Ndla : Me revoilà pour ce douzième chapitre ! C'est incroyable, je n'aurais jamais cru, au début, en faire autant pour cette histoire et elle ne risque pas de se finir de sitôt. Merci encore à toutes les personnes qui laissent ces adorables reviews, il me suffit de savoir que vous appréciez cette histoire pour me motiver davantage, moi qui le suis déjà sacrément parce que mine de rien, cette centième histoire, je veux la bichonner, elle me tient à cœur. Je suis heureuse que ce soit tombé sur cette histoire-là.

Longue vie à Aventures !

Soundtrack : Bon, cette fois, j'ai réussi à me décider (merci Umi pour le chapitre précédent !) Je vous conseille donc d'abord "Eden Under Siege" - Final Fantasy XIII (on a tous nos faiblesses...) puis à (1) "Sazh's Theme" du même jeu vidéo. Pour finir à (2), je vous conseille...du même jeu vidéo (oui, bon c'est plus facile pour vous aussi !) "Desperate Struggle".

Bonne lecture !


Sacred Crew

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Chapitre 12

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Blood is thicker than water

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Balthazar filait à vive allure, les mains agrippées à l'encolure de sa monture, les yeux rivés sur l'horizon. Les martèlements derrière lui se heurtèrent à son indifférence, tout autant que la lueur acérée de la lumière se réverbérant sur la pointe d'une lance, qui heurta la rétine de Balthazar un bref instant.

― Reviens ici tout de suite, Balthazar, que je te tue !

Comme s'il allait revenir après ce qu'il venait de faire ! Non, non, il était foutu, grillé – s'il pouvait ainsi dire – rien qu'en ayant appelé Brasier. Il n'avait pas eu le choix, on ne lui avait pas laissé le choix. Il ne le lui avait pas laissé.

― Non, ce n'est pas ce qu'on avait dit ! Balthazar, ça ne sert à rien de t'enfuir, tu ne fais qu'aggraver ton cas !

― Pas la peine d'essayer de le raisonner, Grunlek, j'vais me le faire !

Balthazar avait entendu Shin lui hurler de s'arrêter dès qu'il s'était éloigné, avait sauté de son cheval et avait crié de douleur, effondré et recroquevillé sur sa jambe droite. Il avait enjoins les autres de poursuivre Balthazar, il resterait avec son cheval, à les attendre. Lumière plus endurant, le destrier de Theo était le plus capable de rattraper le cheval de Balthazar. Tout portait à croire qu'il s'agissait d'une invocation, il ne devait pas ressentir la fatigue. Gros désavantage.

― Balthazar, j'te tuerai pas si tu m'expliques.

Pour qu'il se sente obligé de négocier, il y avait anguille sous roche. Ou baleine sous galet. Un œil par-dessus son épaule avait suffi au pyro-mage de voir que Grunlek était assez loin derrière maintenant, hors de portée d'oreille, contrairement au destrier de l'Inquisiteur qui soutenait sans faillir la distance.

― C'est vrai quoi hein ? Pourquoi t'enfuir maintenant alors que tu aurais pu te barrer quand je t'ai confié les chevaux ? Tu sais invoquer ton canasson depuis le début je parie !

C'est qu'il savait réfléchir, le bourrin ! Il entendit un sifflement dans son oreille, un objet le frôler de près, une lance se planta à quelques mètres de lui. Il eut vite fait de la dépasser.

― C'est un premier avertissement, arrête-toi ! rugit le paladin derrière lui. La prochaine fois, c'est ton cheval, pigé ?

Ah, là il commençait à le reconnaître ! Le temps faisait défaut à Bob, en lui s'agitait l'indésirable. Un sentiment s'imposa dans son esprit, furibond, qu'il réussit à traduire par « tu me laisserais faire, je te les aurais tous anéantis. »

Il talonna sa monture, pivota vers l'Inquisiteur de la Lumière qui avait repris sa lance et s'apprêtait à viser le cheval de Balthazar. Il tendit sa main vers le sol, derrière lui. La distance qui séparait les deux chevaux était suffisante, il ne voulait pas blesser le destrier du paladin, a fortiori son cavalier s'il le faisait involontairement tomber et qui serait capable de survivre et de le poursuivre jusqu'au bout du monde.

Concentré à l'extrême, les yeux plissés, puisant dans le peu de psy qu'il avait réussi à réunir ces derniers jours et dans son énergie vitale, une gerbe de flammes jaillit de sa paume pour frapper l'herbe humide, forma une longue et fine barrière. Surpris, Lumière freina des quatre fers, manqua de peu de faire valser son cavalier. Theo ne s'était pas attendu à une démonstration de magie de la part du pyro-mage, qu'il avait cru exténuer malgré leur unique nuit de repos. Il flatta l'encolure de Lumière, s'appliqua à l'apaiser tandis que son regard, fixé sur le dos du mage, le suivait jusqu'à ce qu'il parvienne à disparaître en bas de la colline.

Le temps que ces flammes disparaissent, il serait trop loin pour que Theo puisse le rattraper sur l'heure. Il fit demi-tour, résolu à retourner auprès de ses compagnons pour aller à sa recherche.

Grunlek le vit revenir, arrêté depuis quelques minutes déjà dans l'attente du résultat.

― Combien de temps avant qu'il n'atteigne un endroit sûr pour lui ? demanda Theo.

― Le village est encerclé par cette forêt, répondit Grunlek après un temps de réflexion, par l'ouest, il devait la rejoindre en deux heures, même pas.

― Le cheval est une invocation, il mettra moins de temps que ça. Allons rejoindre Shin, qu'est-ce qui lui est arrivé ?

― Je crois que son déplacement élémentaire n'a pas marché comme il l'a voulu.

Theo leva les yeux au ciel, passa sur le jeu de mot. Shin n'allait pas pouvoir jouer l'éclaireur ce coup-ci. Il pesta contre la spontanéité du pyromancien.

― Qu'est-ce qui lui a pris ? murmura Grunlek. Il a vu quelque chose ? Il n'y avait pas de raison qu'il s'en aille maintenant.

― Pas très utile de se poser ces questions, coupa Theo, je les lui poserai une fois que j'aurai mis la main dessus. On ne se fout pas de ma gueule impunément.

Grunlek retint le soupir qui lui vint naturellement. Il allait garder un œil sur Theo à partir de maintenant et ce jusqu'à ce qu'ils retrouvent Balthazar. Il en toucherait un mot à Shin, en espérant que son état lui permettait de se battre, ne serait-ce que de se défendre.

Leur ami était assis, à terre, tâtant sa cheville avec une grimace de douleur peut-être. Son visage contracté le supposait.

― Laisse-moi deviner, bougonna Theo, une entorse ?

Shin leva les yeux vers ses compagnons.

― Laissez-moi deviner, reprit l'archer tout aussi acerbe, il vous a échappés ?

Le silence qui s'ensuivit répondit à leur question respective. Croisant le regard insistant de Theo, Grunlek descendit de sa monture pour aller voir de plus près la cheville de Shin. Le sort de soin de Theo ne pouvait rien faire pour lui, par contre s'il pouvait trouver d'un baume dans leurs affaires afin de le soulager ou un bandage…

― Rien de grave, je pense, assura Shin, ça fait mal sur le moment c'est tout. Ça va déjà mieux.

― Parfait, il faut vite qu'on reparte.

― Repartir où Theo ? lança Grunlek. On ne sait pas où veut aller Balthazar. Il pourrait être n'importe tout !

― Non, il est parti avec une idée en tête, objecta l'Inquisiteur, il sait où il va. Sinon pourquoi être parti maintenant et pas avant ? Quelque chose, là-bas, l'a fait réagir.

― Je suis d'accord avec lui, Grun, renchérit Shin, d'ailleurs Theo, on a des choses à se raconter avant de repartir. Je pensais qu'on pourrait en discuter ce soir, au calme, mais il devient évident que tu as aussi des choses à nous dire.

Pour que Theo en arrive à une conclusion aussi poussée, il s'était passé quelque chose au village. Shin avait raison. Balthazar avait agi sous la pression du moment. Theo leur raconta ce qu'ils avaient vu dans une maisonnée, attirés là par la foule, rapporta l'étrange comportement du mage. Shin et Grunlek complétèrent l'histoire avec leur témoignage.

― L'Eglise de l'Eau est lié à cette affaire de disparitions, ou de meurtres, en conclut Theo, surement que Balthazar a eu peur d'être capturé de nouveau.

― On se demande bien pourquoi il nous prend pour ses ennemis, sous-entendit lourdement Grunlek.

Theo ne releva pas. Il faisait ce qu'on lui demandait de faire : amener Balthazar d'un point A à un point B. Si l'Eglise de l'Eau interférait avec sa mission, il se ferait un plaisir de les remettre à leur place. Jusqu'ici, peu lui importait que Balthazar se sente en sécurité avec eux. Cela avait même été le cadet de ses soucis.

Shin remonté sur sa monture, Theo décida de suivre son instinct. Il fit signe à ses deux amis de le suivre puis, d'une pression des talons, Lumière pressa le pas.

Il n'y avait pas une minute à perdre.

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(1) Une fois dans les bois, le jeune homme fit ralentir sa monture non sans une grimace de douleur. Il avait l'impression que son corps n'était que courbature et souffrance.

Il avait perçu cette présence de multiples fois déjà. Alors qu'il était dans la forêt avec Grunlek et l'Inquisiteur de la Lumière, à cette Eglise du Sommeil, dans le village. A chaque fois qu'il s'était retourné, il l'avait vu, un bref instant, une silhouette tellement fugitive qu'au début, il avait mis ces apparitions sur le compte de la fatigue, de la douleur, de ces heures de torture. Puis, le paladin le soignant et les idées clarifiées, il s'était rendu compte que cette présence était tout ce qu'il y avait de plus tangible. Personne d'autre que lui ne l'avait remarquée, le paladin de la Lumière n'avait focalisé son attention que sur le suspect n°1 de l'affaire après tout. Ses amis avaient suivi le mouvement.

Leur méfiance n'allait pas au-delà d'un certain périmètre, avait remarqué Balthazar. Il fallait qu'une personne ait une attitude clairement suspecte pour éveiller leur méfiance. Or, l'homme, si on pouvait appeler ça un homme, n'avait aucune difficulté pour se fondre dans une foule ou pour se faire passer pour une personne lambda.

Balthazar avait conscience qu'il avait eu de la chance d'échapper à ces espèces de gardes-chiourmes. Si le paladin n'avait pas été gêné par le cheval de Shinddha, si ce même archer – archer qu'il soupçonnait fortement d'être un demi-élémentaire vu l'étrange teinte bleue de sa peau, détail qu'il n'avait remarqué que très récemment – n'avait pas été trahi par son propre sort, il n'aurait pas été capable de les semer. Le cheval de bataille l'aurait rattrapé sans difficulté. Si le paladin s'était résolu à viser son épaule ou son dos plutôt que de faire un tir de sommation…

― Tu t'es enfin résolu à leur fausser compagnie, fit une voix bien connue, tintant fièrement à ses oreilles, ce fut très brouillon, je dois admettre avoir été déçu mais tu es en un seul morceau. Ce n'est pas si mal compte tenu de ce que tu avais en face… Rectification : derrière toi.

Balthazar se redressa, Brasier s'immobilisa, se fit aussi attentif que son cavalier. Bien que son visage se soit assombrit, il voulut paraître décontracté.

― Bonjour Papa, que me vaux ces multiples visites ?

― Ah ! Tu avais remarqué ? fit le nouveau venu en riant. Et bien mon fils, les rumeurs filent à vive allure, je me suis inquiété pour toi. Prisonnier de l'Eglise de l'Eau, pour être pris en charge par un Paladin, un Inquisiteur de la Lumière qui plus est ! Et il y a eu cette affaire avec l'Eglise du Sommeil…

Le pyromancien haussa un sourcil dubitatif. Comme s'il allait avaler ces couleuvres. Peut-être que cette inquiétude était sincère, peut-être pas. Il ne se faisait pas d'illusion sur les sentiments que lui portait son père. Cela aurait été aussi vain qu'épuisant et son cœur, indubitablement humain à son avis, ne l'aurait pas supporté. La présence d'Enoch était une nouvelle source de questions.

― Tu n'es pas venu pour m'aider n'est-ce pas ?

Balthazar ne le lui aurait jamais demandé de lui prêter main-forte. Quant il s'agissait de rendre service, Enoch ne faisait pas de distinction entre sa progéniture et autrui. Il donnait toujours son aide à dessein.

Enoch partit dans un petit rire, léger, et cependant sinistre.

― Tu me l'as bien dit, je ne dois en aucun cas me mêler de tes petites histoires. Je suis grand, m'as-tu affirmé, et je peux me débrouiller seul. Tes propres mots.

Une main lissant son bouc distraitement, son père se fit pensif, yeux plissés, dans le vague.

― C'est cette affaire qui m'intéresse, et la raison pour laquelle ces Eglises s'agitent autant, ce qui revient à dire, par extension, que je m'intéresse à toi. Au début, tes petits geôliers ne m'intéressaient pas vraiment, je me disais que tu partirais à la première occasion. Mais finalement tu es resté avec eux. Tu m'aurais rendu tellement fier si tu avais laissé libre court à cette part de toi qui ne demande qu'à s'exprimer… depuis si longtemps mais je ne suis pas non plus déçu. Je comprends. Les humains, les nains… les demi-élémentaires sont des créatures fascinantes.

Shinddha était donc un demi-élémentaire. Balthazar avait vu juste.

― C'est sûr ? Tu n'es pas venu m'aider ?

Si le mage insistait sur ce point, c'est qu'il avait de bonnes raisons de douter ainsi. Enoch avait bien vite différé. Son interlocuteur poussa un lourd soupir, comme lassé de cette suspicion.

― Ne vas pas t'imaginer n'importe quoi, fils, c'est toi qui t'es mis dans la panade tout seul, comme le grand bonhomme que tu affirmes être depuis des années. Tu te débrouilles très bien jusqu'à présent. Comme tu as dû le deviner maintenant, je ne suis venu que pour te faire comprendre que je ne t'aiderai pas. Je vais me contenter de regarder et d'attendre que mon grand fiston rende fier son père. Tôt ou tard, on en arrivera là. Tu ne fais que retarder l'échéance. Je suis plus patient que tu ne le penses.

― Ça ne se passera pas comme tu le prévois, affirma Balthazar en essayant de réprimer son exaspération, je te le demande, Papa, ne touche pas à un seul cheveu de ces personnes.

Enoch resta bouche bée, prenant de plein fouet ce qui s'apparentait à une provocation à travers la demande incongrue de sa progéniture. C'était assez inédit et même impensable de la part de son fils qui n'avait pas attesté d'attachement particulier à un autre être vivant. Finalement, il eut un sourire énigmatique.

― Oh mais je te laisse te charger d'eux, mon fils. Fais-en ce que tu veux.

― Tu vois très bien où je veux en venir.

Balthazar n'était pas plus malin que son père, il était même très loin d'être aussi fourbe, aussi retord, aussi manipulateur que lui, cependant il tenait à ce que les choses soient claires entre eux. Bien que son visage n'exprimait rien de très significatif, Enoch était curieux, dans l'expectative.

La conversation était close. Si Balthazar s'était échappé, c'était en partie pour tenir son père à l'écart.

― Bien, c'est tout ce que tu voulais savoir, je suppose ? s'enquit Enoch.

Le pyro-mage ne pipant mot, il lui tourna le dos pour disparaître dans les bois.

― Papa !

Enoch se retourna vers son fils, sans rien dire.

― L'attaque des chiens de l'enfer, ce n'était pas toi tout de même ? Histoire de me taquiner, ou de sauter sur l'occasion d'embêter un disciple de la Lumière…

Son interlocuteur fit mine d'être heurté par cette accusation directe, une main sur son torse comme si son cœur venait d'être transpercé. Comique.

― Vraiment, mon fils, tu me blesses ! Je te le rappelle, je t'ai promis de ne plus me mêler de tes affaires, tu le sais.

Balthazar savait aussi ce que valaient les promesses d'un démon, surtout si celui-ci répondait au nom d'Enoch. Soumis au regard suspicieux de sa progéniture, son père ajouta malicieusement :

― Et puis les chiens de l'enfer, c'est dépassé, bon pour les débutants ! Tentants sur le papier mais très décevants quant au résultat final. Tu me connais, je préfère être sur le terrain et terrasser ce qui se trouve sur mon chemin moi-même. C'est bien plus amusant.

C'est bien ce que s'était dit Balthazar. Il avait préféré anéantir cette infime chance que ce soit lui. Son père était capable de tout et n'importe quoi.

Enoch hors d'état de cause, que lui restait-il ? En effet, il aurait pu lui demander la raison de cet intérêt des Eglises pour lui néanmoins son père l'aurait vu comme un service rendu, c'était certain, surtout qu'il avait fortement insisté sur le fait qu'il ne devait pas intervenir. C'était tout ce qu'Enoch attendait.

(2) Bon que faire à présent ? Le mage se sentait un peu perdu. Il était traqué par un paladin de la Lumière, Inquisiteur de surcroît, et ses deux amis. Ce type avait tué un paladin du Sommeil de sang-froid, sans penser aux conséquences, il n'allait pas plus sourciller à le liquider à son tour. Grunlek n'allait pas être son bouclier cette fois.

Stop ! Un problème à la fois. Il devait réfléchir. D'abord, découvrir ce qu'on lui voulait, à lui, le grand, le seyant, le majestueux Balthazar Octavius Barnabé Lennon. Retourner à cette Eglise de l'Eau lui semblait être la seule option viable. S'il se débrouillait bien, il serait capable de se refaire une santé et de s'occuper d'eux, d'avoir des réponses à ses questions. Pourquoi l'avoir torturé pour le jeter dans les griffes implacables de l'Inquisition ? Pourquoi l'avoir poussé dans ses retranchements ainsi, l'avoir poussé de cette façon à chaque fois sans aller jusqu'au bout ?

« Nous avons besoin de parler à cette autre part de vous. » C'était bien ce que cette sœur Flora lui avait dit et répété durant tout le processus non ? Alors pourquoi ne jamais finir le travail ? Cette question l'avait obsédé jusqu'à en perdre le sommeil parfois.

Souvent, il avait senti cette horrible part de lui s'agiter, ramper jusqu'à la surface de son être pour prendre le contrôle et semer la destruction mais toujours Balthazar avait réussi à la maîtriser, à rester lucide.

Cette Eglise du Sommeil avait suivi un autre but en l'emprisonnant. Enfin, cette espèce de branche extrémiste, d'après les dires de l'Inquisiteur de la Lumière qui n'avait fait que retransmettre ce qu'avait dit Moehau. Eux avaient voulu savoir pour quelles raisons l'Eglise de l'Eau avait agi de la sorte. Ils en savaient beaucoup.

― Il serait peut-être mieux que j'essaye de contacter Grunlek ou Shinddha, se dit-il à voix haute, peut-être qu'ils pourraient influer sur l'avis de…

Ah oui, le paladin n'avait pas voulu lui dire son nom. Il ne l'avait pas entendu, ne serait-ce qu'une fois. Peine perdu, aucune chance d'avoir de l'aide de leur côté. Comment leur expliquer ? Leur dire « Navré, mon papa démon me perturbait à aller et venir aussi souvent dans les parages, fallait que je lui dise de se tirer. » ? L'Inquisiteur allait le décapiter avant qu'il n'ait le temps de finir, pour sûr !

Il fallait qu'il se fasse à cette idée. Il était seul. Comme toujours. Direction l'Eglise de l'Eau donc, il devait leur faire face.

Brasier s'enfonçait de plus en plus dans ces bois lugubres à présent et, sans qu'il ne s'en rende compte, la nuit était déjà tombée lorsqu'il fit une pause. Il choisit expressément de ne pas s'installer dans une clairière. Trop évident. Malheureusement, il avait dû choisir de rester près d'un fleuve qui passait par là, pour ne pas avoir à se soucier de ses besoins vitaux. La soif primait sur la faim.

Il savait où il allait, à peu près.

Non en fait, non pas vraiment. Il savait qu'il était plus au nord du Tribunal de l'Inquisition mais à quel point s'était-il éloigné de la bourgade où vivait sœur Flora ? Pas la moindre idée. Au moins une semaine de chevauchée l'attendait pour retourner là-bas, peut-être plus. Il n'avait aucune idée de ce qui se tramait dans la tête de ses trois geôliers. Grunlek devait avoir une idée de ce qu'il comptait faire. Il avait l'air d'être le plus réfléchi des trois larrons.

Pelotonné contre Brasier, Balthazar hésita longuement avant de se décider à faire un feu de camp. Il veilla toute la nuit durant, incapable de trouver le sommeil. A l'aube, il attendit que le feu se meure, profita du calme pour rester immobile encore quelque instant, peu enclin à faire bouger cet amas de chair en souffrance qu'il avait l'impression d'être redevenu.

― Bon, dit-il pour lui-même d'un engouement forcé, c'est pas tout ça mais j'ai une sœur Flora à qui je dois compter fleurette.

Il faisait ce qu'il pouvait pour être optimiste.

Sa monture se releva, les oreilles dressées vers l'arrière, quand une épaisse brume se glissa entre les arbres, les entourèrent, s'épaissit, venant de nulle part et de partout à la fois. Le cœur de Balthazar s'arrêta brièvement avant de battre à un rythme effréné. Qu'est-ce que c'était ? Cela s'était produit si vite…

Dos à Brasier pour n'avoir qu'un côté à surveiller, prêt à lancer une gerbe de feu à tout moment, le mage tendit l'oreille, guetta le son le plus discret, le plus sournois, pour ne pas être pris à défaut. Il avait longtemps voyagé seul, il savait comment réagir dans ce genre de situations. Beaucoup de bandits, de tire-laines, l'avaient pris pour un simple voyageur un peu excentrique. Bien mal leur en avait pris.

Sa main écarta vivement les mèches de ses cheveux qui obturaient sa vision, ses yeux cherchèrent l'ennemi, les ennemis, son corps maîtrisa le tremblement qui parcourait ses membres. Il était prêt. Si c'était l'Eglise de l'Eau, il ne serait pas capturé sans avoir combattu. Il avait l'impression d'être une bête, une simple proie. Cette… part de lui n'appréciait pas et le lui faisait bien savoir.

Assez !

Cette voix avait rugi, dissipé toutes ses pensées pour s'imposer. Ses jambes vacillèrent, sa vision se troubla, il devint moins attentif à son environnement, petit à petit de plus en plus concentré sur cet être qui tentait de le chasser, le faire valser sa conscience pour prendre sa place. Son regard se porta vers le fleuve serpentant paisiblement quelques mètres plus bas. Il ne savait pas s'il allait remporter cette bataille. Si exténué, si fatigué de tout… Il souhaitait mourir en être humain si… il allait finir en enfer peu importe la manière dont il allait mourir alors…

Enfin, il entendit des cris au loin, des hurlements indistincts. Une voix, parmi elle, se fit plus claire chaque seconde.

Il s'effondra alors que finalement, il reconnut la voix. Une voix où perçait une inquiétude que le pyro-mage n'aurait jamais cru qu'il aurait pu éprouver à son sujet.

― Balthazar !

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A suivre…

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* Blood is thicker than water : La voix du sang parle toujours plus fort

C'est tout pour cette semaine. Oui, un cliffhanger pareil, c'est presque criminel mais que voulez vous ! Je suis sadique, c'est dans ma nature. J'aurai été gentille, je vous aurai donné un extrait du prochain chapitre. Je ne le suis pas. En fait, je le suis assez pour respecter notre petit rendez-vous du vendredi, c'est déjà pas si mal vous ne trouvez pas ?

Sur ce, cher lecteur, chère lectrice, je te laisse vaquer à tes occupations. N'oublie pas de remplir le petit rectangle blanc en bas, t'sais, celui qu'on est si tenté de laissé vide ?! Je te conseille de laisser un petit mot, ça te fait plaisir de donner ton avis et ça fait plaisir à une certaine auteure (oui auteure, j'fais ce que je veux !) de lire vos petits mots d'amour.

A très bientôt et portez-vous bien !