11, Goodbye Halcyons Days
Personne en ce monde ne peut dire qu'il est parfaitement heureux et conscient de l'être. Ou alors, c'est un fou, un menteur, quelqu'un qui ne sait pas et se contente de prétendre, quelqu'un qui voudrait que l'illusion devienne réalité. Quelqu'un qui ne sait pas mais qui souhaite de tout son cœur.
Pourtant ça n'arrivera pas.
Fais des efforts, charge, crois. Pourtant, ça n'arrivera pas.
« Maman ? »
Tourna son regard fatigué et ridé vers sa fille – l'aînée de tous ses enfants – la noble matriarche lui offrit un sourire d'excuse doux et tendre.
« Tu es toujours dans les nuages en ce moment. Il y a quelque chose qui te tracasse ? Demanda doucement son interlocutrice, une jeune fille aux longs cheveux flamboyants et aux grands yeux bleus.
Elle avait environ vingt ans, et prenait le thé en extérieur avec une femme lui ressemblant en tout point, même si la chevelure de sa mère n'était plus aussi rousse et longue que jadis. Son visage était aussi plus fin et sa pâleur lui donnaient des airs de poupée. Pourtant, quand on sentait son reiatsu, la première chose qu'on percevait était loin d'être son inoffensivité.
- Non, non, ne t'inquiète pas pour moi, ça va très bien, la rassura-t-elle. Où sont tes frères et ta sœur ?
- A la chasse aux Hollows sans doute. Ryûji voulait leur faire voir son « super arc de la mort qui tue », singea la jeune fille avec une grimace.
Sa mère ne put retenir un petit rire. Elle adorait ses enfants plus que sa propre vie certes, dire cela était quelque part aussi cliché que de dire que les quatre plus eaux jours de sa vie étaient les jours de naissance de ses enfants, pourtant Inoue Orihime ne se laisserait jamais de le répéter à quiconque voulait bien l'entendre : sa famille, c'était toute sa vie et elle n'en demandait pas plus pour être parfaitement heureuse.
- Ne te moque pas, il était très triste de ne pas pouvoir vous suivre quand vous sortiez défendre la ville de nuit il y a quelques mois.
- Je sais bien, mais il est tellement excité et tête en l'air que c'est vachement dangereux de l'emmener. Papa ou Grand-père pourraient pas tenter quelque chose pour l'entraîner ? Grogna la jeune fille.
- Oh, Miyako, tu exagères ! Il a le reiatsu suffisant pour suivre et je te signale qu'il ne s'en sort pas si mal ! A son âge, tu te cachais sous ton lit dès que tu sentais un Hollow approcher, lui signala gentiment Orihime.
- Oui, mais c'était pas pareil ! Répliqua Miyako en croisant les bras sur sa poitrine, vexée par ces mauvais souvenirs. J'avais peur que vous ne reveniez pas quand vous y alliez, avoua-t-elle.
Orihime la regarda tendrement, reposa lentement sa tasse tandis que son regard se perdait à nouveau vers le jardin de sa maison.
- Je sais… »
Ses yeux tournés vers un lointain passé qu'elle n'avait jamais entrepris de raconter en détail à ses enfants, tout comme son mari, Ishida Uryû. Chacun devait attendre que l'autre le fasse, sans doute, mais de son point de vue à elle, Miyako et ses cadets n'avaient pas à connaître tous les détails de cette sordide histoire avec Aizen, eux qui avaient eu la chance de naître et grandir dans un monde en paix et avec un nombre de Hollows battant des records : jamais ils n'avaient été aussi peu nombreux à débarquer en ville, cherchant à se nourrir. Et le petit clan de Quincy formé par la famille Ishida s'acquittait avec zèle de la tâche que leur avait confiée la Soul Society : veiller sur Karakura et en détruire tous les Hollows.
Lorsqu'ils étaient tous revenus de Las Noches, laissant derrière eux des ruines et Aizen en fuite, le Hougyoku entre leurs mains et elle-même sauve, tout avait mis du temps avant de se remettre en place. Les jours continueraient encore, l'école continuait encore, et il fallait songer à des perspectives d'avenir. A l'époque, Orihime en avait renié ses barrettes, les reléguant au fin fond d'une boîte pour mieux oublier ces moments si durs qu'elle avait vécus à Las Noches, entre les Arrancars et ses sauveurs qui auraient pu mourir des dizaines et des dizaines de fois. Mais pourtant ils continuaient, tous, à revenir et à retenter leur chance face à des ennemis toujours plus fort. Et Dieu seul savait à quel point elle s'était sentie coupable de leur infliger toutes ces horreurs alors que sa vie n'avait absolument aucune importance. Aujourd'hui encore, même quarante ans après, elle se sentait encore mal en y repensant.
« Maman ? Maaaaaman ? Allô ?
- Hein ? Ah, excuse-moi, je repensais à avant ta naissance, fit-elle à sa fille.
- Oh. »
Orihime capta le regard curieux et attristé à la fois de sa fille. Oui, elle était en âge de savoir. Pourtant, c'était loin d'être facile de raconter des années de sa vie où la souffrance avait été longue dure, au milieu d'une guerre qui avait été la leur par la force des choses. Malgré tout, au sein du clan uni qu'ils formaient, il faudrait bien un jour que l'histoire de leur rencontre avec la Soul Society et celle d'Aizen soit contée à ses enfants qui eux-mêmes continuerait à l'écrire… Car Aizen n'était pas mort, et même si quarante années avaient été grappillées à la force des poings et à la pointe de l'épée, il reviendrait. Le clan Ishida de Karakura vivait dans cette attente, ce presque « manque » d'action qui leur tiraillait l'estomac, par peur, par appréhension, par excitation peut-être. Pourtant, quand elle revoyait les obstacles et les morts qui avaient jonché leur route, elle n'était pas sûre de souhaiter une telle vie pour ses enfants…
« A quoi avant ma naissance ? Demanda timidement Miyako.
- A ma rencontre avec Rukia, ce genre de choses…
- Aizen ?
- Entre autre, soupira Orihime devant l'insatiable curiosité de son aînée.
- Maman, je sais que je te demande sans doute beaucoup, mais il faut que je sache… Si jamais il vous arrivait quelque chose, à toi et papa, je voudrais dignement porter votre héritage et celui des Quincy… S'il te plaît, raconte-moi, au moins à moi, l'encouragea sa fille.
La supplique atteignit difficilement les oreilles de sa mère, émue mais pourtant déterminée à ne pas en dire plus qu'il n'en faudrait à un moment inopportun comme celui-ci si Miyako devait savoir, ce serait en présence de ses frères et de sa sœur. Raconter deux fois une histoire bien trop dure pour des adolescents aurait été au dessus de ses forces… Mais n'était-elle pas une jeune fille tout juste lycéenne, lorsqu'Ulquiorra Schiffer l'avait enlevée et emmenée à Las Noches, sur ordre d'Aizen ?
- Miyako, il faut que tu comprennes que je ne fais pas ça pour te brider, ou pour vous embêter, lui dit-elle doucement. Il s'agit d'une partie de mon histoire, de notre histoire à votre père et moi qui n'est pas facile à raconter… J'en cauchemarde encore », avoua Orihime à mi-voix.
Sa fille se saisit d'une de ses mains et la pressa doucement, ses yeux bleu nuit passant de la curiosité à l'inquiétude. Une fois certaine que sa mère allait mieux, elle s'excusa et se leva pour ranger le service à thé, et le ramener à l'intérieur.
Le jardin, d'ordinaire calme, s'anima soudain lorsque deux garçons aux visages identiques mais aux cheveux de couleur différente et une adolescente plus jeune qu'eux d'un ou deux ans y arrivèrent, se soutenant les uns les autres comme s'ils sortaient d'une bataille particulièrement éprouvante. Paniquée, Orihime se leva prestement, étendant le bouclier des deux cieux autour d'eux afin de les soigner elle en profita pour les détailler tous les trois, constatant avec un soulagement certain qu'aucun d'eux ne saignait ou n'était amputé d'un membre. Non, ils allaient bien, entiers, sains et saufs, et c'était décidément une situation à laquelle leur mère ne se ferait jamais… Elle avait été jeune et insouciante comme eux, luttant et se blessant, voyant les pires choses traverser le bouclier des deux cieux et en sortir pleines et entières, alors de tout son cœur elle souhaitait une autre vie pour ses enfants. Mais elle savait aussi que son pouvoir était convoité par Aizen, et qu'outre cela, son mari était un archer maudit, un Quincy ces petits détails avaient engendré leur situation actuelle, échangeant la protection d'une mère contre les vies de ses enfants.
Car c'était là le contrat qui les liait à la Soul Society et aux Shinigamis : en échange d'une garde régulière et d'une maison protégée par les bons soins « d'autorités compétentes », Orihime n'avait d'une part plus le droit de sortir de chez elle, et d'autre part été obligée d'offrir une compensation au Seireitei pour les pertes d'effectifs qu'elle occasionnait : ses enfants jouaient donc les protecteurs à sa place, lorsque Chad et Uryû avaient commencé à être trop vieux pour ce genre de péripéties.
« Maman ? MAMAN !
Sortant derechef de sa rêverie, Orihime posa les yeux sur ses enfants, cherchant les raisons de ce cri.
- Qu'y a-t-il, Ryûji ?
- C'est bon, on a rien, tu peux nous laisser sortir maintenant ? Lui répondit-il doucement.
Remarquant qu'en effet ses enfants semblaient être guéris, leur mère les laissa sortir de la bulle orangée protectrice, et ils rejoignirent leur sœur, se laissant tomber dans les chaises autour de la table où celle-ci était assise auparavant.
- Que s'est-il passé ? S'enquit-elle doucement après avoir apporté des rafraichissements à ses quatre enfants.
Les trois concernés se regardèrent, bien décidés à ne pas lâcher l'information qui causerait à coup sûr une dispute monstre avec leur mère. Finalement, après que les deux garçons ait croisé les bras en sifflotant, ce fut leur cadette, une petite rousse aux boucles longues et soyeuses qui levait son regard ambré sur Orihime, amorçant la bombe.
- On a croisé un Menos Grande, souffla finalement la plus jeune.
Stupéfaite et interdite, la rousse la plus âgée fixa sa progéniture, quelque part entre colère et soulagement. Pour avoir déjà vu un Menos et même pire – oh oui, bien pire, songea-t-elle en se remémorant Ulquiorra et surtout, surtout Grimmjow – elle savait que c'était difficile d'en affronter un, et encore plus d'en ressortir sans trop de blessures. Elle finit par soupirer sans hausser la voix une seule fois sur les trois adolescents qui attendaient avec crainte que la bombe pète.
- Ne recommencez plus, d'accord ? Leur dit-elle d'une voix douce.
Soulagés, les enfants se promirent de ne plus jamais inquiéter leur mère de la sorte, au vu de sa réaction plus que troublante.
- En attendant, il y a quelque chose que je dois vous raconter », souffla-t-elle.
Et elle entama le long récit de son adolescence mouvementée au lycée de Karakura où ses fils étaient actuellement en train d'étudier. Elle n'omit aucun détails, même les plus infimes : sa rencontre avec Kuchiki Rukia, le fait qu'elle soit un Shinigami et leurs péripéties jusqu'au jour où son frère, Byakuya Kuchiki, et son ami d'enfance, Renji Abarai, eux aussi Shinigamis, étaient venus la récupérer pour la ramener dans leur monde, blessant au passage Ishida qui l'avait protégée envers et contre leurs ennemis. Bien sûr, ses enfants savaient cela, et les quelques événements importants : la montée d'Aizen, le fait que leur mère se soit faite enlever, et bien évidemment le Hougyoku, aujourd'hui détruit. Mais il est des détails que jamais elle ne leur a conté sur sa jeunesse. Le fait qu'un de leurs amis, Ichigo Kurosaki, soit décédé à cause d'un Hollow pendant leur absence à la Soul Society pour libérer Rukia. Les blessures de Chad, les blessures d'Ishida, ses blessures, leurs assauts répétés contre l'autorité, son enlèvement, les Shinigamis et les Capitaines venus la secourir et finalement Aizen qui battit en retraite, blessé et en perdition, se cloitrant dans les ténèbres du désert afin de consolider son armée et de panser ses blessures, pour mieux revenir à la charge. Et ses enfants écoutaient religieusement les moindres détails, leur curiosité sauvage se muant en un profond dégoût pour cet éternel ennemi qu'ils n'avaient même jamais vu et qui pourtant était profondément épinglé dans leurs esprits comme le pire adversaire possible avec la mention « à abattre » tatouée sur son front.
« Et voilà toute notre histoire, soupira-t-elle enfin, lasse et pourtant soulagée d'avoir ainsi raconté à sa progéniture les détails – même les plus sordides – de son histoire personnelle.
Et elle repensait aux pertes, aux sacrifices, aux entraînements avec une nostalgie certaine, consciente d'avoir à jamais perdu le droit de sortir de cette jolie maison qui avait fait son bonheur au même titre que ses habitants.
- Et cet Urahara… Pourquoi on ne l'a jamais vu s'il a tant aidé ? Argua Miyako avec suspicion.
- C'est un hors-la-loi, répondit simplement sa mère. Il ne nous a aidé que pour mieux nous manipuler.
- Oui, mais… Yoruichi l'a suivi et elle n'en savait rien, alors il n'est peut-être pas si mauvais ? Tenta le jumeau de Ryûji, un roux aux yeux marron.
- Il l'est.
La voix d'Orihime avait claqué tel un fouet, fruit des certitudes solidement ancrées dans sa tête par une machine infernale.
- Je te crois, pas la peine de t'énerver, grogna l'adolescent avec une moue boudeuse.
- Je sais, répliqua sa mère, encore agitée par les chants de guerre qui siégeaient dans son esprit. Et ce n'est pas ta faute, évitez juste de lui faire confiance, d'accord ? C'est loin maintenant.
- C'est sûr que quarante ans, ça passe vite, rigola Ryûji en envoyant une tape dans le dos de son jumeau.
- Ouais !
Leur sœur cadette se tourna vers sa mère à la recherche d'une réponse à sa propre question.
- Maman, et votre ami qui a disparu, Kurosaki-kun, il est vraiment… Mort ?
De tous ses enfants, Himeko était la plus jeune et la plus discrète. Timide et effacée, elle souriait beaucoup pour cacher ses peurs et ses incertitudes face à ses ainés qui la protégeait depuis toujours solidement ancrée derrière eux, à l'abri, elle n'avait jamais vraiment été confrontée à certains aspects de la vie tels que la mort, les disparitions, ce genre de choses assez terribles qui arrivent pourtant bien trop souvent.
- Oui, souffla-t-elle avec peine en dardant un regard maussade sur sa fille. C'était le meilleur ami de Sado-kun, tu sais. Il a été très triste quand il a su ce qui était arrivé…
- On pourra aller sur sa tombe déposer des fleurs ? Demanda-t-elle soudain.
Sa mère, surprise, lui sourit doucement.
- Je ne sais pas où il est enterré, mais on pourra prier pour lui ce soir, d'accord ?
Himeko acquiesça, pensive.
- Il voyait les esprits, ce Kurosaki ?
- Je ne crois pas… Tu sais, nous étions proches mais lui était très renfermé à cause de sa mère… Il l'a vue mourir, tu sais. Rukia nous a raconté que c'était un Hollow qui l'avait tué, ajouta-t-elle, la mine sombre. Et nous, on était très occupés par les Hollows à l'époque… Alors on n'a jamais vraiment trop su qui il était. Mais on tenait vraiment à lui, et c'est tout ce qui compte.
Oh, les jolies phrases.
- Mais pourquoi tu nous racontes ça maintenant ? Demanda Miyako.
- C'est votre héritage », se contenta-t-elle de leur dire avec un air énigmatique.
Mais ce court instant de mystère fut arrêté par le cinglant rappel à l'ordre d'un reiatsu écrasant qui s'abattit soudain sur la ville. Alertes, les quatre enfants se levèrent, prêts à faire face courageux et entraînés, ils quittèrent leur maison pour aller voir de quoi il en retournait, croisant au passage leur père qui rentrait de l'hôpital.
- Orihime, l'appela-t-il en émergeant dans leur jardin, un peu paniqué. Ce reiatsu, c'est…
- Celui de Grimmjow Jaggerjack, oui… »
Son regard était porté vers le ciel voilé de cette fin de journée. Dans une petite heure, il ferait nuit.
Inquiète, Orihime resta dehors, attendant, la peur au ventre, que ses enfants reviennent. Mais il n'y eut pas un seul sursaut de reiatsu du reste de la soirée. Rien. Grimmjow disparut subitement, surprenant le couple qui pensa avoir un instant rêvé sa présence. Et pourtant son reiatsu sauvage et incontrôlé était difficilement imitable et halluciner à son propos aurait été vraiment étrange et surtout très étonnant. Et profondément traumatisant. Si Grimmjow était là, Aizen était là. Si un Espada remettait les pieds ici, c'était que la pause était définitivement close. Finis, les moments de détente dans le jardin à l'ombre du cerisier, les goûters, les repas, le thé prit sur la terrasse en toute quiétude. Car dehors, les reiatsus gronderaient. Ses enfants, Grimmjow, l'Espada, Aizen, les Shinigamis, les Capitaines… Ce sera de nouveau la guerre, songea-t-elle avec horreur.
Oh oui, la guerre allait revenir. Avec ses pertes, ses douleurs, ses joies et ses peines, et surtout ses morts. Mais après la lumière reviendrait sans doute, non ? Aizen sera vaincu, il a déjà été mis en déroute. Et la nouvelle génération est là pour le faire tomber de son piédestal et la chute sera dure. Alors les beaux jours reviendront.
Comme ses enfants qui à l'instant apparaissent ensanglantés, gouttant de rouge dans l'herbe verte et fraîche. Le cadavre d'Himeko s'écroule à terre tandis que sa sœur transporte l'un de ses deux frères. Et, interdits, Orihime et Uryû fixent leurs enfants comme s'ils n'étaient pas réels.
« Ma… Maman, crachota Miyako en se tournant vers ses parents, tendant désespérément sa main nimbée d'écarlate.
- Mi-MIYAKO !
Courant jusqu'à sa première fille, elle l'attrapa de justesse et toute deux tombèrent à genoux dans l'herbe humide et chaude, leurs genoux nageant dans la boue rougeâtre du jardin. Son frère s'écroula à leurs côtés, déjà mort.
- Ichigo…
- Oh tiens, on se souvient que j'existe ? Siffla une voix masculine provenant du fond du jardin.
Les barrières se brisèrent complètement et disparurent, tombant comme des fragments, des pétales orangées et éphémères qui disparurent sur le sol en se fanant. Devant eux, une forme sombre approchait, trainant derrière lui Ryûji par sa tignasse brune tâchée de sang. Un frisson d'horreur remonta l'échine d'Orihime tandis que derrière elle Ishida bandait son arc pour tirer sur l'intrus qui avait osé s'en prendre à sa famille.
Deux grands yeux jaunes et fous comme ceux des Hollows s'ouvrirent sur un océan d'épouvante morbide qui terrorisa totalement la mère, et tandis qu'un sabre noir comme la nuit transperçait le corps de son dernier enfant encore vivant, les rais de lumière bleus des flèches de son mari illuminèrent le sombre jardin où le massacre se jouait. Morts, ils étaient tous morts.
Les larmes silencieuses roulèrent sur ses joues, et le corps de sa fille tomba dans un bruit mat sur l'herbe fraîche et verte, glissant de son étreinte humide et sanglante. Orihime ne put retenir un hurlement tut par une main oseuse qui se saisit brutalement de sa gorge.
Le murmure des trop nombreuses flèches lancées par Uryû avait disparu tout comme leur lumière.
- Inoue Orihime… Ishida Uryû, énonça-t-il sentencieusement.
Monstre. Monstre. Monstre.
Le doré luit d'un éclat malsain alors que dans ses yeux à elle, il ne restait bientôt plus que la luminère des quelques larmes qu'elle avait versées.
- C'est amusant de voir à quel point vos os craquent si vite entre mes doigts… Mais c'est ennuyeux de savoir quelle folie m'a poussé à le savoir, vous ne trouvez pas ? »
Son regard était torve et sa voix ironique alors, lentement, il déposa le corps d'Inoue sur celui d'Ishida, disparaissant alors que son méfait était accompli, fuyant dans la noirceur commune aux siens, à la recherche d'une rédemption.
« Les jours heureux reviendront, n'est-ce pas ?
- Oui… Ils reviendront sans doute… »
Non, ça n'arrivera pas.
Parce que je serais là pour mettre fin à votre longue vie de bonheur. Parce que je suis Ichigo, la vengeance, le monstre, l'oublié, la mort qui frappe, l'épée cruelle qui viendra vous retirer vos enfants. Parce que je suis revenu et que les longs jours de bonheurs sont définitivement morts.
Le bonheur n'est pas réel. C'est juste l'arrêt momentané d'une série de malheurs.
Et aujourd'hui, les hostilités reprennent. Vengeuses et pleines de rancœur, elles frappent pour tuer.
Pour vous tuer.
Pleurez les jours heureux, car ils ne reviendront plus.
