Bonjour à tous !
Voici le nouveau chapitre ! Vos reviews me motivent vraiment à écrire vite, c'est un truc de fou, j'avance à la vitesse grand V !
Pour info, j'ai eu l'idée de cette fiction avant la sortie d'Oblivio, les ressemblances sont donc le fruit du hasard (et encore, l'intrigue est assez différente, non ?). Mais beaucoup de séries/anime/cartoons ont leur épisode « amnésie », alors c'est pas non plus l'idée la plus originale du monde.
J'espère que la suite vous plaira. Bonne lecture et à bientôt ! :)
Stay miraculous !
Chapitre 11
Il ne comprenait pas. Elle le prenait sûrement pour quelqu'un d'autre.
« Euh... quoi ? »
Il n'osait pas bouger, raide comme un i. Elle ne le lâchait pas du regard. La certitude et la détermination qui y brillaient l'empêchaient de détourner le sien.
« Mais oui, c'est toi ! Tu portais un masque samedi et t'étais habillé tout en noir, mais je sais que c'est toi ! Tu m'as fait sortir du bâtiment et tu m'as amenée jusqu'à l'ambulance. J'avais peur que tu tiennes pas ta promesse et que tu viennes jamais. »
Adrien la regardait toujours avec incompréhension. Elle devait faire erreur. La seule personne qu'il avait accompagnée après l'attaque d'Amnesia était Ladybug. Et pourtant, Marinette était persuadée qu'il l'avait accompagnée.
La seule personne qu'il avait accompagnée après l'attaque d'Amnesia était Ladybug.
Et pourtant, Marinette était persuadée qu'il l'avait accompagné.
La seule personne qu'il avait accompagnée était Ladybug.
Marinette était persuadée qu'il l'avait accompagnée.
Il déglutit. Dans son esprit, les dernières pièces d'un puzzle compliqué s'assemblaient pour lui dévoiler un résultat qu'il cherchait depuis des années.
Il avait rempli les deux objectifs qu'il s'était fixés avant de venir en même temps, car Marinette était Ladybug, et Ladybug était Marinette.
Le monde se mit à tourner autour de lui. Il avait passé des années à se demander qui était sa partenaire sous son masque, à essayer de mieux la connaître même si elle ne lui dévoilait presque rien de sa vie civile, à rêver d'une relation amoureuse avec elle sans leurs masques, à la chercher dès qu'il sortait, dans l'espoir de la reconnaître dans la foule... et depuis tout ce temps, elle était dans la même classe que lui !
Son émotion était tellement forte qu'il perdit l'équilibre et bascula en avant, la tête la première, atterrissant à moitié sur le lit. Marinette s'était écartée juste à temps pour ne pas se faire écraser.
« Est-ce que ça va ? »
Il dut mordre le duvet pour ne pas éclater de rire. Bien sûr que ça allait. Même si l'heure était grave, Adrien devait se retenir de crier de joie : il avait retrouvé sa Lady !
Elle l'attrapa par l'épaule et le secoua avec douceur. Ce contact lui fit l'effet d'une décharge électrique. Il releva la tête vers elle et croisa son regard inquiet : il devait avoir l'air fou...
Il devait se ressaisir. Il se redressa et s'assit sur le bord du lit.
« Oui, t'inquiète, je suis juste un peu..., » hésita-t-il. Il ne savait pas comment décrire son état, quelque part entre une crise d'euphorie et d'hystérie. Il ne s'était jamais senti comme ça et les vagues d'émotions qu'il tentait de retenir menaçaient de l'engloutir à chaque fois qu'il croisait ses grands yeux bleus.
Il regarda par la fenêtre dans l'espoir de calmer ses pensées. Il sentit alors une main attraper la sienne et un pouce lui masser la paume, les doigts et le dos de la main. Il se retourna vers Marinette.
« Ça a marché pour moi à la Heroes Con, ça marchera peut-être pour toi aussi, » lui dit-elle en souriant avec bienveillance.
Pour la dixième fois en trois minutes, Adrien crut qu'il allait faire une syncope. Son coeur battait plus vite et plus fort que sur des montagnes russes.
« Tu vas bien ? C'est pas trop dur d'être ici ? demanda-t-il enfin, conscient que leur temps était compté.
- Ça va, tout le monde est très gentil avec moi, même si je suis encore un peu perdue... Enfin, je peux pas vraiment comparer avec autre chose... » dit-elle en repoussant une mèche derrière son oreille. Ses cheveux étaient attachés dans un chignon ébouriffé qui lui donnait un air adorable.
Même si ce qu'elle disait était terrible, elle n'avait pas l'air particulièrement affectée. C'était peut-être mieux ainsi.
« T'en fais pas, tout va s'arranger. Je vais trouver un moyen de te rendre tes souvenirs. En attendant, il faut que tu te reposes et que tu reprennes des forces. Je m'occupe de tout. »
Essayait-il de la convaincre, ou de se convaincre lui-même ?
« Si tu as besoin de quoi que ce soit, je peux essayer d'aider. C'est un peu long de passer toute la journée toute seule au lit... »
Une petite voix dans l'esprit d'Adrien lui murmura qu'il pouvait lui tenir compagnie aussi longtemps qu'elle voulait si elle se sentait si seule au lit. Il la chassa en se giflant mentalement.
« J'ai juste besoin d'une chose, en fait... Toi et moi, en temps normal, on est des sortes complices dans des missions secrètes. Quand on s'est vu samedi, c'était une mission comme ça justement, alors il faut pas dire qu'on s'est vus ce jour-là. Si on te demande, c'est quelqu'un d'autre qui t'as sauvée, d'accord ? »
Il avait prononcé ces mots avec beaucoup trop de sévérité. Il s'en rendit compte lorsqu'elle acquiesça timidement après l'avoir fixé avec des yeux écarquillés.
« Je peux compter sur votre discrétion, agent Dupain-Cheng ? » corrigea-t-il avec un clin d'oeil.
Elle rit.
« Oui, chef ! Par contre, j'ai encore une question... Alya m'a dit qu'elle était venue avec deux autres personnes de ma classe... T'en fais partie aussi ?
- Euh... oui ? » confirma-t-il. Il ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir.
Sans lui lâcher la main, elle rouvrit l'album sur ses genoux, à la page des photos de classe. Même s'il n'en voyait que la moitié, Adrien la reconnut tout de suite : c'était celle où ils étaient assis à côté sur les grandes marches à l'entrée du lycée. Le photographe, un étudiant en école d'art, avait insisté pour les mettre ensemble au milieu de la photo. Puis il l'avait vu échanger un clin d'oeil avec Alya. Il s'était que tout cela n'était pas dû au hasard, mais il n'y avait pas réfléchi plus longtemps.
Marinette tapota son visage sur la photo et suivit la flèche qui menait à son prénom. Alya avait même noté quelques détails sur chaque personne pour lui faciliter la mémorisation.
« Donc toi et moi, on est agents-secrets-complices et...
- Amis. »
Maintenant qu'il savait que Marinette était Ladybug, se contenter du terme « amis » le pinçait un peu au coeur. Il aurait tellement aimé que leur relation ne se limitât pas à ça...
Deuxième gifle mentale. Ce n'était pas le moment de penser à ses histoires de coeur. Amnesia rôdait toujours dans les rues et s'il ne faisait rien, toute la ville se retrouverait peut-être bientôt amnésiée.
Marinette parut satisfaite de la réponse.
« Amis, » répéta-t-elle, pensive.
Adrien eut l'impression de s'être friendzoné lui-même. Il ne laissa rien paraître de sa déception et continua de la regarder avec un léger sourire. Lui-même avait dit qu'à défaut d'amour, son amitié était le plus beau trésor qu'elle pouvait lui offrir.
Quelqu'un frappa à la porte. Ils sursautèrent tous les deux.
« Il vous reste une minute ! »
La voix de Mélissa, étouffée mais stricte, leur annonçait la fin imminente de leur temps passé ensemble. Adrien commença à paniquer : il y avait encore tellement de choses qu'il aurait aimé dire à sa partenaire...
« C'était vraiment court, mais ça a été un plaisir de te voir, dit-il en lui attrapant la main. Repose-toi bien, tu en as besoin.
- Tu reviendras ? »
Sa voix était hésitante, presque suppliante. Il avait envie de la serrer dans ses bras et de ne plus jamais la lâcher. Il venait de la retrouver, repartir si vite était une torture.
« Je te le promets, ma Lady, » murmura-t-il en portant sa main à ses lèvres. Il déposa un baiser au bout de ses doigts.
Elle piqua un fard. Était-il allé trop loin ? Ils étaient juste amis, après tout...
Il frissonna quand la main qu'il avait embrassée lui caressa la joue. Ladybug, non, Marinette le dévisageait avec curiosité et affection. Sous sa forme de super-héros, il aurait commencé à ronronner.
Même si elle avait perdu la mémoire, même s'il venait tout juste de découvrir qui elle était sous son masque, il sentait un courant passer entre eux, quelque chose qui allait au-delà du simple béguin ou de la complicité. Elle s'était penchée vers lui. Les yeux d'Adrien descendirent d'eux-mêmes sur ses lèvres. Il n'avait jamais eu autant envie de goûter à quelque chose...
Elle avait fermé les yeux, sa main était toujours sur sa joue. Peut-être qu'un baiser lui rendrait la mémoire ? Ce n'était pas très probable, mais ça valait peut-être la peine d'essayer...
Un autre appel les ramena à la réalité. Ils s'écartèrent l'un de l'autre en sursaut. Au même moment, la porte s'ouvrit et la tête de l'infirmière apparut dans l'entrebâillement. À contre-coeur, Adrien se leva.
« Du coup, à très bientôt, ma l... Marinette.
- À bientôt, Adrien Agreste, et encore merci pour tout. »
Même si ce bientôt se comptait en heures, il avait l'impression qu'il lui restait une éternité à patienter. Il sortit de la chambre en traînant des pieds.
Nino et Alya étaient assis sur le banc à côté de la chambre. L'adolescent avait pris sa copine dans ses bras et essayait de la consoler, mais Alya continuait de sangloter. Adrien dut faire un effort surhumain pour camoufler son euphorie, qu'il aurait eu de la peine à expliquer.
Nino le regarda avec un air dépité, à la recherche de soutien. Il était à bout de mots. Adrien ne savait pas où se mettre.
« Euh... Nino, tu peux y aller si tu veux, j'ai fait mes cinq minutes.
- T'en fais pas, je t'ai laissé les miennes, t'as fait dix minutes. Je la verrai une autre fois, » lui répondit son ami avec un regard vers Alya.
Dix minutes ? Adrien avait l'impression d'y être resté à peine une.
Alya se retourna vers lui. Elle avait enlevé ses lunettes et s'essuyait les yeux, barbouillant ses mains et ses joues de mascara. Elle lui sourit mais il n'y crut pas une seconde.
« C'est que... je m'en veux d'avoir été fâchée contre elle... J'avais l'impression qu'elle me cachait quelque chose et qu'elle me faisait pas confiance alors que c'était peut-être pas le cas et maintenant, à cause de moi, elle...
- C'est pas ta faute, Alya, t'y es pour rien, l'interrompit Nino en lui frottant le dos.
- Elle a sûrement fugué pour aller à la Heroes Con à cause de moi, elle voulait peut-être se joindre à nous et s'excuser, et au lieu de ça, elle... Je sais pas ce qui m'a pris, j'aurais jamais dû lui en vouloir... Elle a le droit d'avoir des secrets, mais j'ai été trop têtue et j'ai insisté... C'est ma faute ! »
Nino la serra contre lui et elle cacha son visage contre son torse. Adrien ne l'avait jamais vu dans un état pareil. Son coeur se serra : il avait envie de lui dire la vérité, que ce n'était pas pour elle qu'elle était venue, mais pour Chat Noir, et qu'elle n'avait pas à s'en vouloir. Mais il ne pouvait pas : ce serait lui avouer un secret qui compromettrait leur identité... même dans un monde d'amnésiques où leurs alter-egos héroïques n'existaient pas.
Mélissa, dont personne n'avait remarqué l'absence, revint avec trois gobelets fumants. Elle leur tendit un à chacun.
« C'est pas de la haute gastronomie, mais je n'ai encore jamais goûté un mauvais chocolat chaud, même de la machine. Buvez un peu, ça vous fera du bien. »
Au même moment, le Gorille revint avec trois sodas. Il les vit siroter les chocolats et rangea les canettes dans une de ses poches avec un air penaud. Adrien fronça les sourcils : essayait-il d'être... gentil ?
L'infirmière leur distribua aussi quelques feuilles avec des informations utiles, comme les horaires de visite et les numéros de téléphone importants, ainsi qu'une brochure de conseils pour les proches de personnes amnésiques.
« Nous pensons que ces amnésies ne sont que temporaires, mais en attendant, vous pouvez lire ça. Et croyez-moi, ça ira mieux avec le temps, » ajouta-t-elle en posant une main sur l'épaule d'Alya. Cette dernière acquiesça et la remercia pour son aide.
Ils avaient fait tout ce qu'ils avaient à faire. Dès qu'ils finirent leurs boissons, Mélissa les raccompagna jusqu'à l'entrée. Dehors, il avait cessé de pleuvoir. En retournant à la voiture, Adrien se retourna et observa la façade du bâtiment, à la recherche de la fenêtre de Marinette. Malheureusement, ils étaient du mauvais côté.
« On vous dépose directement chez ou vous voulez passer ailleurs ? demanda-t-il lorsqu'ils furent tous assis dans la voiture. Vous pouvez venir chez moi un moment, mon père est plus relax sur les visites en ce moment.
- C'est gentil, mais je crois que je vais rentrer directement... Je me sens pas très bien... » répondit Alya d'une voix morne. Nino gesticula pour lui faire comprendre qu'ils pouvaient le déposer chez elle aussi. Il ne voulait pas la laisser seule.
Le trajet retour parut durer une éternité. Personne n'osait parler et même la radio que le Gorille avait allumée ne parvenait pas à égayer l'ambiance. Les adieux furent courts, Nino promit de le rappeler plus tard dans la soirée. Lorsqu'ils vit ses deux amis disparaître dans l'entrée de l'immeuble, Adrien osa enfin souffler.
Depuis qu'il était sorti de la chambre, il avait lutté pour garder une expression triste pour ne pas paraître suspect. Maintenant qu'il était enfin seul (ou presque), il osa enfin sourire. Il était impatient de retrouver l'intimité de sa chambre pour oser lâcher tous les sentiments qu'il essayait d'endiguer depuis presque une heure.
Le Gorille l'amena devant le manoir, il sortit et monta les escaliers, salua Nathalie qui l'attendait à l'entrée et fit semblant d'être triste et abattu pour pouvoir filer dans sa chambre sans éveiller des soupçons. Son père était absent, comme à son habitude.
Il ferma la porte derrière lui et laissa enfin ses sentiments prendre le dessus sur son cerveau. L'ampleur de sa découverte lui fit de nouveau tourner la tête, au point qu'il dut s'asseoir sur le canapé.
« Plagg... Ladybug, c'est Marinette... » souffla-t-il, malgré l'absence de son kwami.
Il plongea dans ses souvenirs, à la recherche des moindres bribes liées à Marinette : l'incident du chewing-gum le premier jour de cours au collège, la fois où elle l'avait aidée à échapper à une horde de fans, toutes les embrouilles qu'elle avait eues avec Chloé...
Voilà qui expliquait pourquoi Ladybug n'appréciait pas particulièrement la fille du maire. Celle-ci n'était pas connue pour son bon caractère et sa gentillesse, mais Adrien avait toujours eu l'impression que l'animosité de sa partenaire envers Chloé-Queen Bee avait quelque chose de plus personnel.
Puis il pensa à leurs interactions quand il était Chat Noir. Les quelques fois où il lui avait rendu visite chez elle sous sa forme féline, ils avaient passé des heures à discuter sur son balcon. Il n'y en avait pas eu beaucoup, à peine une dizaine en trois ans, et il regrettait de ne pas avoir plus de temps à consacrer à ces discussions nocturnes... Marinette avait toujours été à l'écoute de ses problèmes et avait eu le don de le consoler quand il se sentait vraiment seul, triste ou surmené.
Il y avait aussi cette fois-là où Ladybug lui avait demandé de protéger Marinette du Dessinateur. Il n'y avait vu que du feu. Sa Lady avait vraiment un esprit tordu. Génial, mais tordu.
L'ironie de la situation l'aurait fait rire s'il n'était pas en train de maudire sa bêtise. Comment n'avait-il pu faire absolument aucun lien entre l'absence de Ladybug en présence de Marinette ?
Il repensa à la fois où Ladybug lui avait posé un lapin et n'était pas venue à la soirée surprise qu'il lui avait préparée. Il y avait emmené Marinette à la place... Donc Ladybug.
« Plagg, j'ai besoin de toi, là... Je crois que je vais péter un câble... »
Il ressassa les longues conversations qu'ils avaient eues sur le balcon. Il se souvenait précisément des nombreuses fois où il s'était plaint de long en large de son amour à sens unique... à la personne qui en faisait l'objet.
Adrien était mortifié. Qu'avait-elle pensé de lui ? Il lui avait pris la tête avec ses histoires de coeur pendant des heures, de manière théâtrale et exagérée. Il en avait fait des tonnes. Pas étonnant que Ladybug repoussât toujours ses avances. Elle avait dû le prendre pour la pire des drama queens...
« Bravo, Agreste, toutes tes chances sont grillées... »
Et pourtant, Marinette ne s'était jamais moquée de lui. Au contraire, elle l'avait même encouragé à parler et à vider son sac, et lui avait fourni de précieux conseils. Conseils qui avaient marché : Ladybug avait eu l'air moins agacée par ses avances et ses blagues par après.
Adrien rit jaune. Évidemment que les conseils avaient marché, puisqu'ils venaient de la personne à qui ils étaient destinés...
Comment avait-il pu être si aveugle ? Comment avait-il pu ne pas faire le lien entre ces deux personnes, alors qu'il passait ses journées en cours avec Marinette et ses nuits en patrouille avec Ladybug ? La seule chose qui l'excusait, c'était qu'elles se comportaient différemment en sa présence : Ladybug dégageait une aura de confiance absolue, tandis que Marinette avait toujours l'air d'être à deux doigts de tomber dans les pommes quand ils se retrouvaient seuls.
Mais malgré ces différences, les deux avaient énormément de points communs : un sens aigu de la justice, beaucoup de patience et de bienveillance envers les erreurs des autres, un altruisme à toute épreuve, une détermination sans faille...
Adrien prit un coussin et enfonça sa tête dedans en grognant. Il ne s'était jamais senti aussi embarrassé. Et il avait osé prétendre qu'il était celui qui connaissait le mieux l'héroïne de Paris...
Ses pensées le ramenèrent à leurs discussions sur le balcon. Il avait beaucoup parlé à Ladybug des sentiments qu'il avait pour Mari... Non, à Marinette des sentiments qu'il avait pour Ladybug (il s'agissait de la même personne, alors à quoi bon les différencier à présent ?), mais elle aussi lui avait confié ses peines de coeur.
« Y'a un gars qui me plaît, mais j'ai aucune chance avec lui, il doit à peine savoir que j'existe, » lui avait-elle dit la première fois. Puis, dans leurs conversations ultérieures, elle l'avait tenu au courant de ses progrès : elle avait enfin réussi à lui parler sans bégayer, elle s'était un peu rapprochée de lui, ils étaient allés au cinéma ensemble avec des amis communs, elle lui avait même fait la bise... Et pourtant, malgré ses efforts, il ne la considérait que comme une simple amie.
Adrien n'avait jamais osé lui demander plus sur ce garçon, pour ne pas trop empiéter sur sa vie privée, et aussi de peur d'aller lui-même « secouer un peu » cet imbécile. Il en avait de la chance, d'avoir attiré l'attention d'une fille aussi géniale !
Son coeur se serra, par tristesse et jalousie. Ce rival avait attiré l'attention de la fille la plus exceptionnelle qu'il eût jamais rencontré, et il ne le lui rendait pas, alors que lui-même était prêt à tout pour elle... La vie lui semblait injuste mais il respecterait toujours la décision de sa Lady. Il était d'ailleurs ébahi de sa loyauté : en trois ans, elle n'avait jamais changé de cible et était restée fidèle à son béguin pour ce même garçon...
De qui pouvait-il s'agir ? Adrien était devenu plus proche de Marinette depuis quelques mois, mais il était loin de connaître tout son entourage... Peut-être de Luka, le frère de Julieka ? Il savait qu'elle avait fait les costumes de son groupe de rock, mais pas vraiment plus. Étaient-ils devenus si proches pendant les répétitions et les essayages ?
Non, c'était impossible. Elle lui avait parlé de ce mystérieux inconnu bien avant avoir fait la connaissance de Luka. C'était quelqu'un d'autre.
Adrien savait que ce n'était pas le moment de réfléchir à ce sujet, surtout que la réponse lui ferait mal. Malgré cela, il ne pouvait s'empêcher de spéculer.
Il se renversa dans le canapé pour mieux se concentrer, les mains appuyées contre les yeux, les sourcils froncés.
Qu'avait-elle encore dit à son sujet ? Il s'agissait de quelqu'un d'exceptionnel, sûrement. Sa Lady ne serait pas tombée amoureuse du premier venu. Allait-il dans le même lycée qu'eux ? Que faisait-il dans la vie ? Quand est-ce qu'il passait du temps avec Marinette ? Qu'avait-il fait pour attirer son attention ?
Il se remit en position assise. Il n'avait pas assez d'indices pour émettre des hypothèses plausibles. Il aurait pu demander plus d'informations à Alya ou à Nino, mais il ne voulait pas les déranger après leur visite à la clinique : Alya avait besoin de temps pour se remettre de ses émotions.
De plus, il se doutait qu'il n'obtiendrait pas de réponses claires : à chaque fois qu'il posait une question au sujet de Marinette, ses deux amis pouffaient de rire en répondant de manière plus qu'évasive. Il n'avait jamais compris pourquoi, et avait arrêté de chercher à comprendre...
Il n'en pouvait plus, de ces mystères, de ces double-identités, de ces sous-entendus, de sa propre ignorance. Frustré, l'adolescent lança le coussin contre la fenêtre. Il poserait lui-même ses propres questions, et ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il ne saurait pas.
Le seul obstacle qui le séparait de toutes les réponses, c'était l'amnésie de sa partenaire. Pour y remédier, il n'y avait pas trois milles solutions...
L'euphorie d'Adrien avait fait place à une énorme frustration, mais c'était un moteur tout aussi efficace. Il voulait agir tout de suite pour des raisons personnelles, mais elles feraient l'affaire. Il voulait obtenir des réponses, et pour trouver ces réponses, il devait sauver la ville. Tout le monde y trouverait son compte, et c'était tout ce qui importait. Personne n'irait lui reprocher ses motivations égoïstes.
Le jeune homme se leva et s'assit à son bureau. Il alluma les trois écrans de son ordinateur et fit craquer ses doigts.
« Tu vas plus m'échapper cette fois-ci, Amnesia... »
