Tout d'abord, comme à chaque début de chapitre ces temps-ci, je tiens à vous présenter mes plus plates excuses pour ce délai horriblement long. J'espère sincèrement que vous ne m'en voulez pas trop. Pour ma défense, je pourrais encore tout mettre sur la faute de mes profs plus sadiques les uns que les autres, mes périodes de cours toujours plus denses et de mes nuits perturbées par mon voisin de m**de mais ça ne serait pas honnête. ( mais tout ça reste vrai T.T)

Bref, si ça peut vous rassurer, la suite directe de ce chapitre est partiellement écrite ce qui va pas mal aider, et le chapitre concernant Edward et la rencontre du maître est entamée (merci les vacances !).

PS : Pour des raisons scénaristiques, il y a plusieurs points de vue différents qui s'alternent dans ce chapitre. Au cas où j'aurais foiré quelque chose et que ça ne se verrait pas, voici l'ordre : Alphonse – Riza – Alphonse.

Bonne lecture ^^


Chapitre 12 :

Il n'était peut-être pas un très bon coureur, et quoi de plus normal après avoir passé tant d'années dans une boîte de conserve mais, vraiment, jamais course à travers les bois ne lui avait paru si pénible ! Que ce soit à cause de feuilles mortes particulièrement glissantes ou bien à cause d'un morceau de bois mort cédant sous son poids, à chaque foulée, le sol semblait se dérober sous ses pieds dans le seul et unique but de le faire plonger la tête la première dans les ronces.

Lesdites ronces, tout comme les branches basses ne lui facilitaient pas le moins du monde la tâche. Les tiges épineuses lui lacéraient les jambes et lui retenaient les chevilles tandis que des arbres sournois laissaient trainer leurs branches à hauteur de visage, le forçant parfois à se plier en deux pour passer sans avoir à manger de l'écorce. Ses reins lui promettaient déjà de lui faire chèrement payer cette gymnastique et ses jambes, elles, ne le soutenaient plus que par un miracle opportun.

L'air avait beau se rafraichir, chaque bouffée d'oxygène lui brulait la gorge comme de l'acide et, lorsqu'il trébucha sur une racine, l'inspiration surprise qu'il prit le fit alors tout autant souffrir que les épines sous ses paumes. Il se releva péniblement, pour inspecter les dommages on avait vu mieux, mais au moins, aucun os essentiel à la course n'avait cédé. A l'idée de repartir, toutes les fibres de son corps le supplièrent de s'arrêter là, ou d'au moins ralentir la cadence, mais Alphonse ignora la douleur et reprit sa route, accélérant même le rythme lorsqu'un aboiement sec se fit entendre.

Il fallait qu'il continue, coûte que coûte ! Non seulement pour mettre ses fesses à l'abri de la meute de chiens qui le poursuivait mais aussi, et surtout, pour que le temps que le Colonel avait réussi à lui gagner ne soit pas perdu. Il secoua la tête rageusement. En temps normal, il n'aurait jamais accepté de laisser quelqu'un se sacrifier pour lui de la sorte mais en retrouvant son corps Alphonse avait totalement perdu son objectivité d'antan –en même temps que son endurance sans limite.

Désormais être de chair, de sang et sous le joug de tout un régiment d'hormones, il s'était laissé avoir par l'excès d'adrénaline comme un bleu. Alors qu'ils s'étaient retrouvés encerclés par les chiens, les gardes et les restes enflammés de leur ballon, la panique lui avait ôté toute raison et l'argument du Colonel, prononcé avec force et conviction lui avait paru plein de sagesse. Aussi, sans plus d'hésitation, il avait fui.

Comme un lâche.

Alphonse laissa échapper une plainte étranglée à cette remarque personnelle particulièrement acerbe. C'était incontestable que, dans le pire des cas, l'un d'entre eux devait revenir entier à Central pour faire part de leur découverte au reste de l'équipe mais s'il y avait bien une personne qui aurait dû se sacrifier, c'était lui, pas le Colonel. Cette réalité lui pinçait le cœur plus encore et rien ne semblait pouvoir le débarrasser de ce sentiment de culpabilité. Encore maintenant, alors que les aboiements continuaient dans son dos, une part de lui essayait de le convaincre que ce sacrifice n'en était pas un et que, par Dieu seul savait quel miracle, Mustang le suivait de près, mais sa raison venait toujours lui rappeler que cette idée était tout simplement ridicule.

_ « Aïe ! »

Un buisson de ronces, plus dense qu'ailleurs ralentit subitement sa course et les épines crochues de ces foutues plantes n'eurent aucune pitié ni pour son pantalon ni même pour ses jambes. Note personnelle : si possible, éviter les zones épineuses. Seulement, quelques minutes plus tôt, les nuages avaient définitivement chassé le soleil et ce dernier devait maintenant être proche de l'horizon, si ce n'est complètement caché derrière lui, plongeant les sous-bois dans une semi-obscurité glaciale. Les branches se découpaient encore sur un ciel gris-violacé mais bientôt, Alphonse serait forcément obligé de courir à l'aveugle.

Lorsque les gardes les avaient rejoints au sol, il avait fui dans la direction opposée, sans même chercher à se s'orienter pour sortir au plus vite de la forêt mais maintenant il le regrettait amèrement cela faisait plusieurs dizaines de minutes, peut-être plus d'une heure qu'il s'époumonait, se tordait les chevilles sur le sol irrégulier et pas une seule trouée ne s'était présentée. C'était à croire que ce bois était sans fin !

Alors qu'il commençait à sérieusement considérer l'option de grimper dans le gros chêne qui dormait un peu plus loin et de s'y cacher en attendant que la nuit efface ses traces, les troncs des arbres au-delà dudit chêne se découpèrent sur un fond de ciel presque éteint. Ragaillardi par cette bonne nouvelle, Alphonse allongea ses foulées, sauta littéralement par-dessus les dernières souches et écarta les dernières branches avec fébrilité avant de pouvoir enfin respirer l'air frai de la rase campagne.

Emporté par son élan, titubant presque arrivé en bas du talus marquant la fin de la forêt, il poursuivit sa course dans le champ voisin qui, à son plus grand malheur se trouva être un champ de maïs largement arrivé à maturité. Les pieds étaient plantés en rangs serrés, parallèles à la lisière, ce qui l'obligea, pour poursuivre sa trajectoire, à passer au travers de véritables murs végétaux. Il en franchit quelques-uns, peut-être quarte ou cinq, mais leur résistance finit par décourager le cadet Elric qui s'arrêta au milieu d'une allée, vaguement dérangé par le fait de se trouver au beau milieu de plantes estivales en tout début de printemps.

Pas le temps de tergiverser là-dessus, songea-t-il, sa priorité était d'échapper aux chiens et sa meilleure chance restait de rejoindre Central le plus rapidement possible. Courir vite, ça il pouvait toujours y arriver, ou du moins en théorie, mais le plus dur était évidemment de courir dans la bonne direction. En observant le ciel presque entièrement revêtu de sa tenue de nuit, Alphonse repéra sur sa gauche une très large zone de nuages éclaboussés par des éclairages artificiels vers laquelle il se dirigea immédiatement. Aucune ville à part de Central ne pouvait illuminer le ciel de cette façon.

Pour plus de précautions, il traversa deux autres rangées de maïs avant de se mettre à courir aussi vite que ses jambes le lui permettait encore. Le champ lui offrait deux, peut-être trois cent mètres de piste à couvert et, aussi ridicule que sa couverture de maïs pouvait paraître, Alphonse redoutait déjà de ne plus l'avoir autour de lui. Inévitablement, les derniers pieds arrivèrent, sonnant le glas de son couloir protecteur, et il dû cette fois couper à travers un champ de blé.

Après avoir aperçu la trainée de tiges écrasées qu'il laissait derrière lui, et cela au bout de plusieurs dizaines de mètres, Alphonse commença à paniquer. Grâce à son manque de tact, les gardes n'avaient plus besoin de chiens désormais, ils n'avaient qu'à suivre les traces de pachyderme. Ne manquait plus que des pancartes lumineuses et tout y était !

_ « 'Fait chier…. »

Le champ suivant, en friche, ne lui apporta pas plus de réconfort et, regardant sans cesse au-dessus de son épaule, il surveilla avec angoisse l'approche de ses poursuivants. Seulement, à dire vrai, la nuit de plus en plus noire lui permettait à peine de distinguer le sol du ciel –et encore moins un chien filant sous les blés. Devant lui en revanche, le décor se découpait nettement sur le ciel orangé de Central et entre les buissons et quelques arbres, pas très loin devant, Alphonse repéra un grand corps de ferme éclairé.

Les chiens s'appelaient entre eux et, réalisant avec effroi que leur nombre et le volume de leurs appels avaient augmenté, Alphonse retint un sanglot étouffé. Un frisson lui parcouru l'échine et sembla redescendre apporter un renouveau d'énergie à ses pauvres jambes. Il vola à travers les derniers champs presque aussi vite que s'il avait tout juste commencé à courir alors qu'en toute logique physique, il aurait dû être à deux doigts de cracher ses poumons et de crever à l'endroit précis où il se serait arrêté.

A bout de souffle, mais pas encore mort, le cadet Elric arriva enfin dans la ferme à proprement parler.

La maison des exploitants dominait une large cour qui, à en voir les traces de roues et de bétails éclairées par un spot assez agressif, était plus un carrefour qu'une véritable cour. Les outils agricoles dormaient sous un grand hangar ouvert de part et d'autre tandis que, de l'autre côté de la cour, s'étendait un deuxième hangar, fermé et de taille impressionnante.

D'autres bâtiments formaient des barrières tout autour mais Alphonse n'hésita pas plus longtemps et tenta sa chance avec le deuxième hangar, le plus grand, dans l'espoir de trouver un moyen de transport rapide et silencieux. Avec une telle ferme, songea-t-il, il ne pouvait pas ne pas y avoir de cheval parmi les bestiaux retenus derrière la lourde porte en bois qu'il tenta de faire glisser le plus silencieusement possible.

Plusieurs moutons bêlèrent à son arrivée pourtant discrète tandis que d'autres commèrent à s'agiter, remuant la paille nerveusement sans le quitter des yeux. Se privant délibérément de l'air frai et merveilleusement inodore de l'extérieur, Al referma la porte tout aussi discrètement. Si le bétail continuait à paniquer ainsi, les chiens ne seraient plus que le cadet de ses soucis les propriétaires le chassant à coup de carabine, en revanche…

Par chance, lesdits propriétaires n'avaient effectivement pas entièrement modernisé leur exploitation et possédaient encore un cheval de labour. Le grand animal le regarda approcher d'un air vaguement inquiet et il était si massif que ce ne fut qu'à quelques mètres de lui qu'Alphonse remarqua la présence d'un autre équidé. Celui-là, plus léger, ne se réjouissait manifestement pas de le voir débarquer à cette heure tardive. Les yeux écarquillés et rivés sur le jeune alchimiste, les oreilles plaquées en arrière et la tête levée bien haut : toute son attitude respirait l'hostilité et aurait découragé nombre de cavaliers. Néanmoins, après avoir attrapé une bride au mur, Al entra dans la stalle.

Après lui avoir brièvement flatté l'encolure en guise de présentation, il s'attela aussitôt à lui passer la bride. Seulement cet imbécile, en plus de maintenir sa tête en hauteur, refusait catégoriquement d'ouvrir la bouche pour prendre le mord. A l'extérieur, les chiens se faisaient de nouveau entendre, signe qu'ils n'étaient plus très loin, et Alphonse finit par perdre ce calme qu'il s'était imposé pour ne pas effrayer les bêtes sous le hangar.

D'un geste ferme il agrippa la mâchoire inférieure de la mule qu'il essayait de brider, tira vers le bas et passa le bout de ses doigts et de son pouce sous la langue de l'animal qui cette fois desserra les dents juste assez longtemps pour lui permettre de passer la barre de métal. En moins de trente secondes, la bride était en place et cheval et cavalier faisaient face à la porte d'entrée.

Seulement, à peine eut-il ouvert ladite porte que déjà un des chiens pénétrait dans l'enceinte de la ferme, les oreilles abattues et les crocs luisants sous l'éclairage artificiel. Sans plus tarder, en prenant appui sur une pierre affleurante du bâtiment, il enfourcha sa monture et la talonna fermement, avant même d'avoir ajusté les reines.

Le chien, à présent au deux tiers de la cour, leur bloquait le passage vers la sortie principale et trois autres molosses s'approchaient rapidement de leur position. Tout en priant pour qu'il ait une meilleure connaissance des lieux que lui, Alphonse laissa l'instinct de survie de l'équidé guider leur course. Après avoir viré violemment dans la direction opposée de celle des quatre chiens, sa monture s'engouffra entre la maison et le hangar, vira une nouvelle fois derrière une remise à foin puis, une fois la voie dégagée, fila comme une flèche à travers champ.

Le chien qui les avait presque rattrapés pendant leur course à l'intérieur de la ferme perdait maintenant du terrain. Lentement. Trop lentement au gout de l'alchimiste qui pressa plus fort les flancs du cheval qu'il venait de voler.

Bercé par le souffle rauque et l'allure cadencée de son compagnon de fortune, Alphonse tenta de retrouver un semblant de self-control mais l'angoisse de voir subitement débarquer ses poursuivants en voiture ne le quittait pas et il gardait un œil partout autour de lui. Pour le moment, ils n'avaient pas croisé de route et par chance les fermiers avaient opté pour un cheval à la robe foncé ce qui les rendait presque invisibles dans la pénombre mais mieux valait ne pas sous-estimer ces drôles de gardes.

Justement, la balle qui frappa le sol à quelques mètres sur sa droite vint confirmer ses craintes en même temps qu'elle surprit son cheval qui fit un violent écart. Devant lui, sur un horizon rehaussé par un relief à proximité, plusieurs bosquets d'arbres se découpaient sur le ciel orangé avec une netteté digne d'un décor de théâtre. Le dénivelé, bien que ridicule comparé à ceux de sa région natale, semblait assez important pour masquer leur fuite pendant quelques mètres –assez pour trouver une meilleure solution que la fuite en ligne droite. Une fois sur l'autre versant, songea-t-il, ils seraient complètement intouchables pendant toute la durée nécessaire à leurs poursuivants pour atteindre la ligne d'arbre au sommet et là-bas, il aviserait.

L'idée était des plus plaisantes dans le contexte présent, alors que les balles continuaient de siffler près d'eux, mais encore fallait-il atteindre le sommet en vie. Le faux-plat sur lequel ils se trouvaient semblait sans fin et à chaque impact de balle, Alphonse se préparait à voir sa monture s'écrouler au sol. Recroquevillé sur lui-même, le nez caché derrière la poignée de crins qu'il serrait fermement depuis le début des tirs, il accompagna le mouvement avec le plus grand soin pour faciliter la course de son compagnon.

Finalement, le relief s'accentua, s'accentua jusqu'à ce que la pente devienne si raide que les foulées régulières de sa monture se transformèrent en bonds élastiques qui le ballottèrent méchamment. Voyant que leur vitesse se réduisait de façon alarmante, Alphonse, entre deux bonds, encouragea son héros.

_ « Allez mon grand, hop ! hop ! hop ! »

Ledit Grand trébucha quelque peu, hors d'haleine, avant d'atteindre le sommet en une ultime détente. Du haut de la colline, Central offrait une vue impressionnante de son développement et dans toute autre situation, il se serait attardé pour la contempler mais le picotement incessant à l'arrière de sa nuque l'obligea à abuser de sa monture et de la presser à avancer encore.

Celle-ci, marqua un bref temps d'arrêt avant de remettre la machine en marche, le temps pour elle de retrouver son souffle le temps pour leur poursuivant de viser leur ombre sur l'horizon et de tirer.

La balle les envoya tous les deux au sol. Sa monture s'écroula tête la première en haut de la descente et roula sans doute sur quelques mètres. Alphonse, lui, fut projeté en avant et seules les rênes qu'il tenait fermement l'empêchèrent de dévaler la pente en une série de tonneaux.

Se relevant péniblement et laissant échapper une exclamation de douleur lorsqu'il dû s'appuyer sur ses mains écorchées, Alphonse resta quelques secondes complètement abrutit avant de secouer la tête. Le choc lui avait bouché les oreilles en même temps qu'il lui avait déconnecté momentanément les neurones et seul le cri agonisant dans son dos finit par remettre le son et le sens sur ce qui venait d'arriver. Il pivota sur lui-même, si vite que se sol se remit presque à tanguer.

L'animal étalé au sol un peu plus haut tenta de regarder ses flancs douloureux mais sa tête semblait trop lourde pour qu'il puisse encore la soulever autant. Un chien aboya, loin derrière la ligne des arbres et Alphonse ne put rien faire d'autre que regarder son compagnon aggraver son état en cherchant désespérément de se relever pour fuir. Ses mouvements paniqués, loin de le remettre sur ses quatre fers le firent glisser le long de la pente et c'est alors que le jeune alchimiste se décida à agir. Il s'agenouilla près de sa tête pour l'immobiliser, pour qu'il arrête de se débattre en vain, mais ses supplications étranglées n'arrangèrent en rien la situation.

Les hennissements déchirés résonnaient de manière d'autant plus insupportable que l'état de l'équidé se dégradait. Il déglutit difficilement, cherchant en lui le courage d'abréger les souffrances du pauvre animal, mais la simple idée de l'achever fit trembler son bras comme une feuille en plein vent.

Une respiration haletante un peu plus haut lui fit relever la tête et il eut juste le temps de retirer ses doigts d'entre les crins et de claquer ses mains l'une contre l'autre avant qu'un molosse ne lui tombe dessus. En un éclair lumineux, Alphonse transmuta le haut de la colline en un mur de plusieurs mètres de haut et s'étendant sur plusieurs centaines de mètres de part et d'autre de leur position, tout en veillant à garder intact le sol de leur côté. Avec autant de matière à disposition, cette dernière condition fut des plus faciles à respecter et il porta plutôt son attention sur les extrémités de son œuvre qui devenaient difficilement contrôlables à cause de la distance.

Une fois satisfait de la dimension du mur, Al laissa gentiment mourir la vague d'alchimie les atomes dérangés s'immobilisèrent et la nuit les enveloppa de nouveau. Plusieurs aboiements enragés lui parvinrent faiblement à travers son ouvrage de terre et cette fois, ni lui ni son compagnon ne moufetèrent. Le cadet Elric baissa lentement le regard vers ce dernier qui, mur ou pas mur, aurait dû réagir à l'animosité des chiens.

Il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour déterminer la cause de cette soudaine placidité et il détourna les yeux instantanément, laissant échapper un soupir étranglé à la limite du sanglot. Après quelques secondes il ramassa finalement ses esprits et força ses jambes à le supporter de nouveau. Ses genoux protestèrent violemment contre cette reprise d'activité mais il ignora simplement leur raideur et commença à descendre la pente au petit trot.

Deux sacrifices avaient été nécessaires pour qu'il arrive jusque-là alors il n'allait certainement pas laisser la fatigue l'arrêter.

Les herbes folles et les buissons couvrant le sol accidenté de la descente l'obligèrent à surveiller de près là où il mettait ses pieds mais la verdure avait beau passer devant ses yeux, la face immobile de sa monture restait comme gravée sur sa rétine. De nouveau, la culpabilité lui serrait le cœur comme la mâchoire du tigre sur sa proie et il ne tenta même pas de combattre le sentiment. Il avait toujours fait son deuil de cette façon après tout.

Alors qu'il enjambait une touffe d'herbe jaunâtre, grillée par le gel de l'hiver précédent, la voix de son frère résonna en lui en un 'je te l'avais pourtant dit' des plus désabusés. Effectivement, depuis le premier chat abandonné qu'il avait recueilli Edward n'avait cessé de lui répéter 'pas d'animaux ! Pas de bestiole monstrueusement attachante qui risque de crever rien qu'en traversant la rue'. De son côté, Al s'était maintes fois rebiffé contre cet interdit, accusant son frère de ne pas avoir de cœur ou bien s'il en avait un, de n'avoir qu'un cœur de pierre. Le débat se finissait souvent en porte claqués et en rancune amère flottant dans la chambre mais, en attendant, hélas, le dogme de son ainé se voyait de nouveau justifié en un douloureux contre-exemple.

Arrivé en bas de la pente, le jeune alchimiste lança un regard nerveux au-dessus de son épaule pour estimer son avance. Le mur se détachait sur le fond noir de la campagne en une ligne fantomatique mais la nuit bien entamée ne lui permit pas de discerner plus de détails –un chien par exemple, galopant dans sa direction, ou bien encore son maître…

Au bout de plusieurs centaines de mètres, ses oreilles se bouchèrent de nouveau, sous l'effet de la fatigue cette fois et mis à part sa respiration laborieuse et le chaos de ses pulsations, il n'entendit plus rien. La tête étrangement légère et l'estomac remonté juste derrière les amygdales, menaçant à tout instant d'exprimer son mécontentement à sa façon, Al ralentit enfin. Il avait beau jouer sur la corde de la culpabilité, pourtant la plus efficace de toutes, plus rien en lui ne sembla réagir en lui pour l'aider à avancer.

Sans grande surprise, à peine eut-il abandonné l'idée de poursuivre sa course que ses jambes le mirent au pas. L'air frais lui brulait la gorge et les poumons mais le besoin d'oxygène était simplement trop grand pour qu'il ne réduise ou ralentisse ses inspirations. Pour sûr, chaque atome de son corps ne manquerait pas de lui faire payer le lendemain mais ce désagrément semblait bien ridicule à côté de ce qui aurait pu lui arriver s'il n'avait pas pris la fuite. Après une grimace, il mit de côté ses ressentiments concernant ce sujet et allongea ses foulées. Central ne pouvait plus être bien loin.

Plus la nuit s'épaississait et plus le contraste entre les nuages au-dessus de la ville et ceux couvrant la campagne augmentait. Les bâtiments et les lampadaires responsables de ce halo jaunâtre demeuraient toujours sagement cachés derrière le relief environnant mais Alphonse pouvait sentir leur apparition imminente. Encore quelques minutes de marche…

Finalement ce furent les phares d'une voiture qui apparurent de derrière l'horizon et son sang ce glaça en un instant. Et si ses poursuivants avaient appelé des renforts à Central ? Le véhicule fonçant droit sur lui avait peu de chance d'avoir un quelconque rapport avec cette organisation secrète qui le recherchait mais le souffle de paranoïa qui le traversa lui fit sincèrement douter de ces statistiques, aussi, il détourna sa trajectoire sur la droite pour éviter celle du véhicule.

D'un autre côté, en s'éloignant de ce dernier, Alphonse crachait sur une option d'évasion des plus efficaces le temps que ses agresseurs rattrapent sa position actuelle, il aurait eu le temps de rouler bien loin de là. Il secoua la tête. Non, la loterie était tout bonnement trop risquée pour en valoir la chandelle.

Ses pieds buttèrent soudain sur un sol dur et aride et il regarda incrédule la bande de bitume qui serpentait juste devant lui. Même s'il voulait éviter la voiture, désormais à une centaine de mètre de sa position, c'était trop tard les phares le trahiraient quoi qu'il fasse. Après un juron digne de son frère, il transmuta une portion de la route en un coutelas de secours, agençant les atomes de carbone présents en abondance en une structure aussi solide qu'ordonnée pour assurer à sa lame un minimum d'efficacité. Sa création ne lui serait sans doute pas d'une grande utilité mais, se conforta-t-il en se plaçant au bord de la route, c'était toujours mieux que rien.

Le véhicule ralentit quelques mètres plus loin, sans doute interpelé par la lueur de sa transmutation et Alphonse dut plisser des yeux pour échapper à la lumière aveuglante des phares que le conducteur n'avait toujours pas retirés. Les freins crissèrent désagréablement avant que l'engin ne s'immobilise à sa hauteur.

C'est quitte ou double, songea le jeune homme en surveillant la fenêtre passager s'abaisser. Dans le pire des cas, lui souffla une petite voix, il irait rejoindre son frère.

Ø-ø-¤-ø-Ø-ø-¤-ø-Ø

Havoc alluma sa sixième cigarette de la soirée. En temps normal, le Lieutenant Hawkeye l'en aurait empêché à l'aide de méthodes de persuasion bien à elle mais ce soir, elle n'avait pas même trouvé le courage de faire mine de sortir son arme. A dire vrai, ça n'était pas l'envie de fumer qui lui manquait à elle non plus. Fuery de son côté s'occupait l'esprit en parcourant les notes prises sur les dossiers de l'inspecteur Ellingham tandis que Breda entamait son cinquième kilomètre de marche anxieuse. Armstrong s'était assis dans un coin de la pièce et était juste que là resté étrangement silencieux. Pas un n'avait prononcé un mot depuis au moins un quart d'heure.

A un moment de la soirée, il avait été proposé de se disperser pour éviter d'éveiller les soupçons mais personne n'avait quitté le domicile du Colonel, si ce n'est l'Adjudant-chef Falman que Psiren devait rejoindre dans un bar à l'autre bout de la ville. Riza jeta un énième regard vers le mur séparant l'entrée du salon la grande aiguille finissait tranquillement son vingt-et-unième tour de quadrant. Vato devait déjà être arrivé à destination. Mustang et Alphonse en revanche…

_ « On devrait être dehors à les chercher ! Gronda finalement Breda.

_ En pleine nuit, avec une zone de recherche de plusieurs milliers d'hectares ? Je doute que ça serve à grand-chose, soupira Jean en tapotant sa cigarette sur le bord de son cendrier improvisé –une tasse sale qui trainait dans l'évier.

_ Ça changerait qu'on aurait essayé quelque chose ! À quoi ça sert de rester là à les attendre ?

_ À rien, coupa Riza, à part être là lorsqu'ils rentreront.

_ S'ils rentrent, grogna amèrement Heymans.

_ Lorsqu'ils rentreront, répéta Riza d'un ton final. »

Le Second Lieutenant de surenchérit pas cette fois, même si les mots ne demandaient visiblement qu'à franchir la barrière de ses lèvres. En l'absence du Colonel, Hawkeye se devait de garder l'équipe soudée et apte au travail alors, même si sa foi en ses propres paroles n'était pas bien grande elle devait maintenir les idées pessimistes hors de la tête de ses camarades. Se morfondre sur les évènements ne les aiderait pas à résoudre l'affaire, surtout quand celle-ci devenait de plus en plus épineuse à mesure qu'ils avançaient.

Mustang et Alphonse pouvaient très bien avoir eu un problème technique avec leur ballon qui les avait ralentis ou bien ils pouvaient avoir flairé une piste et avaient voulu la suivre malgré la nuit tombée… D'un autre côté, murmura une petite voix, ils pouvaient tout aussi bien avoir été capturés par cette foutue organisation fantôme ou peut-être même descendus en plein ciel.

_ « Du nouveau avec les dossiers Fuery ? demanda-t-elle subitement, vaguement agacée de ne pas arriver elle-même à appliquer cette simple directive de rester optimiste. »

Kain sursauta légèrement à l'appel de son nom et releva la tête de ses notes avec un air presque ahuri.

_ « Non… pas vraiment, répondit-il. En regardant toutes les recherches de l'inspecteur Ellingham, c'est dur de s'empêcher de penser que ce type est complètement paranoïaque. Ses soupçons se portent sur un grand nombre d'acteurs publics, des politiciens hauts placés et même des militaires. Ça frôle la théorie de conspiration.

_ Réduisez la liste des suspects à ceux qui ont le plus grand nombre de preuves tangibles à leur encontre, ordonna Riza. Nous la recroiseront avec les documents que Psiren confiera à Falman.

_ Si elle y arrive, ajouta Breda. »

Le Lieutenant Hawkeye se retourna brusquement et envoya un regard assassin à ce dernier qui adopta immédiatement une posture moins offensive. Elle l'observa s'asseoir près de la fenêtre avec agacement. La lumière de la rue –le seul éclairage dont ils disposaient- éclaira le visage de son collègue d'une lumière blafarde qui lui donna l'air plus désespéré que ce que son attitude agressive laissait penser. Chacun gérait le stress à sa manière, conclut-elle finalement, le cœur radouci.

Un bruit de voiture stationnée devant le bâtiment attira soudain son attention ainsi que celle de ses compagnons. Après une fraction de seconde, tous, y compris elle, se ruèrent sur la fenêtre et seul un vague restant de professionnalisme les empêcha de venir se coller contre la vitre. Breda était figé sur son siège et par-dessus son épaule, Riza n'aperçut que l'arrière d'une voiture qui repartait en direction du centre. Un frisson la parcourut malgré elle. Etait-ce encore un laquais du Général Ostrogradski qui venait les espionner ?

Breda se leva de sa chaise et écarta ses amis fébrilement pour se précipiter ensuite vers la porte d'entrée.

_ « Heymans ? demanda Havoc.

_ C'est Alphonse ! répondit-il sans se retourner ni ralentir. »

Cette fois, personne ne bougea, même lorsqu'on frappa faiblement à la porte.

Alphonse ? Et où était le Colonel ? Breda ouvrit la porte et la referma rapidement en laissant échapper un juron et réapparu dans le salon quelques secondes plus tard, supportant le jeune alchimiste par les épaules. Alphonse avait sale mine, ses vêtements étaient couverts de boue, son visage livide et il semblait lutter pour garder les yeux ouverts. Armstrong vint prendre le relai quelques mètres plus loin, portant le jeune homme jusqu'au canapé sur lequel il l'assit avec une extrême délicatesse.

Le pauvre laissa tomber sa tête en avant, la retenant de justesse entre ses mains avant d'aller poser ses coudes sur ses genoux dans un mouvement las. Tous le regardèrent intensément, mille questions au bout des lèvres, mais l'état pitoyable du jeune homme les empêcha de le presser à répondre à leurs interrogations. Finalement, Alphonse murmura quelque chose mais sa voix était si faible que Riza dut s'accroupir à côté de lui pour l'entendre. Au passage, elle retira plusieurs brindilles emmêlée dans la tignasse du garçon qui releva la tête aussitôt, sans doute surpris par son geste.

_ « Alphonse ?

_ De l'eau... »

Havoc tenta au moins deux placards avant de trouver les verres et après en avoir repli un au robinet, il slaloma à toute vitesse entre les meubles du salon pour l'apporter au cadet Elric. Celui-ci le descendit d'une traite et le rendit à Jean en une demande silencieuse. Au bout du deuxième verre l'impatience de chacun devenait physiquement mesurable. Havoc mâchouillait son filtre de cigarette à en faire grincer le papier, Armstrong semblait avoir oublié l'utilité de cligner des yeux et Fuery, tout comme Breda, tremblaient d'impatience. Finalement, Alphonse reposa son verre vide sur la table basse et Hawkeye brisa le silence pour enfin poser la question qui leur brûlait à tous les lèvres.

_ « Alphonse, où est le Colonel ?

_ … Je ne sais pas… »

Ø-ø-¤-ø-Ø-ø-¤-ø-Ø

Devant l'expression effarée du Lieutenant accroupie à côté de ses genoux ainsi que du reste des occupants de la pièce, Alphonse s'empressa de préciser ses propos. Il leur déroula la suite des évènements dans l'ordre chronologique et avec autant de précisions que son esprit confus pouvait encore lui donner. En une description rapide, il leur raconta la découverte du bâtiment perdu au milieu des arbres, l'attaque, leur chute et, enfin, sa fuite –fuite que seul le sacrifice de Mustang avait pu rendre possible. Maintenant, ce qu'il ignorait, c'était ce que les gardes là-bas avaient bien pu faire du Colonel. L'avaient-ils capturé, ou bien…

_ « Combien de gardes vous encerclaient quand tu as vu le Colonel pour la dernière fois ? demanda Alex, la mine sérieuse.

_ Je ne sais pas, une demi-douzaine peut-être. Il en arrivait plus à chaque minute. Le Colonel a créé un mur de feu pour couvrir mon départ et pour effrayer les chiens mais ensuite j'ignore ce qui l'a retenu.

_ Même une douzaine d'hommes n'aurait pas pu le retenir, fit remarquer Riza en fronçant légèrement les sourcils. J'ai eu l'occasion de le voir en action pendant la guerre d'Ishbal, fausse pierre philosophale ou non, son alchimie est redoutable quand il s'agit d'élimination… »

Elle s'arrêta là dans son raisonnement. Mustang était un redoutable alchimiste, certes, mais un tireur aguerri pouvait l'être plus encore et Alphonse pouvait témoigner du fait que ces cinglés savaient viser. Les gardes ne pouvaient pas avoir été à moins de trois-cent mètres de lui lorsque lui et sa monture avaient franchi le haut de la colline et, pourtant, il ne leur avait fallu qu'un contre-jour avantageux pour les atteindre d'une seule balle. Le Colonel, quant à lui, était resté au milieu d'une armée de ces tireurs, en plein jour, ce qui ne rendait la tâche de l'abattre que trop facile.

_ « Je n'ai pas entendu de détonation, réalisa soudain Alphonse.

_ Comment ça ? demanda Alex.

_ Durant tout le temps que j'ai passé à courir, il n'y a pas eu une seule détonation… c'est quelque chose que j'aurais entendu.

_ Pas s'ils utilisent des silencieux, corrigea Hawkeye.

_ Ça leur ressemblerait bien ! Cracha Jean. »

Ça leur ressemblerait même trop bien, songea Alphonse, mais leur meute de chiens en revanche était loin d'être silencieuse, alors pourquoi s'embêter à couvrir le son de leurs armes ? Pour être silencieux, il leur aurait fallu museler leurs chiens également. Non, reprit-il, avec une muselière, les chiens n'auraient plus aucune utilité. A part peut-être pour suivre une piste et guider les hommes armés…

L'absurdité de son raisonnement l'emmena loin, très loin de la conversation générale qui avait poursuivi son cours sans lui. Tous débattaient ardemment mais leurs mots ne l'atteignaient plus. La fatigue venait le frapper avec force, revenant par vagues comme la mer qui vient éroder la pierre à force de passages répétitifs. Comme dans la voiture qui l'avait ramené plus tôt, cette fatigue impitoyable ne lui laissait plus grand-chose pour lutter contre le sommeil.

À l'entrée de la ville, le couple de quadragénaires qui l'avait récupéré sur le bord de la route avait eu à le secouer avec insistance pour obtenir de lui l'adresse à laquelle le déposer. Il avait lutté jusqu'au domicile du Colonel, mais si le roulis du véhicule et le ronronnement du moteur l'avaient bercé plus tôt, c'était désormais les voix graves de ses amis qui avaient ce même et redoutable effet.

Morphée l'attirait à lui, commençant par le soulager de son corps douloureux puis apaisant ses esprits troublés. En un soupir, Alphonse n'avait plus d'os, de jambes ni de bras et il sentit vaguement sa tête tomber sur quelque chose de mou. La pièce ainsi que ses occupants disparurent, aussitôt remplacés par les limbes, paisibles et accueillants –lui murmurant à l'oreille la douce promesse d'un repos sans rêves.