Alors, Libra10, Gridaille, Marie-Paule, Laurence, Laura, Angela, Mouette, Olive03 et Calazzi, je vous remercie de votre soutien tout au long de la publication de cette histoire. J'espère que le dénouement sera à la hauteur de tout le reste et surtout à la hauteur de vos attentes. Comme d'habitude, faites moi part de vos réactions en m'envoyant un dernier commentaire. Au plaisir de vous retrouver lors de ma prochaine histoire... Le vieux grimoire... Bonne lecture. Miriamme

Douzième partie

«Juste au cas où un doute subsisterait, je suis bien William Darcy, réentendit-elle en boucle dans sa tête tandis que s'éveillait en elle, une colère noire comme elle n'en avait jamais connue jusqu'ici : -Vous avez beau lui ressembler physiquement, sachez que vous aurez beau dire et beau faire, vous n'avez rien en commun avec lui, cracha-t-elle dans sa direction.

-Tu vois ce que je t'avais dit, le prévint Silas en lui donnant un coup d'épaule, une vraie furie cette femme là. Et elle ose se prétendre Reine.

Comprenant qu'ils se délectaient de sa peur au moins autant que de sa colère, la jeune femme se tut et resta parfaitement immobile les bras tendus le long du corps, résignée à attendre qu'ils lui fissent part de leurs intentions la concernant.

-William, Silas, attachez-la et amenez-la jusqu'à la charrette. Je veux qu'on la ramène au Château et que chacun puisse voir qu'elle est notre prisonnière.

-Puis-je au moins savoir ce qui me vaut d'être traitée ainsi? Demanda Élisabeth en relevant fièrement la tête.

-Vous êtes accusée d'avoir usurpé un titre de noblesse et d'avoir assassiné un membre de la royauté, déclina Silas tandis que les deux autres lui attachaient les mains dans le dos.

-Quand on y pense, vous n'êtes pas plus princesse ou reine que je n'étais moine… la nargua ensuite William en déclenchant un fou rire chez les deux autres.

Comprenant qu'elle ne gagnerait rien en argumentant puisqu'elle n'était pas en mesure de prouver son identité, Élisabeth garda la tête haute et suivit Silas pendant qu'il l'entraînait à l'extérieur. Elle sursauta toutefois en arrivant dans la cour au moment où elle aperçut les cadavres de son escorte que des moines peinaient à transporter jusque dans la fausse commune. Elle sentit ses jambes se dérober sous elle, mais se reprit à la dernière seconde, se redressant dignement incapable toutefois d'endiguer le flot de larmes qui se mit à couler le long de ses joues en pensant aux valeureux chevaliers qu'elle venait indirectement de sacrifier en faisant preuve insouciance.

La présence du Général Darcy qui chevauchait à gauche de la charrette constituait une preuve flagrante de son échec autant sentimental que politique. N'était-ce pas justement elle qui n'avait refusé d'exécuter le Duc de Boterne lorsque son armée l'avait vaincu, allant ainsi à l'encontre de toutes les voix qu'elle avait consultés qu'il eut s'agit d'Adès, du Duc de Malherbe et même de Polus. Elle s'était montrée clémente, avait opté pour un bannissement et en payait le prix aujourd'hui. Quant à William, elle réalisait maintenant qu'il était même possible qu'en intervenant pour lui éviter le pire lors de sa nuit de noces en jetant Alfred par la fenêtre, il n'avait fait que se conformer aux directives des révolutionnaires.

«On attend que le mariage soit passé… après quoi nous attaquerons comme prévu, ne l'avait-elle pas entendu suggérer à Adès dans cette fameuse auberge où elle s'était rendue avec Sorel. Toute tentative de sa part d'exposer la vérité en dévoilant que c'était William Darcy qui avait assassiné son Roi, leur permettrait de l'incriminer encore plus vite. Sans mes lettres de noblesse, je ne puis rien faire», s'affligea-t-elle.

Toujours installée debout dans la cage centrale qui avait été préalablement fixée à bord du chariot, Élisabeth se maudissait de n'avoir pas pensé de demander à Sorel où il avait caché ses précieux documents avant qu'il ne parte pour la Commanderie du Grés en compagnie du Père Marius. Mourir ne lui faisait pas peur toutefois, elle se savait capable d'accueillir la mort comme une délivrance, mais la douleur causée de la trahison de celui qu'elle avait cru aimer la rendait triste et amer.

Les yeux gonflés de larmes, elle repensa au message que lui avait adressé Sorel avant de partir avec le Père Marius : «Cette dague a été fabriquée pour une Reine qui ne devrait jamais douter d'elle.» Ces mots eurent raison de sa peine et lui donnèrent la force de se redresser. Elle allait leur montrer à qui il avait affaire. Elle était Reine et c'est ainsi qu'elle partirait le moment venu.

Constatant l'émoi des paysans lorsque ceux-ci apercevaient l'étrange procession qui s'avançait lentement mais inexorablement vers la muraille Ouest du Château de Grés, Élisabeth essaya de ne pas envenimer la situation en présentant un visage triste. En arrivant devant la grille du Château, elle sentit une énorme tension s'installer entre les Gardes et le Duc de Boterne. Finalement, c'est elle-même qui intervint en ordonnant à ceux qui surveillaient l'entrée de les laisser passer. Elle voulait à tout prix éviter que son Château connût un bain de sang semblable à celui qui avait suivi le décès de son père.

Dès que leur étrange petite procession se fut arrêtée au centre de la basse cour et que les résidents du Château et les membres de la garde royale se furent rassemblés, le Duc de Boterne entreprit de leur présenter la situation de sa prisonnière.

-Cette jeune femme s'est présentée ici-même entre ces mûrs en usurpant l'identité de la princesse Élisabeth de Grés. Elle s'est ensuite imposée à celui qui avait gagné ce Château par l'entremise du Général William Darcy. Après avoir été reçue telle une Reine par le Roi Alfred de la Tourelle, cette jeune femme prétend s'être mariée avec lui. Le soir même, elle assassina le Roi et en profita pour prendre sa place sur le trône. À défaut de produire ses lettres de noblesse et un certificat de mariage d'ici trois jours, l'accusée ici présente sera décapitée ici même sur la place publique.

Élisabeth sentit William et Silas la détacher, puis se laissa conduire dans un cachot où elle se laissa choir à même le sol pour prier. Une fois seule, elle s'allongea par terre et pleura toutes les larmes de son corps.

Dans la salle du trône

-Je veux que tous les habitants du royaume soient rassemblés dans la grande cour au moment de son exécution, ordonna Boterne d'une voix haineuse.

-J'aimerais bien être son bourreau, quémanda Silas.

-Non, c'est au Général Darcy que revient cet honneur. C'est lui qui le fera. Cela le libérera définitivement de son emprise…

-Je ne suis plus sous son emprise… se défendit William.

-Silas craint, à tors ou à raison, que tu ne changes d'idée si la mémoire te revenait soudainement, lui expliqua le Duc en désignant le moine.

-La mémoire ne me reviendra pas, soupira William en se frottant les tempes.

Prenant congé des deux hommes après que le Duc eut envoyé le messager de la cour convier l'ensemble de la population du Royaume à venir assister à l'exécution de l'usurpatrice, prévue pour dans trois jours, William se traina difficilement jusque dans l'aile royale dans le but de s'allonger. Une violente migraine le tenaillait depuis quelques minutes. Il entra dans la première chambre qu'il croisa et se jeta en travers du lit sans même prendre la peine de se dévêtir. Le sommeil le happa rapidement lui permettant d'oublier la douleur pendant quelques heures.

À son réveil, William se redressa et examina les lieux. Il comprit qu'il devait se trouver dans la chambre de la princesse puisque la décoration était somme toute féminine. Il ouvrit les armoires, examina les tuniques qu'elle contenait et fut terrassé par une impression de déjà vu lorsque ses yeux se posèrent sur la grande table où étaient éparpillées, pèles-mêles des plans du Royaume de Grés en cuirette et des figurines de chevaliers taillées grossièrement dans des morceaux de bois.

William se souvint tout à coup de s'être déjà étonné par la présence de ces objets alors qu'il avait visité la chambre d'Élisabeth pour la première fois. Comme un voile qui se déchire, une violente douleur le força à se prendre la tête à deux mains, tandis que ses genoux ployaient sous son poids. Écrasé à même le sol, tous les souvenirs de sa vie en tant que Général lui revinrent en bloc, là, à l'endroit même où il avait ressenti une telle culpabilité après avoir accepté d'échanger la princesse contre le Château afin d'être capable de l'offrir à Alfred.

«Mon Dieu, qu'ai-je encore fait?» Hurla-t-il avant de se reprendre la tête à deux mains. Ses yeux se remplirent de larmes et ses lèvres se pincèrent en se réalisant qu'il avait également perdu Sorel, mais n'en mesurait la valeur qu'à l'instant.

Sachant qu'il allait devoir être très rusé dans les jours à venir et se méfier des deux hommes qui s'étaient servi de lui sans vergogne, William partit à la recherche de la femme de chambre de la Reine Élisabeth à qui il n'avait pas le choix de confier une mission aussi délicate que dangereuse.

Les seuls signes dont disposait Élisabeth pour savoir que le temps avançait furent les repas qu'on lui amenait régulièrement, bien qu'elle n'y touchât presque pas. Lorsque le matin de la troisième journée elle reçut son deuxième repas, elle savait avec certitude qu'elle ne disposait plus que de quelques heures avant qu'on vint la chercher pour la mener vers la place publique où elle serait exécutée. S'installant pour prier une dernière fois, Élisabeth pensa à Sorel plus qu'à toute autre, se disant que de toutes les personnes qu'elle avait rencontrées depuis les six derniers mois, l'aide de camp du Général était le seul qui ne lui avait jamais fait défaut. Elle se raccrocha donc à l'espoir qu'il serait le premier à venir vers elle lorsqu'elle traverserait de l'autre côté où elle retrouverait ensuite ces autres êtres chers à son cœur; sa mère, Père Marius et bien entendu, Théodore II, son père à qui elle n'en voulait plus réellement. Après tout, pour avoir goûté elle-même au pouvoir, elle comprenait maintenant que les choses ne sont que très rarement comme elles le paraissent.

Un bruit de pas au rythme cadencé la tira de sa prière, la forçant à se redresser. Lorsque le premier des deux gardes qui constituaient son escorte déverrouilla la grille de son cachot, elle n'opposa aucune résistance et les suivit de son plein gré.

La lumière l'aveugla lorsqu'elle arriva à l'extérieur. Elle ferma les yeux et se laissa conduire jusqu'au centre de la place. Un silence oppressant régnait. On la fit monter sur une structure de bois qui avait dû être érigée spécialement pour cet événement puisqu'elle était neuve et n'était pas là lorsqu'Élisabeth avait quitté le Château trois jours plus tôt. Le Duc de Boterne et le Frère Silas la regardaient marcher vers eux, tous les deux installés sur une espèce d'estrade, bien à la vue de tous au centre de la place. Une seule personne se tenait debout sur la structure de bois où on l'emmenait, mais Élisabeth refusa de jeter un œil dans sa direction. Elle devinait qu'il devait s'agir du Général Darcy puisque l'un des gardes l'avait déjà prévenue qu'elle mourrait de sa main. Anesthésiée et à bout de force, la jeune femme tomba à genoux devant l'homme qui l'avait déjà tuée intérieurement.

-Pendant trois jours nous avons attendu en vain, discourut le Duc de Boterne d'une voix forte. Personne n'est venu à votre défense en apportant la preuve que vous étiez bien la Reine Élisabeth du Royaume de Grés. Vous êtes donc condamnée à être décapitée devant tous les sujets de ce même Royaume que vous avez déshonoré de votre présence. Avez-vous une dernière déclaration à faire? Lui demanda-t-il finalement du haut de la seconde structure.

-Aucune, non. Je suis prête à mourir, affirma-t-elle.

-Reconnaissez-vous les crimes dont vous êtes accusée? L'interrogea Silas.

-Je n'ai fait que mon devoir, rien de moins, rien de plus, professa-t-elleavec conviction.

-Pourtant vous avez tué deux hommes, lança-t-il en s'adressant à la foule à nouveau, l'un qui voulait vous épouser et l'autre qui l'avait fait, toujours selon vous. On n'a pas tous la même façon de faire notre devoir, se moqua-t-il tandis que Silas encourageait les gens à rire.

-Tuez-moi qu'on en finisse, hurla-t-elle enfin.

-Général Darcy, acceptez-vous d'être son bourreau?

-Avec joie Monseigneur, répondit solennellement le Général en haussant sa main droite à la hauteur du cœur.

-Très bien, à vous l'honneur, alors, poursuivit le Duc.

Penchant la tête en signe d'assentiment, William mit la main sur l'épaule de la prisonnière pour l'inviter à pencher la tête. Sans un regard pour lui, Élisabeth laissa sa tête tomber vers l'avant. Se penchant pour vérifier sa posture, William prit le temps de replacer le col de sa tunique.

-Préparez-vous à courir… l'entendit-elle alors lui souffler à l'oreille juste avant qu'il ne se redresse complètement.

Levant son arme, haut dans les airs, le bourreau d'Élisabeth lâcha un cri de guerre et lança son hauban en direction de Silas qui s'était placé directement devant le Duc de Boterne. Tandis que le moine tombait à la renverse, tué sur le coup, le Duc ordonna à ses hommes de capturer le Général et d'abattre la reine. Faisant tomber une arme blanche directement devant Élisabeth au moment où elle finissait de relever la tête, William souleva sa tunique de bourreau et s'empara d'une épée.

Des chevaliers portant les armoiries du peuple des Montagnes surgirent de partout, encerclant les hommes du Duc de Boterne. Une bataille s'engagea entre les deux camps.

William profita de la panique qui gagnait les gens du peuple pour s'approcher davantage du Duc Boterne. Ce dernier venait de grimper sur son banc et se préparait à viser Élisabeth à l'aide d'une flèche. La jeune femme s'acharnait toujours sur ses liens, tenta de presser solidement la dague entre ses genoux, mais l'échappa à ses pieds lorsqu'elle reçut la flèche du Duc dans son épaule gauche. Reculant sous l'impact, elle tituba et s'écrasa violemment en bas de la structure. Deux hommes du Duc arrivèrent jusqu'à elle les premiers et la maîtrisèrent rapidement. Faisant face à William qui avait renoncé à rejoindre le Duc, les deux hommes ramassèrent la dague que la jeune femme avait échappée et l'utilisèrent pour la menacer de lui trancher la gorge.

-Laissez-nous passer où elle mourra, lâcha le plus expérimenté des deux.

-N'aggravez pas votre cas Messieurs, même si parvenez à tuez la Reine, nous ne vous laisserons pas partir.

Derrière les deux hommes, William vit arriver Adès qui lui fit signe de continuer à leur parler afin de lui permettre de se rapprocher davantage. Bandant son arc, Adès visa le premier des deux et l'atteignit mortellement au cœur. Le second fut si surpris qu'il lâcha la dague et prit la fuite, laissant Élisabeth tomber sur le sol où elle s'écrasa inanimée.

Lorsqu'elle s'éveilla quelques heures plus tard, elle ne réalisa pas immédiatement qu'elle se trouvait dans son lit. Elle releva légèrement la tête, essayant de comprendre ce qui s'est produit.

-Tu es enfin réveillée, soupira de soulagement la belle Georgianna.

-Georgianna? Mais que fais-tu ici? S'enquit Élisabeth.

-Mon époux et moi sommes venus dès que nous avons reçu le message de mon frère…

-Un message de William?

-Oui, il a retrouvé la mémoire et a ordonné à tous les hommes valides du Royaume de Montagnes de venir à ton secours.

Tentant de se redresser davantage, Élisabeth se recoucha aussitôt, surprise par la douleur qui lui traversa l'épaule gauche.

-Ne bouge pas trop vite. Tu as reçu une flèche et la blessure est très profonde.

-Où est Adès?

-Il est dans la basse cour avec William. Mon frère a ordonné qu'on fasse démolir la structure que Duc de Boterne a fait construire pour ton exécution, lui expliqua Georgianna.

-J'aimerais bien voir Adès… déclara Élisabeth en détournant le regard.

-Et mon frère, tu ne veux pas le voir? S'intéressa Georgianna.

-Je ne sais pas… murmura-t-elle, j'ai l'impression de ne plus le connaître… j'ai peur de ne pas le reconnaître en lui-même, admit-elle incapable d'avouer à Georgianna qu'elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance.

-Je ne crois pas qu'il va rester alors… C'est drôle, lui aussi m'a affirmé que tu ne voudrais certainement pas le voir…

-Je ne souhaite pas son départ… Ce qu'il y a c'est que je ne suis pas prête à le voir maintenant…

-Très bien, alors laisse-moi aller chercher Adès, la prévint Georgianna en se dirigeant vers la porte. Oh, mais qu'est-ce que je réponds à William s'il demande à te voir? S'enquit la jeune femme juste avant de franchir la porte.

-Dis-lui que… dis-lui que j'ai besoin de temps… souffla Élisabeth en baissant les yeux sur ses mains.

-Très bien…

Dès que la jeune femme fut hors de la pièce, Élisabeth tenta de se lever pour la seconde fois. Grimaçant à cause des élancements que lui causait sa blessure à l'épaule, elle atteignait la fenêtre au moment où Georgianna arrivait dans la cour. Elle la vit serrer son époux contre elle et lui apprendre la bonne nouvelle du réveil de la malade. C'est alors qu'elle vit William lever les yeux et regarder en direction de sa chambre. La bouche tordue par la douleur à cause du mouvement rapide qu'elle voulût faire pour se dissimuler, Élisabeth retourna vers le lit, comprenant qu'il n'était pas digne d'une souveraine de ne pas se donner la peine de recevoir celui grâce à qui elle était encore en vie. En tant que Reine, elle lui devait bien cela, alors qu'en tant que femme, elle ignorait totalement si elle serait capable de lui faire confiance à nouveau.

Lorsqu'elle eut terminé de s'entretenir avec Adès qui lui donna les dernières nouvelles du Royaume dont il était désormais responsable, elle lui demanda d'aller prévenir William qu'elle désirait s'entretenir avec lui.

-Majesté, puis-je entrer? Lui demanda le jeune homme qui s'était arrêté sur le pas de la porte quelques minutes plus tard.

-Oui, approchez-vous Général Darcy, l'invita-t-elle encore incapable de le regarder, asseyez-vous, je vous en prie… ajouta-t-elle en lui désignant le petit banc que venait de laisser Adès.

-Comment vous sentez-vous majesté? S'inquiéta son vis-à-vis en la découvrant si pâle et aussi peu bavarde.

-Mieux installée qu'au cachot, grimaça-t-elle avant de se rabrouer et admettre, grâce à vous.

-Majesté, si vous saviez comme je m'en veux, reprit William en se levant et en allant de placer devant la fenêtre. Je n'ai aucune excuse.

-Vous n'étiez pas vous-même… c'est évident, l'excusa-t-elle en déglutissant.

-Vous être trop généreuse avec moi.

Pour briser le silence qui s'était définitivement installé entre eux, William quitta la fenêtre et se mit à marcher de long en large, jetant un œil sur l'ensemble de la pièce. C'est lorsque je me suis retrouvé ici, dans cette pièce que la mémoire m'est revenue, mentionna-t-il en désignant tout ce qui les entourait.

-Dans ma chambre? S'étonna Élisabeth.

-Oui, ici même. Vos miniatures de chevaliers et vos plans de cuir. Je me suis souvenu de les avoir déjà tenus dans ma main… précisa-t-il en ramassant un chevalier sur son destrier, grossièrement sculpté.

-Et bien, c'est assez singulier. Ma personne ne vous évoque rien, mais mes statuettes oui, commenta tristement Élisabeth en fermant les yeux quelques secondes.

-Je vais vous laisser, annonça-t-il, croyant comprendre qu'elle souhaitait encore se reposer.

-Non… pas tout de suite… le pressa-t-elle avant de rougir et se reprendre, je voulais vous remercier de votre aide. Si vous n'aviez pas fait appel à ma suivante… je serais morte à l'heure qu'il est…

-Je n'ai fait que mon devoir, professa-t-il en jetant sur elle un regard admiratif.

-Comme je ferai le mien en quittant mon château dès que j'irai mieux, soupira la jeune femme.

-Pourquoi feriez-vous ça? Votre place est ici, la pressa William en revenant vers le lit.

-Vous oubliez que je ne suis rien sans mes lettres de noblesse… Maintenant que le peuple est au courant, la nouvelle va se répandre et on viendra de tous les royaumes pour me défier…

-Je vous protègerai! S'engagea William en posant sur elle un regard ardent.

-Non. Général Darcy, votre place est dans le royaume des Montagnes. Rien ne vous retient ici…

-Alors laissez-moi au moins vous aider à retrouver vos lettres de noblesse? Permettez-moi de rester ici? Rien ne me ferait plus plaisir que d'être à votre service?

-Non, lui répondit la jeune femme d'un ton qui se voulait sans réplique.

-Très bien, alors vous ne me laissez pas le choix, intervint mystérieusement William avant de s'agenouiller devant elle, détacher son pourpoint, son surcot, exhiber devant ses yeux la dague que Sorel lui avait offerte avant son départ afin qu'elle la reconnût et diriger la lame directement sur son cœur.

-Qu'est-ce que vous faites? S'alarma Élisabeth en se redressant sans même se préoccuper de la douleur que ce mouvement faisait naître dans à son épaule.

-Je vous ai déjà avoué être amoureux de vous... vous m'avez alors accusé d'avoir parlé ainsi dans le seul but de vous voir refuser d'épouser Alfred. Je ne vois donc qu'une seule façon de vous prouver mon amour qu'en vous offrant mon cœur… ici et maintenant, déclina-t-il sans même s'arrêter pour reprendre son souffle.

-Non! Hurla Élisabeth en posant ses deux mains par-dessus les siennes, luttant avec lui pour l'éloigner de son cœur, ne faites pas ça William. Je vous en prie… Arrêtez tout de suite! Je vous aime… je vous jure que je vous aime! L'implora-elle ensuite sans être capable de s'arrêter de pleurer.

Enveloppée tendrement par les deux bras de l'homme qu'elle chérissait tant, elle ne réalisa que bien plus tard qu'en ramassant la dague fermement par sa garde en utilisant ses deux mains, elle avait appuyé sur un bouton qui en déclenchait le mécanisme d'ouverture. Le manche sculpté en ivoire s'était alors ouvert en trois parties, dévoilant ses lettres de noblesses en même temps que son certificat de mariage avec Alfred.

-Oh, William, s'étonna-t-elle avant de lire la vérité sur son visage, vous le saviez n'est-ce pas?

-Bien entendu mon amour! Sorel procédait toujours ainsi, à ma suggestion d'ailleurs, admit-il avant de s'écrouler à son tour, se mettant à sangloter en repensant à cet aide de camp qui était devenu un ami et à qui il n'avait pas eu l'occasion de dire adieu.

Pleurant l'un contre l'autre, William et Élisabeth parlèrent longuement de leur amour bien entendu, mais surtout de l'homme qui avait tout fait pour les réunir et qui, à sa façon, avait continué à les protéger même s'il n'était plus avec eux.

Un peu plus tard, lorsque les deux amoureux réalisèrent que la nuit s'était installée, Élisabeth le contempla gravement et le prévint : William, nous avons tant donné à nos royaumes respectifs. Je veux que tu t'installes ici avec moi…

-Ton offre est bien tentante, mais cela voudrait dire que, je devrai t'épouser, mentionna le jeune homme en se moquant d'elle.

-Oui, cela veut en effet dire que tu deviendras mon époux, que tu le veuilles ou non… blagua-t-elle à son tour.

-J'imagine que c'est ma punition pour t'avoir fait peur avec mon faux suicide…

-Oui. Mais je t'en prie, marions-nous vite. J'ai tellement peur qu'une autre catastrophe ne survienne pour nous séparer. Profitons de la présence de ta sœur et de son époux…

-Quand je pense qu'elle a épousé le Seigneur Adès, s'écria William d'un ton joyeux.

-Oh, ça c'est un peu mon œuvre…

-Je n'en doute pas une minute… Silas ne m'avait-il pas mis en garde contre tous tes artifices, ricana-t-il en se penchant vers elle.

Lorsqu'elle passa les bras autour de sa tête, William se libéra et la regarda avec désapprobation.

-Non, tu dois être patiente. Tu dois m'épouser avant d'avoir le droit de faire l'amour avec moi, s'amusa-t-il à ses dépends.

-Comptez-vous chanceux que je sois souffrante Général, autrement, je vous aurais déjà enlevé vos vêtements.

Trois jours plus tard, le Royaume de Grés et le Royaume des Montagnes furent témoin d'une union très solennelle entre le Général William Darcy et la reine Élisabeth de Grés.

Ces deux là régnèrent ensemble permettant au Royaume de Grés de prospérer et de devenir un exemple pour la plupart des autres territoires.

De cette union naquirent trois fils et deux filles. Le premier né fut baptisé Sorel et développa un intérêt marqué pour les armes blanches. En partie à cause de sa mère qui lui remit sa première dague à l'âge de dix ans.

Fin

Alors mesdames, vous êtes-vous consolées de la mort de Sorel?

Et surtout, êtes-vous prêtes pour une autre histoire?

Miriamme...