Bonjour à tous !
Voici un dernier chapitre que je poste en avance, avant de partir en vacances. Je ne sais pas si j'aurais le temps de poster ce mois ci, alors la parution risque d'être fortement ralentie.
Je commence d'abord par répondre à la review de Brownie, que je remercie au passage pour son soutien et sa fidélité.
En ce qui concerne le (ou les) coupables, les indices semblent pointer vers les deux sœurs du monde des rêves, mais qu'en est-il vraiment ? Les choses peuvent être - ou ne pas être - ce qu'elles semblent être. Nous sommes à Gensokyo, un monde ou tout est possible, même l'impossible.
Chaque personnage à un rôle à jouer, mais lequel ? Qui agit et comment ? Je laisse à vos esprits le soin de répondre à cette question. Si vous ne trouvez pas, il faudra attendre. Tout sera dévoilé quand viendra le bon moment.
En ce qui concerne Shinki, je ne pense pas qu'elle soit télépathe, j'ai juste inventé. Mais bon, c'est une déesse, on peut lui laisser ce don, ce n'est pas très important.
Je n'ai pas d'autre projet de fic sur Touhou pour le moment, mais si j'en ai un, je le posterais. Tout dépendra de mes idées.
Donc, bonne lecture à tous et dites-moi ce que vous en pensez. Ca m'aide.
Chapitre 12 : The crying and jealous girl
Thème conseillé : Touhou 11, Subterranean Animism : Parsee Mizuhashi theme, Green-Eyed Jealousy ( www .youtube watch?v=hxrr7tYkCg4 )
Si l'immense et sombre royaume de Makai était un endroit raisonnablement effrayant, voire même sinistre, il y avait d'autres lieux semblables en Gensokyo.
Certes, ils étaient moins majestueux, moins étrangers, mais ils étaient tout de même empli de l'oppressante puanteur de la douleur. Ceux qui s'y aventuraient ne manquaient pas de se sentir écrasés par la sensation de chagrin qui régnait dans ces lieux maudits. Jamais ils n'oubliaient la sensation de gel qui s'insinuait dans leurs veines, les faisant frissonner et leur donnant envie de pleurer alors qu'ils étaient assaillis par leurs plus sombres pensées, ces ombres venimeuses et glaciales issues de leurs consciences, qui leur donnaient envie de fuir en hurlant.
Le pont entre la surface de Gensokyo et le monde souterrain était l'un de ces endroits.
L'endroit sombre était effrayant, l'immense caverne rocheuse semblait ne pas avoir de limites visibles. La seule chose identifiable pour les passants était le grand pont de bois aux rembardes peintes en rouge, dont la couleur s'écaillait par endroit. Lorsqu'ils s'avançaient sur la traverse, la peur s'insinuait en eux, se reserrant davantage, alors que l'autre rive noyée dans l'ombre semblait devenir inaccessible. Le silence obsédant et qui donnait l'impression qu'on pouvait être agressé à tout moment n'était troublé que par les clapotis de l'eau noire qui stagnait en dessous.
A quelques centaines de mètres de là, dans l'un des nombreux renfoncements de la grotte, se tenait une étrange personne, accroupie et immobile, recroquevillée contre elle-même, en frissonnant légèrement.
L'humidité régnante dans la grotte n'aidait pas à la réchauffer. L'eau qui ruisselait sur la voute, issue des infiltrations de surface, se rejoignait sur les stalactites et formait de petites gouttelettes qui miroitaient faiblement dans l'ombre, comme de petits diamants éphémères.
Les perles d'eau tombaient sur la jeune fille aux courts cheveux blonds, tirés en queue de cheval. L'eau glissait sur les cheveux humides et mal coupés, coulant sur le visage maussade avant de s'accumuler dans le creux formé par les clavicules saillantes de ce corps émacié. L'eau continuait son chemin, alors que la personne aux yeux clos ne se souciait plus du froid qui l'envahissait. Le froid qui faisait s'hérisser les invisibles poils sur ses bras était moins douloureux que celui qui la rongeait intérieurement. Tout ce que Parsee savait, c'est qu'elle détestait sa vie.
Sa vie maudite, détruite par sa jalousie.
Elle savait qu'elle n'avait plus d'autre choix que de rester ici, prisonnière de cet endroit. Glissant légèrement dans l'eau sombre, la gardienne regarda les deux faibles sources de lumière qui provenaient des deux orifices de la caverne.
D'un coté, la surface ou la douce lueur du soleil la narguait sans cesse, depuis tellement de temps qu'elle avait oublié de compter. Cela n'avait plus d'importance, maintenant.
De l'autre, les petites lueurs de la fêtarde et dynamique ville des oni, conduisant vers l'enfer des flammes ardentes. Là ou les autres s'amusaient et vivaient dans les rires et les chants, alimentant encore l'envie irrépréssible de se maudire une fois de plus pour échapper à cette condition.
Mais Parsee savait qu'elle n'avait pas sa place, ni en haut, ni en bas. Elle était condamnée à rester ici, dans l'obscurité qui reliait les deux mondes. Son destin était de rester seule, à regarder passer les autres et elle s'en est une nouvelle fois maudite.
La gardienne resserra son gilet, avant de se caler dans un renfoncement mal abrité de la paroi. C'était sa seule maison et elle étouffa une nouvelle fois ses sanglots. Elle était habituée à replonger dans sa solitude, lorsque ça faisait longtemps que personne ne traversait, loin au dessus d'elle.
Elle jalousait ces gens, même ceux qui allaient vers l'enfer. Surtout ceux-là. Elle enviait leur liberté, enviait même leurs existences.
Pourquoi pouvaient-ils passer d'un endroit à un autre et pas elle ? Pourquoi était elle si seule, déjà ?
Les souvenirs remontèrent lentement en elle, si douloureux et si précieux à la fois.
Elle se revoyait, il y a tellement longtemps qu'elle avait perdu le cours du temps et le fil des années.
Elle se souvenait de ce qu'elle était, une jeune femme vêtue d'un beau kimono, au bras d'un homme charmant et au doux visage. Elle retrouvait les instants initiaux de leur romance naissante sous les étoiles, pour assister au festival de l'Aoi Matsuri.
Parsee goutait au plaisir de ces forts sentiments, ce bien être accompagné de sourires complices, de rires taquins et de promesses solenelles. C'était un bonheur naissant entre deux êtres qui lui semblait si accessible, qu'elle se sentit entière et apaisée.
La blonde se rappelait de l'amour éternel qui les unit si fortement, alors qu'elle lui abandonnait son cœur. Le mariage avait même été prévu, dans le temple ou ils s'étaient rencontrés
Mais tout vola en éclats et ces souvenirs ne faisaient qu'entretenir sa souffrance.
Curieuse, elle avait découvert l'abject goût de la trahison, lorsqu'elle avait suivi son fiancé.
Elle avait vu son futur époux au bras d'une autre.
La jalousie et la douleur de la trahison l'avaient envahie, la poussant à agir en hâte et à prendre une décision en surpassant toute raison.
Elle n'a jamais oublié le moindre mot de la malédiction.
J'implore la grande divinité de Kibune. En réponse à mes sept jours de prière et de réclusion, accordez moi de mon vivant d'être changée en démon, afin que je puisse tuer la femme de qui je suis jalouse.
Devenue un yôkai, elle avait pu orchestrer elle même le meurtre de son infidèle fiancé et de la catin qu'il avait au bras.
Elle n'avait pas eu connaissance de la punition divine qui s'en était suivie, prix à payer pour sa requête.
Son destin était désormais d'être cantonnée à cette grotte, à souffrir encore et encore à cause de sa jalousie.
Sa vie n'en était plus une. Elle passait son existence entière à ruminer, à envier tout ce que les autres avaient, à se traîner au sol à la recherche des champignons qui poussaient et dont elle se nourrissait, se forçant à avaler ces plantes au goût si fade. Elle se détestait, détestant sa faiblesse et sa lâcheté. Elle se retirait dans son trou le plus souvent possible, n'en sortant que pour ramper, léchant l'eau croupie, avant de retourner ressentir le grand vite qui la rongeait de l'intérieur.
Cette sensation de manque qu'elle parvenait à chasser revenait sans arrêt, tel un mantra, toujours aussi douloureuse. Elle ne s'y habituait jamais, souffrant toujours autant.
Un son emmitouflé parvint à ses oreilles, la sortant de sa torpeur.
Quelqu'un marchait sur le pont, se dirigeant vers l'intérieur.
En temps normal, elle se serait déplacée pour aller voir et pour briser cette personne en la rendant jalouse, mais elle n'avait guère l'envie de le faire.
Quelle importance cela avait-il ? songea cruellement Parsee. Ce n'est pas comme si quelqu'un allait faire attention à elle, la pauvre nuisance invisible.
Pourtant, la personne sur le pont d'était arrêtée.
Elle s'était lentement tournée vers Parsee, bondissant par dessus la rambarde, avant de déployer de magnifiques ailes de flammes rougeoyantes.
La blonde se couvrit les yeux en gémissant, peu habituée à une telle luminosité qui éclairait toute la caverne, révélant les petits abris de fortune et les grottes à champignon de la femme jalouse.
- Mizuhashi Parsee, appela sèchement le phénix, permets-moi de me présenter. Je suis Fujiwara no Mokou.
Parsee remonta ses genoux cagneux jusqu'à son menton, avant de les serrer fermement entre ses bras. Dissimulant son visage pâle et maladif dans ses bras, elle renifla de nouveau, avant de répondre dans un chuchotement.
- Je m'en fiche. Je ne veux pas te parler.
Mokou resta interloquée, avant de prendre un air navré. Un air sincèrement navré.
Sans réponse, Parsee se recroquevilla davantage, laissant son écharpe rose glisser pour révéler ses épaules osseuses, tandis que les mots sortaient de nouveau, venant des profondeurs de son âme.
- Pour qui tu te prends ? siffla t-elle, venimeuse. J'étais parfaitement tranquille avant que tu vienne faire irruption dans ma vie. J'allais bien, avant que ...
La blonde trembla de nouveau, laissant les larmes salées brûler une fois de plus ses yeux.
- Parsee, je suis venue te parler.
- Tais toi ! Tais toi ! hurla t-elle en frappant la roche du poing, s'entaillant la peau. Fous-moi la paix ! Tu crois vraiment être la première à me voir, à rencontrer la pauvre fille solitaire et espérer être son amie ? Ne te fous pas de ma gueule ! C'est toujours pareil ! Vous êtes tous les mêmes ! cria t-elle de nouveau, avant de sangloter.
Elle les haïssait tous, ceux qui se prétendaient ses amis, mais qui l'abandonnaient un jour ou l'autre, fatigués de devoir rester dans cet endroit putride et suintant la malveillance.
- J'en ai assez ! Je ne veux plus vous entendre me raconter vos vies dont je ne ferais jamais partie ! Je ne veux plus vous entendre parler de vos amis que je n'aurais jamais ! Je ne veux plus écouter vos mensonges ! Et, dit-elle en sentant sa gorge se serrer, je ne veux pas de votre pitié.
Elle releva la tête et plongea ses extraordinaires yeux verts dans ceux, écarlates, de Mokou.
- Je t'ai dis que je ne voulais pas te parler, répéta t-elle faiblement.
- Ca tombe bien, reprit Mokou, je n'ai pas besoin de t'entendre me parler, je veux juste que tu m'écoutes. Je suis celle qui te comprends le mieux, parce que je suis comme toi.
- Ne me fais pas rire ! cracha Parsee en montrant la grotte désolée. Je suis prisonnière ici, je n'ai rien ni personne. J'ai tout perdu par ma faute.
Mokou se tut, se redressant péniblement en s'accrochant à la paroi. A cause d'un geste trop brusque, elle s'entailla la paume de la main gauche sur une aspérité acérée. En contemplant son sang, le phénix poussa un ricanement froid et sinistre.
- Moi aussi, je n'ai plus rien. J'ai perdu ma famille, dit-elle en se retournant vers Parsee. Mes amis, ajouta t-elle en avançant, et aussi ma bien aimée, finit-elle en se penchant vers la menue blonde qui avait désormais une lueur de crainte dans les yeux. J'ai même perdu mon humanité et tout ça, c'est par ma faute. Le monde extérieur n'a plus aucun intérêt lorsqu'on est prisonnier de ses regrets. Je te comprends bien plus que quiconque.
- Ta vie n'est pas aussi misérable que la mienne, répliqua hargneusement Parsee. Toi, tu es libre.
Un rire glacial retentit dans la caverne, résonnant au point que la blonde envieuse ne décide de se boucher les oreilles. Ce son effroyable semblait vouloir s'insinuer en elle, gelant son âme meurtrie.
- Libre ? souffla dédaigneusement Mokou. Non, je n'ai jamais été libre. Parce qu'il y a une chose que je veux et que je ne peux obtenir.
- Eh bien moi je t'envie ! cria Parsee. Je donnerais tout pour pouvoir être à ta place, pour pouvoir de nouveau sentir la caresse du vent sur mon visage, pour entendre le chant des oiseaux, pour pouvoir me promener au milieu des marchands et de leurs étals ! Je deonnerais mon âme juste pour pouvoir retrouver, ne serait-ce qu'un instant, la chaleur du soleil !
- Moi aussi, je voudrais pouvoir être à ta place ! explosa Mokou. Toi, tu as la chance de pouvoir mourir ! Tu as encore la possibilité de mettre un terme à tout ça ! Je voudrais pouvoir crever, même si je devais me tailler les veines avec ces rochers !
Parsee releva le visage pour croiser le regard écarlate de Mokou, avant de pleurer de nouveau.
- Laisse moi, geignit-elle en reniflant. Je ne veux plus te parler.
- Je te l'ai déjà dit, je veux juste que tu m'écoutes. Tu prendras ta décision après et je la respecterais.
Parsee ne répondit pas, son silence incitant son interlocutrice à poursuivre.
- Je peux t'offrir un moyen de quitter cet endroit, siffla perfidement Mokou, je peux te permettre de ne plus être soumise à cette atroce malédiction.
- Quoi ? balbutia Parsee en écarquillant les yeux. Tu es sérieuse ? demanda t-elle avec incrédulité. Ce n'est pas une farce cruelle, n'est-ce pas ?
- Je suis tout à fait sérieuse, répondit Mokou qui n'avait pas l'habitude de plaisanter. Je peux t'aider.
- J'imagine qu'un service n'est jamais gratuit. Que me demanderas tu en échange ?
- Rien du tout, chuchota Mokou en dissimulant un large sourire. Je gagne beaucoup à t'aider. Je ne serais pas venue, sinon.
La gardienne du pont fixa le phénix de façon obsédante, comme si elle ne pouvait plus attendre.
- D'accord, j'accepte ! dit-elle en implorant Mokou. Maintenant, dis moi comment je peux être libre ?
- Il n'y a qu'une chose qui libère vraiment les êtres vivants, une seule chose, et c'est la mort.
Le choc se lut sur le visage de la blonde aux yeux verts.
- Non, dit-elle, la gorge serrée, je ne veux pas mourir. J'ai ... j'ai peur.
- Très bien, concéda Mokou. Alors je vais te laisser ici, dans ce trou perdu ou tu pourras continuer à loisir à te baigner dans ce lac de tes larmes amères. Tu pourras rester ici à te morfondre sur ton existence qui n'en mérites pas le nom. Tu pourras passer les prochains siècles à regarder les autres passer sur ce pont, tandis que tu resteras à attendre sur ces rives putrides, sans espoir de pouvoir les rejoindre. Tu pourras toujours tenter de te remémorer encore et encore ton ancienne vie, tout en te noyant dans ta douleur incessante.
Parsee hoqueta, tandis que Mokou laissait le poison de ses mots s'insinuer dans l'esprit embrumé de la blonde.
- Tu sais ce qu'il y a de pire ? dit-elle pour achever de persuader Parsee. C'est que tu vas espérer attendre ta libération pendant encore des siècles, jusqu'à ce que tu te noies dans ta douleur et que tout ce qui t'entoure devienne noir. Mais pourtant, même lorsque chaque seconde de ta pitoyable vie sera plus longue et plus douloureuse que les précédentes, lorsque chaque instant te semblera aussi long que l'existence, tu ne pourras pas y échapper.
Mokou tourna lentement autour de sa cible, susurrant ses paroles pleines de malveillance, alors que Parsee tremblait, les lèvres sèches et s'arrachant des mèches de ses cheveux rêches.
- Alors, lorsque tu sombreras dans le désespoir le plus total, tu te souviendras de mes paroles et de mon offre. Tu auras beau pleurer, supplier, hurler jusqu'à en perdre ton âme, ça ne changera rien, car tu ne pourras plus compter sur moi. Tu ne pourras plus compter sur personne. Enfin, dit-elle sur un ton badin, ça ne te changeras pas. Tu n'as jamais pu compter sur personne.
- Arrêtes, supplia Parsee. Laisse moi tranquille. Je ne veux plus t'entendre ...
- Mais tu es déjà seule. Je t'abandonnes dans les ténèbres, là ou tout finira. Mais réfléchis bien à ce que je vais te dire. Tout ce qui nous a été donné lorsque nous avons étés abandonnées dans ce monde, ce sont des moyens de tuer et des raisons stupides. Qu'est-ce qu'il nous reste dans ce monde de désespoir et de vide ?
Mokou se retourna et fit quelques pas, avant d'être interrompue par un cri de détresse.
- D'accord, haleta Parsee, j'accepte. Mais, par pitié, fais ça vite.
Mokou s'autorisa un petit sourire de victoire, avant de se retourner et d'avancer vers Parsee.
- Très bien, alors je te libère de tes tourments !
Mokou sortit son arme et frappa l'envieuse et jalouse créature en plein cœur.
Ce n'était que dans la mort, que Parsee trouva enfin le réconfort.
Sur ses lèvres désormais désertées par la vie, on pouvait voir qu'elle souriait.
