Je suis né en plein mois d'octobre. Shiro me dit souvent que Maman m'attendait comme un miracle. Apparemment...il y avait eu des complications pendant la grossesse...j'ai donc toujours considéré que j'avais de la chance d'être né.
J'ai passé toute mon enfance et une partie de mon adolescence dans un très grand appartement en plein cœur de Chinatown, avec un père d'origine Japonaise et une mère d'origine Coréenne, on avait beau ne pas être chinois, c'était le lieu idéal pour nous. Chinatown devrait être renommé Asiantown...parce que clairement, il n'y a pas que la communauté chinoise qui s'y trouve.
L'immeuble d'en face contenait un super restaurant de nouilles et autres spécialités chinoises, la devanture me faisait trop rire, c'était un espèce de vieil asiatique cliché (avec la looongue barbe blanche et les yeux fermés) qui aspirait une grande bouchée de nouilles. Je jouais souvent devant avec Romelle. La gérante s'appelle Madame Wu, c'est une femme chinoise qui à l'époque était âgée d'une quarantaine d'années, elle nous donnait souvent des gâteaux de Lune à Romelle et moi...j'adorais ça. J'adorais Madame Wu, je l'adore toujours même, elle m'a appris à parler et écrire en chinois.
Romelle passait des journées entières chez moi quand on était petits, on faisait toute sorte de jeux dans l'appartement, dans le hall de l'immeuble ou dehors. Mais ce qu'on préférait faire...C'était s'allonger sur la table du balcon, la tête en bas pour…"regarder le monde à l'enver". Je me souviens de ses longs cheveux blonds qui pendaient et de nos petits rires quand Shiro nous hurlait de ne pas faire ça sous peine de faire montrer du sang à notre cerveau...mais on le faisait quand même.
"Tu veux faire quoi quand tu seras grande toi ?
- Moi je veux être la présidente du monde...et toi ?
- Je veux être un super héros !
- Oh trop bien ! Moi aussi je veux faire ça !"
On avait sept ans, des rêves pleins la tête et la tête dans les nuages.
Maman, n'était jamais là. Toujours au boulot. Le Commandant Krolia Kogane était connue pour son assiduité au travail.
"Maman ! Maman !
- Bonsoir Keith, bonsoir Romelle.
- Regarde, avec Romelle on a fait des dessins de…!
- Tout à l'heure mon chéri, Maman a du travail."
Avec du recul aujourd'hui, je pense que quelque part ça me blessait qu'elle pense plus à son travail qu'à sa famille. Heureusement, mon père était là.
Mon père est un homme formidable. Journaliste, il était souvent derrière son bureau à rédiger des pages et des pages d'articles. Il prenait quand même pas mal de temps pour ses fils. Je me souviens encore de la première fois où m'avait emmené à un match de baseball… J'avais six ans, il m'avait mit sur ses épaules et on avait crié pour encourager les joueurs.
Mon frère...Shiro. Que dire sur mon frère ? Je l'aime. Il a supporté toutes les horribles phases de ma vie où je faisais n'importe quoi...Il est toujours là pour moi. Même quand il a fallu passer me chercher au commissariat pour dégradation de bien public, j'avais quatorze ans, j'avais découvert que j'étais gay et j'étais énervé contre la Terre entière, ces deux éléments n'avaient pas réellement de rapport entre eux...mais ça résumait plutôt bien ma vie à ce moment là.
"Keith…
- Quoi ?
- Écoute, je sais ce que t'essaye de faire et-
- Et qu'est-ce que j'essaye de faire ?
- Tu fais des conneries pour attirer l'attention de Maman.
- N-
- Dis pas non, j'te connais...C'est nul de taguer des murs juste pour être un sale gosse. Tu devrais essayer de te faire remarquer en faisant de bonnes choses. Et là, Maman te regarda beaucoup plus, tu verras."
J'avais croisé les bras et je n'avais plus dit un mot dans la voiture. Il avait raison.
L'école m'ennuyait. J'étais doué en cours et ça m'ennuyait. J'allais à des soirées avec des gens de ma classe et l'une d'entre elles...changea ma vie. C'était ce genre de soirée adolescente classique : celle où on finit par jouer au jeu de la bouteille. Évidemment. C'était tombé sur moi et...ce mec, dont j'ai désormais oublié le nom...Je me foutais de l'embrasser, j'étais gay et jeune et...naïf. Il avait fait le mec dégoûté et j'avais juste haussé les épaules en riant. Ça a été ma plus grande erreur.
En sortant pour fumer...on m'avait attrapé et collé contre un mur et on m'avait frappé. Parce que j'étais gay. On m'avait frappé parce que j'étais gay, et j'avais terminé à l'hôpital. Points de suture, fractures, côtes pétées, j'avais dû...faire mon coming-out pour porter plainte pour violence homophobes…
À quinze ans, j'ai pris une décision, grâce à ma chère madame Wu, a qui je venais de rendre un ouvrage consacré aux citations de Confucius...J'adore la philosophie chinoise.
"Il y en a une que tu aime plus que les autres ?
- Pas vraiment. Et vous ?
- J'aime celle là…«Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal.»"
Je l'ai regardé un moment puis j'ai hoché la tête.
"Madame Wu...Je vais passer les examens pour entrer dans la police."
Elle m'avait sourit.
"Sois juste.
- Toujours."
À seize ans j'avais réussi tous les test à la perfection...Et donc j'avais été intégré dans une école de police. J'avais choisi d'être en internat, malgré les réticences de ma mère. Elle s'inquiétait pour moi, et ça me touchais mais j'étais décidé : Je voulais être en internat.
Steve.
Steve Williams.
Son nom était écrit sur ma feuille récapitulative juste à côté de mon propre nom.
Keith Kogane et Steve Williams, chambre 18 étage 2.
Ça allait être mon compagnon de chambre, et ça me faisait chier. J'aurais voulu être seul...aujourd'hui, je suis heureux que son nom et le mien aient été côte à côte ce jour là.
Je me souviendrais toujours du moment où je l'ai vu pour la toute première fois, il était assis sur son lit. Ce qui m'avait choqué c'était son look...Il avait les cheveux rouges, un piercing à l'arcade et les oreilles percés. Il m'avait regardé avec ses yeux bruns et m'avait sourit.
"Salut !
- Salut…"
J'avais posé mes affaires sur mon lit, à côté du sien, sans parler plus que ça. J'étais gêné...Il était beau et visiblement plus âgé que moi. J'avais fui vers les couloirs pour aller directement à la salle de réunion.
Je ne parlais à personne, je ne voulais pas qu'ils sachent mon nom ou mon âge…Bizarrement, j'entendais des petits bruits dans mon dos...Les nouvelles allaient vite. Tant pis. Ils pouvaient bien m'appelez "pistonné" je m'en foutait. J'avais seize ans et j'avais eu les meilleures notes aux tests et c'était pas grâce à ma mère.
Si ça n'avait été que les élèves, ça aurait été gérable...Mais...les officiers formateurs. n'hésitaient clairement pas à en rajouter.
"Messieurs. Nous avons dans nos rangs un petit...prodige. Un espèce de génie qui a obtenu la note maximale à tous les examens. Oui, tous. Physiques et théoriques. Mais sachez une chose importante...Je DÉTESTE les petits génies."
Il me fixait, pas subtile. Je restais impassible, ravalant ma fierté et me retenant de serrer le poing.
"Allez, vous me faîtes cinquante pompes, et toi Kogane tu m'en fais cent. ALLEZ !"
J'obéissais sans répondre. Je serrais les dents et j'obéissais. C'était le premier jour, et je sentais déjà que ce ne serait pas simple.
"Hey. J'peux m'asseoir là ?"
J'avais relevé la tête, encore lui, il souriait. J'avais juste haussé les épaules sans lui rendre son sourire et il posa son plateau en face du mien. On était assis sur une table du self et...extrêmement séparé du reste du groupe. Je ne savais pas ce qu'il me voulait mais quitte à devoir partager sa chambre...autant essayer d'être sympa avec lui. Il tendit la main vers moi toujours en souriant.
"Au fait j'm'appelle Steve Williams.
- Keith...Koagne.
- Kogane. Comme...le Commandant Krolia Kogane ?
- C'est ma mère.
- Trop cool !
- Bof...Tout le monde pense que j'ai été pistonné du coup.
- Pff. Ça leur passera. Alors...Apparemment t'es un p'tit génie ?
- Je...Me considère pas comme un génie ou quoi que ce soit.
- Ça se voit que t'es pas un vantard. Hé, au fait...Tu m'aideras avec la théorie ? Je galère des fois.
- Si...tu veux ?
- Merci mec !
- Pourquoi t'es sympa avec moi ?
- Parce que t'as l'air cool.
- C'est tout…?
- Bah ouais ?...Bon c'est aussi parce que les autres c'est vraiment des sales cons et toi...T'as vraiment l'air cool.
- Toi aussi t'as l'air cool.
- Je sais."
Il me fit un petit sourire d'orgueilleux puis on avait éclaté de rire en même temps.
"Tu sais qu'on est les deux plus jeunes ?
- Ha bon ?
- Hm, hm. On a dix-sept ans tout les deux, les autres ils ont entre dix neuf et vingt-cinq…
- En fait...J'ai seize ans.
- Nan, sérieux ?
- Ouais.
- ...Sans déconner ?
- Ouais.
- Putain…! T'es un génie pour de vrai !"
J'avais souris, je lui avais sourit. Il était si drôle…
On était devenu amis assez vite.
"Psst Keith."
Il posa son index et son majeur contre ses lèvres et je répondis en hochant la tête. Il leva son pouce droit pour signifier qu'il avait compris.
Cela faisait presque six mois, et ça se passait très bien, malgré les critiques et les piques de mes autres camarades. Je m'en foutais de toute façon, Steve était la seule personne avec qui je voulais être, faisant naître en moi ce sentiment d'aimer quelqu'un...J'avais juste peur qu'il le découvre et que tout s'écroule.
On fumait tout les deux, dehors, adossés contre un mur. Un gars arriva suivit d'un petit groupe en ricanant.
"Bah alors les amoureux, vous vous enculez pas ?"
J'allais répliquer mais Steve passa juste devant moi.
"Non, on a finit là. Cigarette post-coïtale. Ça te pose un problème ?
- Non, non…
- Super. Maintenant tire toi parce que je vais sucer Keith et j'ai pas envie que ta face de puceau le mette mal à l'aise."
J'étais bouche bée. Les mecs avaient disparu aussi vite qu'ils étaient arrivés. Steve écrasa son mégot au sol en soufflant.
"Quelle bande de cons.
- Put-...Wow. Steve ?!
- C'était violent tu trouve ? Oh merde. Je t'ai pas mis mal à l'aise j'espère ?
- Non, non, non ! T'as été...Wow...Mais t'as pas peur qu'ils y croient pour de vrai ?
- De quoi ?
- Qu'on…soit ensemble ?"
Il haussa les épaules en riant.
"On s'en fout non ? Ça te foutrait la honte d'être avec moi ?
- Non...Et toi ?
- Je sais pas si je dois vraiment te répondre…Keith...
- Quoi ? Pourquoi ?"
Il se contenta de me sourire puis il m'ébouriffa les cheveux en me faisant un clin d'œil.
"Pour rien. Ramène toi, on est en retard."
J'étais amoureux.
Soirée de mon anniversaire. On était dans un espèce de motel bizarre et on faisait la fête tous ensemble, parce qu'avec le temps...Les autres avait arrêté d'être cons. J'avais bu, beaucoup, ça amusait les autres de me voir bourré. Parce que j'étais très jeune et que je ne tenais pas bien l'alcool.
"Allez Keith ! Ouais, ouais !
- Bon, stop, ça suffit.
- 'Tain t'es pas drôle Williams, un peu plus et il vomit c'est sûr !
- Ouais bah justement."
Steve m'avait porté en me faisant m'appuyer contre ses épaules jusqu'à sa chambre. Il m'avait posé sur le matelas et j'avais tiré sur sa veste pour le rapprocher de moi.
"Tu veux vomir ?
- Non…!"
J'étais complètement bourré. Je me souviens avoir passé ma main sous son pantalon comme si c'était la chose la plus normale du monde.
"Je veux...toi.
- Quoi ?
- Toi.
- Moi ?
- Oui. Oui...Steeve…
- Keith qu'est ce que...tu...fais…arrête sinon je ne vais pas...pouvoir...résister…"
J'ai eu un gros black out cette nuit là. En me réveillant j'étais sans aucun vêtements, allongé juste à côté de Steve.
"...Oh non."
J'avais essayé de sortir du lit discrètement mais il m'avait attrapé par le poignet, il souriait, les yeux fermés.
"Où est-ce que tu crois aller comme ça Keith ?
- ...Nulle part ?
- Tant mieux."
Il me tira sur lui et m'enlaça.
"Je t'ai eu, je te garde.
- T'es pas... fâché contre moi ?
- Non. Pourquoi ? Je devrais ?
- Je sais pas...j'ai un peu forcé hier non ?
- On force tous quand on est bourré et pour info...on a rien fait.
- Ah bon ?
- Ouais, tu t'es endormi dès que t'as été à poil.
- Oh...putain…
- C'est pas grave.
- J'ai la honte.
- C'est pas grave ! Hahaha !"
Il souleva doucement ma frange de cheveux noirs.
"Tu sais que t'es beau toi ?
- Ah ?
- Hmhm."
Ses mains caressaient mon visage et mes épaules. Il me souriait, allongé sous moi. Il se releva légèrement pour m'embrasser mais... j'avais reculé.
"Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est pas un piège ?
- Un piège ?
- Tu m'embrasse pas pour me faire du mal après ?
- Mais bien-sûr que non enfin...Keith…
- Jure le.
- Je te le jure…"
Alors j'avais fermé les yeux et j'avais échangé mon premier vrai baiser avec un garçon. C'était un moment incroyable pour moi…Ça a avait été suivit de ma toute première fois, le premier matin de l'année de mes dix-sept ans.
J'étais heureux, j'étais avec lui.
"Qu'est ce que...t'es entrain de faire ?
- J'ai reconfiguré la chambre pour qu'on puisse baiser tranquille.
- Pfff...hahaha !"
Steve avait déplacé nos lits au centre de la pièce et les avaient collé ensemble. Ça faisait deux semaines qu'on était ensemble, en secret, et qu'on ne pouvait pas avoir de relation sexuelles à cause de la crainte de faire trop de bruit.
"Rigole, rigole. Mais regarde comme je suis génial : Ça touche pas les murs donc là…"
Il monta sur le matelas et s'installa sur ses genoux, en bougeant son bassin.
"Là, tu peux hurler et bouger en mode : "haaaan Steve ! Oh oui ! Ouiii ! Han ! Han !"
- Ferme ta gueule putain."
Je m'étais jeté sur lui en riant. Il me faisait tellement rire. Je l'avais embrassé et il avait ricané un peu avant de l'embrasser encore.
"Et puis d'abord, pourquoi ce serait pas toi qui ferais : "Haaaan ! Keith ! Keith ! Oh ouiiii !"
- On se le fait avec un shi-fu-mi ?
- Pff. Ok.
- Shi-fu-mi ! Et boum, la feuille enveloppe la pierre et donc...Tu vas faire "oh oui, oh oui !"
- Gngngn. Je ferais en sorte de rester silencieux.
- Ah non ! Tu gâche pas mon plaisir !"
Je rigolais bien avec lui, s'ajoutant à ça le plaisir des premières expériences sexuelles et le bonheur d'être amoureux et d'être aimé.
Et puis un jour, Steve me parla d'Amanda, c'était un matin d'une journée de repos. Il baladait ses doigts contre ma nuque, jouant avec mes cheveux.
"Je...Je vais être Papa."
J'étais tellement surpris que je ne savais pas quoi lui dire. Il me raconta que lorsqu'il avait seize ans il sortait avec une fille : Amanda, avec laquelle il avait rompu parce que...il ne l'aimait plus, et tout allait bien entre-eux. Problème : Elle était enceinte.
"Et elle a voulu le garder...et…Je crois que ça me va. Le truc c'est d'assumer...
- Elle accouche bientôt ?
- Dans un mois.
- C'est une fille ou un garçon ?
- Une fille…On va l'appeler Kelly.
- C'est joli...Kelly.
- Ouais. Tu veux bien rester avec un futur papa en alternance ?
- Pourquoi je voudrais plus de toi après ça ?
- Je sais pas…"
J'avais juste secoué la tête en souriant et je l'avais embrassé.
"J'm'en fous. Je t'aime…
- Hm...Ça tombe bien, je crois que moi aussi...Bébé.
- T'arrête de m'appeler comme ça immédiatement !
- Okay Bébé.
- STEEEEVE !"
Après l'école de police, on avait été recruté dans le poste de la ville. C'était pas super palpitant parce qu'à dix-huit et dix-neuf ans, on nous confiait pas les trucs les plus intéressants mais c'était un début et on travaillait ensemble alors on était contents.
On avait emménagé séparément par rapport à sa fille...On avait peur que ça complique les choses au niveau de son droit de garde. Au bout de deux ans il avait bien fallu que je rencontre Amanda, elle était très gentille et savoir que Steve et moi étions ensemble ne la gênait pas. Ce fut ma première rencontre avec Kelly, à l'époque âgé d'un an. Elle était adorable, habillée avec un body tout rouge, Steve me l'avait mise dans les bras et avait trouvé très drôle la façon dont elle jouait avec mes cheveux. Kelly m'avait très vite adopté, et je voyais bien que ça le rendait heureux.
Même si on ne vivait pas ensemble, Steve passait une semaine entière sur deux chez moi, et sinon c'est moi qui était chez lui. On vivait au rythme de son droit de garde. Et ça ne me gênait pas...Pas encore.
Un de mes plus beaux souvenirs de notre relation est une après-midi d'hiver de mes dix-neuf ans. Steve embrassa ma nuque alors que j'étais allongé, sur le ventre, sur le canapé, concentré sur l'écran de mon ordinateur portable. Il me grimpa dessus.
"Qu'est-ce que tu fais Bébé ?
- Je bosse figure toi. Je fais un rapport.
- Hmhm...T'as oublié de remplir une case là.
- Ah oui...Merde ! Arrête de me déconcentrer !"
Il m'embrassa encore dans le dos, en soulevant mon haut. Je commençais à avoir chaud.
"Hn...Steve je plaisante pas...Je dois vraiment... Vraiment... Vraiment...
- Vraiment ?"
Il m'avait tiré sur lui et baissa mon pantalon de jogging noir jusqu'à mes chevilles, puis il me retourna. Il me regarda avec son petit sourire en coin, constatant que j'étais en érection.
"Dit rien.
- Je dirais rien."
Il passa sa tête entre mes cuisses en bloquant mes genoux contre ses épaules. Il toucha mon gland d'abord du bout de ses lèvres, en l'embrassant, puis je sentis la chaleur de sa langue l'entourer. Je ne pouvais pas retenir mes gémissements. Il avait commencé à me préparer pour la pénétration avec une main et il envoya valser mon pull rouge à l'autre bout de la pièce avec l'autre. J'eu à peine le temps de pousser mon ordinateur avant qu'il ne se redresse pour me prendre.
Nous étions en "pleine action" quand la sonnerie de son portable se mit à retentir, ça venait du sol, au milieu de nos fringues. J'avais froncé les sourcils en le voyant ralentir ses coups de rein pour regarder qui l'appelait. Il esquissa un petit sourire et je vis qu'il allait décrocher.
"T'ES PAS SÉRIEUX ?!
- Chut, c'est Amanda."
Son ex l'appelait, et il osait décrocher alors qu'on faisait l'amour, mais je n'arrivais pas à aligner deux mots étant donné qu'il se mit à accélérer ses mouvements.
"Oui ? Huhun ?"
Il était au téléphone, avec son ex, tout en bougeant son bassin à une vitesse folle. J'avais du mal à contenir mes gémissements, ça avait l'air de l'amuser cet imbécile. J'ai attrapé un coussin pour étouffer le son de ma voix.
"HMHM…!
- Hein ? Oh nan, c'est rien. C'est Keith qui fait du sport. Hmhm ?"
Il était tellement naturel, j'aurais presque été jaloux devant son self-control.
"Amanda te dit bonjour Keith."
Il me retira le coussin qui me servait de sourdine et je dû me plaquer les mains sur les lèvres pour ne pas hurler quand je sentis qu'il avait atteint ma prostate. J'avais basculé ma tête en arrière tant il était difficile de ne pas manifester mon plaisir : J'étais proche de l'orgasme.
"Il te dit bonjour également."
Il fallait croire que Steve l'était également puisque sa voix craqua un peu lorsqu'il dit à Amanda qu'il allait raccrocher.
"J'dois te laisser, j'ai un truc important à finir. Ouais, bye."
Il avait balancé son téléphone de l'autre côté du canapé, derrière lui et se pencha plus sur moi, ses cheveux frôlants doucement mon front. Il retira mes mains de ma bouche et croisa ses doigts avec les miens, au dessus de ma tête.
"Keith...Hn...Keith..."
J'étais incapable de parler, je sortais juste des cris et des gémissements longs et forts. J'ai dégagé une main pour la poser contre le dos de Steve. J'y étais, j'ai hurlé en griffant son dos. Il finit par jouir en poussant un cri. Il s'écroula contre moi en soufflant et en souriant.
"Je t'aime...
- T'ES UN ABRUTI !
- Je t'aime Keith.
- T'ES UN GROS CON PUTAIN DE-"
Il m'embrassa et je n'étais plus fâché après lui, mais je boudais quand même pour ne pas lui donner raison.
Il caressa mes cheveux du bout de ses doigts.
"Arrête de faire le blasé. Tu m'aime.
- Pfff.
- Dit le~!
- Non.
- Dit le...
- ...Hm...Moi aussi."
Après ça il n'avait plus rien dit et il s'était endormi contre moi, la neige tombait dehors et je n'avais plus envie de travailler...juste d'écouter la respiration très douce de mon petit-ami près de mon oreille. J'étais heureux...avec Steve.
J'ai été promu Lieutenant à seulement vingt ans, il paraît que c'est un genre d'exploit, mais c'était grâce à mes compétences alors j'étais plutôt fier de ce nouveau badge. Steve fut promu quelques mois après moi et lentement après ça...les choses ont commencé à changer.
On était toujours partenaires mais on bossait aussi séparément, j'avais énormément de travail et lui aussi et puis il avait également peu de temps entre sa fille et moi...alors... terminées, les semaines complètes chez lui ou moi. Au début il faisait des efforts et j'en faisais aussi et au fil du temps...les choses commencèrent à glisser…
On se disputait souvent et c'était très bizarre parce qu'il était si calme et moi...moi je me mettais en colère.
"Keith, calme toi…
- Non ! Non ! J'ai pas envie de me calmer ! Tu m'énerve !
- Keith.
- Non ! Putain ! Je sais que ta fille est importante mais...et moi ? MOI ?
- C'est toi qui pouvait pas la semaine dernière à cause de ton boulot.
- MERDE ! J'en ai marre. J'me tire.
- Attend Keith, calme toi et on en parle…
- Me touche pas. Ça me saoule...Tu...Écoute, prend tout le temps que tu veux avec ta fille, moi j'en peux plus de t'attendre."
J'avais claqué la porte de son appartement et je m'étais dirigé à l'appartement de mes parents. Je me souviens avoir passé la nuit à parler avec mon père, il m'aida a décidé de faire un break avec Steve.
"C'est vraiment ce que tu veux ?
- Je pense que ça nous fera du bien...à tous les deux…
- T'es en train de me larguer en douceur, c'est ça ?
- Non, Steve c'est pas ça…Peut-être qu'on est trop...L'un sur l'autre ? Qu'on s'étouffe ?
- Peut-être... Peut-être que tu cherche une excuse parce que tu m'aime plus.
- Putain mais Steve ! Tu pige pas que ça m'emmerde aussi cette situation ?!
- Keith...On est pas obligés d'en arriver là...Je veux dire...Je t'aime."
Il posa sa main contre ma joue et se pencha pour m'embrasser et j'avais reculé rapidement.
"Je vais ramasser mes affaires."
Je savais que ça lui faisait mal, et à moi aussi ça me faisait mal, mais... j'avais besoin de ça.
On avait eu quelques mois où on alternait entre l'amour fou et les break à répétition et je ne sais pas...On avait de fort moment passionnés mais séparés de crises tellement fortes qu'elles les effaçaient…
Un jour...ça avait fini par exploser, on avait rompu.
J'avais les mains attachées dans le dos et cet espèce de connard me regardait d'un œil malsain, faisant tourner son arme tel un cowboy cliché. Il fit glisser le canon contre ma joue, l'odeur de la poudre envahissant mes narines.
"Alors, alors...T'es presque adorable toi. Ils recrutent dès la maternelle les flics maintenant ?
- Va te faire mettre connard.
- Wow...Relaaaax. Il mordrait presque en plus ?
- Vas-y, détache moi tu vas voir si j'mords.
- Bébé. Calme toi.
- QUE JE ME CALME ?! CE GROS CON POINTE UN FLINGUE SUR NOUS ?
- Je sais...Je sais. Mais il faut que tu te calme. Je gère.
- Ah ? Vraiment ? T'es autant attaché que moi, j'te signale.
- T'inquiète. Je gère. Excusez le il est...heu...un peu spontané."
J'ai levé les yeux au ciel.
"J'suis peut-être spontané, mais MOI, au moins, je suis pas passif face à la situation.
- Ah parce que tu penses que c'est en t'énervant qu'on va régler le problème actuel ?"
On était entrain d'avoir notre énième dispute, et ce n'était pas uniquement à cause de cette situation précise...c'était plus...global.
"C'est moi ou...Ils nous calcule plus ?
- Menace les putain !
- HÉ LES POULETS ON VOUS-
- VOS GUEULES ON EST OCCUPÉS LÀ !"
On l'avait dit exactement en même temps, preuve que malgré tout, on avait encore une incroyable proximité.
"Il va se calmer le vieux couple.
- Vous voyez pas qu'on a des trucs à se dire ?
- Et si je tue ton petit-ami, là ça va te calmer ?"
Il avait pointé son pistolet contre le front de Steve, qui lui, leva les yeux de manière lasse et soupira un grand coup avant répliquer mollement.
"Ex.
- Qu'est-ce que tu dis toi ?
- Ex petit-ami. On est en plein break, parce Monsieur ne sait pas concilier son boulot et son mec.
- Ah parce que tu sais concilier ta fille et ton mec toi visiblement !?
- J'ai pas dit que j'étais mieux.
- Tu l'as vachement sous-entendu j'trouve."
C'était peut-être pas le bon moment mais c'est à ce moment que c'est arrivé, c'est comme ça...
"Putain...C'est toujours la même chose avec toi. Arrête d'être comme ça.
- Comment ça ?
- Tu sais, comme ça. J'en peux plus de ta susceptibilité.
- Et moi j'en peux plus de ton détachement face à tout ! Tu fais pas d'effort !
- T'en fais pas non plus !
- J'en ai marre !
- Alors pourquoi on continue d'essayer ?!"
Mes yeux étaient pleins de larmes, parce que je savais qu'il avait raison. Le gars qui menaçait Steve poussa un long cri pour attirer notre attention.
"Bon. Vous avez fini ? Lequel je bute du coup ?"
Steve soupira.
"J't'avais oublié toi. Tu commence à me saouler."
Là dessus il réussit à le mettre au sol avec ses jambes, pour prendre son arme et il tira une balle dans la cuisse du second. Il me détacha et on se fixa un long moment, et il appela des renforts.
Quelques heures plus tard, on était dans sa voiture...dans un grand silence.
"Keith...Je t'aime... Mais ça peut plus durer...
- Je sais...
- Je crois...Qu'il faut qu'on arrête.
- Je crois aussi...
- Alors c'est fini...?
- C'est fini."
Le visage tourné vers la vitre, peu à peu, les lumières des néons de la ville me semblèrent floues...J'étais entrain de pleurer.
On avait commencé à s'éviter après ça. Je ne voulais plus le voir...et il semblait ne plus le vouloir non plus.
Je me souviens du jour où l'on a décidé d'accepter cette situation...On était envoyé en mission en groupe pour une intervention dans un appartement d'un important dealer. Le type avait une arme automatique et tirait dans tous les sens, puis il était sorti de son appartement par le toit et je l'avais coursé. Jusqu'à ce que mon chargeur soit vide…
"Alors lieutenant ? On dirait que t'es dans la merde.
- Tu veux tuer un flic ? T'es sûr ?
- J'vais me gêner."
Il était très sérieux, et je cru sincèrement que mes derniers instants étaient venus…soudain un coup de feu et le mec s'écroula au sol en se tenant la jambe. Steve baissa son arme et se rapprocha de moi, le type était au sol entre nous.
"Keith, est-ce que ça va ?
- Ou...Ouais. Merci…"
Un autre coup de feu et une douleur aiguë au niveau de mon ventre.
"KEITH !"
J'étais tombé sur mes genoux, tellement de sang coulait et j'avais si mal. Steve tira sur le dealer une seconde fois puis il se rua sur moi.
"Keith ! Reste avec moi ! Keith !"
Mes yeux se fermèrent.
Je repris connaissance dans une chambre d'hôpital, Shiro était à côté de moi et sursauta en constatant que mes yeux étaient ouverts.
"Keith !
- Shi..ro ?
- Steve ! Il est réveillé !"
Steve se leva depuis l'autre bout de la chambre et s'approcha de moi.
"Hey…
- Salut…
- Je vous laisse ?...Je vais vous laisser."
Mon grand frère quitta la pièce me laissant tout seul avec mon ex-petit ami.
"Je t'en dois une…
- Ça c'est clair.
- Oui bon, calme toi."
Il passa sa main dans mes cheveux.
"T'étais pas obligé de-
- Je t'arrête tout de suite. Tu vas dire une connerie là.
- Attend Steve...Je veux dire...On est plus ensemble...T'as aucunes obligations envers moi.
- Keith, on est plus ensemble, c'est un fait. C'est comme ça…Une relation ça s'achève toujours, d'une manière...ou d'une autre. "Jusqu'à ce que la mort vous sépare" c'était pas fait pour nous, c'est tout...Mais...On est pas obligés de disparaître de la vie de l'autre. C'est parce qu'on ne s'aime plus, qu'on ne peut plus prendre soin l'un de l'autre. Je...je veux qu'on reste amis, partenaires. Mais toi…Qu'est-ce que tu veux toi ?
- La même chose…"
Il avait souri doucement et m'avait caressé la joue.
"Et là, tu vas me faire le plaisir de prendre une semaine de vacances parce que t'en a besoin.
- Haha...Ok, le temps que je cicatrise.
- J'te ferais à manger si tu veux.
- Nan, nan merci. Mon estomac a assez pris.
- Tu fais le malin avec moi ? Sérieusement ?
- Nooon ?
- Mais Keith, mais tu cherche !
- Mais nooon !"
On riait et j'étais heureux et soulagé malgré un profond regret. À l'époque, je croyais que je n'aimerais plus jamais quelqu'un autant que lui...Et puis...j'ai rencontré Lance.
