10 - Bienvenue dans la famille
C'était notre dernière nuit de liberté. La dernière nuit où je pouvais contempler son corps magnifique, vierge de marques. Dès demain, son bras gauche portera le signe de l'homme le plus mauvais au monde et que je détestais déjà, car, tout au fond de moi, je savais qu'il allait me faire plus de mal qu'aucun n'aie jamais pu me faire en presque sept mille ans.
La journée passa vite, beaucoup trop vite. Le soleil se coucha derrière la forêt dans une mare de sang qui donnait aux arbres un air d'incendie. On dû attendre que la nuit recouvre les terres d'une chape d'un violet noir, où la lune n'était pas encore apparue. Ce soir, c'était la pleine lune. La lune des coyotes, la seconde pleine lune du mois.
Je revêtis mes vêtements de combat noirs. Jeans, bottes hautes, pull à col roulé noir et mon blouson de cuir. Je retins mes cheveux en une queue de cheval haute. Ce coup-ci, ils étaient noirs avec des reflets violet sombre.
Je décidais d'y aller à cheval pour une fois. Je décidais de prendre Asharak, mon étalon. C'était celui qui avait le plus besoin d'exercice. Il avait une magnifique robe noire, avec les extrémités fauves, presque rouges. Un cheval à l'apparence quasi - démoniaque. Et c'est vrai qu'il n'avait rien à envier à Leonard dans le genre caractère de cochon. Mais je l'aimais bien. Il était vieux, au moins trois cent ans, mais toujours aussi fringant qu'au début de sa vie. Je vous jure que je n'ai rien fait à ce cheval et que j'ai été la première surprise quand je me suis rendue compte que ça faisait presque 50 ans que je le montais.
Avec les routes fantômes, je pouvais y être très vite (pour moi, ce sont ces passages qui permettent d'aller beaucoup plus vite). J'arrivais au moment où Bella transplanait. Ça faisait un bail que je ne l'avais pas vue. Pour ce que j'en sais, elle a des vues sur notre petit Roro national. Rodolphus, donc. C'est trop trognon tout plein. Comment ça je me fout de sa gueule ? Mais pas du tout ! Je savais que malgré leurs relations à la « je t'aime moi non plus » on allait arriver au faire-part de mariage.
On entra dans le hall, après avoir traverser le pont-levis et la herse. Gigantesque et en même temps très raffiné. Y a pas à dire, Voldy avait du goût en matière de déco intérieure. Très réussit. Non, je ne déconne absolument pas. C'était superbe. D'ailleurs, la place forte albanaise est sa réplique exacte.
Les « anciens » (Je préfère dire les vieux de la vieille mais bon, ils aimaient pas. Bizarre.) vinrent nous chercher et séparèrent les nouvelles recrues arbitrairement en trois groupes (Ô sainte trinité priez pour nous… ahem).
J'étais avec Severus et Rabastan. Lucius et Rodolphus étaient ensembles. Notre groupe entra le premier. Il était là, drapé dans les ténèbres glaciales laissées par les torches. Je le voyais, contrairement aux autres, grâce à ma vue de vampire. Il n'était pas encore aussi terrible (en apparence) que maintenant. Juste d'une pâleur extrême des yeux sombres où brûlait une lueur ensanglantée. Ce n'est pas cela qui m'a fait réagir, pour ne pas dire sauter de trois mètres en arrière. Non, c'est plutôt la noirceur de son âme qui nous jaugeait.
Terrifiée, je senti des doigts froids comme la Mort s'enrouler autour de mon cœur, des doigts acérés griffer mon âme, jetant de petits poignards le long de ma colonne vertébrale. Il sourit. Enfin, j'entendis sa voix, bruissement de soie sur le fer d'une lame, avec un sifflement reptilien latent.
Je vois que vous avez répondu, Tristana. Vous m'en voyez ravit. Il inclina la tête sur le côté.
Rabastan me jeta un coup d'œil inquiet. Je lui prit la main dans la mienne et la serra. Tout ira bien.
Je m'inclinai rapidement. (Je n'ai jamais aimé laisser ma nuque exposée.)
Tiberius me regardait d'un air où se mêlaient la haine et la déception.
Il est vrai, seigneur, que j'aurais pu m'attendre à une punition ma foi, fort méritée pour les propos irrespectueux, que j'ai pu tenir, et dont je pense, vous avez été informé.
On m'a en effet rapporté tes propos, mais comme je n'en ai pas été témoin, il aurait très bien pu s'agir de diffamations destinées à te discréditer. (Il se leva et s'avança vers moi.) Mais dès que tu arboreras ma Marque, si de telles paroles venant de toi, atteignaient mes oreilles, ma foi, il est plus que probable que ta… discourtoisie, soit punie.
Bien entendu. Il souriait.
En ce cas, bienvenue parmi nous.
Avec une rapidité qui confine au vampirisme, il m'attrapa le bras gauche. J'avais envie de m'échapper de sa poigne de fer, incroyable venant de doigts aussi fins. Mais je ne bougeais pas. Je ne devais pas bouger.
La voix de mon père pénétra mon cerveau dès que Voldemort apposa sa baguette sur la peau pâle et sensible de mon avant-bras. Il la plongea dans ma chair et je frémi en sentant un froid brûlant se répandre dans mon bras, gelant mes os, gravant au plus profond de ma chair la Marque de mon maître. Lorsqu'il la retira, l'air vint frapper ma chair à vif là où la marque d'un noir de jais entachait ma peau de marbre.
Personne n'a jamais compris mais je la trouvais belle, brillante. Un très beau tatouage, s'il n'avait pas été chargé d'une signification aussi lourde. Heureusement que je portais toujours des protections d'archer : personne ne devant pas la voir ne la verrait.
Il me prit la main droite et me dit : Je pense que tu est l'élément le plus prometteur. Et je t'en prie, appelle moi Tom, Tristana. Tu sais comme moi que tu n'es pas un mangemort standard et que ce blabla de « maître » ne signifie rien pour une fille des Enfers. Je souri. Il avait de l'humour. Il ne le montrait pas beaucoup mais il avait un certain talent pour cet humour grinçant, noir, que j'affectionne tout particulièrement.
Il me fit asseoir à sur le fauteuil à la gauche du sien et retourna accueillir mes camarades. Mon visage était caché dans l'ombre et je pouvais me permettre un sourire resplendissant à la vue d'un Tiberius enragé. Plus tard, je devais payer très cher ce bref instant de satisfaction.
Bellatrix resta stoïque et sembla être la moins affectée par le processus. Lorsque Lucius arriva devant lui, Voldemort me jeta un coup d'œil discret. Malheureusement, à cet instant, je lui donnais moi-même l'argument qui garantissait ma loyauté envers lui : mon amour pour Lucius m'empêchera désormais de faire quoi que ce soit contre lui si une menace quelconque pesait sur mon amant. Nous le savions, tous les trois. C'est pour cela que pendant longtemps Voldemort lui a pardonné ses erreurs : il avait besoin de moi.
Lui non plus ne bougea pas, mais je senti sa douleur comme si j'étais lui. Ses mâchoires qui se serraient, son regard, froid et dur comme l'acier d'un poignard. Et ses pensées qui allaient vers moi. Je l'apaisais en lui envoyant des images mentales de la Venise de la Renaissance, l'aube sur la lagune en hiver.
Il se relâcha imperceptiblement. Voldemort utiliserait plus tard cette facette de l'Art, notamment pour attirer un certain crétin de Gryffondor au Département des Mystères.
Après notre… intronisation… (désolée, j'ai un peu de mal pour trouver un mot adéquat, Severus parlant de condamnation, Lucius parlant simplement de damnation…). Macnair et Flint passèrent dans les rangs formés pour nous évaluer. Bella, Lucius et moi avons été casés chez les maîtres d'armes (maniement de lames diverses et variées, et généralement assez coupantes - comment ça vous vous en doutiez ? N'allez pas plus vite que la musique, c'est moi l'écriteuse ! Comment, ça se dit pas ? Néologisme, vous connaissez ?).
Au moins, on était ensemble, même si Bellatrix fut rapidement mutée chez les Mangemorts adeptes des sortilèges impardonnables - à son plus grand dégoût. Je fus engagée chez les Assassins. Ou nettoyeur, ça dépend comme on voit la chose. Heureusement que j'ai passé des siècles entiers à m'aguerrir au combat. Lucius naviguait entre les différentes unités avec Rodolphus : Voldemort voulait quelques Mangemorts polyvalents. C'était vachement dur pour eux parce qu'ils devaient être bons en tout.
On passa le reste de nos vacances à jongler entre devoirs et entraînement. Ils n'étaient pas tendres avec nous, c'est le moins qu'on puisse dire. La plupart du temps, on finissait l'entraînement dans un état d'abrutissement dû à la fatigue assez hallucinant. Je crois que c'est la seule période de ma vie où j'étais heureuse que ma libido se mette en veilleuse. Je crois que je n'aurais pas pu tenir le coup. C'est très con me direz vous mais j'avais plus besoin de sommeil qu'autre chose.
Je dois reconnaître que moi-même je n'étais pas frais alors même si tu avais eu envie de sexe, je t'aurais envoyé péter.
Quelques jours plus tard…
Vive l'école !
Oui, vous avez bien lu. Au moins, maintenant je n'aurais plus besoin de subir la compagnie de mes petits camarades de la garderie pour psychopathes (ça s'est écrit tout seul.). Quoique, là aussi c'est une garderie. Mais les enfants qui y sont ne font pas mumuse avec des outils tranchants et dangereux pour la santé.
Septième année. La pire. Celle avec les grrrrrrrrros examens qui attendent patiemment qu'on soit bien mort, avec une cervelle aussi consistante que du jelly à la fin de l'année. Berk. Tas de sadiques dans l'éducation nationale. Y s'en foutent, y z'ont eu leur diplôme. Plus tard quand je serais grande, je serais prof pour faire pareil avec leurs gosses. Nyark. Être payée pour traumatiser des gamins… le rêve !
L'année ne commença pas trop mal. Si on fait abstraction du climat de méfiance. Certains, dont les parents travaillaient aux Ministères, étaient au courant que Voldemort avait recruté pendant les vacances et la haine contre les Serpentard était au beau fixe.
Les élèves continuaient à se regarder en chien de faïence. Les plus jeunes adoptaient les points de vue des « Anciens ». Les Serpentard étaient tous pointés du doigt. Des combats se multipliaient dans les couloirs et chacun avait au moins une retenue par semaine.
Le pire, ce fut à Halloween. Les Mangemorts se déchaînaient, la Marques des Ténèbres fleurissait un peu partout dans le pays. Poudlard étant considéré comme le dernier bastion encore protégé de Voldemort, les parents laissaient leurs enfants ici.
S'ils savaient. Certains le savaient, et c'était bien ça le problème.
D'accord, les cours continuaient normalement. Mais ça ne voulait rien dire du tout. Il y avait de moins en moins d'élèves en classe et l'infirmerie ne désemplissait pas. Pomfresh a dû prendre des assistants (des stagiaires de Ste Mangouste) pour tenir le rythme.
Les plus petits étaient toujours les victimes de sorts mal jetés ou déviés. C'est à cette époque que Severus inventa le Sectumsempra. C'est vrai que les Maraudeurs lui pourrissaient la vie un maximum, malgré une légère accalmie l'an dernier vers mai-juin. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux mais dès la rentrée, la guerre a reprit pour prendre des proportions affolantes. Ou plutôt, je sais ce qui s'est passé mais j'ai promis de ne pas en parler. Alors n'usez pas votre salive pour me le demander, je ne dirais rien. Non mais !
Les rixes devenaient de plus en plus violentes. J'ai manqué de tuer Diggory.
Tu aurais dû. Combien de fois je te l'ai dit ? Tu es trop sympa ma chérie.
Il me prenait sérieusement le chou celui-là. Aussi parano que Croupton, c'est dire. Un cas désespéré. Toujours à faire la morale à tout le monde. Je crois que Sev' allait finir par lui arracher les yeux - c'est plus facile pour un corbeau, vous comprenez. Pourquoi il l'a pas fait ce con ! Ah oui, retenu avec cette vieille chèvre de MacGo.
Tout ça pour dire que l'ambiance à Poudlard était quelque peu électrique, pour ne pas dire plombée. On aurait juré une poudrière prête à péter. Il ne manquait plus que la mèche. Et ça n'allait pas tarder.
Le deuxième dimanche de décembre, on avait eu un match contre les Serdaigle. Rien de bien méchant en soi mais les conditions climatiques étaient apocalyptiques. (Non, je ne suis pas marseillaise, pourquoi ?) Les coups volaient dans tout les sens, la pluie boueuse nous aveuglait si bien que c'était un miracle qu'il n'y ait pas eu de collisions multiples. C'est bien simple, je ne savais plus qui était un Serpentard qui un Serdaigle. L'horreur je vous jure.
Heureusement que Liam m'a rattrapée sinon je me serais proprement - aheum - écrasée en bas. Vingt mètres, c'est haut, même pour moi. Dès que le match se termina - on avait quand même gagné. C'était hard mais on a réussit, vive nous. Oui, bon d'accord… - on se précipita dans nos vestiaires. Et à la douche. Heureusement que les douches des vestiaires ne fonctionnent pas comme celles de Ste Famille parce que sinon, on aurait eu une douche écossaise. D'ailleurs, si ça avait été le cas, j'aurais préféré utiliser de l'eau de pluie. Sans rire.
Une fois dehors, et malgré tout vêtu d'une serviette de bain qui lui ceignait les reins, Lucius - espèce de tricheur, c'est pas du jeu - alla flanquer un coup de poing magistrale dans un pauvre mur innocent, qui n'a rien fait de mal sinon de se trouver en face de lui à ce moment précis. J'aurais pas voulu être à la place du mur.
Et dire qu'après ça, c'est moi le pervers. Rendons à César ce qui est à César et à ma petite Morticia son titre de grande prêtresse de la perversité.
Je tiens à préciser que je me suis détruit les phalanges de la main gauche à cause de cette saloperie de mur…
Il était de mauvais poil. Comme nous tous. La Marque des Ténèbres brillait sur sa peau de marbre, encore très visible. Il nous appelle. Matson nous a dit qu'on ira à 20h00 ce soir. Pourquoi dès que je projette une petite sauterie avec mon petit ami il faut qu'il en aie un qui vienne me dire que je ne peux pas ? Méchant Voldy, t'auras pas de dessert.
Je le fit asseoir sur le banc et commença à lui masser le dos. J'ai jamais vu un mec capable de se nouer aussi rapidement les muscles. C'est hallucinant. Et un peu pénible. Mes doigts se souviennent des crampes qu'ils ont subit à cause des nerf de mon cher et tendre - on est pas mariés, on le sera jamais et je m'en tamponne le coquillard avec le pinceau de l'indifférence (J'adore cette expression !).
Bref, le soir même, on se dépêcha de grignoter un morceau, ayant appris à nos dépend qu'il ne faut pas manger quelque chose de trop consistant avant les meetings sinon… Gros problèmes de digestion. Je ne supporte pas de manger de la viande rouge avant de tuer quelqu'un. Contrairement aux autres, j'avais déjà tué. Ils s'étaient « contentés » d'assister aux interrogatoires. Désolée mais je n'ai pas trouver d'autre terme.
A/N : Encore une A/N, toujours une A/N… Je suis pénible, je sais.
Je n'ai rien contre le petit Riry mais je me dit que parfois, Dumby aurait pu faire un peu gaffe.
Lucius, quel langage ! (Non, je ne suis pas responsable des gros mots cités, sauf quand c'est moi qui les dit.)
Je me suis toujours demandée si Voldy avait droit aux sucreries. Il est peut être diabétique et c'est pour ça qu'il déteste Dumby… Qui lui se goinfre de cochonneries lemoneuses - comprenez, au citron, pas les autres- à longueur de journée, quand ce ne sont pas des petites bébêtes au réglisses passablement agressives.
Bon, d'accord, j'arrête de dire des conneries.
Sinon, vous en pensez quoi ? Suis-je bonne pour l'asile ?
