à l'oreille de Naruto et l'entends murmurer : « Vi-dé-o... » en chantonnant. Je cligne les paupières, ne comprenant pas du tout ce que cela veut dire. Naruto lui dit de se taire et le repousse brutalement. Quelques minutes se passent sans qu'il n'ajoute quoique ce soit. Puis il se tourne vers moi, visiblement très agacé et à bout de patience :
- C'était quoi ça avec Shinta ?
- Hein ?
- Fais pas l'idiot, chuchote t-il en mettant une main sur ses yeux, déjà l'autre soir et là..., tu vois pas qu'il abuse de toi ?
Il est furieux. Il contient sa colère du mieux qu'il peut. Mais je le vois bien et n'aime pas du tout le ton qu'il emploie. Je fronce les sourcils et ouvre grand la bouche :
- T'es gonflé ! D'où tu te permets de me faire ce genre de remarque ?
- Quoi ? Ah ! C'est la meilleure ! Ce n'est pas moi l'imbécile qui se fait filmer en train d'embrasser un mec et qui, le soir-même, en embrasse un autre ! Me crie t-il en pleine figure.
Mon cœur rate un battement. Un poids énorme tombe dans le fond de mon estomac tandis que les paroles de Gaara me reviennent brutalement en mémoire : « J'ai même laissé mon portable dans sa trousse en mode caméra ». J'étais bel et bien en sursis. Il le savait. J'oublie de respirer pendant plusieurs secondes alors que les engrenages du temps se remettent en marche. Je me lève et sors précipitamment des gradins. J'entends Suigestu m'appeler. Mais je ne me retourne pas et m'enfuis à toutes jambes dans un couloir désert. Quelqu'un me suit. C'est sans doute Naruto. J'ai tellement honte que les larmes me montent aux yeux. Il parvient à attraper une de mes épaules et me plaque contre le mur. Sa large main aspire mes forces et m'empêche de faire un seul mouvement. Essoufflé et embarrassé comme jamais je ne l'ai été, je me mets à trembler. Il faut que je garde la tête froide. Sinon il aura gagner. Je n'ai aucune raison de m'en vouloir. Je n'ai rien fais de mal.
- Ne crois pas t'en tirer comme ça ! Rugit-il.
- En quoi cette histoire te concerne ?
- J'ai une vidéo comme raison, tu veux la voir ? Me propose t-il en sortant son portable de sa poche.
Je lui lance un regard meurtrier. Ça va beaucoup trop loin. Je l'ai juste embrassé sur la joue. Ce n'est pas son genre de faire tout un drame pour un geste aussi bénin. Tel que je le connais, il se serait contenté de se moquer gentiment de moi et aurait jeté l'éponge. Alors pourquoi me parle t-il ainsi ?
- Je croyais que tu avais une petite-amie ? Alors pourquoi tu ne la supprimes pas cette vidéo ? Pourquoi tu ne fais pas comme si rien ne s'était passé ? Je l'avais oublié, tu aurais pu en profiter, non ? Débité-je sans reprendre mon souffle.
Je ne le comprends plus du tout. Il me fixe longuement, me foudroyant du regard. L'atmosphère devient électrique. Un lourd silence fait barrage entre nous et le monde extérieur. Celui d'où provient des voix sourdes et des cris. Naruto s'obstine, ne dit rien, ne trouve pas de réponse.
- T'es qu'un pauvre con..., sifflé-je entre mes dents.
Je serre les poings et mes yeux noirs restent inébranlables. Toute ma frustration ressort par cette insulte. C'est lâche, je le sais et je la regrette aussitôt. Pourtant je ne formule aucune excuse. C'est à lui de le faire en premier. C'est à lui de s'expliquer. Soudain quelqu'un le tire en arrière et le frappe violemment. C'est Shinta. Suigestu et les autres le suivent et lui hurlent d'arrêter. Je m'accroupis près de Naruto qui se retrouve à terre. Puis je pose une main sur sa joue endoloris. Mais il me repousse et je tombe au sol sous le choc.
- Qu'est-ce que tu faisais à Sasuke ? Crie Shinta, les poings levés.
- Bordel de merde..., fulmine Naruto.
Celui-ci lui se relève et lui donne une droite avec une force telle qu'il parviens à lui faire heurter le mur. J'écarquille les yeux, horrifié par ce spectacle. Ils se battent sérieusement. Et ça n'a rien à voir avec mes bagarres avec Neji. On dirait de véritables professionnels. Les coups sont plus violent, plus calculés. Mais très vite, Gaara attrape Naruto par derrière tandis que Sasori fait de même avec Shinta. Et comme ils ne peuvent plus se blesser physiquement, Shinta, plein de rage et de rancune, lui lance des insultes à tort et à travers :
- VA TE FAIRE FOUTRE !
- TOI VA TE FAIRE ! ENFOIRE ! Lui répond Naruto sur le même ton.
Les injures pleuvent d'elles-mêmes. Des personnes attirés par les hurlements s'ameutent autour d'eux et créent un brouhaha continue et désagréable. Les bras ballants, le regard perdu, les lèvres entrouvertes, je les observe se blesser à cause de moi. La culpabilité alourdit mes frêles épaules tandis que l'impuissance immobilise mes bras et mes jambes. Quand soudain, Shinta vocifère un : « FILS DE CHIENNE ! » qui résonne dans le couloir, en un écho terrible. Le silence de Naruto étonne tout le monde. Je vois ses yeux s'arrondir. Il ne répond pas, ne tente plus de s'échapper de l'étreinte de Gaara. J'esquisse un geste envers lui en le voyant aussi choqué. Mais il se dégage d'entre les bras de son ami et se met à courir hors de ma vue, disparaissant dans la foule éberluée. Je reste planté là, complètement dépassé. Je n'aurais pas dû m'énerver. J'aurais dû prendre les choses calmement et essayer d'éclaircir les choses avec Naruto. Un sanglot. Puis un deuxième, suivit d'un troisième. Et les larmes se mettent à couler.
Alors qu'en pensez-vous ? J'ai un petit peu peur avec ce chapitre..., je ne sais pas si je suis allé trop vite et en même temps, je voulais donner un coup de fouet à la relation Sasuke/Naruto. Ce à quoi sert Shinta, d'ailleurs...et oui, un rival c'est toujours un déclencheur du tonnerre !
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