Chapitre 10 Le cavalier et la princesse

Que dire sur qu'il s'était passé ? Tohru n'en savait rien. La douleur qui l'avait prise ce matin-là avait été si grande qu'elle en avait effacé la cause même de cette douleur.
Lorsqu'elle avait émergée, à l'infirmerie, Saki lui raconta qu'elle était resté immobile face à un certain Kyo, et l'infirmière avait émit la théorie que le mal de tête était tout simplement dû à un excès d'efforts pour se souvenir. L'infirmière la réprimanda pour son grade à cause de cela, en lui expliquant que se forcer fait du mal, laisser aller est bien plus douce et meilleure technique pour sa mémoire.
« Madame, cela fait une presque une semaine déjà que je suis ainsi, dit Tohru pendant que Saki et Arisa retournèrent en cours, forcées par l'infirmière mais aussi rassurées de voir leur amie saine, combien de temps dure en moyenne une perte temporaire de mémoire ?
- C'est assez aléatoire, expliqua la femme en l'auscultant par précaution, mais chez toi, cela semble assez rapide, non ? Tu as déjà récupérée pas mal de fragments de ta mémoire, c'est très bon signe !
- Mais je me ne souviens que par fragments, et la personne dont je veux me souvenir semble prisonnier des dédales de ma mémoire défaillante
- Tu essayes de te souvenir de Kyo Soma ? Ton amie disait que tu t'es évanouie devant lui après lui avoir parlé, mais elle n'a rien pu entendre.
- Je ne sais pas…dans ma mémoire, la personne dont je veux me souvenir est très floue, je ne vois pas bien son visage. Et je ne me souviens pas du visage de Kyo Soma, si c'est devant lui que je me suis évanouie.
- Tu te souviens de ce que tu as pu dire devant lui ?
- Non, répondit-elle après un silence franc, non, je n'en sais rien du tout.
- Bon, je vais appeler le docteur Soma Hatori, dit l'infirmière, on m'a bien spécifiée que si ce genre de malaise arrivait, c'est lui qui devait s'occuper de toi et personne d'autre.
- Mais…je vais le déranger dans son travail !s'écria Tohru.
- Mademoiselle Honda, le docteur Soma Hatori est un médecin, il est là lorsqu'il faut s'occuper d'un patient quand il en a besoin. Tu es une de ses patientes, et tu as besoin de lui. Tu ne peux pas le déranger, puisqu'il est là pour t'aider.
- Mais le chef de famille a besoin de lui, plus que moi, dit Tohru, J'ai appris qu'il n'était pas bien ce matin. Moi, je vais beaucoup mieux. Je peux retourner en cours sans problème !
- Tu vas au moins te reposer un peu. Je téléphonerai à ton docteur juste pour le prévenir, mais au moindre problème, tu rentres chez toi.
- D'accord. Merci, madame.

Tohru obéit gentiment, et s'endormit profondément jusqu'à la fin des cours des première année. Ceux-ci terminaient plus tôt car leur derniers professeurs de la journée devaient se réunir pour une raison ignorée des élèves, ou peut-être juste de Tohru seule.
Aussi, elle ouvrit lentement les yeux, calme, entendant les bruits qui naissaient soudain dans les couloirs, vacarme agréable du quotidien scolaire, des bruits familiers à Tohru, qui lui rappelaient tant de souvenirs du collège avec Saki et Arisa. Les deux filles ne cessaient de coller Tohru lorsqu'elle venait à l'école, et c'était en grande partie grâce à leur récit qu'elle se souvenait le mieux d'elles.
L'infirmerie était sensée être vide, l'infirmière venait de sortir pour déposer des dossiers à l'administration. Elle sentait l'air qui s'engouffrait légèrement par la fente ouverte de la fenêtre, faisant voleter les rideaux, et la lumière douce de l'après-midi donnait l'impression que le rêve se mélangeait encore avec la réalité. Elle se sentait bien, juste en écoutant et sentant ce qu'il y avait autour d'elle. Le bruit léger des feuilles d'arbres la berçait, et elle poussa un léger soupir de soulagement.
« Tohru ? »dit une voix légère et inquiète.
Tohru sursauta presque, et rouvrant les yeux, elle se surprit à voir Momiji assis auprès d'elle, la regardant avec douceur et inquiétude, parlant d'une voix douce pour ne pas effrayer la jeune fille qui sortait à peine de son rêve.
« Momiji-kun…, murmura Tohru sans cesser de le fixer dans les yeux, puis en lui souriant une fois qu'elle l'eut bien reconnu.
- J'ai appris ce qu'il t'ai arrivé à la pause déjeuner, dit Momiji, je me suis inquiété, mais Hanajima et Uotani disaient que tout allait bien. Tu te sens mieux ?
- Oui, tout va bien, dit la jeune fille dont le sourire rassurant se dessinait sur ses lèvres. L'infirmière a dit que j'ai trop fait d'efforts de mémoire, ce matin, d'où mon malaise. Elle a dit que je ne devais pas forcer, que tout reviendra naturellement.
- Tant mieux alors, sourit le jeune homme blond en lui renvoyant un sourire lumineux. Est-ce que tu t'es souvenu de nouvelles choses, après notre rencontre d'hier ? Ou même tout a l'heure ?
- Après t'avoir vu, je me suis dirigée vers un endroit qui avait un chemin, s'enfonçant à l'intérieur d'une sorte de bois. Mais…j'ai été prise de panique…je crois que…ce qu'a dit Akito a dû me terrifier sans que je ne m'en rende compte…
- Et qu'est-ce que t'a dit Akito ?
- Que c'est là-bas qu'il m'a trouvé, alors que j'ai failli me faire dévorer par des bêtes…il a dit : « des sales bêtes maudites ». Bien que c'est Akito qui le dit, je n'y crois pas vraiment.
- Tu ne crois pas que les bêtes sont maudites ?
- Non, je ne crois pas que j'ai failli être dévorée comme il le raconte. A l'entrée de ce bois, j'avais l'impression qu'il y avait ma maison. Mais je ne sais pas pourquoi…j'hésitais…je voulais y entrer malgré tout…mais mon mal de tête m'avait reprise…et Genji me presser de rentrer…il était vraiment de mauvaise humeur…mais Genji n'est pas comme ça d'habitude…
- Tu sais, Tohru, dit Momiji après un silence, il faut que tu prennes le temps de savoir. Tu te stresses de savoir, mais il ne faut pas faire ça, c'est trop dangereux pour toi.
- Alors, comme les autres, tu vas me dire qu'il vaut mieux que j'en reste là, amnésique ?dit Tohru en détournant le regard vers la fenêtre.
- Tohru-kun, je suis quelqu'un qui t'adore, dit Momiji avec une certaine difficulté mais avec beaucoup de sincérité, et ce que j'aime chez toi, c'est ta gentillesse naturelle, ton sourire sincère, ta présence. Tu as du mal à sourire aussi sincèrement maintenant, et moi, je veux le revoir au moins une fois, ton vrai sourire. Mais je ne veux pas que tu te fasses du mal en te forçant. On est toujours malheureux, ainsi. Il faut que tu fasses tout à ton rythme, comme tu le sens, et pas désespérément. Si tu continues, il risque de ne plus avoir de Tohru du tout. Et ça, je ne le veux pour rien au monde… »
La voix de Momiji s'éteignit, car il ne savait pas vraiment ce qu'il venait de dire, et ne voyait rien à dire d'autre. Son cœur lui faisait mal, et il souffrait de penser que Tohru se torturait pour le simple souvenir d'eux. Mais il ne pleurait pas, cette fois. Il ne fallait pas qu'il pleure. Il fallait montrer qu'il était fort, et que Tohru ne lui en veuille pas de parler aussi durement sans l'être avec elle.
« Ma…ma Maman me disait ça pour me gronder, lorsque j'en faisais trop à en tomber malade…, dit Tohru après un temps de silence, détournant le regard vers Momiji, Il faut croire qu'elle a raison, puisqu'elle n'est pas la seule à me le dire aujourd'hui. »
Elle fit un sourire à Momiji, qui en resta étonnée. Le sourire de Tohru était si doux et rassurant, un sourire naturel et simple, qui ne cachait rien d'autre que ça.

[Pensées de Momiji

Le sourire de Tohru…
Elle aurait peut-être dû m'en vouloir…
Mais Tohru me sourit.
C'est le sourire de Tohru !
Son véritable sourire…
Si j'arrive à te faire sourire comme ça…
Ce sourire qu'on ne t'avait pas vu depuis longtemps maintenant…
C'est que j'ai une place assez importante dans ton cœur ?
Qui te permet de me pardonner quand je suis trop dur…
Ou quand je suis trop faible ?
Si j'arrive à trouver les bons mots…
Est-ce que cela veut dire que je suis vraiment proche de toi ?
Tu es parfois cruelle, Tohru…
Mais c'est bien aussi pour ça…
Qu'on…que je t'adore…

Momiji lui sourit chaleureusement en retour, et suivit alors un silence, car aucun des deux ne semblait avoir quelque chose d'autre à dire. A la fin les deux jeunes gens se mirent à éclater de rire, se moquant d'eux-mêmes. La minute d'après, on n'aurait jamais pu croire que Tohru était amnésique. Elle et Momiji discutaient exactement avec le même naturel en enjouement qu'avant, et durant tout ce temps, Tohru souriait, et riait même lorsque Momiji racontait des histoires rigolotes en mimant toutes les actions de ce qu'il racontait.
Lorsque l'infirmière revint et vit les deux adolescents s'amuser gaiement, elle aussi fut surprise de voir Tohru, si mal en point auparavant, rayonner ainsi.
« Je suis le chevalier venant sauver sa princesse ! »s'exclamait Momiji en mimant un chevalier brandissant une épée.
- Monsieur Soma Momiji, c'est en théâtre qu'il faut faire ça, pas à l'infirmerie ! remarqua l'infirmière en informant sa présence mais riant elle aussi en le voyant aussi adorable ainsi.
- Mais je fais le spectacle pour ma princesse favorite ! riait Momiji
- Ta princesse devait se reposer, petit chevalier, lui sourit l'infirmière, mais celle-ci va rentrer maintenant. On vient de me dire que Genji Soma vient d'arriver pour te ramener.
- Ah…d'accord, dit Tohru dont sourire se fana, Je vais me préparer alors.
- Oui, c'est bien. »
L'infirmière la conduit vers les toilettes pour qu'elle se rafraîchisse le visage, et une fois Tohru descendue et reprise par Genji, l'infirmière, revint à son bureau, où Momiji rêvassait. L'infirmière n'était pas sotte, et voyait bien que quelque chose clochait, apparemment. Puisque Momiji était un Soma, peut-être lui apporterait-il des réponses pour qu'elle comprenne.
« Monsieur Soma Momiji, que se passe-t-il avec Tohru?
- Elle est amnésique, vous le savez, non ?
- C'était la première fois que je la voyais rire de bon cœur depuis cet incident, expliqua l'infirmière, Mais elle ne semble pas heureuse de vivre chez les Soma.
- Tohru est ma princesse, vous savez, sourit Momiji en jouant les ingénus, et moi, je suis son chevalier ! Bonne journée, Madame !
- Attends ! »
Mais Momiji s'enfuit de l'infirmerie tel un enfant, avec joie et bonne humeur, à moitié vraie et fausse. Heureux de d'avoir fait rire Tohru, malheureux qu'elle aie dû retourner avec Genji, auprès d'Akito.

Dans la voiture, Tohru regardait défiler le paysage, la tête ailleurs.

[Pensées de Tohru

J'avais oublié…
Sourire sans se forcer est si agréable…
Rire ainsi est si réconfortant…
Je savais donc rire comme ça ?
Momiji est réellement quelqu'un de fort…
C'est quelqu'un de gentil, de courageux et si fort…
Si fort qu'il est capable de me toucher…
Un véritable chevalier…

Un léger sourire s'esquissa alors sur son visage, si léger que même Genji ne l'avait pas vu.