Hermione monta les marches avec empressement jusqu'au quatrième étage, soupirant de soulagement en constatant que les portes de la bibliothèque étaient grande ouvertes. Consciente du peu de temps qu'elle avait avant son cours d'Arithmancie, la jeune fille entra sans attendre, se dirigeant directement dans le rayon qui l'intéressait. La bibliothécaire à la tête de vautour et au visage parcheminé la regarda passer, ses yeux en amandes plissées avec suspicion. Malgré les nombreuses visites d'Hermione sur son lieu de travail, madame Pince gardait toujours son air autoritaire et irrité. La jeune fille ne s'en préoccupa aucunement, parcourant des yeux les reliures de chaque livre avec grande attention. Cette section était entièrement tournée vers le domaine médicomagique, et Hermione espérait bien y trouver ne serait-ce qu'un ouvrage sur ces fameuses cellules veneficiennes, seul indice qu'avait laissé échappé madame Pomfresh. Elle trouva rapidement ce qu'elle cherchait : Termes médicomagiques : les comprendre et les utiliser. Elle attrapa le livre avec délicatesse, et voyant l'heure tourner à la petite horloge accrochée au-dessus de la porte, se mit à chercher un deuxième ouvrage qui pourrait convenir.
Quelques minutes plus tard, Hermione sortait de la bibliothèque chargée d'une pile d'une dizaine de livres. Madame Pince la suivit du regard d'un air menaçant, la mettant silencieusement en garde de prendre soin de ses précieux ouvrages. La jeune fille emprunta un grand sac de toile à la sortie, bénis sois la commission des élèves qui les avaient mis en place, et glissa l'ensemble de ses trouvailles à l'intérieur. Elle lança expressément un sortilège de lévitation au bagage, bien trop lourd pour elle, et courut dans les couloirs pour se rendre à sa salle de classe. Dévalant les escaliers à toute vitesse, elle atteignit bientôt le second étage. De toute évidence, le cours n'avait pas encore commencé, puisqu'une file d'une dizaine d'élèves attendaient devant la salle du professeur Vector. Elle remarqua Pansy dans la file, se demandant comment la Serpentard avait bien pu obtenir une BUSE dans cette matière étant donné qu'elle avait séché la moitié des cours de l'année précédente. Sûrement grâce à sa famille riche et puissante dans le monde de la magie.
Le professeur Vector ouvrit la porte alors qu'Hermione venait à peine d'arriver au bout de la file, et leur permit d'entrer avec un sourire. Les quelques élèves qui suivaient sa matière passèrent donc la porte calmement, se plaçant où bon leur semblait. L'Arithmancie était sa matière préférée, aussi Hermione se plaça au premier rang.
- Bien, je vous souhaite donc la bienvenue pour cette nouvelle année, et je suis très heureux de constater que la plupart de mes élèves de l'an dernier ont obtenu leur BUSE dans ma matière, commença le professeur en se plaçant sur l'estrade.
- Professeur Vector ?
La voix de Pansy résonna dans la pièce mal isolée, et le concerné la regarda par-dessus ses lunettes rondes.
- Miss Parkinson ?
- J'ai effectivement obtenu une BUSE en Arithmancie, mais il semble qu'elle été un peu juste. J'aimerais, si c'est possible, avoir une personne pour m'aider à rattraper quelques cours de l'an dernier, fit la jeune fille très clairement.
Hermione n'avait jamais entendu la Serpentard parler autant et avec un vocabulaire si varié, et ne pu s'empêcher d'ouvrir des yeux grands comme des soucoupes.
- Oh, eh bien… Ce n'est pas vraiment de mon ressort Miss, mais j'imagine que vous pourriez demander l'aide de l'un de vos camarades si vous avez un problème. J'ai moi-même un emploi du temps très chargé, car j'enseigne cette matière dans plusieurs écoles, mais je ne vois aucun inconvénient à ce que vous travailliez avec quelqu'un sur vos lacunes, répondit alors le professeur, légèrement surpris de sa demande.
Il regarda quelques papiers sur son bureau puis releva la tête vers la jeune fille.
- Pourquoi ne demanderiez-vous pas les conseils d'Hermione Granger ? Elle est l'une de mes meilleures élèves à ce jour.
La concernée rougie jusque la racine des cheveux à l'entente du compliment, mais ouvrit la bouche en signe de protestation. Travailler avec Pansy Parkinson ? Plutôt une semaine de retenue avec la terreur des cachots !
- Je suis heureux de voir que vous souhaitez vous améliorer dans ma matière, soit dit en passant, continua Vector en souriant à Parkinson.
La Gryffondor referma la bouche, consciente qu'il serait plutôt mal vu de contester la décision de son professeur. Quelqu'un demandait de l'aide pour améliorer ses notes, et aux yeux de Vector, ce genre de chose était bien au-dessus de la guerre entre Gryffondors et Serpentards. Parkinson regarda Hermione droit dans les yeux, l'air innocente, mais la jeune fille distingua clairement une expression triomphale sur le visage de la Serpentard alors qu'elle restait silencieuse.
- Pas de problème, je trouverais le temps de t'aider, fit-elle à contrecœur.
Si Parkinson n'avait pas demandé cette aide à haute voix et en pleine classe, Hermione aurait certainement refusé, et c'est ce que la Serpentard pensait aussi apparemment. La jeune fille se demanda ce que pouvait bien lui vouloir la sangsue de Malefoy, car de toute évidence, elle avait prévu son coup. Après tout, c'était bien connu qu'Hermione était la miss je-sais-tout de Poudlard, celle qui avait les meilleures notes… La Gryffondor se renfrogna et s'enfonça dans son siège tandis que le professeur Vector adressait un sourire à son élève préférée avant de commencer ses cours. Il ne fit pendant quelques minutes que des rappels de connaissances sur les années précédentes, puis commença le programme de l'année par les nombres intimes et leur valeur magique. Hermione sortit son manuel, feuilletant sans vraiment faire attention les quelques définitions qu'il donnait, prenant des notes sur ce que disait le professeur Vector. A la fin du cours, il leur demanda de commencer la rédaction d'un essai sur Bridget Wenlock, et Hermione soupira à l'idée de la montagne de travail qui s'annonçait pour la soirée.
La Gryffondor sortie de la salle de classe sans empressement, ressentant une fatigue intense après une heure à réfléchir sur des chiffres et des nombres, assise sur une chaise de bois. Alors qu'elle s'avançait tout en étirant ses épaules ankylosées, elle sentit quelqu'un lui taper sur l'épaule. Elle se retourna brusquement, se retrouvant nez-à-nez avec Parkinson, qui la regardait d'un air moqueur.
- Déjà fatiguée de ta journée Granger ? Pourtant d'habitude tu as l'air plus enthousiaste que ça à l'idée d'étaler tes connaissances apprises par cœur aux professeurs.
- Qu'est-ce que tu veux Parkinson ? S'agaça Hermione.
- Un horaire pour notre cours particulier, évidemment, répondit la Serpentard sur le ton de la conversation.
- Des cours particuliers ?
- Eh bien oui ! Tu n'as pas entendu Septima ? Tu es la meilleure de toutes ses élèves, fit la jeune fille en exagérant ses propos par de grands mouvements de bras, les yeux pétillants.
Hermione soupira. Elle avait failli oublier son engagement prit un peu plus tôt. Remarquant que la Serpentard appelait leur professeur par son prénom, elle prit un regard courroucé par son manque de respect.
- Le professeur Vector, appuya t-elle, n'a pas précisé que je devrais te donner des cours particuliers. Tu devras juste venir me voir si tu as un problème pour comprendre les exercices.
- Tu espères t'en tirer avec une pirouette Granger ? J'ai besoin d'aide, et je compte sur toi. J'ai une heure de libre le mercredi.
Hermione, dépitée, jeta un coup d'œil à son propre emploi du temps, qui lui sembla fort ressemblant à celui de Parkinson.
- Parfait, nous suivons les mêmes cours, fit cette dernière, qui avait remarqué elle aussi. Le mercredi, onze heures, ma salle commune.
- Mais…
La Gryffondor ne pu rien ajouter car la Serpentard la planta là, pressée certainement de retrouver son Drakonichou adoré, pensa Hermione. Elle décida de ne pas discuter. Après tout, elle avait encore son mercredi après-midi, et une heure d'Arithmancie avec Parkinson ne pouvait pas être si terrible. D'ailleurs, Hermione l'avait trouvé bien plus… éloquente que d'habitude. Peut-être même arriverait-elle à gratter des informations sur les activités plus que mystérieuses de Malefoy. La jeune fille se rendit alors compte qu'elle était plantée au milieu du couloir depuis déjà cinq minutes, et déjà en retard pour son cours de potion. Décidemment, elle n'était pas au meilleur de sa forme aujourd'hui. Elle piqua un sprint dans tout le château, ignorant le regard courroucé des quelques tableaux.
- Il est interdit de courir dans l'enceinte du château ! S'écria un vieux capitaine de bateau alors qu'elle tournait déjà pour emprunter les escaliers.
Hermione ne l'écouta pas et continua sa course folle, dévalant les marches vers les cachots. Elle arriva toute essoufflée dans le couloir sombre menant à la salle de classe. S'arrêtant devant la porte cuivrée, elle frappa timidement à la porte, qui s'ouvrit bientôt sur l'énorme ventre de Slughorn.
- Miss Granger !
- Désolé professeur, j'ai…
- Pas d'inquiétudes, Miss Parkinson m'a dit que vous auriez certainement quelques minutes de retard à cause votre chargement… conséquent.
Hermione leva la tête vers son professeur tout souriant qui s'était décalé pour la laisser passer. Elle entra, un peu éberlué, et alla se placer près d'Harry et Ron, qui partageait la table avec Ernie.
- La passion pour les études, c'est très important, fit Slughorn en refermant la porte.
La jeune fille se tordit le cou pour regarder Parkinson, à l'autre bout de la pièce, presque collé à Malefoy. La Serpentard la regarda d'un air innocent, et Hermione se demandait à quoi rimait toute cette mascarade avec les professeurs. Ron et Harry lui retournèrent un regard tout aussi incompréhensif. Hermione remarqua le net changement d'ambiance d'avec les cours de Rogue, qui plongeait toujours ses élèves dans une sorte d'angoisse continue. Slughorn était on ne plus chaleureux, affublé de son sourire à toute épreuve et de son ventre de bon-vivant. Le cachot était toujours empli de vapeurs et d'odeurs bizarres, comme toujours, mais les rideaux des fenêtres avaient été tirés, laissant entrer une lumière réconfortante dans la salle froide. Il n'y avait qu'une douzaine d'élèves présents, dont quatre Serpentards et quatre Serdaigles, ainsi qu'Ernie Macmillan, Harry, Ron et elle-même. Peu d'élèves avaient obtenu une BUSE satisfaisante pour continuer cette matière en sixième année, à cause de l'intransigeance du professeur Rogue.
La table des trois Gryffondors se situait juste à côté d'un chaudron dont la substance dorée dégageait un parfum exquis. Ernie chuchota à l'oreille d'Hermione qu'il lui rappelait la tarte à la mélasse de sa grand-mère. Bien qu'il ait des manières un peu ampoulé, le Poufsouffle n'était pas méchant. Ron et Harry parlèrent plutôt d'odeur de bois de manches à balai, et Hermione y trouvait l'odeur particulière de ces fleurs sauvages qui poussaient près de la maison de Ron.
- Voyons, voyons, voyons, commença Slughorn. Sortez vos balances et vox nécessaires à potions, sans oublier votre exemplaire du Manuel avancé de préparation des potions...
Harry et Ron se regardèrent, et le brun leva la main.
- Monsieur ?
- Harry, mon garçon ?
- Ron et moi n'avons pas de livre, ni de balance, ni rien en fait. Nous n'avions pas prévu de suivre vos cours cette année, étant donné que le professeur Rogue n'acceptait qu'un Optimal aux BUSE…
Le professeur à la silhouette massive jaugea les deux garçons et sourit finalement avec l'air de se souvenir de quelque chose en particulier.
- Ah oui, le professeur McGonagal m'en a parlé… Ne vous faites pas de souci, mon garçon, pas de souci du tout. Aujourd'hui, vous utiliserez les ingrédients qui se trouvent dans l'armoire et nous pourront sûrement vous prêter une balance. Nous avons également quelques vieux livres dont vous vous servirez en attendant de les commander chez Fleury et Bott…
Slughorn se dirigea vers un coin de la salle et fouilla un certain temps dans un placard, d'où il finit par ressortir deux exemplaires très abîmés du Manuel avancé de préparation des potions, de Libatius Borage, qu'il donna à Harry et à Ron en même temps que deux balances en métal terni. Hermione était un peu étonné de la façon dont le professeur s'adressait à Harry, comme s'il s'était agit non pas d'un élève, mais d'un garçon de sa famille dont il serait particulièrement fier. Elle sortit son propre manuel de son sac et le posa sur sa table avec tous ses instruments de potion, attendant la suite.
- Alors maintenant, voyons, reprit Slughorn qui revint devant les élèves et gonfla son torse déjà proéminent, les boutons de son gilet menaçant de sauter. J'ai préparé quelques potions pour que vous y jetiez un coup d'œil, par simple curiosité. C'est le genre de choses que vous devriez être capable de réussir après avoir obtenu vos ASPIC. Vous en avez sûrement entendu parler, même si vous ne les avez jamais faites vous-même. Quelqu'un peut-il me dire le nom de celle-ci ?
Il indiqua le chaudron situé près de la table des Serpentard, et Hermione reconnut en un clin d'œil la potion incolore qui s'y trouvait. Elle leva la main, et Slughorn lui fit signe de parler.
- Il s'agit du Veritaserum, une potion incolore et sans odeur. Quiconque la boit se voit obligé de dire la vérité, répondit-elle rapidement.
- Très bien, très bien ! S'exclama Slughorn d'un ton réjoui. A présent, poursuivit-il en montrant le chaudron proche de la table des Serdaigles. Celle-ci est très connue, également citée dans certaines brochures distribuées récemment par le Ministère…
La main d'Hermione fusa de nouveau dans les airs, et elle parla avant même le consentement du professeur.
- C'est du Polynectar, monsieur, dit-elle.
Elle s'en rappellerait, de leur préparation en deuxième année. Cette potion n'avait plus de secret pour elle à présent.
- Excellent, excellent ! Maintenant, celle-ci… Oui ? dit Slughorn qui parut un peu étonné de voir la main d'Hermione se lever une nouvelle fois
- C'est de l'Amortentia !
- En effet. Ça parait idiot de poser la question, commenta Slughorn, apparemment très impressionné. Et j'imagine que vous en connaissez ses effets ?
- Il s'agit du plus grand philtre d'amour au monde, expliqua Hermione.
- Tout à fait exact Miss Granger ! Vous l'avez identifiée, je suppose, grâce à sa couleur nacrée caractéristique ?
- Et à sa vapeur qui s'élève en spirales très reconnaissables, ajouta Hermione avec enthousiasme. On dit qu'elle a une odeur différente pour chacun de nous selon ce qui nous attire le plus.
La Gryffondor fit un pas vers la potion, inspirant la fumée avec douceur. Elle perçut un parfum d'herbe fraîchement coupée, l'odeur du parchemin neuf, et les senteurs particulières qui embaumaient les robes de sa mère et les vestons de son père. Ses souvenirs dérivèrent quelques peu, et elle rougit en remarquant que son professeur la regardait depuis un moment.
- Hermione Granger… Seriez vous parente d'Hector Dagworth- Granger, fondateur de la très extraordinaire société des potionnistes ? Demanda t-il, l'air songeur.
- Je ne crois pas monsieur. Je suis d'origine moldue.
Hermione n'avait jamais ébruité le fait que les Granger n'étaient pas ses véritables parents, pas même avec ses meilleurs amis. Elle considérait que ceux qui l'avaient éduqué étaient ses parents, et que ses origines étaient donc bien moldu. En plus, son père lui avait dit qu'on l'avait abandonné dans un hôpital de Londres. Un hôpital moldu. La jeune fille remarqua Malefoy se pencher à l'oreille de Nott, qui ricana grossièrement.
- Bien, bien, bien, Gryffondor a largement mérité vingt points pour vos réponses, Miss Granger, annonça Slughorn d'un ton cordial.
La Gryffondor eut la satisfaction de voir le visage de Malefoy pâlir et afficher la même expression que le jour où elle l'avait giflé en troisième année.
- Bien sûr, l'Amortentia ne crée pas vraiment un sentiment d'amour. Il est impossible de fabriquer ou d'imiter l'amour. Non, elle produit simplement une forte attirance ou une obsession. C'est sans doute la plus dangereuse et la plus puissante des potions qui se trouvent dans cette salle. Quand vous aurez autant que moi l'expérience de la vie, vous ne sous-estimerez pas le pouvoir de l'amour obsessionnel… Et maintenant, il est temps de nous mettre au travail.
- Monsieur, vous ne nous avez pas dit ce qu'il y a dans celui-ci, fit Ernie Macmillan qui montrait un chaudron noir posé sur le bureau de Slughorn.
La potion qu'il contenait bouillonnait joyeusement. Elle avait une couleur d'or fondu, et de grosses gouttes ne sautaient à sa surface comme des poissons rouges, sans que la moindre particule ne déborde.
- Ah, oui. Celle-ci. Eh bien, mesdemoiselles et messieurs, il s'agit là d'une très étrange petite potion, qu'on appelle Felix Felicis. Je suis sûr, ajouta t-il en adressant un sourire à Hermione qui avait laissé échapper une exclamation, que vous connaissez les effets de Felix Felicis, Miss Granger ?
- C'est de la chance liquide, répondit Hermione, surexcitée. Il suffit d'en boire un peu pour avoir une chance extraordinaire !
Toute la classe sembla se redresser, accordant à Slughorn une attention pleine et entière.
- Parfaitement exacte, dix points de plus pour Gryffondor. Oui, c'est une drôle de petite potion, Felix Felicis, poursuivit Slughorn. Horriblement difficile à préparer, et désastreuse quand elle est mal faite. Mais si on la mélange correctement, ce qui est le cas de celle-ci, on s'aperçoit que tout ce qu'on entreprend est couronné de succès… en tous cas jusqu'à ce que les effets se dissipent.
- Pourquoi les gens n'en boivent-ils pas tout le temps, monsieur ? Demanda Terry Boot, avide d'en savoir plus.
- Parce que si on en prend trop, elle provoque des étourdissements, une tendance à l'imprudence, et un excès de confiance en soi qui peut se révéler dangereux, répondit Slughorn. Il ne faut pas abuser des bonnes choses, comme vous le savez… Et elle est hautement toxique en grande quantité. Mais consommée avec modération et très occasionnellement…
- Vous en avez déjà bu monsieur ? Demanda Michael Corner avec un grand intérêt.
- Deux fois, dit Slughorn. Une fois quand j'avais vingt-quatre ans, une autre fois quand j'en avais vingt-sept. Deux cuillerées à soupe au petit déjeuner. Deux jours parfaits dans ma vie.
Son regard se perdit au loin. Qu'il joue la comédie ou pas, l'effet était on ne peut plus réussi.
- Et c'est cela, reprit Slughorn, que je vais offrir en récompense à la fin de ce cours.
Il y eut un silence pendant lequel on percevait chaque bouillonnement, chaque gargouillis, avec une intensité décuplée.
- Un tout petit flacon de Felix Felicis, continua Slughorn en sortant de sa poche une minuscule bouteille de verre munie d'un bouchon, qu'il montra à tout le monde. Une dose suffisante pour douze heures de chance. De l'aube au crépuscule, une réussite totale dans tout ce que entreprendrez. Je dois toutefois vous avertir que Felix Felicis est une substance interdite dans les compétitions organisées… les évènements sportifs par exemple, les examens ou les élections. Par conséquent, le gagnant ne devra en faire usage qu'un jour ordinaire. Et vous verrez que ce jour deviendra bien vite extraordinaire !
Il leur fit ensuite ouvrir leurs manuel à la page dix, et leur laissa une heure pour réaliser un philtre de Mort Vivante. Cette heure fut bien silencieuse, perturbée simplement par les bruits métalliques des instruments et le raclement des chaudrons que les élèves tirèrent vers eux. Hermione était on ne peut plus concentrée, et avait même rassemblé ses cheveux dans un chignon derrière son crâne, laissant simplement quelques cheveux pendre devant ses yeux. Au bout de dix minutes, sa potion avait atteint la couleur cassis décrite dans le livre comme idéale à mi-chemin de la préparation.
- Monsieur, je crois que vous avez connu mon grand-père, Abraxas Malefoy ?
Hermione leva la tête Slughorn passait devant la table des Serpentards.
- Oui, répondit Slughorn sans même regarder le blond. J'ai été désolé d'apprendre sa mort, mais il fallait s'y attendre. La Dragoncelle, à son âge…
Et le professeur s'éloigna. Hermione fut satisfaite de voir que Malefoy ne recevrait aucune distinction comme il en avait l'habitude avec Rogue, et qu'il devrait se fier à son seul talent pour obtenir la récompense. Il avait d'ailleurs l'air bien décidé à récupérer ce flacon de Felix Felicis, étant donné ses gestes rapides et concentrés pour hacher ses racines.
- Je peux t'emprunter ton couteau d'argent ?
Hermione se tourna vers Harry et acquiesça avec impatience. Sa potion avait toujours une teinte violet foncé, alors qu'elle aurait du tourner au lilas à ce stade de la préparation. Remarquant que le brun à ses côtés avait obtenu une potion rose pâle, elle souffla d'exaspération.
- Comment es-tu arrivé à ça ? Interrogea t-elle.
- Fais un tour dans le sens des aiguilles d'une montre…
- Non, non, le livre dit qu'il faut remuer dans l'autre sens, répliqua t-elle en pointant les instructions du doigt.
Harry haussa les épaules et repris son travail. De l'autre côté de la table, Ron marmonnait des jurons à flot continu. Sa potion ressemblait à du réglisse liquide. D'ailleurs, aucun élève hormis Harry n'avait obtenu la fameuse couleur pâle décrite dans le manuel.
- Et voilà, le temps est… écoulé ! Déclara Slughorn. Arrêtez, s'il vous plaît !
Il passa lentement entre les tables, examinant les chaudrons. Il s'abstint de tout commentaire, reniflant une potion, remuant un peu une autre. Enfin il arriva à la table où Harry, Ron, Hermione et Ernie étaient assis. Il eut un sourire navré devant la substance semblable à du goudron que contenait le chaudron de Ron. Il n'accorda aucune attention à la mixture bleue marine d'Ernie, mais salua d'un signe de tête approbateur la potion d'Hermione. Enfin, quand il vit celle de Harry, une expression de ravissement incrédule illumina son visage.
- Le vainqueur incontestable ! S'écria t-il à la cantonade. Excellent, excellent, Harry ! Dieu du ciel, il est évident que vous avez hérité du talent de votre mère, elle avait le don pour les potions, Lily, sans aucun doute ! Alors, le voilà, il est à vous ce flacon, comme promis. Faites en bon usage !
Harry glissa la fiole que lui tendait Slughorn dans sa poche intérieure. Hermione, malgré sa frustration, constata avec ravissement l'air furieux des Serpentards. Ron avait quant à lui, l'air abasourdi.
- Comment as-tu fait ça ? murmura le rouquin à son ami dès qu'ils eurent quitté le cachot.
- Un coup de chance, sans doute.
Mais Hermione remarqua son regard tourné vers Malefoy et devina qu'il ne leur disait pas tout. A l'heure du déjeuner, elle le cuisina, et lui raconta ce qu'il avait découvert dans son manuel de potion. Elle le regarda d'un air complètement désapprobateur.
- Tu crois que j'ai triché ? Fit-il, agacé par son expression.
- Ce n'était pas le résultat de ton travail, mais celui de son propriétaire, qui qu'il soit ! Répondit-elle avec raideur.
- Il a simplement suivi d'autres instructions que les nôtres, remarqua Ron avec justesse. Ça aurait pu finir en catastrophe, mais il a pris le risque et ça a payé. Moi, mon livre ne contenait qu'une trace de vomi à la page cinquante-deux, finit-il en grimaçant.
Hermione soupira. Son ami avait raison bien sûr, mais elle aurait vraiment voulu réussir sa potion parfaitement, elle aussi. Au moins avait-elle gagné des points pendant le cours, ce qui n'était jamais arrivé avec ceux du professeur Rogue les années précédentes. Ginny débarqua sans prévenir, houspillant Harry pour avoir suivi les instruction d'un manuel dont il ne connaissait pas le propriétaire, inquiète et furieuse. Le garçon se défendit lamentablement sous le regard de glace de la rouquine, et Hermione décida de tirer ça au clair. Elle attrapa le livre dans le sac de Harry sans prendre en compte ses protestations, et leva sa baguette.
- Specialis revelia ! dit-elle en donnant de petits coups secs sur la couverture.
Il ne se passa rien du tout.
- Tu as fini ? Demanda Harry, irrité. Ou tu veux attendre de voir s'il va faire des sauts périlleux ?
- Il paraît normal, déclara Hermione à contrecœur.
- Très bien. Dans ce cas, je le reprends.
Harry récupéra son bien avec un regard courroucé. L'arrivée de Peter détendit l'atmosphère suspicieuse qui régnait, tout enthousiaste qu'il était à l'idée d'aller en cours de botanique quelques minutes plus tard.
